Amis de Montagnac Hérault

Amis de Montagnac Hérault

samedi 24 janvier 2026

LES CONFERENCES

2026
Janvier
                        
                          Jean Moulin alias ROMANIN, l'artiste derrière le Héros
                                                 
                                                                                                                 par Benoîte Bagan









   Avant d'incarner la figure phare de la Résistance française, ce héros iconique de la République, célébré pour son courage, son abnégation, son sacrifice face au joug nazi, avant de symboliser, dans la mémoire collective de notre patrie, le fondateur du Conseil National de la Résistance (CNR), Jean Moulin est, avant tout, un artiste, un vrai. Il est, à la fois, un brillant dessinateur et caricaturiste, « un touche à tout » qui se passionne pour l'Art en général, la sculpture, la céramique, la gravure sur bois ou sur lino, mais également un découvreur de talents et un collectionneur d'avant-garde. Jean Moulin naît le 20 juin 1899 à Béziers, 6 rue d'Alsace, au troisième étage d'un immeuble bourgeois situé juste en face la caserne Duguesclin (aujourd'hui disparue).


   Dernier enfant du couple Antonin Moulin (1857-1938) et Blanche Pègue (1867-1947), (la fratrie compte 3 enfants encore vivants (Claire est morte à l'âge de 6 mois et ne transparaît jamais dans l'histoire familiale) Joseph, né en 1898 et mort de péritonite en 1907, Laure, « l 'alter ego » et « réceptacle » de la mémoire de Jean, née en 1892 et décédée en décembre 1974, ce minot, retardataire de surcroît, est un enfant choyé, adulé, espiègle et turbulent. Scolarisé dès l'âge de 4 ans au lycée Henri IV, où son père est professeur d'histoire, il s'avère, durant le primaire, un excellent élève, récompensé par des prix d'excellence et des « bons points ». Mais, le petit Jean est animé par une passion dévorante qui absorbe tout ses loisirs. Sa sœur et confidente mentionne dans la biographie[1] qu'elle lui consacre, l'évoque en ces termes : « Vers 5 ou 6 ans, l'enfant avait déjà un grand don d'observation et un joli coup de crayon […] .C'est la seule chose qui l’intéressât vraiment. […]. Tout petit, il avait une drôle de façon de tracer une figure, un soldat, par exemple : il commençait par les pieds, chaussés de godillots, et montait jusqu'à la tête. Chose curieuse, ses personnages tenaient debout. Les têtes, expressives, avaient un caractère archaïque qui rappelait, sans qu'il le soupçonnât, les figures de la Grèce primitive »



[1]Biographie de Jean Moulin, Presses de la Cité, Paris, 1982 (en préface le discours d'André Malraux)

 

   Ses dessins d'enfant sont le reflet de la société dans laquelle il évolue. Il représente, non sans malice et facétie, ce qu'il voit autour de lui, avec une attraction toute particulière pour les soldats (il réside en face une caserne) et plus particulièrement les grognards de la Grande Armée (dont son arrière-grand-père, François-Xavier Moulin, servit dans la marine de Napoléon Ier, notamment sur le vaisseau « l'Orient », lors de la bataille d'Aboukir en 1799, et reçu, par la suite, la médaille de Sainte-Hélène). Le petit Jean copie également des modèles dans les nombreux livres de la bibliothèque paternelle ou les journaux rapportés au sein du foyer familial... et il se prend vraiment au jeu ! Professeur émérite, militant radical socialiste, président de la Ligue des Droits de l'Homme, conseiller municipal et vice-président du Conseil Général, Jean évolue dans une atmosphère saturée de politique et retient deux choses. Jean Moulin apprend donc deux choses essentielles d'un père qu'il aime et admire :

-un amour combattant pour la République,
-un attrait irrésistible pour le dessin de presse qui est alors à son apogée.

Quand la Première Guerre mondiale éclate, Jean Moulin est un lycéen de 15 ans qui suit les cours de ses professeurs en mode dilettante. D'ailleurs, Laure mentionne que « Jean dessinait avec délectation et, non sans ironie, ses professeurs »...


    Il est, en effet, doté d'une grande aptitude scolaire, d'une vive intelligence mais manque de volonté et de motivation. Sa passion grandissante pour le dessin l'anime frénétiquement y compris durant les cours, au grand désarroi de son père qui exige l'excellence ! Et l'actualité brûlante de la guerre, relayée par les dessinateurs de presse tels que Hansi ou Francisque Poulbot, l'inspire particulièrement. Jean se focalise sur la guerre des civils, très marquée par la propagande. Doté du sens du détail, son style est de plus en plus affirmé. Jean dessine les enfants jouant à la guerre, les planqués dans les « Embusqués » ou les bourgeois.


   Grâce à l'entregent de son père, il propose des dessins à de vrais journaux (notamment « La Baïonnette » ou la « Guerre Sociale » qui sont à la recherche de nouveaux talents. Et le voilà donc, à l'issue des vacances de 1915, publié à quatre reprises dans des journaux nationaux. Ses succès lui donnent des idées assez logiquement soit de faire de sa passion une vocation. Il multiplie les projets et les propositions qui sont, hélas, rejetées car un lycéen biterrois a beaucoup de mal à coller au rythme que l'actualité impose aux journaux. En outre, ses parents, qui envisage pour leur rejeton une brillante carrière dans la préfectorale lui assurant ainsi une indépendance financière, ne voient pas d'un très bon œil que Jean privilégie une carrière artistique et donc aléatoire et une vie de bohème peu rémunératrice.


Ce premier conflit mondial est une vraie boucherie. Les hommes tombent en masse pour la France, il faut du « sang neuf »... Bien qu'il n'ait pas devancé l'appel, Jean est mobilisé en avril 1918. Six mois plus tard, il part pour le front dans les Vosges, plus exactement à Charmes. Il ramène des croquis de ces villes détruites, désolées, de soldats blessés ou amputés et d'autochtones exsangues. L'Armistice intervient le 11 novembre 1918 sans qu'il ait combattu. Dans ses lettres, il ne dit quasi rien de ce qu'il a vu de la guerre, c'est un jeune homme secret, introverti...Mais cette expérience reste un vrai traumatisme.


   Pendant les quelques mois de 1918 qui ont précédé sa mobilisation, il a commencé des études de droit à l'Université de Montpellier tout en occupant un emploi à temps partiel comme attaché du préfet de l'Hérault, un emploi procuré grâce aux relations de son conseiller général de père.
En 1919, après sa démobilisation, il retrouve la faculté de droit et la Préfecture. Bien que jeune fonctionnaire consciencieux, Jean Moulin est un étudiant un peu moins scrupuleux... Il privilégie le dessin pour des revues étudiantes avec une légèreté qui lui fait adopter le pseudonyme (son premier!) de « Juanito » et signé ses dessins de ses seules initiales.

Désormais, engagé sur la voie d'une brillante carrière au sein de la haute fonction publique, la discrétion est de rigueur et le cloisonnement de ses activités annexes obligatoires.
En 1922, Il quitte son cher Midi et suit son préfet en Savoie, plus précisément à Chambéry, pour devenir son chef de Cabinet. Jean se choisit alors un pseudonyme qui l'accompagnera durant toute sa vie d'artiste « Romanin ». 
Enfant, avec son père, il se rendait régulièrement sur les ruines du château  « Romanin », à quelques kilomètres de Saint-Andiol, berceau de la famille Moulin, et siège d'une cour d'amour célèbre à l'époque médiévale. Quel plus beau pseudonyme pour un homme attaché à ses racines provençales.

Désormais, il est impératif de dissocier Monsieur Moulin de son double facétieux « Romanin » car le voici devenu le plus jeune sous-préfet de France en 1927 à Albertville où se nouera et se dénouera dans la foulée un mariage éclair avec une jeune femme qui rêvait de devenir cantatrice plutôt que d'être sous-préfète, c'était plus Romanin qui s'était marié, avec Marguerite Cerruty (1906-1983) plutôt que le raisonnable Jean Moulin.



   En Savoie, Jean Moulin dessine, avec malice, des scènes de la vie de province, et ce qui l'entoure aussi tels les touristes d'Aix-les-Bains et la vie mondaine qui s'y déroule et à laquelle il se mêle avec plaisir. Il dessine aussi les premiers amateurs de sports d'hiver dont il fait partie puisqu'il sera, toute sa vie, un skieur passionné et expérimenté, dévalant les pistes avec son ami, le jeune député radical socialiste Pierre Cot auquel on promet un brillant avenir (ce qui sera le cas et quand Cot deviendra ministre, d'abord sous-secrétaire d’État en 1933 puis par la suite ministre à plusieurs reprises, il fera entrer Jean Moulin dans son cabinet et les deux hommes seront aux avants postes de la formation du Front populaire), « son frère de substitution ».

Mais le pseudonyme de suffit pas toujours, quand il s'agit d'apporter sa contribution à la campagne électorale du candidat de gauche aux élections législatives, et le fonctionnaire, tenu au devoir de réserve, se réfugie alors dans l'anonymat pour défendre ses préférences avec mordant. Romanin n'hésite pas, parfois, quelque peu acerbe dans ce tract.
Grâce à de nouveaux amis savoyards, Jean Moulin prends aussi ses marques à Paris en particulier à Montparnasse qui est le point de convergence de l'avant-garde artistique. Pendant ses congés, il s'installe par prédilection à la brasserie du Dôme (sa préférence est identifiée grâce aux détails de ses dessins) puisqu'il représente les lieux, les artistes et les modèles auprès desquels il se trouve. 

D'autre part, il court les galeries ainsi que les expositions, et il fréquente les Académies. Il est toujours muni d'un carnet et croque sur le vif, la main obéit à l’œil pour saisir très rapidement un état d'âme, un sentiment, une situation. Ce travail se concrétise probablement dans sa série la plus célèbre consacrée à Montparnasse. Car « Romanin » a dorénavant ses entrées dans les plus grands journaux satiriques et les magazines d'actualité culturelle très éclectiques dont « Le Journal amusant », « Le « Rire », « Gringoire » « Candide... « Romanin » est connu et reconnu dans la profession et par le public. Mais, pour Jean Moulin, le dessin reste un passe-temps, un second métier à temps partiel qu'il exerce pour le plaisir car il ne perd pas de vue sa carrière.



   Muté en Savoie (Jean est très soucieux du progrès de sa carrière), plus exactement à la sous-préfecture austère de Châteaulin, en janvier 1930, Moulin se lie avec le député Charles Daniélou, maire de Locronan dans le Finistère, qui, en outre, lui transmet son amour pour la Bretagne. Jean Moulin croyait s'y ennuyer ferme mais il n'en est rien ! il va découvrir avec bonheur, les traditions et les paysages bretons. Grâce à son secrétaire, Jean-Baptiste Lucas, il fréquente le cénacle culturel et intellectuel, la fameuse bande de « l'hôtel de l'épée » à Quimper. Il y fait des rencontres décisives notamment avec le peintre et poète surréaliste Max Jacob (1876-1944), poète, peintre, romancier, mysticiste, proche des Dadaïstes et des Surréalistes tel qu' André Breton. 

Grâce à leurs discussions et d'éventuels travaux en commun, Jacob « déprovincialise » Moulin qui considère encore l'avant-garde comme un snobisme parisien. Jean affine ses goûts esthétiques, il s'ouvre à l'art moderne et il apprend de nouvelles techniques comme la gravure, les eaux-fortes et la céramique. Finalement, de plus en plus vers les années 1930, il tente à délaisser le dessin de presse mais en reste un amateur (à titre personnel car il est bien conscient que le satyrisme peut-être un petit éditorialiste, d'ailleurs ces dessins de presse continuent à beaucoup l'amuser) mais il a désormais d'autres centres d'intérêts voir d'autres urgences.

Tout d'abord, il se tourne vers l'illustration de textes littéraires ce qui est un pan de l'édition très en vogue dans les années 1930, il esquisse une série sur « l'enfant prodigue » en Provence et c'est le plus fort et plus explicite écho qui l'ait donné à la mort de son frère aîné Joseph survenue en 1907, ce frère dont il choisira sur ses premiers vrais-faux papiers en 1940 le prénom Joseph.



   Mais, peut-être est-il trop pudique pour mener ce projet à terme, et il choisit alors de s’intéresser au poète breton Tristan Corbière (1845-1975), artiste maudit, mort à 28 ans et fait l'acquisition d'un manuscrit inédit illustré par le poète lui-même. Jean Moulin décide de se perfectionner dans la technique de la gravure et des eaux-fortes avec le projet d'illustrer des recueils de poèmes de Tristan Corbière. Touché par ses textes, Jean Moulin réalise 8 eaux-fortes pour illustrer une nouvelle édition d'Armor (comme « Armorique), publiée en 1935. La fluidité, la gravité et surtout l'omniprésence de la mort s'imbriquent notamment dans la «fameuse « Pastorale de Conlie », relatant un événement tragique du conflit franco-prussien en 1870.




   Ce sera l’œuvre de sa vie malgré des projets ultérieurs parce que sa vie lui a été ôtée. Au moment de choisir une phrase servant de base au codage de ses télégrammes, en 1941, il se souviendra de deux vers de Tristan Corbière.
Pendant ce temps, il a également commencé sa propre collection de peintures et de ses dessins au gré de ses coups de cœur et de ses moyens financiers. 

Dans ses Mémoires, marguerite Cerruty, son épouse, mentionne qu'il commença sa collection en Savoie, durant leur mariage. Admirateur de l'impressionnisme, et en particulier de la sensualité de Renoir, il privilégie néanmoins l'art moderne avec un goût marqué pour les nus féminins et les paysages. il se lance dans une collection de peintures, économisant pour pouvoir s’offrir les œuvres d’art moderne dont il découvre la puissance : Soutine, Goerg, Friesz, Kisling. C'est peut-être une manière de célébrer l'art de vivre à la française qui chancelle. Enfin, son engagement politique accru ne lui laisse plus le temps ou le désir de dessiner sur un mode comique et léger si ce n'est que pour quelques occasions exceptionnelles.



En dehors de la parenthèse du « Carnet de la semaine », d'inspiration radicale socialiste, Jean Moulin a peu pratiquer le dessin politique. Et pourtant, il a réalisé certaines de ses meilleures caricatures en s'en prenant au fascisme. Par exemple, il représente avec beaucoup d'humour l'industriel François Coty reconverti en leader populiste aux tendances mafieuses quant à Mussolini c'est un de ses sujets de prédilection. Il en résume la dictature en le représentant seul dans la salle du Conseil des Ministres après s'être arrogé tous les portefeuilles. Ce seront les derniers rires car Jean Moulin a été bouleversé par les émeutes du 6 février 1934 et aux débats parlementaires d'une extrême violence dont l'émeute fut la toile de fond.

A partir de ce moment, il considère que la Démocratie était en danger, que la montée des périls est imminente, surtout depuis l'accession au pouvoir du chancelier Hitler en 1933 en Allemagne. Il va désormais se consacrer au combat contre le fascisme en France et en Europe en particulier en étant l'artisan de l'aide aux républicains espagnols durant la guerre civile alors qu'il est chef de Cabinet du Ministre de l'Air Pierre Cot.
La carrière de Jean Moulin continue. Après avoir appartenu au gouvernement du Front populaire, il est nommé plus jeune préfet de France en Aveyron en 1937 (titre qui luis sera ravi par le tristement célèbre René Bousquet), puis est nommé à Chartres en février 1939, il remet alors la main au crayon pour dessiner l'affiche du 150ème anniversaire de la révolution française, en bon républicain qu'il est. 

L'exposition n'aura pas lieu en raison de l'éclatement de la guerre en septembre le 1er septembre 1939.
Jean Moulin va se démener pour être mobiliser, en vain. On considère qu'il est plus utile dans sa préfecture d’Eure-et-Loir, loin du front ce qui le désole... Mais, le déclenchement de l'offensive allemande en mai 1940 et sa progression fulgurante vont conduire l'ennemi jusqu'à lui. Il a, à ce moment-là, remiser sa collection, dans un garde meuble. Cramponné à son poste, malgré la désertion des services publics, entièrement consacré à secourir les réfugiés ainsi que les populations abandonnées sur les routes et les bombardements, il prend exceptionnellement des notes car il estime que ses jours pourraient bien être ses derniers jours. 

Il refuse de céder aux exigences allemandes ce qui l'amène aux portes de la mort, soit en refusant d'accuser de crimes contre des civils des tirailleurs sénégalais que le préfet a risqué sa vie alors que Romanin 10 ans plutôt s'était laissé aller à des plaisanteries faciles. Il va demeurer à son poste préfectoral pour protéger ses administrés et démis de ses fonctions le 4, novembre 1940. Les notes qu'il a pris en 1940 et remisé durant l'hiver 1940-41 à Montpellier sont publiés en 1947 sous le titre choisis par sa sœur « Premiers combat »[1]. A 41 ans, il est mis à la retraite d'office en raison de ses positions politiques.
Jean moulin a déjà son projet inspiré par la clandestinité dans la guerre d'Espagne. il veut recenser les groupes clandestins qui sont en train de se constituer spontanément pour participer à la libération de la France et il veut aller chercher, pour eux, une aide matérielle extérieure.

Pendant cette enquête et ses préparatifs de départ clandestin, il donne le change en particulier à Marseille en compagnie de son amie et amante Antoinette Sachs (ou Sasse)[2], égérie du poète Paul Géraldy, avec laquelle il s'installe à l'hôtel « Moderne » pour enquêter sur l'émergence des noyaux de résistance en Zone Non Occupée. Jean Moulin parvient à quitter la France sous sa fausse identité de Joseph Mercier, en septembre 1941. Il gagne l'Angleterre en transitant par l'Espagne et le Portugal (où il demeure 1 mois et rédige un rapport sur l'état et les besoins sur ce qu'on appelle pas encore la Résistance.

Le 21 octobre 1941, après un débriefing des Services Secrets anglais, il rencontre le général de Gaulle et, malgré leurs évidentes divergences d'opinions et de parcours, il choisit de se placer sous les ordres du chef de la France libre pour atteindre leurs objectifs communs soit la libération de la France et le rétablissement de la République. Il reçoit du général l'ordre de fédérer les groupes de résistants et de les placer sous l'autorité du général de Gaulle comme seul chef de la Résistance où qu'elle se trouve. Il mène ses projets à bien pendant 18 mois avec en particulier la création de l'AS et du CNR le 27 mai 1943 en dépit d'énormes obstacles matériels de dissensions aiguës voir parfois très aiguës entre résistants et d'une répression de plus en plus efficace.

Et durant ces 18 mois, Jean Moulin s'efforce de s'assurer une couverture crédible en ouvrant à Nice une galerie d'art moderne la galerie « Romanin ». Donc, il puisse dans sa propre collection, mais aussi , il multiplie les emprunts et les achats qui sont supposés justifier ses incessants déplacements tant en zone libre qu'en zone occupée et il parvient ainsi à faire organiser trois expositions dont une inauguration à la veille de son 2ème départ pour Londres en février 1943. Et ces moments rares lui procurent un exutoire salutaire dans sa dure clandestinité, il plaisante ou pas en affirmant qu'après la guerre il voudrait devenir Ministre des Beaux-Arts pour réformer la statuaire publique. Or, faudrait-il survivre...

Au printemps 1943, il se sait traqué à la fois par la Gestapo et la police de Vichy mais se concentre sur l'Armée Secrète. Max, représentant du général de Gaulle en France, ministre en mission, se sait condamner à plus ou moins longue échéance, un « mort un sursis » tel qu'il l'avoue à sa sœur Laure. Pour éradiquer Max, la Gestapo utilise les informations qui s'ébruitent à la faveur des déchirements de la Résistance. Le journal de sa mission tient désormais dans ses télégrammes, ses rapports et ses lettres au général de Gaulle. Mais, de temps en temps, Jean Moulin reprend le rayon pour son plaisir. Il dessine les contours d'un clocher comme il l'a fait tout au long de sa vie ou croque sur une nappe en papier ses trois officiers de liaison. Son dernier dessin est réalisé lors de son séjour dans l'Ain, au sein de la famille d'une de ses secrétaires résistantes, un moment de sérénitude et de quiétude, le calme avant la tempête.



[1]Jean Moulin (Max), Premier Combat : journal posthume, 1947, éditions de Minuit.

[2]Pierre Péan et Laurent Ducastel, Jean Moulin, l’ultime mystère, Paris : Albin Michel, 2015.

 

   André Malraux accréditera le récit selon lequel il aurait caricaturé son bourreau quand Barbie lui tendit une feuille de papier pour qu'il livre des noms.

  

Il aura fallu plusieurs jours pour que Jean Moulin, arrêté le 21 juin 1943 à Caluire soit identifié. En effet, il avait été arrêté et incarcéré sous l'identité de Jacques Martel, peintre décorateur. Dès lors qu'il est identifié, commence son calvaire. Il disparaît dans des circonstances qui sont fort mal élucidées. Sa mort est actée le 8 juillet 1943 en gare de Metz et son corps rapatrié à Paris pour y être incinéré dans le plus grand secret.
La galerie « Romanin » ferme précipitamment. Sa sœur, cependant, garde le magasin en espérant que son frère survive et avec l'idée qu'il voudrait peut-être rouvrir sa galerie.

Après la confirmation de sa mort, au printemps 1945, le nom de Jean Moulin est révélé en particulier à l'occasion de la célébration du second anniversaire de la création du CNR. Le député Gabriel Delattre, qui a un peu connu Moulin avant la guerre, n'en revient pas : « Max, le premier chef de la Résistance était autrefois Moulin, chef de Cabinet de Pierre Cot. Un gentil garçon, menu, souriant, un peu léger, pirouettant. L'occupation en fit un héros. Derrière cette condescendance surgit une vérité, Jean Moulin n'est pas né héros. Il a choisi sa vie et parce qu'il a aussi choisi sa mort, il en a fait un destin ».

Ses amis ne s'y trompent pas et se mobilisent dès 1945 pour honorer sa mémoire, à commencer par ses amis d'enfance et de jeunesse héraultais qui bien souvent ont partagé son amour de l'art. Une nouvelle ère s'ouvre où Jean Moulin devient le sujet de représentations commémoratives et monumentales puis une icône.
Comment ne pas oublier la force et vibrante émotion du discours prononcé par André Malraux, alors ministre de la Culture, lors du transfert de ses cendres au panthéon le 19 décembre 1964. Et que dire de l'iconique photo prise par son ami d'enfance Marcel Bernard (1902-1991) qui illustre avec force la figure de son ami d'enfance et héros de ces années de plomb...Le dessinateur expérimenté et talentueux est désormais éternel.








2025
Septembre

                          « Histoire du Convoi du 24 janvier 1943 : Auschwitz-Birkenau. »

                  Film documentaire de Claude Alice Peyrottes et Alain Cheraft

                                                      ©2001 



C’est un long cheminement qui nous a conduit à la réalisation de ce film documentaire, présenté le 7 novembre 2025 à Montagnac.
En 1993 co-directrice avec Patrick Michaëlis de la Compagnie théâtrale Bagages de Sable[1] nous avons découvert[2] l’œuvre littéraire de Charlotte Delbo, conçu et réalisé un projet de lectures publiques et nationales des trois textes qui forment la trilogie : Aucun de nous ne reviendra, une connaissance inutile, Mesure de nos jours et Le convoi du 24 janvier. Une œuvre bouleversante.

Faire connaître et partager les écrits de Charlotte Delbo, écrivaine majeure, parmi les écrivains témoins de la déportation en contribuant à la réédition de ses œuvres alors très peu connues, mettre en lumière des femmes engagées dans la résistance française, ses compagnes de déportation telle a été notre entreprise pendant deux ans qui a abouti dans sa forme en 1995, inspirés par ses propos dans l’émission Radioscopie de 1974 : « (…) c’est à la scène qu’on entend les paroles proférées, dans la lecture on est seul, on relit, on peut être touché, par les mots. (…) On est moins atteint me semble-t-il, c’est à dire que dans la lecture on a des mots et à la scène on a des paroles »

Charlotte Delbo N° 31 661 Manifestation littéraire et théâtrale.[3]

Le vendredi 3 février[4] 1995 à 19h, au même moment à la même heure sur un signal donné par une speakerine de France Culture, 320 comédiennes deux par deux, dans les 160 communes dont étaient originaires les 230 femmes du convoi du 24 janvier 1943 ont lu à voix haute toute une nuit l’œuvre de Charlotte Delbo. Comme un chœur antique.
Une émission « Agora » précédait cette lecture : un échange entre Marie-Claude Vaillant Couturier[5] résistante déportée à Auschwitz-Birkenau, témoin au procès de Nuremberg et Geneviève de Gaulle Anthonioz[6], résistante déportée à Ravensbrück.



[1] La compagnie théâtrale Bagages de Sable constituée en 1989. Conventionnée par le  Ministère de la culture et de la communication.

[2] Grâce à Yves Thouvenel, comédien.

[4] Un livre retrace cette manifestation : Les Veilleuses de Sylviane Gresh (Editions Le Bruit des autres)

[5] Marie-Claude Vaillant-Couturier ( 1912-1996) est une femme politique française communiste et résistante. Députée communiste de 1945 à 1958 puis de 1962 à 1973.

[6] Geneviève de Gaulle Anthonioz (1920-2002) nièce du Général de Gaule. Résistante dans le groupe du Musée de l’Homme et dans le réseau Défense de la France, arrêtée par la Gestapo déportée à Ravensbrück. Présidente d’A.T.D Quart Monde de 1964 à 1998.



La réalisation de ce projet théâtral et littéraire nous a donné l’occasion de rencontrer et de créer des liens d’amitié et de confiance avec les survivantes de ce convoi. Une chance. Parmi toutes celles que nous avons rencontrées onze ont accepté de témoigner. Certaines n’ont pu le faire pour des raisons de Santé ce qui fut le cas de Marie-Claude Vaillant-Couturier, d’autres parce que la remémoration de cette période douloureuse les mettait à vif, les faisait trop souffrir.

Témoignage de l’historienne Annette Wieviorka[1] en 2013.
« Dans ce film, onze des compagnes de Charlotte y sont interrogées. Des personnalités hors du commun, vivantes, chaleureuses, solidaires. Ce chœur de femmes raconte ce que fut la déportation, et l'improbable survie à Auschwitz. Soixante-dix ans après leur déportation, le temps a fait son œuvre et elles ne sont plus là en chair et en os pour raconter. Ce film permettra de faire pénétrer dans les classes une parole vivante, palliant la disparition des témoins.»


Charlotte Delbo 1913-1985

Charlotte Delbo est née le 10 août 1913 à Vigneux-sur-Seine (Essonne) dans une famille issue de l’immigration. Son grand-père paternel, Carlo Giuseppe Delbo, ouvrier mécanicien né en Lombardie en 1834 et son épouse d’origine flamande, Rosalie Van Cotthem née à Tamise en 1852, tous deux naturalisés français en 1895. Leurs quatre enfants nés sur le sol français, dont le père de Charlotte Delbo seront français selon la loi de 1889 du droit du sol.
Les parents de Charlotte Delbo, Charles François Delbo ouvrier chef Riveteur et Erminia Catterina Morero, née à Torre-Pellice dans le Piémont arrivée en France à l’âge de dix-sept ans se sont mariés à la mairie du 12 ème arrondissement en 1911.

Issue de ce milieu ouvrier modeste Charlotte Delbo est l’aînée de quatre. Elle commence à travailler comme secrétaire à l’âge de dix-sept ans après avoir appris en autodidacte la sténodactylographie. En 1930, elle rencontre par hasard Henri Lefebvre[2] alors jeune professeur de philosophie et suit ses cours du soir dans le quartier de la Sorbonne. En 1932 elle adhère aux jeunesses communistes. Le jour de la St Georges un 23 avril 1934, elle rencontre Georges Dudach[3] son futur mari fervent militant communiste. Ils se marient en 1936 dans le 3 ème arrondissement.

En 1937, Georges Dudach est rédacteur en chef de la revue communiste Les Cahiers de la Jeunesse Charlotte Delbo y écrit des articles dans la rubrique culturelle. C’est à l’occasion d’un article sur le cinéma qu’elle rencontre pour l’interviewer le comédien et directeur du théâtre de l’Athénée Louis Jouvet[4]. Après avoir relu son article Louis Jouvet l’engage aussitôt. Elle a 24 ans. Une rencontre décisive. Pour celle qui sentait depuis son jeune âge (à 15 ans elle écrivait des romans), qu’elle avait une « vocation d’écrire », pour celle qui voulait « tout tranquillement être professeur de philosophie » elle déclarera plus tard : « mais le théâtre m’a passionné beaucoup plus encore »[5]


[1] Annette Wieviorka, historienne, spécialiste de la Shoah et de l’histoire des juifs au XXe siècle.

[2] Henri Lefebvre (1901-1991) est un philosophe, sociologue français. Résistant.

[3] Georges Dudach (1914-1942) Dirigeant des Jeunesses Communistes, organisateur des Intellectuels dans la Résistance et chargé de liaison au Front National des Intellectuels 

[4] Louis Jouvet (1887-1951) Comédien, metteur en scène, professeur au Conservatoire National d’Art Dramatique, directeur du théâtre de l’Athénée, auteur d’ouvrages pédagogiques sur la formation du comédien.

[5] Emission Radioscopie de Jacques Chancel 1974


Théâtre, écriture et engagement

Pendant quatre ans, elle est la secrétaire particulière de Louis Jouvet au théâtre de l’Athénée. Elle l’assiste dans les cours de théâtre qu’il donne au Conservatoire d’Art Dramatique, rue de Madrid à Paris, cours qu’elle prend en sténo puis retranscrit : « Ces notes qu’il lisait toujours très attentivement quand je les lui remettais n’ont pas été corrigées par lui et il ne m’a jamais engueulée à leur sujet. » écrit-elle en 1966 dans la Nouvelle Revue Française.

© Photo Agence Philippe Bernand.
                                       Le cours de Louis Jouvet au Conservatoire d’Art dramatique.


Le 3 septembre 1939, la France et ses alliés déclarent la guerre à l’Allemagne. Georges Dudach est mobilisé puis exilé dans un bataillon disciplinaire en Algérie, après la dissolution du Parti communiste le 26 septembre 1939.
En juin 1940, les troupes allemandes entrent dans Paris. Le 22 juin 1940 Pétain, fait signer l’armistice avec le troisième Reich à Rethondes dans la forêt de Compiègne. Autoproclamé « chef de l’État français », à 84 ans, il met en œuvre une politique de collaboration avec les nazis. Quatre années pendant lesquelles le gouvernement de Vichy traquera tous les « indésirables », juifs, résistants communistes et gaullistes, républicains espagnols, tous les opposants.tes à ce régime funeste.

Le 1er septembre 1940, revenu de son exil, Georges Dudach entre dans la Résistance Intérieure sous le prénom de « André ». Il a 26 ans.
Les autorités allemandes interdisent à Jouvet de mettre en scène les œuvres de Jules Romain et Jean Giraudoux. Pour échapper à la censure et assurer la subsistance de sa troupe, il décide alors d’organiser une tournée d’abord en zone Non-Occupée, en Suisse puis en Amérique du sud. Il demande à Charlotte Delbo de le suivre, ce qu’elle fait à contrecœur.

Le 29 octobre 1941, elle quitte Louis Jouvet à Rio de Janeiro : « Il faut que je rentre. Je ne peux pas supporter d’être à l’abri pendant qu’on guillotine les camarades. Je n’oserais plus regarder personne, après. »[1] Jouvet lui dit au revoir, ému aux larmes : « Ne pars pas folle, que tu es. Tu vas te jeter dans la gueule du loup »[2] . Rien n’y fait. 

[1] Le convoi du 24 janvier (Editions de Minuit) p.101

[2] Idem, p.101

Elle monte à bord du bateau qui l’emmènera jusqu’à Lisbonne en novembre 41, puis de Lisbonne à Pau où Georges Dudach l’attend. Ils gagnent Paris par des routes différentes. A Paris, ils louent un studio sous un faux nom et entrent ensemble dans la clandestinité, dans « le brouillard » 95 rue de la Faisanderie dans le 16 ème arrondissement.
Le 2 mars 1942, Charlotte Delbo et son mari Georges Dudach sont arrêtés par les Brigades Spéciales[1] de la police française à leur domicile. Pris dans un vaste « coup de filet » sous l’action de la police de Vichy pour démanteler d’importants groupes communistes. Ce sera l’affaire « Pican-Cadras » qui fera tomber de nombreux résistants.
 

Charlotte Delbo, après avoir subi les interrogatoires de la Gestapo rue des Saussaies[2], sera internée à la prison de la Santé le 23 mars 1942 : NN « Nuit et Brouillard». Son mari à la prison du Cherche-Midi puis à la Santé.

 

Georges Dudach, Archives municipales d'Ivry



[1] Les BS (Brigades Spéciales de la police de la France de Vichy) elles dépendent des Renseignements Généraux et sont spécialisées dans la traque des « ennemis intérieurs » communistes et autres réfractaires au régime de Vichy sous occupation de l’Allemagne nazi.

[2] L'immeuble du 11 rue des Saussaies devient en 1940, le siège de la Police de Sûreté Allemande qui comprenait dans ses services, la section IV connue sous le nom de Gestapo.

 

« Georges a été fusillé le 23 mai au Mont-Valérien. Je lui ai dit adieu ce matin-là à la Santé. Deux feldwebels m’ont menée près de lui. Il avait 28 ans »[1]
Cinq mois après son emprisonnement à la Santé, le 24 août 1942, elle est transférée au Fort de Romainville, le seul camp avec ceux de Compiègne et Drancy à être sous administration allemande dans la France occupée. Elle y fera la connaissance de ses camarades de déportation.

En ce mois d’août 1942, elles sont une cinquantaine de militantes communistes enregistrées sous le numéro 31 000. Certaines comme elle ont perdu leur mari, fusillé comme otage, c’est le cas de Germaine Pican et de Lucie Mansuy qui témoignent dans le film. Pour lutter contre la démoralisation, elles s’organisent.
Les chambrées se transforment en classes où sont donnés des cours d’anglais, de littérature ; en salle de répétition où elles montent des spectacles, disent de la poésie. Charlotte Delbo met en scène et transmet le répertoire classique du théâtre. Elles peuvent recevoir du courrier et des colis. Malgré la censure, des messages codés arrivent à passer grâce à leur ingéniosité et celles des familles. Elles forment un groupe uni. « Leur cohésion peu commune sera à la base des solidarités vécues par la suite. »[2]

Le 22 et 23 janvier 1943, après cinq mois d’internement, elles quittent le Fort de Romainville et sont conduites au camp de Royallieu[3] à Compiègne.
Au matin du 24 janvier, les 230 sont transportées dans des camions à la gare de marchandises de Compiègne. Elles lancent aux passants « Nous sommes des françaises. Des prisonnières politiques. Nous sommes déportées en Allemagne »[4] Elles ignoraient ce qui les attendait.
Avant le départ, on leur a distribué un viatique, un morceau de pain et du saucisson. A peine descendues des camions, des soldats allemands les font monter sans ménagement dans quatre wagons à bestiaux. Dans celui de Charlotte, elles sont 27.
Trois jours et trois nuits de train avant d’arriver à Auschwitz-Birkenau.

Le 27 janvier, le train s’immobilise sur la voie d’une improbable gare : « Une gare qui n’est pas une gare. C’est la fin d’un rail.»[5] Elles ne savent pas où elles sont. Ce n’est qu’au petit matin que les portes des wagons verrouillées sont ouvertes avec fracas. Elles descendent du train sous les hurlements d’ordres lancés en allemand, aboiements des chiens, cliquetis des armes dans le froid glacial de Silésie.
En colonne, 5 par 5, encadrées par les soldats et les chiens, elles sont dirigées vers l’entrée du camp à environ 1km de là. Aucune ne se souvient précisément qui a entonné la première la Marseillaise mais elles l’ont toutes reprise en chœur et sont entrées dans le camp en la chantant haut et fort.



[1] Le convoi du 24 janvier (op.cité) p. 102

[2] Les oubliées de Romainville, un camp allemand en France (1940-1944) Thomas Fontaine (Edition Tallandier) 2005

[3] La caserne de Royallieu construite en 1913, fut transformée en camp d'internement pour prisonniers politiques de 1941 à 1944. Plus de 50 000 internés y transitèrent avant d'être déportés vers les camps nazis, c’est le deuxième camp de France après Drancy.

[4] Le convoi du 24 janvier (op.cité) p.9

[5] Aucun de nous ne reviendra (Ed de Minuit) p.11



Elles sont aussitôt conduites dans un block pour la désinfection. On les dépouille de leurs effets personnels qu’elles mettent dans leurs valises, confisquées.
Cheveux coupés au ciseau au ras du crâne, nues, badigeonnées avec un chiffon trempé de pétrole, tatouées avec un numéro sur l’avant-bras gauche, sur celui de Charlotte le n° 31 661.
On leur jette des vêtements rayés qu’elles porteront jusqu’à leur sortie du camp pour celles qui ont eu la chance d’en sortir, puis viennent les chaussures, des godillots, des socques à semelle de bois, des chaussures parfois dépareillées : « Pendant des mois j’ai veillé sur mes godasses. Je les gardais sous ma tête pour dormir. Aller pieds nus à l’appel, c’était la mort ».[1]

On leur distribue des numéros en calicot à coudre sur la poitrine de la veste avec le triangle rouge qui les signale « politique ». C’est le processus de déshumanisation, elles sont maintenant des numéros, des chiffres qu’elles devront apprendre par cœur en allemand pour répondre « présente » aux longs appels matin et soir et parfois dans la journée. Elles ont perdu leurs cheveux, leurs poils humbles protections contre le froid. Elles sont devenues des ombres, ne pouvant se laver pendant des mois. Humiliées, brutalisées, sous-alimentées, malades du typhus, elles souffrent de tous les traitements qu’on leur inflige et de ce qu’elles voient.

Jusqu’au bout elles resteront solidaires avec l’espoir de revenir, de survivre à cet enfer « inimaginable ». Pour Charlotte de témoigner pour qu’on n’oublie pas, « Si je rentre j’écrirai un livre et j’en connaissais déjà le titre : Aucun de nous ne reviendra, un vers d’Apollinaire »
Le 3 février 1943, elles sont conduites au camp des hommes Auschwitz I (environ 2 kilomètres de Birkenau). Elles franchissent la porte surmontée de la devise « Arbeit macht frei » (le travail libère ou rend libre) et 5 par 5 elles sont passées à l’anthropométrie.
Chacune d’entre elles est photographiée de profil de face et de trois quarts. Ces plaques de verres seront sauvées du feu et cachées par des résistants polonais. Juste avant la libération des camps les nazis essayeront par tous les moyens de faire disparaitre toutes les traces qui pourraient témoigner de leur barbarie.

Archives : Lieu de commémoration et musée Auschwitz-Birkenau[2]

                                                     


[1] Le convoi du 24 janvier (op.cité) p.14

[2]https://www.auschwitz.org/

 

Dans les premiers huit jours, dix sont mortes, parmi les plus vieilles. Trois mois plus tard le 10 avril 1943, cent soixante sont mortes, décimées par l’épidémie de typhus.
En mai 1943, un petit groupe dont Charlotte Delbo fait partie, est affecté dans un camp annexe à Raisko[1] à deux kilomètres de Birkenau. Elles s’y rendent tous les jours à pied puis s’y installeront en juillet. Les conditions sont meilleures qu’à Birkenau bien que cela soit relatif.
A Raisko, aucune perte.

En août 1943, celles qui sont restées à Birkenau seront mises en quarantaine dans un block à part : « La quarantaine c’était le salut. Plus d’appel, plus de travail, plus de marche, un quart de litre de lait par jour, la possibilité de se laver, d’écrire une fois par mois, de recevoir des colis, des lettres. »
Fin novembre 1943 elles ne sont plus que 52.
Le 7 janvier 1944, huit du groupe de Raisko sont choisies pour être transférées à Ravensbrück dont Charlotte Delbo, et cinq parmi celles qui témoignent dans le film, Christiane Charua[2] (Cécile Borras) Madeleine Doiret, Lucienne Serre/Thevenin (Lulu) et sa sœur Jeanne Serre (Carmen).

Charlotte Delbo et certaines de ses camarades travaillent à l’usine Siemens dans un atelier attenant au camp où on fabriquait des bobines de radio.
Aucune n’est morte à Ravensbrück.
Huit mois plus tard le 23 avril 1945, le jour de la saint Georges, Charlotte et quelques-unes de ses camarades sont libérées par la Croix Rouge suédoise.
Prises en charge en Suède, elles vont être soignées, bien nourries, et vont pouvoir communiquer avec leurs familles. Elles y resteront deux mois.

Le 23 juin 1945 elles arrivent en France à l’aéroport du Bourget et sont aussitôt conduites à l’Hôtel Lutetia réquisitionné pour accueillir tous les déportés et les prisonniers de guerre. La plupart y retrouvent leurs familles : « Sur les deux cent trente qui chantaient dans les wagons au départ de Compiègne, le 24 janvier 1943, quarante-neuf sont revenues, après 27 mois de déportation. Pour chacune un miracle qu’elle ne s’est pas expliqué ».[3]
Charlotte Delbo femme de lettre, écrivaine
« Si vous voulez rendre compte de la souffrance, vous ne pouvez pas seulement décrire, il faut transmettre l’émotion, la sensation, la douleur, l’horreur. Il ne faut pas décrire, il faut donner à voir. Donner à sentir.[4] »



[1] Raisko, (ou Rajsko) est un camp annexe (ou sous-camp) d’Auschwitz-Birkenau où se pratiquait dans un laboratoire des recherches sur le kok-saghiz, une sorte de pissenlit découvert en Asie Centrale (Tadjikistan) dont la racine contient du latex qui peut être transformé en caoutchouc. Le laboratoire était dirigé par le docteur SS Caesar, responsable des opérations agricoles du camp qui comportait de nombreuses serres.

[2] Cécile, une 31 000, communiste, déportée à Auschwitz-Birkenau. Christiane Borras. Edition Texte & prétexte © 2006

[3] Le convoi du 24 janvier (op.cité) p.22

[4] Entretien dans La nouvelle Critique n°167 juin 1966

  

Photo © Eric Schwab DR

                                                    Charlotte Delbo dans sa maison de campagne,
                                                                une ancienne gare désaffectée à Breteau, (Loiret) années 70


Six mois après son retour des camps, Charlotte Delbo écrit un premier texte Aucun de nous ne reviendra, titre extrait d’un poème d’Apollinaire La maison des morts. Ce texte sera d’abord publié en 1965 (20 ans après son retour) aux éditions Gonthier (Collection Femme) puis aux éditions de Minuit en 1970.« Ce que j’ai écrit a pour moi une importance très grande. C’est un livre qui me tient à la peau du ventre. J’avais la volonté de le faire et surtout le besoin de le faire. Un besoin que tous ont eu là-bas : dire, dire au monde ce que c’était. »[1]

En janvier 1946, elle reprend son travail auprès de Louis Jouvet, mais encore très fatiguée elle ne se fait pas au rythme du travail au théâtre. Après un mois, en accord avec son « patron » elle part en maison de repos à Mont-sur-Lausanne en Suisse « Les hortensias »[2].
Charlotte Delbo y résidera 5 mois.

Pendant cette période elle écrit des poèmes, des nouvelles, qui seront édités dans différents journaux et revues suisses. Elle correspond avec Louis Jouvet qui la soutient fidèlement.
Après une courte reprise au théâtre de l’Athénée, elle réussit le concours pour entrer à l’ONU à Genève où elle effectuera des missions dans de nombreux pays, d’avril 1947 à septembre 1960, date à laquelle elle en démissionnera. Elle a 47 ans.

[1] La Nouvelle critique (Op.cité)

[2] Retour à la vie-l’accueil en Suisse romande d’anciennes déportées françaises de la Résistance (1945-1947) d’Eric Monnier et Brigitte Exchaquet-Monnier. Edition Alphil 2013

 

A partir des années 60, elle sera l’assistante du philosophe et sociologue Henri Lefebvre d’abord à l’université de Nanterre, à Strasbourg, puis au C.N.R.S à Paris où elle terminera sa carrière en 1978 à l’âge de 65 ans.
Durant toutes ces années jusqu’à sa mort à Paris, le 1er mars 1985 à l’âge de 72 ans, elle publiera de nombreux textes, théâtre, poésie, nouvelles, articles, notamment dans Le Monde à l’invitation de son ami François Bott[1] chef du service littéraire, directeur de Le Monde des livres.

« Charlotte Delbo n'éprouvait aucun désir de vengeance quand elle songeait aux SS. Elle aimait trop la vie pour donner au ressentiment ce qu'il réclame. Je me souviens de sa curiosité, de ses inclinations pour les gens, et du soin qu'elle mettait dans les moindres gestes de l'existence. Qu'une personne revenue de la pire détresse ait conservé un tel goût de vivre, cela tordait le cou à nos petites mélancolies, comme à nos vaines querelles. » François Bott « Mort de l'écrivain Charlotte Delbo»[2]


Plaque commémorative apposée en 2014 au 33 rue Lacépède dans le 5 ème arrondissement. Dernier domicile de Charlotte Delbo[3]au moment de son arrestation avec son mari Georges Dudach

Dire et redire que ces femmes, issues de toutes les régions de France et d’ailleurs, d’origines sociales diverses, souvent modestes, se sont engagées, parfois très jeunes, alors qu’elles n’avaient pas le droit de vote, dire ces mères qui n’ont pas hésité à laisser leurs enfants à des proches pour disparaître dans la clandestinité au risque de leur vie. Aujourd’hui encore d’anciennes plaques commémoratives ne signalent pas leur présence et leur engagement dans la Résistance aux côtés de leurs compagnons résistants.

Ces femmes longtemps, trop longtemps « invisibilisées » dirait-on aujourd’hui, ont montré par leur courage et leur détermination la place importante qu’elles ont prise pour faire advenir une certaine idée du Bonheur dans la Liberté.
Entre 1995 et 1996, nous sommes allés avec le co-réalisateur Alain Cheraft et un cameraman, à leur rencontre, sillonnant les régions de France pour les filmer chez elles. Un questionnaire leur était préalablement envoyé afin qu’elles puissent se préparer à répondre, ou pas, à nos demandes. 

 

[1] François Bott (1935-2022), écrivain, journaliste, rédacteur en chef du Magazine Littéraire qu’il a cofondé en 1966. En 1968 il rejoint le service littéraire du Monde et dirige « Le Monde des Livres » pendant 8 ans.

[2] Article dans le Monde du 4 mars 1985, cité sur le site https://www.leseditionsdeminuit.fr/auteur-Charlotte_Delbo-1518-1-1-0-1.html

 


Leur donner la parole, recueillir leurs témoignages, écouter et respecter leurs silences dans une continuité, faire entendre la fluidité de leur récit révélé par le travail de montage.


Extraits des notices biographiques du livre de Charlotte Delbo

Le convoi du 24 janvier édité en 1965


Lucienne (Lulu) Thévenin (née Serre) et Jeanne Serre (Carmen)
Leur père était marin de commerce, leur mère était femme de ménage.
Lucienne est l’aînée de quatre, elle est née le 16 juillet 1917 à Marseille. Jeanne est née à Ysserville-les-Ysserts (Algérie) en juillet 1919. Elles ont été élevées à Marseille où elles sont allées à l’école communale. Lucienne a travaillé comme secrétaire, Jeanne a quitté l’école à 12 ans et elle est rentrée en usine. En 1937, la mère et les enfants quittent Marseille pour venir à Paris.
En 1939 à la déclaration de la guerre, Lucienne et Jeanne militent dans la Jeunesse Communiste.

L’organisation est interdite mais maintient son activité. La mère chez qui des tracts étaient entreposés est arrêtée chez elle, libérée six mois plus tard. Les enfants se cachent. En juin 1941 elles reprennent le combat, les deux sœurs s’occupent de recruter des combattants, de transporter du matériel. Elles sont arrêtées en même temps, le 19 juin 1942, avenue Trudaine à Paris chez des résistants. Elles passent aux renseignements généraux puis sont envoyées au dépôt. Pendant longtemps personne n’a su que Lulu et Carmen étaient deux sœurs.
Elles sont transférées à Romainville le 10 août 1942.

Lucienne Thévenin, Lulu
Auschwitz N° 31 642
Jeanne Serre, Carmen
Auschwitz N° 31 637


Les deux sœurs ne se sont jamais quittées. Elles se tenaient toujours par le bras pour être sûres d’être prises en même temps. Elles sont les deux seules sœurs qui soient revenues. Elles sont allées ensemble à Raisko, ont été transférées à Ravensbrück le 7 janvier 1944, ont été évacuées en avril 1945, sont finalement arrivées en Suède, puis ont été rapatriées, Lulu le 23 juin 1945, Carmen le 28.
Lulu est homologuée sergent dans la R.I.F[1]. Carmen également sergent R.I.F

 

 Le jour du tournage du film Lulu a 78 ans, Carmen 76.


[1] R.I.F, Résistance Intérieure Française englobe l’ensemble des mouvements et réseaux clandestins qui ont combattu pendant la 2eme guerre mondiale

 

Simone Sampaix

Elle est née le 14 juin 1924 à Sedan, c’est la plus jeune des trois enfants de Lucien Sampaix, Secrétaire Général de l’Humanité, fusillé le 15 décembre 1941. Elle faisait partie d’une petite bande de garçons et de filles tous jeunes communistes avant la guerre. En 1940, les jeunes gens étaient passés au bataillon de la jeunesse puis à l’organisation spéciale du parti communiste, puis aux F.TP.[1] Le 15 mai 1942, Simone inquiète de ne pas avoir de nouvelle d’un de ses camarades va chez les Grunenberger, rue de la Goutte d’or, pour avoir de ses nouvelles. Les gens n’étaient pas chez eux, les policiers des Brigades Spéciales y étaient à leur place, elle tombe dans le piège policier.

Le 17 mai après avoir subi un interrogatoire, elle est conduite au dépôt de la Préfecture de police. Gravement malade, elle est hospitalisée à l’infirmerie de la prison de Fresnes. Renvoyée au dépôt le 28 septembre, à peine guérie, elle a été transférée à Romainville le 27 octobre 1942.

Simone Sampaix
Auschwitz N° 31758


A Birkenau elle a été malade pendant des mois et n’est pour ainsi dire pas sortie du Revier[2]jusqu’à « la quarantaine ». Transférée à Ravensbrück avec le reste du groupe le 2 août 1944. elle a été libérée de Ravensbrück par la Croix Rouge suédoise, évacuée sur la Suède d’où elle a été rapatriée le 10 juin 1945. Elle est revenue très atteinte. Elle s’est mariée, a eu un enfant, a divorcé.
Simone Sampaix a eu 20 ans à Auschwitz-Birkenau.
Plus d’expériences et de malheurs en peu d’années qu’on en subit en trois vies entières.



 

 

 

 

 

 



Au moment du tournage du film Simone a 71 ans.

[1] F.T.P . Francs-Tireurs et Partisans mouvement créé par le parti communiste en 1941

[2] Le Revier : abréviation de l'allemand Krankenrevier, le quartier des malades. Dans le langage du camp, « l’infirmerie » où les malades recevaient peu de soins en l’absence de médicaments.



Germaine Pican 

Elle est née le 10 octobre 1901 à Malaunay en Seine Maritime. Institutrice, elle milite avec son mari également instituteur, ils ont deux filles. André est responsable du parti communiste en Seine inférieure, puis des F.TP. Il est très actif ainsi que Germaine, institutrice à l’école de Maromme. Elle assure les contacts entre l’organisation départementale que dirige son mari et les groupes locaux. Germaine et André sont arrêtés le 15 février 1942.
André sera fusillé au Mont-Valérien.

Pour Germaine c’est la Prison de la Santé dans la même cellule que Danièle Casanova, puis Romainville, Compiègne, Auschwitz-Birkenau, Ravensbrück, Mauthausen où elle a été libérée le 22 avril 1945.
Elle a pris sa retraite en 1955. « Avec mes deux enfants, j’ai regagné la petite maison de Maromme qui ne devait jamais retrouver sa chaleur. Ma Claudine, marquée par la guerre et la perte de son père, est morte deux ans après mon retour. J’ai donné le meilleur de moi-même à ce que je considérais désormais le plus attachant : ma cadette, l’école, mon parti. J’étais communiste et je le suis restée. C’est ce qui m’a aidée, car mon adhésion au parti communiste qui date des années du Front Populaire et de la lutte antifasciste n’a jamais eu pour moi d’autre signification que celle d’un combat nécessaire pour le bonheur. »

Germaine Pican
Auschwitz N°31 679
Homologuée adjudant dans la R.I.F
 



 

 

 

 

 





Le jour du tournage Germaine est âgée de 94 ans.                   

 

Simone Loche

Elle est née le 27 octobre 1913 à Saint-Sulpice-des-Landes (Loire Inférieure), elle est allée à l’école jusqu’au certificat d’études. Elle était employée de bureau, mariée à un chauffeur de taxi secrétaire du syndicat des cochers-chauffeurs de Paris. Dès le début de l’occupation, tous deux sont engagés dans l’action clandestine. Simone Loche est arrêtée le 6 mars 1942 par les policiers des Brigades Spéciales de la police française.

Après quelques jours dans les locaux des Renseignements Généraux, elle passe au dépôt jusqu’au 30 avril 1942, puis à la Santé au secret, NN (Nuit et Brouillard), puis à Romainville jusqu’au départ à Compiègne, puis Auschwitz-Birkenau et Ravensbrück. Elle a été rapatriée à Paris par avion le 25 juin 1945, hospitalisée à Créteil où elle restée plusieurs mois.

Elle a retrouvé son mari qui n’avait jamais cessé de lutter dans la clandestinité, et son fils qu’elle avait laissé à quatre ans et qu’une grand-mère avait recueilli.
Elle a repris goût à la vie mais est restée de santé précaire, constamment sous surveillance médicale.

Simone Loche
Auschwitz N° 31 672
Homologuée soldat de deuxième classe dans la R.I.F










 

 

                                    

 

Au moment du tournage du film Simone a 82 ans

 Nicole Lautissier (Lucienne Michaud)

Elle est née le 14 avril 1923 au Creusot dans une famille de quatre enfants. Son père était chaudronnier. Elle a été élevée à Vauzelles dans la Nièvre où elle est allée à l’école communale jusqu’au certificat d’études. En 1942, à 19 ans, elle dirige une zone interdépartementale du Front National des jeunes, fait la liaison entre Chaumont, Troyes et Paris où elle a un domicile clandestin et transporte du matériel de propagande.
Le 4 juin 1942, le train dans lequel elle voyageait a été contrôlé par la police allemande à Paray-le- Monial.

Elle est arrêtée, puis jugée par un tribunal allemand, elle est condamnée à six mois de prison. Elle est incarcérée aux Hauts-Clos près de Troyes.
Elle est envoyée à Romainville où elle arrive la première quinzaine d’octobre 1942.

Nicole Lautissier
Auschwitz N° 31 726
Homologuée sous-lieutenant dans la R.I.F.


Elle entre au revier comme nettoyeuse le 24 février 1943, réchappe du typhus, fait partie du groupe mis en « quarantaine ». Le 3 août 1943, elle est transférée à Ravensbrück le 2 août 1944. Libérée par la Croix Rouge suédoise le 25 avril 1945, elle sera emmenée en Suède d’où elle est rapatriée par avion le 10 juin 1945.
Elle est rentrée tuberculeuse et a dû passer deux ans dans un sanatorium en Suisse.

Elle a retrouvé son fiancé qui rentrait de Dachau. Ils se sont mariés le 7 juillet 1945 et ont eu deux enfants.
Un fils né en 1949, et une fille née en 1951.
Son travail l’intéresse mais elle est toujours très fatiguée. Pourtant elle préfère travailler. Elle dit que cela la déprimerait de rester chez elle.





 

 

 




Au moment du tournage Nicole a 72 ans.

Christiane Charua/Borras (« Cécile ») 

Elle est née le 18 juillet 1915 à Calais, réfugiée en 1917 à Conflans-Sainte-Honorine. C’est là qu’elle est allée à l’école jusqu’au certificat d’études. Issue d’une famille nombreuse et modeste, elle commence à travailler à 13 ans dans la couture et la fourrure. Mariée à 17 ans, elle a une fille à 19 ans, divorcée à 21.
En 1941, elle met sa fille en nourrice pour entrer dans la résistance à Paris. Elle est dans les F.T.P. Elle stocke du matériel de propagande, le transporte, recherche des locaux, il fallait en changer souvent, fait l’intermédiaire entre les imprimeurs et les distributeurs : « il m’est arrivé de transporter des valises pleines de plomb pour l’imprimerie en me forçant à une démarche qui fasse croire que les valises étaient légères... »

Le 7 juillet 1942, elle est arrêtée en sortant du métro Monge dans le 5 ème arrondissement. Elle est envoyée au dépôt d’où elle est transférée à Romainville le 20 août 1942, puis Compiègne, Auschwitz-Birkenau, Raisko, Ravensbrück d’où elle est envoyée à Beendorf : une ancienne mine de sel reconvertie en usine de production de munitions pour l’armée de l’air allemande ainsi que de pièces pour l’avion Me-262 et les fusées V1 et V2. Là comme ailleurs les déportés hommes et femmes qui travaillent sabotent le plus possible. Evacuées le 10 avril 1945, les déportées se retrouvent à Neuengamme puis à Hambourg. `

Christiane Charua,
Auschwitz N°31 650

Homologuée aspirant dans la R.I.F,

Elle est libérée par la Croix Rouge le 1er mai 1945 puis conduite en Suède avant de rentrer en France le 26 juin 1945. Au retour elle s’est mariée, elle a eu deux fils.
Elle a fait ce que beaucoup ont fait : fonder une famille pour bien se sentir vivante, pour bien se sentir comme les autres pour faire comme si la déportation n’avait pas laissé de marques. Volonté qui casse souvent. Elle a fait plusieurs dépressions graves, souffre d’asthénie, de décalcification, constamment obligée de réprimer la violence qui monte en elle : l’injustice l’exaspère au point de la rendre malade...»
 


 

 

 

 

 

 

 


 Au moment du tournage Cécile a 80 ans

Hélène Allaire (née Bolleau

Elle est née le 6 avril 1924 à Royan. Son père Roger Bolleau est un militant communiste avant la guerre. Avec sa femme Emma, ils forment le groupe Germain, premier groupe des F.T.P en Charente Maritime. Roger Bolleau est arrêté le 7 mars 1942 en même temps qu’Hélène qui n’a pas encore 18 ans. Six jours plus tard, elle est relâchée.

Elle vivra désormais dans la clandestinité pour maintenir les liaisons du groupe Germain avec les autres groupes. Elle est arrêtée le 7 août 1942 par des policiers allemands accompagnés de policiers français, emprisonnée à la Rochelle.
Sa mère Emma Bolleau est arrêtée en apportant un colis à sa fille. Elles sont toutes deux emprisonnées à Angoulême puis transférées à Romainville le 18 novembre 1942, de là à Compiègne puis Auschwitz-Birkenau.

Emma Bolleau
Auschwitz N° 31 806


Elle est morte le 20 mars 1943 elle avait 42 ans, elle aura tenu 52 jours, c’était beaucoup à Birkenau.
« Si aucune mère n’est revenue c’est parce que les mères souffraient doublement en elles-mêmes en leurs filles pour qui elles ne pouvaient plus rien, qu’elles devaient laisser battre sans broncher, qu’elles ne pouvaient plus protéger, à qui elles avaient bientôt le sentiment d’être à charge .»

Hélène Allaire
Auschwitz N° 31 807

Homologuée soldat de 2e classe dans la R.I.F, elle a reçu la légion d’honneur le 14 juillet 1977.

Réchappée du typhus, la « quarantaine » l’a sauvée. Elle est arrivée à Ravensbrück le 4 août 1944. Elle a été libérée le 23 avril 1945 par la Croix Rouge suédoise, emmenée en Suède, puis rapatriée de Stockholm par avion le 23 juin 1945.
Au retour elle avait 21 ans, toute sa famille avait disparu, mais heureusement elle a retrouvé son fiancé rentré de Dachau. Ils se sont mariés fin 1945.

« Très malade à mon retour j’ai fait une grave dépression nerveuse. J’ai subi trois opérations. J’ai mis tout mon espoir dans mes enfants. Je voulais en fondant un foyer me prouver que j’étais redevenue normale, capable d’élever une famille (..). Ce but vers lequel a tendu toute ma volonté m’a permis de surmonter les plus durs moments. Les rencontres avec d’anciennes déportées et la lutte que nous menons pour que nos enfants ne passent pas leurs 20 ans comme nous avons passé les nôtres me soutiennent quand le moral faiblit » dit-elle en 1965.




 

 

 

 

 

 

 

Au moment du tournage, Hélène a 71 ans.


 Lucie Mansuy, née Caccia

Elle est née le 3 juin 1915 à Gérardmer (Vosges) dans une famille de quatre enfants. Ses parents sont des travailleurs immigrés italiens. Après le certificat d’études, elle travaille à l’usine de tissage de Gérardmer où sa mère est ouvrière bobineuse. Son père est chef de chantier en maçonnerie. Lucie épouse Roger Mansuy[1], garçon de café, le 23 décembre 1932.
Pendant la guerre d’Espagne, il s’engage dans les brigades internationales. Commissaire politique, il est tué à Tortoza le 28 juillet 1938.

Lucie vient habiter Paris et se met en ménage avec Maurice Quedec, ouvrier communiste, qui travaille chez Renault. Tous deux s’engagent dans la Résistance, ils sont arrêtés le 18 juin 1942 à leur domicile à Paris dans le 20 ème arrondissement à la suite d’une filature par les inspecteurs des Brigades spéciales...Maurice Quedec, trente-trois ans a été fusillé au Mont-Valérien le 11 août 1942.
Lucie est envoyée au dépôt jusqu’au 20 août 1942, ensuite à Romainville jusqu’au départ.

Lucie Mansuy
Auschwitz N° 31 648

En avril 1943, elle a le typhus et entre au revier. Elle guérit et va travailler à Raisko. Elle rejoint ses camarades qui sont en quarantaine. Transférée à Ravensbrück le 2 août 1944, à Mauthausen le 2 mars 1945. Libérée par la Croix rouge le 22 avril 1945 rapatriée par la Suisse.
A son retour elle ne retrouve rien chez elle, rien de ses affaires personnelles. Le logement était au nom de Quedec, avec qui elle devait se marier. Malade, elle se remet au travail en usine : elle apprend le métier de découpeuse en métallurgie. Elle souffre de cette grande fatigue qui est le lot de tous les déportés. Vingt ans après le retour, elle est terrorisée par le souvenir d’un SS à cheval qui a cabré sa bête devant elle sur le chantier où nous travaillions. Elle est tombée a voulu se relever, s’enfuir, mais le SS s’acharnait, excitait son cheval et Lucie a été piétinée.
















Le jour du tournage Lucie a 80 ans.

 [1]https://maitron.fr/mansuy-roger/

 

 Germaine Pirou

Elle est née le 9 mars 1918 à Scrignac (Finistère) dans une famille de quatre filles. Les parents cultivateurs, vivent pauvrement d’une petite ferme. A douze ans, Germaine quitte l’école libre de Scrignac et commence à travailler. En 1942 elle est serveuse dans un café de Saint-Malo Au petit matelot, où viennent boire les marins de la Kriegsmarine[1]. Un soir de novembre, après une rude journée — le café est plein, l’un des navires doit appareiller, les hommes passent leurs derniers moments à terre, on l’appelle de tous côtés — énervée, exaspérée par cette clientèle qu’elle déteste, Germaine éclate : « Vous croyez gagner la guerre, mais vous ne la gagnerez pas. Vous partez, vous ne reviendrez pas. 

Vous crèverez tous, tous. Les Anglais vont arriver et ils vous couperont le cou. A tous. Je le sais. Je suis renseignée. Je suis communiste » et elle lève le poing. Exaspération, fatigue, hargne contre eux, besoin de narguer, car elle n’a jamais été communiste et elle n’appartient à aucune organisation de résistance. Un mois plus tard, le 17 décembre 1942, la Gestapo arrête Germaine Au petit matelot.
De la prison de Saint-Malo, elle passe à celle de Rennes et arrive au fort de Romainville à fin décembre 1942. A temps pour le départ.

Germaine Pirou
Auschwitz N° 31 842


Elle est allée deux fois au revier : le typhus, puis une infection des yeux qui a failli lui coûter la vue. Elle a travaillé à Raisko au jardinage quand le commando s’est constitué en juillet 1943, mais elle a été renvoyée en janvier 1944 à cause de ses yeux. Guérie, elle a rejoint les autres en « quarantaine » et suivi leur itinéraire : Ravensbrück du 2 août 1944 au 2 mars 1945, Mauthausen où elle a été libérée le 22 avril 1945. Au retour elle a dû se remettre au travail.
Une camarade lui a trouvé du travail à Avignon dans une usine. Là elle a rencontré un revenant qui revenait d’aussi loin qu’elle : enrôlé de force dans la Wehrmacht à 17 ans et demi, alors qu’il terminait tout juste son apprentissage de maçon. Simon Berger, autrichien, s’était battu à Stalingrad. La guerre terminée, il rentre dans son pays, ne retrouve plus les siens, n’a pas de travail, et ne peut espérer aucun secours puisqu’il a porté l’uniforme allemand. Désorienté il ne voit qu’une issue : partir. Où ? En France. 

Le pays de la liberté, de l’abondance. Mais la France de 1946 n’a guère à lui offrir, pas même une carte de travail. Que lui reste-t-il ? La légion. Après Stalingrad, Dien-Bien-Phu...Blessé, il est renvoyé à Marseille, démobilisé. Il s’embauche dans une usine d’Avignon. C’est là qu’il rencontre Germaine. Ils se sont mariés en 1956. Ils vivent modestement, mais ils veulent que leur fils fasse des études. Le garçon est au Lycée d’Avignon, bon élève.
Germaine est victime civile, puisqu’elle n’appartenait pas à un réseau. Il suffisait d’être insolente avec les occupants pour être déportée à Auschwitz. Il ne suffit pas d’être allée à Auschwitz pour être une résistante.










 

 



Au moment du tournage Germaine a 77 ans.
L’entretien s’est déroulé dans la maison de retraite où elle séjournait.

 [1]Kriegsmarine : nom de la marine de guerre allemande sous le III Reich

 

Madeleine Doiret 

Elle est née le 2 novembre 1920 à Ivry-sur-Seine (Val de Marne). Elle va à l’école jusqu’à seize ans et apprend la sténographie, puis devient institutrice intérimaire. En 1936, elle adhère et milite activement à l’Union des Jeunes Filles de France .
En 1940 elle rejoint les jeunes communistes d’Ivry. Avec son frère Roger[1], seize ans, qui porte les sacs sur son dos, elle va déposer les tracts en différents points d’Ivry où d’autres jeunes les prendront pour les distribuer. Elle entre complètement au service de la Résistance, renonçant à son désir de reprendre un poste d’institutrice. Elle quitte la maison, va habiter sous un faux nom dans le 15 ème arrondissement, elle vit seule rompant tous les liens d’amitié et de famille. Elle tape les premières lettres des fusillés de 1941, les appels au sabotage, à la résistance.



Son travail fait, elle s’allonge sur son lit et pleure de solitude. Arrêtée le 17 juin 1942 par 5 inspecteurs des Brigades spéciales de la police française. Envoyée au dépôt où elle reste jusqu’au transfert à Romainville le 10 août 1942.

Madeleine Doiret
Auschwitz N° 31 644
Homologuée soldat 2e classe dans la R.I.F


En janvier elle est emmenée avec ses camarades à Compiègne, puis à Auschwitz-Birkenau, Raisko, Ravensbrück, libérée par la Croix Rouge suédoise le 23 avril 1945, emmenée en Suède, revenue en France en avril 1945. A son retour elle a retrouvé son père, résistant, sa mère et ses sœurs, mais pas son frère Roger : évacué de Neuengamme, il a péri sur le Cap Arkona dans la baie de Lübeck le 3 mai 1945. Madeleine recommence à travailler comme secrétaire, se marie, a un fils en 1952.

Mais Madeleine n’est jamais tout à fait revenue. Vingt ans après elle souffre de l’indifférence, de l’ignorance, de l’incompréhension qu’elle rencontre chez ceux qui n’ont pas été déportés. Qui songe encore aux quarante mille enfants juifs de Paris brûlés à Auschwitz ?
Cent soixante-cinq dans une seule école primaire du 4ème arrondissement. »
Elle dit : « D’après ce que j’ai observé chez de nombreux survivants des camps, il y a deux catégories : ceux qui en sont sortis, ceux qui y sont encore. Je suis de ceux-là. Ainsi quand le 24 septembre 1952, quand j’ai accouché, je ne pensais pas à la joie qu’un enfant m’apporterait, je pensais — et cela pendant des jours, des mois, des années — je pensais aux femmes de mon âge qui sont mortes dans la boue sans connaître cette joie. » 


 

 

 

 

 

 



Le jour du tournage Madeleine a 75 ans

[1]https://maitron.fr/doiret-roger-pierre/

 

Dans la continuité du livre de Charlotte Delbo sur les parcours de chacune des femmes de ce Convoi, consulter le site de l’association Mémoire Vive des 31 000 et des 45 000 qui a fait un travail remarquable pour approfondir et mettre à jour les parcours biographiques des 230.

Site de l’association Mémoire Vive
https://www.memoirevive.org/les-biographies-des-31000-par-nom-de-famille/

Site Le Maitron, dictionnaire biographique, mouvement ouvrier, mouvement social
https://maitron.fr/

Il existe de nombreuses émissions sur Charlotte Delbo sur Radio France et l’INA, de nombreuses contributions universitaires, des articles, des essais…

Biographies :

Charlotte Delbo, Violaine Gelly et Paul Gradvohl (Fayard 2013)
Charlotte Delbo, La vie retrouvée, Ghislaine Dunant (Grasset 2016)

Deux livres, témoignages sur leurs mères, résistantes déportées par le convoi du 24 janvier 1943, par Yves Jegouzo, fils de Madeleine dite Betty et Isabelle Cohen, fille de Marie-Elisa Nordmann:

- Madeleine dite Betty, déportée résistante à Auschwitz-Birkenau, Yves Jegouzo (L’Harmattan 2011)
- Revenir Raconter, Isabelle Cohen ( Editions Verdier 2024)

Bibliographie de Charlotte Delbo :

— Les Belles lettres. Anthologie de correspondance politique. De Lagaillarde à Francis Jeanson (Minuit, 1961).
— Le Convoi du 24 janvier (Minuit, 1965).
— Aucun de nous ne reviendra. Auschwitz et après I. (Gonthier, « Collection Femme »1965. Minuit, 1970 et Double, 2018).
— La Théorie et la pratique. Dialogue imaginaire mais non tout à fait apocryphe entre Herbert Marcuse et Henri Lefebvre (Anthropos, 1969).
— Une connaissance inutile. Auschwitz et après II. (Minuit, 1970 et Double, 2018).
— Mesure de nos jours. Auschwitz et après III. (Minuit, 1971 et Double, 2018).
— La Sentence, pièce en trois actes (Pierre-Jean Oswald, 1972).
— Qui rapportera ces paroles ? tragédie en trois actes (Pierre-Jean Oswald, 1974). Réédition avec Une scène jouée dans la mémoire (HB Editions, 2001).
— Maria Lusitania, pièce en trois actes, suivi de Le Coup d'État, pièce en cinq actes (Pierre-Jean Oswald, 1975).
— Spectres, mes compagnons. Lettre à Louis Jouvet (Maurice Bridel, Lausanne, 1977 ; Berg international, 1995).
— Kalavrita des mille Antigone (LMP, 1979).
— La Mémoire et les jours (Berg international, 1985 et Minuit Double, 2025).
— Ceux qui avaient choisi, pièce en deux actes (Les Provinciales, 2011).
— Les Hommes, pièce publiée dans la revue Théodore Balmoral, n° 68, juin 2012.
— Qui rapportera ces paroles ? et autres écrits inédits (Fayard, 2013).
— Prière aux vivants pour leur pardonner d'être vivants, et autres poèmes (Minuit, Double n°139, 2024).

Le Fonds Charlotte Delbo ainsi que Le Fonds Bagages de Sable sont consultables à la BnF rue Richelieu au Département des Arts du Spectacle
site : https://www.bnf.fr/fr/departement-des-arts-du-spectacle

Remerciements
A l’association les Amis de Montagnac qui est à l’initiative de cette rencontre avec le public, ainsi que la Ville de Montagnac partenaire de ce projet, à l’équipe pédagogique du collège Frédéric Mistral et les enseignantes qui ont organisé ma rencontre avec les élèves de leurs trois classes de 3ème toute une matinée. Merci aux jeunes élèves pour la qualité de leur attention et leur écoute, en espérant avoir semé quelques graines et attisé leur curiosité.
Enfin je veux ici dire ma sincère reconnaissance à André Nos pour son travail d’écrivain et de conteur en particulier sur l’histoire de Montagnac, sa longue et fructueuse Présidence de l’association mais aussi tout simplement pour nos échanges, nos conversations sur Montagnac et nos familles. Avec toute mon estime et affection.

 

 

 

  

 

                                                                        

                                       

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                       

 

 

                                    

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                       

 

 

                                           

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                       

 

 

  

 


 

 

2025
Janvier
    

                    Vivre et mourir à la fin de la Préhistoire à Montagnac 

                                                                    Par Muriel Gandelin

Introduction

La fouille préventive de Boutonnet - ZAC Multisites à Montagnac (Hérault) a été réalisée sous la direction de Muriel Gandelin, archéologue à l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap), entre novembre 2023 et mars 2024, sur prescription de la Drac Occitanie. Elle s'est déroulée dans le cadre de l'aménagement d'un lotissement porté par le groupe GGL.

L'opération, articulée autour de trois fenêtres d'environ 1000 m² chacune, a livré des vestiges exceptionnellement bien conservés de la fin du Néolithique (3000-2200 av. J.-C.) et du début de l'âge du Bronze (2200-1700 av. J.-C).



L'objectif de cette intervention était de sauvegarder par l’étude un patrimoine archéologique jusqu'alors largement insoupçonné dans ce secteur et menacé à très brève échéance.

Du diagnostic à la fouille : cheminement administratif

La découverte des vestiges de Montagnac - Boutonnet s'inscrit dans le cadre de l'archéologie préventive. Cette dernière repose sur un principe simple : tout projet d’aménagement susceptible de détruire des vestiges archéologiques doit faire l’objet d’une évaluation préalable, financée par la Redevance d’Archéologie Préventive (RAP). Cette contribution est un impôt obligatoire, payé par toute personne publique ou privée qui réalise des travaux affectant le sous-sol (construction de maison, voirie, lotissement, etc.). Elle est recueillie par l’État et sert à financer, entre autre, les diagnostics archéologiques., qui sont réalisés par des opérateurs agréés, principalement l'Inrap et les services de collectivités territoriales.

Un projet d’aménagement dit de la « ZAC Multisites » a été déposé en 2007 à la mairie de Montagnac. Un arrêté préfectoral prescrivant la réalisation d’un diagnostic archéologique a été émis en 2008. Le diagnostic a été effectué en 2012 par l’Inrap, établissement public de recherche placé sous la tutelle des ministères de la Culture et de la Recherche.

L’intervention – qui a consisté à évaluer, à l’aide de tranchées, 10% de l’emprise concernée par les travaux – a révélé la présence de vestiges anciens dont la conservation apparaissait hétérogène en raison d’un important aplanissement et de la présence de remblais dans plusieurs secteurs. Dans la partie centrale du terrain, le sol naturel était enfoui trop profondément pour être testé efficacement, ce qui a limité l’exploration.

Malgré ces contraintes, le diagnostic a permis de mettre en évidence plusieurs structures en creux et des indices funéraires. L’étude du mobilier récolté, confrontée aux corpus régionaux datés par le radiocarbone, a permis une attribution chronologique des vestiges à l’Antiquité et au Néolithique final.

Conformément aux procédures en vigueur, le Service Régional de l’Archéologie qui dépend de la Direction régionale des affaires culturelles (Drac Occitanie) a évalué l'intérêt scientifique du site. Face à l’importance des découvertes néolithiques et sur proposition du SRA, le préfet a prescrit la réalisation d’une fouille archéologique préventive sur une zone limitée de l’emprise concernée par l’aménagement. Les vestiges antiques, notamment une tombe dite « en bâtière » où le défunt est protégé par des tuiles plates inclinées posées en toiture, à la manière d'un toit à deux pans, n’ont pas été intégrés à cette prescription.

Pendant plusieurs années, le projet d’aménagement a suivi son cours et ce n’est qu’une décennie plus tard que l’aménageur a sollicité l’Inrap pour réaliser la fouille archéologique prescrite en 2012[1]. L’équipe d’archéologues composée d’une dizaine de personnes, est intervenue entre novembre 2023 et mars 2024 pour révéler l’extraordinaire richesse archéologique du site de Montagnac - Boutonnet.

Un habitat néolithique remarquablement conservé

Sur une surface beaucoup plus grande qu’attendu, la fouille a livré des niveaux d'occupation du Néolithique final exceptionnellement bien conservés, phénomène rare dans les plaines languedociennes où les sites sont souvent arasés. Sur une partie de l’emprise, les sols archéologiques étaient directement préservés à la base des labours, sans perturbation majeure, permettant la conservation de vastes nappes de rejets comprenant des tessons de céramique, des galets chauffés et des restes fauniques.

Les parties basses d’au moins deux bâtiments ont été mis au jour. 



Le mieux conservé est une maison encochée dans une légère pente, présentant un plan à double abside d'environ 11 mètres de long pour 8 mètres de large. 



Ses murs étaient matérialisés par un muret de pierre conservé sur trois assises, probablement base d'une élévation en terre crue et petites pierres. Ce bâtiment domestique a subi un incendie important : l'effondrement partiel de la toiture composée de terre et végétaux a scellé le sol de circulation,



préservant un foyer central et écrasant une poterie située à proximité du feu. Une profonde resserre de stockage était creusée dans le sol de la maison et des petites logettes destinées à maintenir des vases ou des paniers étaient alignées contre le mur. Ces éléments témoignent pour la première fois de l'organisation interne des habitations néolithiques des basses plaines de l’Hérault.

Autour des bâtiments, une aire d’activité externe a été identifiée, sur près de 500 m². Ce niveau d’occupation, constitué d'un sédiment noir incluant des fragments céramiques, de galets fracturés et chauffés et de restes fauniques, témoigne d’activités domestiques ou artisanales, probablement en lien avec la préparation culinaire, l’artisanat domestique ou encore la transformation de denrées agricoles.

Les aménagements annexes, dont les parties souterraines ont été préservées, sont nombreuses et variées. Les caves et silos, souvent conservés sur plus de 1,30 m de profondeur, témoignent d'une maîtrise technique avancée pour l'aménagement d’espaces souterrains destinés au stockage. Certains de ces aménagements sont particulièrement soignés : deux caves présentaient des parois entièrement empierrées, l’une réalisée avec des pierres irrégulières assemblées horizontalement, l’autre aménagée avec des dalles verticales rappelant les orthostates des monuments mégalithiques.





L'une d'elles, en forme de fer à cheval, comportait un emmarchement creusé dans l’encaissant et deux logettes destinées à recevoir des vases de stockage ; des fragments de vases encore en place ont été retrouvés dans l’une d’entre elles. D’autres caves étaient plus simples, uniquement creusées dans la terre. L’une a été complétée ultérieurement par un mur en pierre probablement destiné à réparer un effondrement.

Ces dispositifs de stockage permettaient de conserver des denrées alimentaires, liquides ou solides, en bénéficiant d’une température stable et d'une hygrométrie modérée. Ils constituent ainsi de véritables "frigos" préhistoriques, indispensables à l’économie de production agricole et à la vie quotidienne de ces communautés néolithiques.

Un matériel archéologique important

Le mobilier mis au jour à Montagnac - Boutonnet est particulièrement riche et varié, reflétant la diversité des activités domestiques et artisanales des communautés du Néolithique final. La céramique est abondante : près d'une trentaine de caisses ont été collectées, comprenant de nombreux vases de service, des récipients de préparation culinaire, ainsi que des grands contenants destinés au stockage des denrées alimentaires.



Plusieurs vases ont été retrouvés dans leur position d’origine ce qui permet d'associer directement les objets aux aménagements, à l’image d’un très grand vase sphérique qui occupait presque la totalité du fond d’une resserre de stockage.

Un vase miniature, mal façonné et mal cuit, a été découvert dans l'emprise de la maison : il pourrait s'agir d’un travail d’enfant ou d’un objet de dînette, témoignant aussi des activités éducatives ou ludiques au sein du groupe domestique. Les grands vases de stockage, aux parois convergentes, étaient probablement utilisés pour conserver des liquides, tels que l'eau ou des denrées fermentées.

L’industrie lithique est plus rare mais de grande qualité. Elle comprend notamment des lames de hache importées depuis des ateliers spécialisés localisés dans les Pyrénées et les Alpes. Parmi les pièces remarquables, une lame de couteau en silex provenant de Collorgues (Gard) et une pointe de flèche en silex issue du Mont Ventoux (Vaucluse) témoignent de réseaux d’échanges à moyenne et longue distance, révélateurs d'une circulation des matières premières et des savoir-faire techniques.

Le mobilier comprend également de rares objets de parure : trois perles en roche verte et orange ainsi qu’un pendentif en dent de loup ont été identifiées, s’y ajoutent divers outils façonnés en os. Ce corpus témoigne du développement d’activités artisanales spécialisées.

En somme, la richesse et la diversité du mobilier archéologique de Montagnac offrent un aperçu exceptionnel du quotidien, de l’économie domestique, des relations sociales et des échanges à la fin de la Préhistoire.

 

Manifestations funéraires néolithiques

Un des faits marquants de la fouille de Montagnac - Boutonnet est la découverte d’une exceptionnelle sépulture collective, installée dans le fond d’une ancienne structure de stockage. La fosse contenait les restes de six individus. 



Cinq d'entre eux — un adolescent de 12 à 14 ans, une femme adulte, deux enfants âgés de 3 à 8 ans et un sujet périnatal — semblaient avoir été déposés simultanément, comme en atteste le contact direct et non perturbé de leurs squelettes. Le sixième individu, un enfant d’environ 3 ans, a été inhumé ultérieurement. Son dépôt n’a occasionné que de légères perturbations, principalement au niveau des pieds de l’adulte, ce qui témoigne d’une connaissance et d’une mémoire encore vive de l’organisation initiale des dépôts. Tous reposaient en position fléchie, ce qui est typique des pratiques funéraires du Néolithique final et est souvent interprétée comme une posture de sommeil.

Cette sépulture collective constitue une découverte rare pour cette époque dans le sud de la France, où les morts sont plus communément déposés dans des dolmens ou des tombes monumentales. Sa présence dans un habitat domestique suggère un évènement particulier, peut-être liés à une crise de mortalité (épidémie) ou à une pratique communautaire spécifique.

Des prélèvements ont été réalisés pour des analyses paléogénétiques dans le cadre d’un important projet de recherche associant l’Inrap et le CNRS (ANR Link). Les premiers résultats indiquent l'absence de lien de parenté immédiat entre les trois individus étudiés pour l’instant, ce qui invite à envisager des regroupements fondés sur des critères autres que familiaux. Ainsi, on peut déjà dire, pour les trois individus analysés, qu’il ne s’agit pas d’une mère et de ses enfants ou même de membres affiliés aux deuxième ou troisième degrés de parenté. Des analyses isotopiques et paléopathologiques sont également prévues afin de mieux comprendre le mode de vie, l’alimentation, l’état sanitaire et les origines géographiques de ces individus.

Enfin, à proximité immédiate de cette fosse, un autre individu a été retrouvé, présentant des ossements entièrement chauffés sans traces de crémation funéraire classique, les os étant restés en connexion anatomique. Cet élément, rarissime, pourrait être associé à l'incendie domestique qui a ravagé la maison voisine, bien qu’aucune preuve formelle ne permette d’établir un lien direct.

Le monument du début de l'âge du Bronze

Se superposant aux niveaux d’occupation du Néolithique final, la fouille a mis au jour les vestiges d’un aménagement funéraire attribué, à titre d’hypothèse, au début de l’âge du Bronze. Bien que partiellement détruit par un fossé moderne, cet ensemble se compose d'un coffre en pierre qui devait être inséré dans un tumulus de terre et de pierres, érigé en grande partie à l’aide de matériaux remployés issus des constructions néolithiques.

La structure conservée renfermait les restes de deux individus.



Le premier était inhumé en position fléchie sur le côté gauche, conformément aux traditions funéraires de cette époque. Le second individu correspond à une réduction : les ossements, manifestement déplacés, avaient été rassemblés en un fagot grossier et déposés sur le sujet principal. Ce mode de dépôt évoque une sépulture secondaire ou une manipulation postérieure des restes, pratique connue dans les contextes protohistoriques méridionaux.

Dans l'emprise probable du tumulus, le corps d’un jeune enfant âgé de 2 à 4 ans a également été mis au jour. Celui-ci reposait en position fléchie sur le côté droit, sans mobilier associé. La présence de cet enfant, excentrée par rapport au coffre principal, pourrait indiquer une inhumation ultérieure dans le tumulus entourant le coffre de pierre, ce qui est attesté sur d’autres sites.

L’organisation architecturale de cette tombe présente des analogies notables avec d’autres sépultures du Bronze ancien connues en Languedoc occidental, notamment un coffre tumulaire fouillé en 2021 à Saint-Geniès-de-Fontedit (Hérault). Cette découverte enrichit ainsi le corpus régional encore peu fourni sur les pratiques funéraires de cette phase de transition entre la fin de la Préhistoire et la Protohistoire.

Poursuite des études et valorisation future

La fouille de Montagnac - Boutonnet livre une image inédite de la fin du Néolithique dans les plaines du Languedoc occidental. La conservation exceptionnelle des sols d'occupation, la diversité architecturale et les réseaux d'échange matérialisés par les industries lithiques offrent des perspectives renouvelées sur l'organisation sociale et économique de ces communautés. Les pratiques funéraires soulignent des dynamiques sociales complexes qui restent largement à préciser. La poursuite des études analytiques (paléogénétique, paléopathologique, isotopique) permettra d'affiner l'interprétation de ce site exceptionnel.

La rédaction du rapport final d’opération est actuellement en cours. Ce document constituera une première étape indispensable avant la diffusion plus large des résultats, prévue sous la forme d’articles scientifiques.

Dans le cadre du rapport, plusieurs études spécialisées ont été engagées. Les analyses paléogénétiques, initiées dans le cadre du programme ANR Link, se poursuivent afin de préciser les liens de parenté et les caractéristiques biologiques des individus inhumés. La réalisation de datations absolues par la méthode du radiocarbone est également programmée, afin de caler plus précisément les différentes phases d’occupation et les événements funéraires. L’étude détaillée des mobiliers est en cours, avec notamment l’analyse de l’industrie lithique (silex), de la céramique, de l’outillage en pierre (meules et molettes) ainsi que des objets de parure et des outils en os. En parallèle, l’analyse des restes de faune et des écofacts (charbons de bois, graines carbonisées) permettra de mieux comprendre les pratiques alimentaires, économiques et les dynamiques environnementales locales.

Une tentative de restitution des paysages anciens est également engagée à travers des analyses géomorphologiques et l'étude des assemblages de microfaune terrestre, notamment les mollusques (malacologie), dont l’interprétation peut renseigner sur les milieux naturels exploités et modifiés par les communautés néolithiques.

À l’issue des études, l’ensemble du mobilier archéologique, conformément à la réglementation en vigueur, sera remis au Service Régional de l'Archéologie (SRA) après inventaire et documentation détaillée.

Conclusion

Le site de Montagnac - Boutonnet constitue un jalon scientifique majeur pour la connaissance des sociétés de la fin de la Préhistoire dans le sud de la France. Il offre une documentation rare sur les modes de vie, les pratiques artisanales, les réseaux d'échanges et les comportements funéraires à une époque charnière, entre Néolithique final et âge du Bronze ancien. L'opération contribue aussi à renforcer le lien entre science et société en permettant, à travers la vulgarisation et la transmission des connaissances, de mieux appréhender l'ancienneté et la richesse du patrimoine archéologique languedocien.

Légende des figures  :

Fig. 1 : Vue aérienne des trois zones de la fouille de Montagnac Boutonnet (cliché A. Farge, Inrap).
Fig. 2 : Vue aérienne des restes de bâtiments néolithiques (cliché A. Farge, Inrap).
Fig. 3 : La maison néolithique à abside en cours de fouille. Sa surface intérieure est estimée à 80 m² (© Antoine Farge, Inrap).
Fig. 4 : Vue de l’intérieur de la maison néolithique, dont seul le bas des murs est conservé sur trois assises de pierre. Le sol porte les traces de l’incendie à l’origine de sa destruction (© Muriel Gandelin, Inrap).
Fig. 5 : Grande cave aux parois appareillées en pierres sèches. Plusieurs petits surcreusements aménagés dans le fond forment des logettes destinées à caler des vases ou des paniers (© Muriel Gandelin, Inrap).
Fig. 6 : Cave du Néolithique final en forme de fer à cheval, aux parois appareillées par des orthostates. Deux profonds surcreusements aménagés dans le fond servaient à caler des vases ; de grands fragments appartenant au fond de l’un d’eux étaient encore en place dans l’une des logettes. Sur le côté étroit de la structure, un accès en escalier, directement taillé dans l’encaissant, restait partiellement visible (© Romain Marsac, Inrap).
Fig. 7 : Dégagement d’un grand vase posé au fond d’une resserre de stockage (© Muriel Gandelin, Inrap).
Fig. 8 : La sépulture sextuple à son optimum de décapage (© Romain Marsac, Inrap).
Fig. 9 : À gauche, dégagement de la partie préservée du coffre funéraire ; à droite, inhumation d’un jeune enfant dans le tumulus qui entourait le coffre (© Muriel Gandelin, Inrap).

Référence bibliographique

Jean Guilaine, Muriel Gandelin (dir.) 2023 – Véraza & le Vérazien. Toulouse : Archives d'Écologie Préhistorique, 622 p.



[1] Il convient de rappeler que l'archéologie préventive n’intervient que pour les projets effectivement réalisés ; si l’aménagement avait été abandonné, le terrain aurait simplement conservé une « hypothèque archéologique » sans qu’aucune fouille n’ait lieu.

                                 **********

Mars

                                     LE JEU DE BALLE AU TAMBOURIN

                                       UN SPORT NÉ DANS L’HÉRAULT.

                                                                                         Par Michel Sabatéry

 

Le jeu de balle au tambourin est le seul sport né dans le département de l’Hérault. Si tu es pour la sauvegarde des traditions, il est essentiel que tu nous aides à le défendre. … En dehors de l’amour que portent les joueurs à leur sport, trois entités sont bien placées pour cela : les médias régionaux, les élus et les enseignants. La difficulté, c’est de les convaincre. … Que demain, les médias régionaux parlent de ce magnifique sport, comme ils le font dans le Pays basque pour la pelote, et on verra aussitôt des milliers d’enfants demander à jouer. … Que les élus respectent notre sport, en ne transformant pas nos terrains en parkings payants, et en lui apportant l’aide qu’il mérite, et on n’aura pas de clubs obligés de fermer leur porte. … Que les enseignants initient les enfants au patrimoine des régions et on verra se multiplier les écoles de tambourin. … Le tambourin est un très grand sport ; tous ceux et toutes celles qui l’ont pratiqué en sont convaincus. Pour ma part, j’ai joué à la pelote à main nue, au badminton, au tennis, etc, et j’ai préféré le Tambourin. … Il reste à convaincre celles et ceux qui n’ont jamais vu jouer et jamais essayé. Je leur propose, pour commencer, d’assister à une rencontre. L’entrée est gratuite.    

LES JEUX DE PAUME       

Le Tambourin fait partie de la famille des Jeux de Paume. On appelle Jeux de Paume, les jeux où l'on se renvoie une balle, à la main ou avec un instrument ; soit en se plaçant face à face, soit en se plaçant côte à côte devant un mur. Le tennis, le jeu de balle au tambourin, la pelote basque, etc., sont des Jeux de Paume. … À l’origine, il est probable que l’on se plaçait face à face, sur un espace sans limites ; comme on le fait aujourd'hui, quand on joue avec des raquettes sur la plage. Et puis, un jour, on a eu envie de connaître le meilleur joueur ou la meilleure équipe. Afin de pouvoir compter les points, on a alors dû tracer des terrains : terrains longs qui donneront des jeux de longue paume comme le Tambourin, ou terrains courts qui donneront des jeux de courte paume comme le Tennis.

Les jeux de longue-paume. On a d’abord joué à la longue-paume. Le cadre de jeu était tracé le plus long possible et on s’énorgueillissait d’y montrer sa force. C’était même un exploit que de gagner le point en renvoyant la balle au-delà de la ligne de fond ; c'est-à-dire en faisant une « clause ». … Une anecdote à ce sujet. Vers 1970, je jouais en nationale 1 dans le club de tambourin de Pézenas. J’étais alors petit fond et le grand fond était Nello Righetti, meilleur joueur du monde. Nous étions sur la ligne de fond, et nous échangions, avec l’adversaire, quelques balles d’avant match. Est arrivée, sur Nello, une balle à la volée. Il m’a dit avec son accent italien : « Sabatèry régarda cetta balla ! » Il a frappé de toute ses forces ; la balle a sauté non seulement les 100 mètres du terrain, mais encore l’espace situé dans le prolongement, pour aller casser le I de l’enseigne du CAFÉ LE BON COIN. Dès lors, on a pu lire, de nuit :  CAFÉ LE BON CON. 

La naissance des jeux de courte-paume. Revenons à l’époque des Gallo-romains et du haut moyen-âge. Pour ne pas se mélanger au peuple, religieux et nobles se sont mis à jouer à l’intérieur de leurs propriétés. Des cours de châteaux ou des salles d'abbayes ont fait l’affaire ; bien avant que l'on construise de véritables salles de sport. Place oblige, ces religieux et ces nobles étaient contraints de jouer un jeu de courte-paume. … Certains se mélangeaient au peuple, attirés par les longs terrains. En 1245, l’archevêque de Rouen interdit aux prêtres de jouer « sans vergogne, en chemise et en déshabillé peu décent. » … Bien plus tard, en 1673, durant le synode de Soissons, il sera interdit aux ecclésiastiques « la hantise et la fréquentation des jeux de longue paume et de courte paume. »

Instruments et balles. Pour être plus efficaces, les Romains s’étaient protégé la main avec des bandelettes d’étoffe. Par la suite, on a inventé divers instruments : gants de sport ; raquettes en bois, raquettes en peau parcheminée, raquettes à tamis, etc. … Les balles ont été fabriquées de multiples façons. Le plus souvent, c'était une enveloppe de cuir que l'on remplissait de divers matériaux. En 1480, pour limiter les accidents, le roi Louis XI a ordonné : « Seront tenus tous les maîtres du dit métier, de faire de bons esteufs bien garnis et étoffés de bon cuir et bonne bourre, sans y mettre sable, craie battue, rognure de métaux, chaux, sciure, cendre, mousse, poudre ou terre, sous peine d’amende et de saisie de tous esteufs qui seront brûlés afin qu’aucun n’en soit inconvénienté ». 

Les jeux de paume étaient très populaires. L’engouement pour les Jeux de Paume dépassait, alors, celui que l'on a, aujourd'hui, pour le football. Les rois pratiquaient, et le jeu de paume était « le roi des jeux et le jeu des rois ». … Le 24 septembre 1594, Henri IV a joué tout le jour, en chemise déchirée sur le dos. Fatigué, il a dit : « Je ressemble aux asnes qui faillent par le pied. » … Il a écrit le 30 janvier 1601 à la reine : « Vous êtes attendue ici avec le plus grand applaudissement, c’est assez escrit, je m’en vais jouer à la paume. Je vous baise mille fois. » … Lors de son voyage, entre 1595 et 1599, le Suisse Thomas Platter a écrit : « Rien ne manque à Pézenas de tout ce qui peut servir au divertissement. Les jeux de paume et les jeux de ballon y sont très communs. On trouve là, quantité de riches citoyens, hommes de belle prestance, qui consacrent entièrement leur temps à des amusements de ce genre … » … En 1604, un Anglais a écrit, après un voyage en France : « Le pays est semé de tennis. Ils sont plus nombreux que les églises. Les Français naissent une raquette à la main. Il y a plus de joueurs de tennis en France, que de buveurs de bière en Angleterre. »

LE JEU DE BALLON AU BRASSARD, EN LANGUEDOC

Du jeu de ballon un peu partout. À la fin du 16ème siècle, le Languedoc et la Provence jouaient à un jeu de longue-paume qu'on appelait le jeu de ballon. C'est pourquoi beaucoup de places sont appelées : Place du jeu de Ballon. … De nombreuses communes de l'Hérault ont un jeu de ballon. A Pézenas, on jouait dans le fossé et il y avait un amphithéâtre pour le public. Lodève avait son terrain en 1611. On jouait à Marseillan en 1620. Le terrain de jeu de ballon de Bessan était contre le rempart en 1650. À Agde, le Jeu de Ballon était dans les fossés de la ville, entre la porte Bonel et la tour carrée de saint André, en 1660. En 1709, le fils du dernier pasteur de Montagnac a décrit le Jeu de Ballon comme exercice de hasard. Il semble donc qu'on y jouait de l'argent. Il a écrit encore que les riches ne se mélangeaient pas avec les pauvres, et que le jeu était interdit aux ecclésiastiques. On parle du terrain de jeu de ballon de Cette (Sète) en 1768 : « Ce jeu de ballon aura quarante-cinq toises de longueur, et huit toises de largeur … » On jouait encore, à Bessan, en 1819. Un joueur a écrit au sous-préfet pour demander l'autorisation de parcourir toits et jardins des habitants dont les propriétés étaient voisines du jeu de ballon.

Quelques règles du jeu de ballon. Le plus souvent, le jeu se pratiquait à 4 contre 4. Il consistait à renvoyer un ballon avec la main protégée par un brassard en bois. Le ballon était fait d’une enveloppe de cuir remplie d’un mélange de glaire d’œuf et de vinaigre. Le vinaigre faisait coaguler la glaire d’œuf et la rendait élastique. … On pouvait renvoyer le ballon en l'air, directement dans le camp adverse, ou le faire rouler, en faisant une « chasse ». La « chasse » était une façon de gagner du terrain. Pour cela, le joueur faisait rouler le ballon à partir de son camp, et l'adversaire devait l’arrêter le plus tôt possible. Quand on changeait de camp, l'équipe qui avait réussi à faire rouler le ballon loin dans le camp adverse, n'avait plus à défendre que la partie de terrain où le ballon n'était pas arrivé. Cette règle, déjà pratiquée par les Grecs et les Romains, se pratique encore, aujourd’hui, dans plusieurs jeux de longue-paume.


 

DU JEU DE BALLON AU BRASSARD

AU JEU DE BALLE AU TAMBOURIN

Des tambourins et des battoirs. Avec le temps, l’instrument utilisé pour jouer à la paume, a beaucoup évolué. La pala en bois a peut-être pour origine le battoir de lavandière. La raquette faite d’une branche pliée sur laquelle on tendait une peau parcheminée a permis de gagner en surface et en efficacité. La raquette à tamis a remplacé la raquette en peau, quand un roi a interdit l’utilisation du parchemin réservé pour l’écriture ; etc. J’ignore quand ont été fabriqués les premiers brassards. Je sais simplement qu’on les a utilisés en Italie, en Provence, dans le Languedoc, etc. … Le tambourin tire peut-être son origine des tambourins de musiciens. J’ai retrouvé le texte d’un Anglais qui propose au tout début du vingtième siècle, de laisser les grelots pour jouer à la paume. … En 1861, un tonnelier de Mèze a fabriqué les premiers tambourins : cercle de bois sur lequel était tendue une peau parcheminée, de porc puis de chèvre. Les joueurs de jeu de ballon ont abandonné aussitôt les brassards, pour jouer avec des tambourins. Ce changement a probablement été favorisé par l’arrivée du caoutchouc qui a permis la fabrication de balles plus légères que les ballons. … Pour engager, les batteurs ont fabriqué des battoirs. C’est un cercle plus petit, fixé au bout d’un manche de micocoulier, flexible comme sont les fouets.

 


Un terrain plus long et un joueur de plus. La trajectoire de la balle étant plus longue, le terrain a été allongé jusqu’à 100 mètres et plus. Pour couvrir l’espace, on a rajouté un cinquième joueur, et joué à 5 contre 5. Pour le reste, les règles sont restées celles du jeu de ballon. … NB : A noter que l’ajout de ce joueur supplémentaire n’a pas été systématique. En 1880, on lit : « Chronique de Gignac. Les 4 gagnants de la partie de Tambourinet qui a eu lieu dimanche dernier à Gignac viennent d'être attaqués par 4 amateurs de Pouzols. … ».

LES CLUBS DE TAMBOURIN LES PLUS ANCIENS

Le jeu existait déjà à Florensac, en 1871, puisqu'un arrêté municipal du 17 août 1871 précise : « Le maire de la ville de Florensac. Vu les lois... considérant ... arrête, article 1er : il est défendu de jouer au jeu de tambourinet ou à tout autre jeu sur la promenade publique, comme aussi d'étendre sur le même lieu n'importe quoi que ce soit...». Les premiers journaux à parler de sport ont été l'Eclair et le Petit Méridional. Leur lecture m’a permis de trouver du tambourin à Pomerols (1876) ; Loupian (1876) ; Marseillan (1876) ; Montagnac (1876) ; Pézenas (1876) ; Valros (1878) ; Servian (1878) ; Paulhan (1878) ; Gignac (1880) ; Pouzols (1880) ; Montpellier (1880) ; Baillargues (1881) ; Pignan (1882) ; Cournonsec (1882) ; Lavérune (1882) ; Saint-André-de-Sangonis (1882) ; Vendémian (1882) ; Saint-Gély-du-Fesc (1883) ; Aspiran (1883) ; Ganges (1883) ; Mèze (1883) ; Montbazin (1883) ; Saint-Hyppolyte-du-Fort (1883) ; Montarnaud (1883) ; Bélarga (1885) ; etc.

DES RENCONTRES AMICALES,

DES DÉFIS ET DES CONCOURS.

Pendant une soixantaine d’années, le tambourin a été joué sous forme de rencontres amicales ; lors de défis où se pariaient des sommes colossales ; ou encore à l’occasion de concours. Les concours les plus importants ont été celui de Pézenas créé en 1909, et celui de Montpellier créé en 1921.

Rencontres amicales et défis. Voici quelques exemples de rencontres amicales et de défis. « 1876. Chronique de Marseillan. Aujourd'hui a eu lieu à Marseillan une partie brillante de Tambourinet au jeu de ballon, entre les joueurs de Pomerols et de Loupian. Tout s'est passé avec calme. Les joueurs de Pomerols sont restés vainqueurs. » ; « 1878 Chronique de Servian. Le 14 juillet, Valros remporta la belle sur le terrain de Montagnac. Au train de 8 heures du soir, les voyageurs arrivés à la gare de Valros ont été agréablement surpris. Une partie de la population de cette localité, drapeau déployé, musique en tête, a entonné l'hymne sacré de la patrie. Les fusées volantes, les marrons tonnants, etc, rien ne manquait à la célébration de cette date mémorable. Cependant quelques personnes malveillantes ont prétendu que toutes ces manifestations n'étaient que pour narguer les joueurs de Servian, qui eux, ne leur font que l'injure de les en croire capables, attendu que les spectateurs savent tous que si Valros l'a emporté, c'est grâce à l'indisposition du batteur de Servian » ; « 1878, Chronique de Paulhan. On nous écrit : Une partie au tambourin des plus importantes, est engagée entre 5 Bonapartistes et 5 Républicains (de Paulhan). L’enjeu est de 500 francs. … » ; « 1886. Chronique de Pézenas. Demain dimanche, 12 courant, à une heure de l’après-midi, aura lieu à Pézenas, sur la vaste place du 14 juillet, une grande partie de ballon entre 5 joueurs de Marseillan et 5 joueurs de Florensac. L’enjeu est de 500 francs. La municipalité de Pézenas a mis à la disposition des organisateurs, les pieux, les cordes, les oriflammes et drapeaux qui doivent encadrer et limiter le jeu. Tout sera préparé et disposé de façon à permettre aux joueurs de se mouvoir facilement sans être gênés par les 10.000 spectateurs qui, d’ordinaire, se pressent autour du champ de lutte. » ; « 1900. Chronique de Cette. Une intéressante partie de ballon aura lieu cette après-midi, à la carrière du Souras, près du môle, entre 5 champions de Mèze et 5 champions de Loupian. L’enjeu, de 1000 francs, a été entièrement versé entre les mains de monsieur le maire. » …

Concours. Au début du 20ème siècle, quelques clubs ont organisé des concours qui rassemblaient plusieurs équipes. C’est le cas de Bessan en 1906. … En 1908, on trouvait un concours à Béziers : « C’est aujourd’hui dimanche que sera donnée, sur la place de l’ancien Champ-de-Mars (Béziers) la finale du concours de tambourin. Trois équipes seront en présence : Cette, Marseillan et Baillargues. … ». … En 1909, ont commencé les concours de Pézenas qui dureront jusque vers 1937. « Pézenas. Concours de tambourin. C’est dimanche dernier que s’est clôturé, en présence d’une foule considérable, ce magnifique concours … Tressan, sorti victorieux de cette ultime rencontre, fut proclamé par le jury, champion de tambourin pour l’année 1909. Rappelons que Tourbes fut le gagnant de la deuxième série. Les seconds prix furent décernés, pour la première série à Pouzols ; pour la deuxième série, à l’équipe Landes-Castels de Florensac. … ». « 1910. Seront en présence (dimanche prochain) les équipes d’Agde et de Pézenas ; Cette (Sète) et Montagnac. … ». … Le concours de Pézenas rassemblait des dizaines d’équipes qui, public oblige, se souciaient de leur apparence. « 1912. Concours de Pézenas. On nous écrit de toutes parts pour nous demander quelle est la tenue la plus correcte pour une équipe. Nous répondrons que la tenue en chemise blanche et pantalon blanc est la seule chic et de rigueur ; le maillot est une erreur de goût et d'application. » … On se plaignait parfois du trop de bruit. « 1910. L'Écho de l'Hérault. Chronique de Pézenas : … Vous avez deviné ami lecteur que c'est du Tambourin que je veux parler. Bien entendu, il ne s'agit pas ici des belles luttes qui se livrent tous les dimanches sur notre admirable Jeu et qui donnent à notre cité un aspect des plus vivants en y amenant de nombreux visiteurs ; non, je m'adresse à ceux qui, peu soucieux du repos d'autrui, se livrent à ce sport avant qu'un soupçon de jour commence à se montrer. C'est à devenir fou d'entendre tous les matins, et cela pendant des heures, les pans, les panpans et les ratapans ... Si cela continue, on jouera bientôt la nuit avec des ballons lumineux. ... Un habitant de la Place du 14 juillet. »

                                                 APRÈS LA GUERRE 1914-1918

« 1919. Cournonsec. Aux jeunes joueurs de Gignac, la société de Cournonsec opposera 5 poilus, plusieurs blessés de guerre, ayant moins de souplesse que leurs adversaires, mais qui néanmoins iront à Pignan avec la volonté de vaincre. … ». … « 1920. Concours de Pézenas. Les équipes restantes des éliminatoires du concours de Pézenas 1914, interrompu par la guerre, doivent se rendre dimanche 23 courant, à 2 h (heure nouvelle), à la mairie où aura lieu le tirage au sort. ... NB : Il s’agit de terminer le concours commencé 6 ans plus tôt. … « 1900. Concours de Pézenas. C'est devant une foule de curieux que s'est clôturé le concours de tambourin. Bessan et Pézenas y discutaient le premier prix de 1914 et la lutte fut on ne peut mieux chaude. La 3ème manche passionne la galerie, les paris sont ouverts, mais nous croyons ceux-ci simplement verbaux, car nous ne voyons personne bourse délier. La supériorité du batteur de Bessan est au moins de 30 mètres et c'est bien grâce à cela qu'il est vainqueur du 1er prix 1914. Pour le concours de 1914, sont gagnants du 1er prix, 400 francs, Bessan ; du 2ème prix, 300 francs, Pézenas (Balsier) ; du 3ème prix, 200 francs, (Bélarga) ; du 4ème prix, 100 francs, Montarnaud ; du 5ème prix, 50 francs, Cournonsec. … ».Battu, Montarnaud veut sa revanche. « Les Tambourimmen qui se rendront dimanche sur notre jeu, verront aux prises l'équipe redoutable de Montarnaud qui lance un défi avec enjeu de 1.000 francs (on gagne 12 F par jour à la vigne), aux 5 joueurs de Bessan, vainqueurs des tournois de 1914 et 1920 ». … Élise Vernière m’a expliqué, 94 ans après, pourquoi l'équipe de Bessan a perdu contre celle de Montarnaud. « Mon grand-père voyait d'un mauvais œil la passion de son fils Émile pour le tambourin. Il a fait exprès de l'envoyer creuser des trous à la vigne, le matin du match, pour le fatiguer, lui faire perdre la partie et lui faire abandonner le jeu ». Elle précise encore : « Montarnaud, plus prévoyant et voyant que le temps était humide, avait apporté un réchaud pour chauffer et tendre les peaux de chèvre qui se détendent par vent marin. »

Si un concours existait, à Pézenas, depuis 1909, il s’en est créé un à Montpellier, en 1921. « Dans le magnifique cadre des Arceaux et en présence d’environ 8.000 spectateurs, s’est jouée la grande finale du concours de Tambourin 1921. Tout d’abord Mèze et Montpellier luttent pour les troisième et quatrième prix. … Cournonsec et Montarnaud qui n’ont pas encore connu la défaite, vont maintenant se disputer le championnat. ». … « L’Éclair 24 août 1922. Dans le magnifique cadre des Arceaux, au milieu d’une foule enthousiaste de sportmen accourus de tous les côtés de la région, et par une journée splendide, se sont déroulées, dimanche dernier, les finales du concours de Montpellier. Quel spectacle ravissant et impressionnant à la fois. Les privilégiés étaient assis ; d’autres formaient la haie sur sept ou huit rangs. Au fond de jeu, aux terrasses de cafés, les clients entassés défiaient les balles des puissantes batteries qui parfois, comme de véritables obus, allaient leur rendre visite. Des voitures, des autos, de vastes camions servaient de loges à de nombreux spectateurs, et les escaliers du Peyrou, pour la circonstance, firent fonction de pigeonnier. »

DES PLACES DE VILLAGES POUR TERRAINS

DES PROBLÈMES DE TERRAINS                                                                                                         

On jouait, le plus souvent, sur la place du village. Les voitures n’avaient pas encore squatté l’espace.

 



Si certains sports n’ont jamais connu de problème de terrain, il en est bien autrement pour le Tambourin. … Tu te souviens qu’en 1871, le maire de Florensac a interdit la pratique du Tambourin sur la Promenade. … Il y a eu également un problème de terrain à Agde en 1910. « Notre terrain est malheureusement trop exigu pour le moment, et nous ne pouvons nous livrer qu’à un jeu très restreint. » … 70 ans plus tard, même problème à Bessan où la municipalité s’emparera d’un morceau du terrain pour y construire deux tennis. Les joueurs de Bessan seront alors obligés de recevoir à l’extérieur (Balaruc les Bains) et s’entraîneront à Usclas. Heureusement, 4 ans plus tard, la Fédération décidera de raccourcir les terrains de 100 mètres à 80, et celui de Bessan pourra, à nouveau, être utilisé. … Dans les années 1980, les terrains historiques de Montpellier puis de Pézenas, seront supprimés pour devenir des parkings payants. … Membre de la Fédération, je proposerai d’organiser des manifestations de protestation ; on se contentera d’une lettre et on n’obtiendra rien. … En 1988, je parlerai avec Georges Frêche, alors maire de Montpellier. Il me promettra un terrain au fond de l’Esplanade, devant le Corum. Promesse d’élu.

 



L’ÉCLAIR ORGANISE SA COMPÉTITION

LA CRÉATION DE LA PREMIÈRE FÉDÉRATION                                                                            

En 1922, le journal « L'Eclair », journal de droite, clérical et anti-républicain, a organisé un championnat du Languedoc. S'y affrontaient : les vainqueurs des concours de Pézenas et de Montpellier. Le but était d’attirer les joueurs vers leur candidat aux élections régionales. … Le même journal a encouragé des bourgeois de Montpellier à créer une Fédération. Celle-ci a vu le jour début 1923. Pas plutôt créée, la Fédération a envoyé aussitôt un courrier au Comité Olympique Français, pour demander que le Tambourin soit discipline Olympique, et a organisé un championnat de France. … « Mai 1923. Chronique de Marseillan. Dimanche et lundi aura lieu le repêchage du championnat de France. Deux rencontres auront lieu sur notre terrain ; dimanche 20, l’équipe junior de Vias a rencontré sa correspondante de Pinet … » … « 1er juin 1923. FFT. Les As du Tambourin joueront les premiers éliminatoires du championnat de France, le dimanche 3 juin. Nous donnons ci-dessous la liste des rencontres qui auront lieu ce jour-là. Grâce à l'organisation fédérale, les populations rurales qui ont suivi avec tant d'intérêt les rencontres juniors et 2ème série, pourront encore, pendant tout le mois de juin, assister aux assauts que vont livrer les ténors au titre du championnat de France. Toute la gamme des grands favoris va rentrer en lice : Coupiac, Saltet, Bourdiol, Vernière, Aigrefeuille, Bénézech, Marc, Garoutte, Pagès, Romieu, en un mot, tout ce que le Tambourin compte de vedettes, auxquelles il conviendrait d'ajouter Appolon, le Blond et tant d'autres, vont multiplier leurs efforts pour franchir les éliminatoires. Les finales pour toutes séries auront lieu à Montpellier, et dureront deux mois, juillet et août. … » … La Fédération a commis l’erreur de ne pas tenir compte des concours de Pézenas et de Montpellier, et la zizania a suivi.

LES CONCOURS LOCAUX

En même temps que se déroulait le Championnat de France, avaient lieu les concours de Pézenas et de Montpellier. « 1923. Concours de Pézenas. Immédiatement après la dernière partie, il a été procédé à la lecture du palmarès et à la distribution de 10.500 francs de prix. L'équipe Vernière de Bessan (victorieuse des concours 1914, 1920, 1921 et 1923) a laissé, entre les mains du comité la somme de 100 francs pour être distribuée aux pauvres de Pézenas. Merci aux Bessanais pour ce beau geste. Le concours de 1923 a été sans contredit un immense succès. Jamais le magnifique jeu de Pézenas n'avait vu une pareille affluence d'équipes et de spectateurs... »

 



S’il y avait un problème entre la Fédération et les organisateurs de concours, il y avait également des problèmes entre Pézenas et Montpellier. « 1927. L'Etendard Piscénois. Vous êtes les brebis galeuses du tambourin, disait monsieur Vallat (Montpellier) à un piscénois qui, le jour du 15 août, déjeunait dans la même salle que lui ; et votre public est loin de représenter l’élite intellectuelle, et si j’avais été quelque chose au Comité de Montpellier, les équipes de Montpellier, Usclas et Pignan n’auraient pas participé à votre concours. … F. Pétesque organisateur du concours de Pézenas répond. Que monsieur Vallat me permette de lui dire ceci : Si le Tambourin a pris l’extension qu’il a aujourd’hui, s’il occupe dans nos sports régionaux une place si importante, il le doit simplement à Pézenas et non à Montpellier, ni à monsieur Vallat. Ce n’est qu’après la guerre que Montpellier s’est décidé à ouvrir un concours. ... ». … Même la tenue posait parfois problème. « 1926. Concours de Pézenas. Les joueurs Saint-Ponais se sont présentés sur le Jeu en maillot de football ; on aurait dû ne pas les accepter afin de donner un exemple. La tenue est chemise blanche, pantalon blanc sans bretelles, tête nue et non pas affublée de casquettes ridicules ... ». … Les spectateurs étaient nombreux et variés ; et on se déplaçait aussi bien à vélo qu’avec le cheval. Mon grand-père Louis Sabatéry est allé voir une partie de tambourin à Pézenas, avec ses copains. Il a emprunté le petit trotteur qui servait à son père, courtier en vin. Devant lui, sur la route qui conduit de Bessan à Pézenas, il y avait Louis Gleizes, maire de Bessan, accompagné d'Emmanuel Ville (président du club de tambourin) et de quelques bourgeois. Une course s'est engagée entre les deux équipages, et, pour une fois, les bourgeois ont été battus. … « 1928. Ce sont nos braves Sénégalais du régiment de Cette, revenant du camp du Larzac, qui ont mis la note noire sur notre dimanche piscénois. On en voyait partout ; et leurs visages de bons enfants naïfs et un peu mélancoliques, s’éclairaient d’une joie étonnée aux jeux du Tambourin, de la Pelote et des Boules. Il y avait grande foule, comme toujours, autour de l’arène et du fronton, malgré la chaleur sénégalienne qui mettait bas vestes et faux-cols, sous des fronts ruisselants … »

APRÈS LA ZIZANIE, DES DÉMISSIONS EN CASCADE.

En 1929, la Fédération a démissionné ; elle aura tenu 6 ans. Le dernier concours de Montpellier date de 1931 ; ils auront tenu 10 ans. Le dernier championnat de Languedoc, organisé par « L'Éclair », date de la même année. Seul Pézenas a continué à organiser son concours jusqu'en 1937, avec les quelques équipes restantes. … En 1929, il y a eu un miracle à Pézenas. « Dimanche 28 juillet finale des juniors Saint-Pons contre Tourbes. Les parties seront filmées par un envoyé spécial de la maison Pathé frères. » … Les Piscénois étaient passionnés et certains joueurs de rugby pratiquaient également le tambourin. « Bénézech batteur 30 ans, 1,72 m, 82 kg, ancien 3/4 aile du stade piscénois de rugby, batteur redoutable et redouté, possède des qualités physiques peu communes. A déjà remporté en Tambourin de nombreuses victoires et de nombreux prix. Micheli grand fond et défenseur de batterie 24 ans, 1,80 m, 80 kg, 3/4 aile du stade piscénois, ancien joueur du Racing-Club-Narbonnais, grand sprinter et le plus grand joueur de Tambourin, au bond surtout envoie des balles à 95 mètres, a des déplacements extraordinaires ... ». « 1931. L'équipe de Pézenas (Fontanille junior) était tellement contente d'avoir gagné l'équipe de Servian (Satche), qu'ils ont oublié de leur payer l'apéritif, ce qui est d'usage au Concours de Pézenas. »

MAX ROUQUETTE, LA DEUXIÈME FÉDÉRATION,

L’ARRÊT DÛ À LA GUERRE 1939-1945.

L’écrivain occitan Max Rouquette était un joueur de tambourin ; batteur dans une petite équipe d’Argelliers (Hérault). Attristé par le fait de voir disparaître son sport favori, il a décidé, fin 1938, de créer une nouvelle Fédération. Le succès a été énorme. « Un enthousiasme extraordinaire est passé sur le Languedoc où les sociétés se multiplient, et au sein des sociétés, les équipes. Les fabricants de tambourins et les fournisseurs de peaux sont débordés par les commandes. Et dans les rues et sur les places du moindre de nos villages, les enfants s’envoient des balles avec des fonds de seaux ou des bouts de planche. Le vieil instinct languedocien du joueur de balle reparait joyeusement et déjà l’heure sonne où le rideau se lèvera sur les grandes épreuves. »

 



Malheureusement, en fin de saison 39, la France a déclaré la guerre à l'Allemagne et le jeu a cessé ou presque. … La guerre terminée, beaucoup de clubs n’ont pas pu reprendre par manque de peaux de chèvre pour les tambourins, de balles en caoutchouc, de chaussures de sport, d'essence pour les déplacements, etc.

LA RENCONTRE AVEC LES ITALIENS

Rencontre avec les Italiens. Petit à petit, on a pu se procurer balles et des tambourins, et le jeu a repris. … En 1954, Max Rouquette a rencontré les responsables de la Fédération italienne de Tambourin et il a été décidé d’organiser une rencontre internationale. … En octobre, les Italiens sont venus à Pézenas où ont été organisées deux parties : l'une au jeu de tambourin avec « chasses » et « clauses », pratiqué par les Français ; l'autre au jeu de tambourin sans « chasses » et « clauses », pratiqué par les Italiens. … Joueurs français et spectateurs ont trouvé le jeu italien plus dynamique et la Fédération a suivi.

Les Italiens utilisaient des tambourins en peau de cheval, plus efficaces que les tambourins français en peau de chèvre ; des tambourins équipés d'une poignée en cuir qui permettait de mieux les tenir. Aussitôt, les joueurs français ont commandé du matériel aux Italiens. … Pendant une vingtaine d'années, joueurs français et italiens joueront avec ces tambourins italiens en bois et peau de cheval ; jusqu'en 1975, où sont arrivés les tambourins en plastique et toile synthétique. … En 1983, le club de Balaruc-les-Bains créera une fabrique de tambourins, où, pendant près d'un quart de siècle, les toiles synthétiques seront montées sur des cercles venant d'Italie. … En 2007, la fabrique déménagera à Gignac, où elle sera regroupée avec le siège de la Fédération et le musée du Tambourin.

Après une défaite en Italie, la première rencontre officielle, s’est jouée en août 1955, sur le terrain des Arceaux de Montpellier. La seule différence de règlement, entre la France et l’Italie, consistait dans l’engagement ; les Français engageant avec un battoir (petit tambourin monté à l’extrémité d’un manche flexible) et les Italiens avec une « mandoline » ; sorte de tambourin de forme ovoïde.

LES ENFANTS.

CHAMPIONNAT JEUNESSE ET SPORT

ET CHAMPIONNAT U.S.E.P.

Le premier à intéresser des élèves à la pratique du tambourin semble avoir été monsieur Galinié, instituteur à Cournonterral, vers 1952. Je me rappelle avoir gagné une finale scolaire à Marseillan, et une à Gignac. … Vers la fin des années soixante, Louis Ganivenq a été embauché par « La Jeunesse et les Sports ». Il a aussitôt organisé un championnat avec deux catégories : moins de 14 ans et plus de 14 ans. … Ayant, à Bessan et à Florensac, des joueurs à partir de 6 ans, j’ai créé, en 1970, un championnat U.S.E.P. avec les catégories Petits (6 et 7 ans), Poussins (8 et 9), Benjamins (10 et 11), etc. En 1977, il y avait 29 équipes U.S.E.P. Je m’occuperai, bénévolement, du championnat U.S.E.P. jusqu’en 1980.

                                              

LES FEMMES

Je n’ai rien trouvé concernant les femmes, excepté le texte suivant : « En 1427, sous Charles VII, est venue, à Paris, une femme nommée Margot, laquelle jouait le mieux à la paume que oncques homme eust veu, et avec ce jouait devant et derrière main très puissamment, très malicieusement, très habilement, comme pouvait faire homme... » … Dans les années 1970, quelques filles ont commencé à jouer avec les garçons. Elles ont fini par demander que la Fédération crée une série pour les féminines, ce qui a été fait au tout début des années 80. … Tout naturellement, il a été question de rencontres France-Italie féminine. La Fédération a évoqué le problème du financement, mais elles ont finalement obtenu gain de cause. Elles seront les premières à remporter un match France-Italie.


 

FLORENSAC, UN DESTIN EXCEPTIONNEL.

LE TAMBOURIN EN SALLE.

La pratique du tambourin avait cessé, à Florensac, au milieu des années 30. Nommé instituteur dans ce village, j’y ai relancé le tambourin en 1969. Les élèves s'entraînaient, pendant les récréations, et j’organisais des compétitions à 1 contre 1 sous le préau. Le succès a été immédiat ; en quelques semaines, la moitié des élèves de l’école primaire avaient acheté un tambourin.

 


Entre 1969 et 1980, j’ai engagé un maximum d’équipes de Florensac (6 équipes certaines années) et les Florensacois ont remporté la plupart des titres. En 1974, un club a été créé, avec l’aide de parents et d’un ancien joueur. Problème : il n’y avait pas de terrain de tambourin à Florensac. Pendant des années, j’ai demandé, mais les élus n’étaient pas décidés J’ai décidé d’arrêter de former des joueurs en 1980. D’anciens élèves, filles et garçons, sont alors venus jouer avec moi, à Bessan. … En 1994, après 13 ans d’interruption, quelques nostalgiques de ce jeu ont décidé de relancer le club de Florensac. Rapidement les Florensacois ont gravi les échelons. En ce qui concerne le tambourin en extérieur, ils accéderont en nationale 1, en 1998 ; et les filles en 2000. Elles seront en finale en 2003 et 2006. … Dans les années 1970, de plus en plus de joueurs s’étaient plaints que la saison était trop courte. En 1978, Louis Ganivenq, responsable Jeunesse et Sport, avait organisé un premier tournoi en salle. Le jeu s’était alors joué à 2 contre 2. La chance avait voulu qu’avec mon équipier Gilles Canitrot, nous battions tous les internationaux ; chose qui aurait été impossible au tambourin en extérieur. … Les gymnases étant de plus en plus nombreux, et devant le succès du jeu en salle, et l'arrivée de plusieurs pays à cette pratique, il a été organisé, à partir de 1993, un championnat de France et une coupe d'Europe des clubs champions, à 3 contre 3 sans filet. … En 2000, l’équipe de Florensac évoluait en série A. Elle s’est inclinée en finale de la coupe d’Europe, face aux Italiens, sur une seule balle, que l’arbitre a donnée aux Italiens, contre l’avis de tous les spectateurs. … En 2005, mes anciens élèves m’ont invité à la coupe d’Europe qui se jouait en Italie. Cette année-là, Florensac a perdu en finale. Il se rattrapera pour être champion d’Europe en 2010, 2014, etc, et champions du monde en 2023. … En 2010, c’est la consécration : « L'équipe florensacoise sacrée championne d'Europe ! Quel exploit retentissant pour l'équipe locale de tambourin, qui revient de Beauvais avec le titre suprême, aux dépens des « invincibles » Italiens. Ceux qui ont eu la chance de participer à cette aventure diront que ce fut le match du siècle. … Messieurs, chapeau bas ! Ce que vous avez réalisé est historique. La population, tous les sportifs du village et tous les élus peuvent être fiers de l'empreinte que vous laissez de votre passage. ... ». … Évidemment, les joueurs champions du monde en 2023, ne sont pas ceux qui évoluaient une quinzaine d’années plus tôt, mais il y a une belle continuité. Mes anciens élèves, vainqueurs en leur temps, sont aujourd’hui, l’âge oblige, entraîneur, président du club, organisateur, soigneur, etc.  Et pour prouver que, quand on a découvert le Tambourin on ne le lâche plus, il y a, parmi cette équipe championne du monde, le fils de Laurent Amet, président du club, et celui de Monique Pellicer, ma meilleure joueuse à l’époque où j’étais instituteur à Florensac. 


 


LA DISPERSION DU TAMBOURIN

Je ne vais pas citer tous les clubs qui, aux 4 coins de la France et d’une dizaine de pays, ont pratiqué ou pratiquent le Tambourin. En voici seulement deux exemples français relativement récents. … Au début des années 80, un touriste s’est arrêt au bord du terrain de Bessan où nous étions en train de nous entraîner. Il s’appelait Bernard Blin et était président d’une fédération de Balle-pelote, dans le nord de la France. Je lui ai expliqué les règles du jeu de balle au tambourin ; il a été intéressé, m’a acheté des tambourins et a créé un club, avec ses étudiants de Valenciennes. Des quelques clubs du Nord créés à cette époque, il reste Beuvrages. … Plusieurs Héraultais ont été à l’origine de clubs en dehors du département de l’Hérault. C’est le cas de la famille Gouneaud qui a créé le club des Pennes-Mirabeau près de Marseille. … Plusieurs pays d’Europe, comme l’Allemagne, l’Angleterre, la Hongrie, le Portugal ou la Catalogne, on participé au dernier championnat de monde en salle. D’autres, comme le Brésil et le Bénin étaient également présents. … Le Brésil a participé au premier championnat du monde en extérieur, en 2012. Outre ces pays participants, on a une dizaine de pays qui ont pratiqué ou pratiquent le tambourin. C’est le cas pour le japon. 

 



LES PRINCIPALES RÈGLES DU TAMBOURIN.

Parmi les centaines d’articles du 19ème siècle, que j’ai eu l’occasion de lire, j’ai trouvé des terrains de 110-115 mètres de long. En ce qui me concerne, j’ai longtemps joué sur des terrains de 100 mètres ; jusqu’à ce que l’on réduise la longueur à 80 mètres. On est alors passé d’un jeu aérien qui consistait essentiellement à renvoyer la balle d’un geste « par-dessous » à un jeu d’attaque utilisant plus souvent le geste « par côté ». … Le terrain est partagé en deux camps égaux, par une simple ligne qui, à l’origine devait être une corde, d’où le nom de « cordiers » que l’on donne aux joueurs proches. … Chaque équipe est composée de 5 joueurs qui se placent généralement en X : 2 fonds dont le batteur, 1 tiers et 2 cordiers. Vers 1870-80, on s’est cherché en ce qui concerne le nombre de joueurs. J’ai trouvé des équipes de 4, comme au jeu de ballon et des équipes de 6. Finalement on a choisi de jouer à 5 contre 5, et le joueur qui a été rajouté comme troisième cordier, a été appelé le « tiers ».  … Depuis 1955, le jeu se limite à renvoyer la balle directement dans le camp adverse, en utilisant de préférence la volée. On peut aussi reprendre la balle au bond, comme on le fait au Tennis. … La balle, en caoutchouc dur et lisse, est beaucoup plus rapide que celle de tennis. Elle est renvoyée avec un tambourin. Le battoir sert uniquement pour l'engagement. Obligatoire pendant plus d’un siècle, il est aujourd’hui facultatif. On a le droit d’engager avec un simple tambourin. … Afin qu'une équipe ne soit pas désavantagée par un vent contraire, ou par le soleil, on change de camp tous les 3 jeux. On compte les points comme au Tennis ou presque : 15, 30, 45 et jeu. Aujourd’hui, les parties se jouent généralement en 13 jeux. … On pourrait, comme ça, énumérer toutes les règles de jeu. Ce n’est pas le but de cet article. Vous trouverez probablement ça sur le site de la Fédération, de la Ligue ou du Comité départemental. … En ce qui concerne le Tambourin en salle, les parties se jouent à 3 contre 3, sur un terrain de 34 mètres de long et 16 mètres de large ; avec une zone morte de 4 mètres qui ne sert que pour l'engagement. Engagement qui se fait au tambourin, avec des balles de tennis basse-pression.

 



LE TAMBOURIN, UN GRAND SPORT MÉCONNU.

Pendant des années Max Rouquette, président de la FFJBT et écrivain, a fait son possible pour promouvoir le Tambourin. Il a multiplié les contacts, favorisé des démonstrations là où le Tambourin n’était pas connu, parlé sur les radios, organisé des conférences, etc, et il a beaucoup écrit sur le sujet. Voici un extrait d’une lettre envoyée au préfet de l’Hérault en 1941 : « Une province qui a depuis longtemps perdu tout caractère ethnique propre, toute personnalité, est excusable de s’abandonner avec indifférence à l’uniformisation dans le médiocre. Mais les provinces qui ont un trésor de traditions, d’usages, de jeux, de langage, se doivent non seulement de les garder, mais encore de les faire valoir. Pour ne citer qu’un exemple, le Pays basque, riche, cependant d’une Côte d’Argent dont le renom seul suffirait à attirer l’étranger, ne dédaigne pas, mais au contraire, se fait une juste gloire, de vanter son jeu national : la pelote basque. Aucun syndicat d’initiative n’aurait garde, là-bas, de l’oublier. Affiches dans les gares, association de parties de pelote à toutes les fêtes régionales ou locales, articles, cinéma, et même roman ; tout semble avoir été mis en œuvre pour la défense et l’illustration de cet aspect de la province basque. Le résultat est une curiosité, un intérêt universel, un prétexte à aller voir. Et c’est ici l’intérêt touristique qui est en jeu, intérêt de premier ordre pour la vie économique de la province … ». … Il écrit encore en 1963 : « Vous assisterez cet après-midi à une partie de tambourin sur ce jeu magnifique de la place du 14 juillet (Pézenas) qui lui fut toujours réservée et que le déluge automobile n’est pas parvenu à lui ravir. … Ailleurs, quand une province a la chance de posséder un sport qui lui soit propre, qui soit son bien, un des aspects originaux de sa personnalité, elle le proclame son sport national, elle le montre avec joie à ses visiteurs, elle en fait dans sa propagande touristique le symbole même de cette personnalité. Voir le Pays basque. Vous devez donc vous considérer comme des privilégiés puisque les gens avisés qui dirigent votre stage ont su comprendre qu’il n’est pas de hiérarchie dans le patrimoine d’une province et que l’âme d’un pays, cela ne se vend pas au chiffonnier … ». … Max termine son article « Alors, c’est une fièvre d’enthousiasme, une sorte de bonheur extraordinaire qui envahit la foule ; car des villages entiers suivent leurs équipes pour les encourager de leurs clameurs. Et ce sont les retours glorieux dans le soir des beaux étés, sous les voûtes des grands platanes qui restent encore au bord de nos routes. Ah ! si le tambourin arrivait du Far-West et s’appelait le tamburing ».  

Malgré les efforts de Max Rouquette, le Tambourin restait méconnu. … Voici un exemple malheureux dû à la méconnaissance de notre sport. Un jour de 1974, le responsable national des Foyers Léo Lagrange a contacté la FFJBT, pour une démonstration Tambourin à Avignon où devait y avoir un rassemblement de tous les Foyers de France. La fédération a demandé des volontaires. J’ai accompagné des équipes d’enfants, aidé par des parents et Léopold Bellas, international et président du club de Saint-Georges d’Orques. Arrivés à Avignon, le responsable national des Foyers nous a dit : « Ah c’est vous l’orchestre ! Je vous attendais ! ». Nous étions allés à Avignon pour rien. … Persuadé qu’il y avait encore du travail à faire pour que le Tambourin soit connu, j’ai réalisé des expositions qui n’ont pas eu beaucoup de succès, et proposé, à mon tour, des conférences.

 


J’ai écrit, pour de nombreux journaux. Aucun journal national n’a refusé, excepté L’Équipe, journal des sports. Voici un petit article paru en 1978 sur Télé7jours (à l’évidence le dessinateur n’a pas lu sérieusement le dossier que j’avais joint à l’article),


Ayant effectué des recherches pendant des dizaines d’années, j’étais en mesure d’écrire un livre de plusieurs centaines de pages, et Max Rouquette m’y encourageait. Il devait être différent de son deuxième livre, et plus complet, dans la mesure où, à son époque le tambourin féminin ne faisait que commencer et où le tambourin en salle en était à ses balbutiements. J’ai travaillé sur ce projet pendant des années. Malheureusement, le nombre de commandes était insuffisant pour couvrir les frais, et j’ai dû renoncer. … Je me suis alors orienté vers une brochure couleur de 25 pages, écrite en français, anglais et occitan. Pensant que tous les joueurs auraient à cœur de posséder ce document, j’en ai commandé 1.500. Mauvais calcul ; à peine 3 ou 4 clubs ont joué le jeu et j’ai eu plus d’un millier d’invendus. … Je n’ai pas compris la leçon et je viens d’écrire un livre encore plus petit, en noir et blanc, pour un prix encore plus bas. Je le vends au prix imprimeur : 3 euros. Je ne pourrai jamais faire mieux.

 


MAIS OÙ EST DONC PASSÉE LA TÉLÉ RÉGIONALE ???                                                             

Évidemment, ce ne sont pas les livres qui vont attirer les enfants vers le jeu de balle au tambourin ; peut être faudrait-il publier un manga. … Notre sport fait face à 4 difficultés essentielles : 1/ le manque d’images Tambourin sur la télé régionale ; 2/ le manque d’enseignants pour défendre le patrimoine régional et former leurs élèves ; 3/ la suppression de terrains par des élus ; 4/ le pas de vente de tambourins chez les commerçants. … Pour en revenir à la télé, je trouve injuste que la télévision régionale n’ait pas diffusé d’images sur la finale du championnat du monde 2023, dont Florensac est sorti vainqueur, après avoir battu l’Angleterre, l’Allemagne, le Portugal, la Catalogne, la Hongrie, le Brésil, le Bénin et pour finir l’Italie. … Pour donner une idée de l’impact des images télévisées : une année, j’ai eu l’occasion de parler du Tambourin, pendant 3 minutes, dans une émission télé. À l’époque, j’étais entraîneur de l’école de tambourin de Bessan et j’avais dans le groupe une vingtaine d’enfants. Quelques jours après la diffusion, je me retrouvais avec 47 inscriptions supplémentaires.  

Voilà ; ce sera tout pour cette fois. Mille fois merci aux Amis de Montagnac d’avoir accepté de publier ; et merci à tous ceux qui en feront autant.

                                                     **********

2024
Janvier                                                                                             
                   Le monument mégalithique des Tourals
                                 et son contexte environnemental                                                                                              par Amélie Diaz
          Service archéologique-Communauté Agglomération Hérault Méditerranée

      
                    
          La découverte du monument en pierre sèche

C’est dans le cadre d’un projet de prospections-inventaires lancé en 2015 par le GREPAM, afin d’établir un état des lieux du potentiel archéologique du causse et des terrasses alluviales du volcanisme des baumes, qu’ont été découvertes de nombreuses structures en pierres sèches sur les communes de Nizas, de Caux et de Pézenas.
Le secteur de prospection couvre un territoire délimité au sud par le fleuve Hérault, à l’est son affluent la Boyne, à l’ouest son autre affluent la Peyne et au nord l’édifice volcanique des Baumes. Ce projet a été initié par l’équipe du site de Bois-de-Riquet, situé dans la carrière de basalte de Lézignan-la-Cèbe. L’objectif était de préciser les origines des matières premières minérales utilisés dans la réalisation des outils découverts sur le site.

Section de prospection,
carte géologique de Pézenas
1/50 000 BRGM


        Les problématiques d'étude

De très nombreux éléments en pierres sèches, exclusivement en basalte, de diverses périodes, ont été recensés sur le plateau du volcanisme des Baumes dont la structure mégalithique des Tourals : Pierres dressées, gravées, tombes, outillage en pierre taillé, capitelle et autres structures en pierre sèche comme des murs, des enclos. L’étude de ce monument s’inscrit donc dans une étude plus large, celle de l’occupation du plateau basaltique du causse des Baumes depuis les temps préhistoriques jusqu’aux périodes récentes.

                                 

Localisation des éléments mégalithiques identifiés
sur le plateau des Baumes suite aux prospections-inventaires


   L'environnement mégalithique local                                                                          
Le sud de la France est un territoire riche en dolmens et en pierres levées. Leur apparition dans notre région ne semble pas antérieure à la fin du 4ème millénaire. 
Ils sont habituellement présents sur les reliefs, quasi absents des zones basses, en particulier côtières, et de la vallée du fleuve Hérault. 
Il faut aller vers le Nord (zone du Salagou), au Nord- Ouest (zone de Cabrières-Bédarieux) ou vers l’Est (le Causse de l’Aumelas) pour trouver des monuments mégalithiques type dolmens, souvent en calcaire ou en grès, plus rarement en basalte. Ils se situent à 12/15 kms à vol d’oiseau par rapport au monument des Tourals pour les plus proches.



Principaux monuments mégalithiques
 dans le proche environnement des Tourals (DAO J.P Cros)

  Le contexte géomorphologique                                                                                     
Le monument mégalithique des Tourals est implanté sur le plateau basaltique qui est            communément  attribué au volcanisme des baumes, un édifice effusif daté entre - 1.49 et 
- 1.55 Ma.                                                                                                          
          
Carte géologique BRGM
source Géoportail 2020

Le plateau basaltique présente une irrégularité topographique dans le secteur des Tourals.

Les affleurements à proximité ont tous les caractères d’ancienne exploitation carrière et peuvent être directement en lien avec l’édification du monument.

 

Front d'exploitation sur les pentes de la bordure Est
J. Ivorra

     L'implantation du site dans le paysage                                                                                                        
C’est donc dans le cadre d’un projet d’évaluation du potentiel archéologique des structures en pierres sèches découvertes sur le causse des Baumes, que le site des Tourals a été étudié. Le site des Tourals est inclus dans un mur de plus de 500m de long, lui-même noyé dans un ensemble monumental constitué d’enclos, de portions de murs dont certaines sections sont monumentales, et des tumuli qui pour l’instant, en l’absence de sondage sont considérés comme des zones d’accumulation de blocs issus de l’épierrement des parcelles agricoles adjacentes. Cet ensemble de structures en pierres sèches était non référencé avant les prospections de Mr J. Ivorra et semble s’être seulement conservé dans un espace boisé. C’est éventuellement grâce à cette végétation que ces structures empierrées se sont conservées durant ces derniers siècles.

      Les opérations menées sur le site 

La première approche du site a consisté au nettoyage de la zone d’implantation de ces vestiges. Un débroussaillage intense fut nécessaire afin de révéler les structures enfouies sous une dense végétation. En effet, cette zone est actuellement conquise par une végétation buissonnante qui envahit les espaces et ferme les paysages, rendant difficile la prospection pédestre de terrain. Un mur, à première vue d’époque plus récente, s’est dévoilé sous la végétation à proximité immédiate du monument d’époque préhistorique.                                                                  

Plan général du site et mise en évidence 
des vestiges de la phase la plus ancienne
A. Diaz

Après une première phase de nettoyage de surface autour du site, puis sur le site nous avons pu faire le relevé pierre à pierre. À première vue, cette structure archéologique a partiellement été démantelée par l’enlèvement de blocs de basalte réemployés dans des structures plus récentes, notamment le parcellaire agricole historique. Il s’agit d’une structure mégalithique ayant perdu sa couverture de pierre et/ou de terre qui constituait un tumulus et ne laisse apparaître aujourd’hui que les monolithes – les pierres dressées.

 

Monument après nettoyage, vue depuis le nord
A. Diaz

    Les vestiges découverts sur le site                                                                               

Actuellement deux grosses pierres sont encore en élévation :

-  Une verticale à l’Ouest,

- Une inclinée à l’Est qui s’appuie sur la précédente, il s’agit peut-être de la dalle de couverture,

- Et une située à plat au fond de la « chambre » cette dernière est soit une dalle implantée à l’Est, soit une dalle de sol de chambre

Monument nettoyé, vue depuis le Nord
A. Diaz

Localisation des différents sondages 2022                                                         

L’opération effectuée en 2022 sur ce monument avait pour but de répondre aux questions soulevées lors de la mise en évidence des différentes structures : à savoir la typologie du monument, dolmen ou coffre, ainsi que le lien existant entre le monument et les zones de concentration d’outils en pierre taillé néolithiques qui supposent des habitats pas loin. Plusieurs zones de fouilles ont été choisies en fonction de leur possible état de préservation. La fouille a permis de mettre en évidence des alignements de blocs.

     Les vestiges découverts sur le site des Tourals. 1                                                      



Voici un premier essai de restitution des différents blocs dans la mesure où les blocs identifiés participent tous à l’aménagement du monument mégalithique de type « coffre ».

Les orthostates du coffre (blocs rouge), seraient soutenus, en partie ouest, par de petites dalles de calage (blocs orange), un pavement équilibrant la surface de circulation autour du monument serait représenté par ces grandes dalles plates (blocs jaune) et enfin une série de gros blocs (blocs vert) pourraient manifester la présence d’un parement externe presque circulaire. 

L’étude du mobilier céramique découvert à la fouille 2022, révèle une appartenance au début de la protohistoire, probablement entre 2200 et 1500 ans avant notre ère.

Plan général du site et mise en évidence des vestiges de
la phase la plus récente (DAO A. Diaz).                            
     En beige apparaissent les pierres formant le mur d'époque  
   récente, en orangé une zone de possible remaniement, la 
    ligne noire matérialise l'emplacement de la coupe relevée  
Est-Ouest.                                                                        

Un mur se situe à environ quatre mètres au nord de la structure mégalithique des Tourals 1, et semble constituer l'objet de son épierrement. Ce mur se poursuit de part et d'autre di site. Son épaisseur est variable et encore mal déterminée sur l'ensemble, il est conservé sur trois voire quatre assises de pierres d'une hauteur moyenne de 60 cm. Il est constitué de blocs de basalte brut. Le parement extérieur du mur est constitué de gros blocs et de remplissage de cailloutis.

Coupe est-ouest du mur (DAO C. Gomez)

Au vu des différents sondages réalisés dans le mur, on peut faire plusieurs observations Il s’agit d’un mur à simple parement, édifié en pierre sèche, postérieurement à la structure mégalithique. Le mur semble posséder plusieurs phases et modes de construction, dont la première s’appuie sur le monument et réemploi des blocs de la partie supérieure de ce dernier.

Ces observations apportent une meilleure connaissance de la constitution du mur, cependant la limite avec la structure mégalithique n’a toujours pas été identifiée. Celle-ci pourra probablement être déterminée au cours des opérations futures.

          Les perspectives

D’après les deux premières opérations menées sur ce site, il nous semble que le monument, et le pourtour du monument ne soient pas totalement érodés et que des éléments d’aménagement, de structuration de l’espace puisse être reconnue par la poursuite de la fouille manuelle. Le mobilier archéologique, essentiellement céramique pour les premiers décapages, apparait déjà comme un corpus caractéristique d’une période et pourrait être plus abondante à l’avenir. L’industrie lithique est pour le moment pas assez riche pour constituer une série caractéristique, ni d’un point de vue technologique, ni typologique.

Suites aux études réalisées à partir du mobilier, il apparait que la structure a bien été fréquentée durant le tout début de la protohistoire, plus précisément entre la fin du Campaniforme et le Bronze moyen. Concernant la chambre funéraire du monument, nous avons bon espoir de découvrir des restes inhumés, si la chambre n’a pas été pillée antérieurement. Nous ne connaissons pas encore son état de préservation. Le monument dans son bouleversement actuel peut être le résultat d’un pillage ou celui d’un effondrement lié au prélèvement des pierres qui constituaient le tumulus.

A ce jour, il est difficile de trancher. Les campagnes futures permettront de préciser ces questions.

Equipe 2022

Ces opérations se sont déroulées en grande majorité en partenariat avec les membres des associations locales, le Groupe de recherches archéologiques d’Agde, le Groupe de recherche et d’étude du patrimoine méditerranéen, la société de protection de la nature du piscénois, le laboratoire ASM, le laboratoire Traces pour les relevés photogrammétriques des structures, L’Inrap pour la topo et l’étude de mobilier. Et avec le soutien financier de l’état, du département et de la collectivité Hérault Méditerranée.

 



Retrouvez les actualités des recherches sur les Tourals sur le site Archéodyssée :                                    
 https://www.archeodyssee-heraultmediterranee.com/                                           


                               **********                                                                                                                                                                                                                 


              
Mars                                                        
                  Les expériences du front populaire 1936-1938


Jean-Michel Abbès notre conférencier 

 

1936 une date que tout le monde a en mémoire, les uns pour évoquer une période idéale, les autres pour la condamner sans appel, il n'était pas inutile, quatre-vingt-dix ans après, de revenir sur ce moment à la fois gai et douloureux de notre histoire, c’est le thème qu'avaient choisi les Amis de Montagnac pour leur conférence du 11 mars.

Le choix du conférencier avait aussi beaucoup d'importance et la présentation qu'a faite de cette expérience Jean Michel Abbes, professeur agrégé, a été à la hauteur de ce qu'attendait le public. Sous des dehors de chose connue la question était difficile, il ne s'agissait pas d'ouvrir une polémique ou de donner au sujet une couleur rose ou noire mais de juger objectivement ce qui s'était passé.

Le conférencier a donc commencé par analyser la situation sociale et politique avant 36 non seulement en France mais dans le monde entier avec les conséquences de la Guerre de 14 ou  la crise de 1930, une crise économique qui amenait un bouillonnement de tous les bords politiques.

Plus classique était le chemin parcouru pour atteindre le programme commun et les difficultés du gouvernement qui a suivi.

Pourquoi ces grèves spontanées, suivies de  discussions avec le patronat ? La marche était difficile pour un mouvement qui allait d'une certaine bourgeoisie aux communistes alors que la situation économique était dramatique, que  la Guerre d'Espagne servait de terrain d'essai à Hitler et Mussolini et que les banques anglaises faisaient pression sur la France pour la non intervention en Espagne.
On sentait le danger du côté de l'Allemagne, il fallait vite réagir et se réarmer rapidement, développer la défense, construire des avions en nombre, préparer la ligne Maginot, cet effort militaire a été fait mais Hitler a été plus rapide.

Après coup on a cherché des coupables, on a simplement oublié qu'après 1919 la France s'est endormie normalement sur sa victoire, les mots d'ordre « C'est la der des der » et « plus jamais ça » étaient la règle réconfortante.

On pouvait enfin souffler un peu.

Mais 36 a représenté une grande expérience dans tous les domaines aussi bien social qu'économique, que culturel.

Est-ce une coïncidence, mais la cave Coopérative de Montagnac est née en  1937 et était prête  pour les vendanges de la même année après trente ans d'hésitations et de tergiversations.

Merci à Jean Michel Abbes pour ce moment passionnant qu'il nous a fait vivre.


                             **********



2023                          
Janvier  

  

Céline Gomez Pardies et Amélie Diaz nos conférencières


Après le vote des rapports, moral et financier qui a clôturé notre Assemblée générale (voir rubrique Assemblées générales), les invitées Céline Gomez Pardies, responsable du Service archéologique de la Communauté d’Agglomération Hérault-Méditerranée et Amélie Diaz, chargée de Médiation et préhistoire ont présenté le projet Archéodyssée. Le territoire de la Communauté d’Agglomération Hérault Méditerranée connaît en effet une occupation du sol extrêmement riche couvrant une large période qui s’étend de la préhistoire à nos jours. La valorisation numérique a été choisie pour porter ces données à la connaissance du grand public, ainsi est né le projet Archéodyssée, portail web dédié à l’archéologie. Les intervenantes à tour de rôle ont présenté la genèse du projet et, à l'aide d’une série d'entretiens d'archéologues et scientifiques intervenant dans la région, quelques sites remarquables parmi les nombreux répertoriés sur le territoire ont été mis en valeur dans un film remarquable par la beauté des images et l'exhibition des dynamiques de peuplement au cours des siècles. 


**********





2022      
mars

LES ARCHITECTURES DE TERRE DU BASSIN OCCIDENTAL DE LA MEDITERRANNEE 



Claire-Anne de Chazelles notre conférencière




INTRODUCTION   
Problématique
Depuis quelques décennies la construction en terre crue fait l’objet de tant de publications dans les champs de l’ethnographie, la photographie, l’archéologie, l’architecture contemporaine et la construction écologique, ces sujets sont tellement médiatisés, que plus personne n’ignore en quoi cela consiste, ni quels sont les avantages de la terre pour la construction actuelle. On ne peut que s’en féliciter, tout comme du regain d’intérêt pour le bois, autre matériau disponible et renouvelable assurant aussi d’excellentes performances énergétiques.
La recherche archéologique et historique sur les architectures de terre initiée au début des années 1980 n’est pas étrangère à l’intérêt du grand public puisque de nombreux résultats ont été présentés dans des expositions, des conférences et diffusés dans des revues de vulgarisation. Dans ce domaine, la recherche scientifique a pour objectif global d’établir une « histoire » des constructions et des architectures de terre depuis le Néolithique, qui correspond aux tout premiers habitats humains construits, jusqu’au XXe s. et ce, sur tous les continents. Dans le détail, cela concerne des zones géographiques, des pays ou des périodes ciblés, des procédés en particulier, mais aussi des questionnements sur l’évolution et la transmission des techniques à grande ou petite échelle, sur les modes de vie, les comportements sociétaux vis-à-vis du matériau terre selon les lieux et les époques, etc

 .

Grosso modo, on distingue des approches strictement techniques servant à classifier les modes de mise en œuvre et les matériaux, des approches historiques qui établissent des schémas d’évolution et des cartographies par périodes et par zones, et des approches socio-économiques centrées sur des territoires permettant d’expliquer la préférence pour la terre crue plutôt que tout autre matériau et d’appréhender l’image des édifices en terre au sein d’une société et aux yeux de leurs usagers. 

Méthodes et outils de la recherche archéologique sur les architectures de terre
Pour atteindre ces objectifs, les archéologues et historiens disposent d’une large palette de méthodes et d’outils.
En premier lieu, la méthode archéologique se sert des outils classiques que sont la fouille des structures bâties, les analyses en laboratoire sur des vestiges de construction prélevés et les textes quand ils existent. Ces outils permettent de déterminer la composition des matériaux (le type de terre et sa provenance, les ajouts pour l’amender) et renseignent sur les procédés utilisés (décrits ci-dessous). Les ressources textuelles sont issues d’ouvrages savants comme les traités de construction ou d’architecture, un des plus anciens étant celui de l’architecte romain Vitruve, de traités d’agronomie et d’encyclopédies mais aussi de livres d’histoire et de littérature. À partir de l’époque romaine et surtout du Moyen Âge, des textes juridiques apportent une aide précieuse : articles légiférant la construction ou simplement actes notariés enregistrant des prix faits, litiges et divers comptes.
En second lieu, la méthode expérimentale recourt à la pratique. Cela comporte la connaissance directe des matériaux, de leurs composition et modes de mise en œuvre, et concerne soit des spécimens à échelle réduite, soit la réalisation de bâtiments de taille réelle (exemples de Martigues, Lattes, Calafell). Enfin, l’ethnographie procure des comparaisons souvent « éclairantes » sur le processus constructif proprement dit (matériaux, techniques, organisation des travaux) et le domaine humain/social qui est le grand absent des recherches archéologiques. Entre autres questions : qui vit dans des maisons en terre et pour quelles raisons, pourquoi des techniques très différentes sont-elles associées ou se substituent-elles les unes aux autres, quels sont les coûts respectifs à une période donnée de tels ou tels matériaux ou techniques, etc. ?

LES ARCHITECTURES DE TERRE CRUE 
Histoire plurimillénaire des techniques de construction à base de terre
Les techniques de construction employant de la terre crue ne sont pas toutes « universelles » c’est-à-dire présentes partout et à toutes les périodes. Certaines le sont, ayant été mises au point très tôt par presque toutes les communautés humaines : c’est le cas de la bauge et du torchis. D’autres sont apparues au cours de l’histoire dans certains lieux et ont ensuite été plus ou moins largement diffusées : ce sont la brique crue moulée (aussi nommée adobe) et le pisé. La diffusion d’une technique relève parfois de cheminements évidents liés à des déplacements de populations (migrations et colonisations) ou au contraire d’une logique qui nous échappe quand elle est le fait d’individus comme, par exemple, le choix imposé par une autorité responsable ou un transfert par des migrants ou des artisans itinérants. 
Les recherches menées depuis une quarantaine d’année sur les problématiques techniques et historiques relatives aux architectures de terre en contextes archéologiques permettent de bien définir chaque procédé et ses variantes et d’en restituer l’« histoire » à grands traits.
- La bauge
La bauge n’est pas une technique mais plutôt une famille de techniques pouvant se pratiquer dans la plupart des milieux physiques où la terre et l’eau sont disponibles. C’est probablement la première solution expérimentée par les hommes de la Préhistoire pour bâtir leur habitat car elle est très intuitive. Au cours des millénaires, diverses variantes ont été perfectionnées. Dans le sud de la France, on rencontre la bauge dans des contextes culturels néolithiques et protohistoriques, mais aussi antiques et médiévaux. En France et en Europe, la bauge s’employait encore au début du XXe s. dans des zones rurales (Normandie, Bretagne et Sud-Ouest en France, Angleterre, Allemagne, Pays nordiques et Europe centrale). 

Fige 2 

On la trouve aujourd’hui en Afrique et en Amérique latine comme technique d’à point pour des clôtures et petits bâtiments annexes.
Le matériau est un mélange de terre et d’eau auquel s’ajoutent très souvent de la paille ou du foin, plus rarement des poils d’animaux. Il est mis en œuvre à l’état plastique avec la consistance d’une pâte ferme et non boueuse. La largeur des murs est rarement inférieure à 0,60 m et peut dépasser 1 m. Le principe consiste à amasser et empiler le matériau humide en procédant par lits successifs dont la hauteur diffère selon la variante employée. Les murs très épais, peu sensibles à l’érosion, sont fréquemment élevés directement sur le sol, sans solin de pierre.
Pour construire, on se sert des mains ou d’une fourche pour former des mottes de taille plus ou moins grande qui sont amalgamées les unes aux autres, c’est une technique dite de « façonnage direct ». 

Fig 3a

        
Fig 3b

Les lits de bauge mesurent de quelques centimètres à plusieurs décimètres (0,60 à 0,80 m). Des variantes consistent à façonner préalablement des pains, galettes ou boules de terre, d’autres à découper des parallélépipèdes réguliers. 

Fig 4


Les parements des murs sont rectifiés si c’est nécessaire en les retaillant avec une bêche et/ou en les frappant énergiquement avec un bâton (opération de « triquage » en Normandie et en Bretagne). Mais, avec les pains de terre découpés, posés sans liant à la manière de briques « molles », on règle directement l’aplomb des parements. Cette méthode est attestée à partir du Moyen Âge en France méridionale en intercalant des rangs de bruyères ou de paille entre de minces couches de bauge.
Partout dans le monde, des constructions de toutes époques illustrent l’infinie diversité de la bauge et l’inventivité de ses utilisateurs. Cette technique simple a pourtant été mise en œuvre pour des architectures monumentales, entre le Néolithique et la période moderne.

- Le torchis
Le torchis est la seconde technique de construction attestée au Néolithique qui a perduré jusqu’à nos jours. Le matériau ressemble à celui de la bauge mais il est toujours appliqué sur une structure porteuse : c’est un matériau de « garnissage ». Dans les formes anciennes ou rudimentaires encore utilisées, une trame végétale appelée clayonnage sert de support au torchis, lui-même appliqué en couche de 4 à 8 cm d’épaisseur.

Fig 5

Le clayonnage fait de branchages entrecroisés ou de roseaux est fixé sur des poteaux plantés dans le sol, reliés entre eux par des éléments horizontaux. À partir de l’époque romaine, les montants verticaux sont plutôt ajustés dans une poutre (sablière) à la base et au sommet et des lattis de bois remplacent souvent les claies. 
Dès lors, les assemblages deviennent complexes et on parle de pans de bois ou de colombages.


Ce mode de construction courant dans les habitats romains (avec des exemples fameux à Herculanum) et médiévaux se maintient ensuite dans de nombreuses régions humides et/ou boisées en France, Grande Bretagne et Europe du nord et du centre. On l’emploie aussi en complément d’autres techniques pour réaliser des cloisons et des murs d’étages légers. Les architectures à colombages sont moins répandues là où les ressources en bois sont médiocres, notamment autour de la Méditerranée, mais la technique est attestée dans des villes languedociennes à la fin du Moyen Âge ; la légèreté des structures permet en particulier de réaliser des étages en surplomb sur la rue, pour gagner de la superficie dans les étages.
Les vestiges archéologiques du torchis sont des fragments cuits par un incendie gardant les empreintes de supports en bois, ainsi que des trous de poteaux dans les sols. Des restes de sablière basse et de colombages sont conservés en place quand le bois est calciné et en « négatif » si le bois a disparu.


- Les briques crues
La construction modulaire en terre crue est très répandue dans le monde, utilisant des éléments modelés à la main ou moulés (adobes ), voire découpés. Comme la bauge et le torchis, les briques modelées accompagnent presque partout les premières architectures. Les formes et dimensions des briques sont très diverses : coniques, cylindriques, piriformes, prismatiques, plano-convexes, etc quand elles sont faites à la main, cubiques et parallélépipédiques quand elles sont moulées. 




Ces formats sont propres à une période, une époque, un groupe humain, ou s’adaptent à des besoins spécifiques. 
La construction est rapide mais elle nécessite une organisation du travail sur le long terme puisque les briques sont produites par milliers, mises à sécher parfois longuement avant d’être stockées.
Les foyers d’invention de la brique moulée sont plus rares qu’on pourrait le penser. Les mieux identifiés sont le Proche Orient néolithique (Irak, Turquie, Syrie), la Chine centrale en Asie, le Mexique sur le continent américain. Les briques modelées existent au IXe millénaire au Proche-Orient et les premiers éléments moulés y sont « inventés » vers 7000 av. J.-C. Il semble que cette technique ait progressivement gagné l’Égypte, le bassin méditerranéen et l’Europe du sud à des moments différents. En Méditerranée occidentale, des éléments modelés sont identifiés dans des habitats du Néolithique (Ve- IIIe millénaire) mais les adobes n’apparaissent qu’entre le IXe et le VIe s. av. J.-C. En Italie, Tunisie et France, l’introduction et la diffusion de cette technique semblent essentiellement liées aux colonisations phéniciennes et grecques, mais l’Espagne pourrait comporter aussi un foyer autonome.
En France, la brique moulée apparaît au VIe s. av. J.-C. à Marseille, puis sur quelques sites de la côte méditerranéenne où elle restera dominante pendant l’âge du Fer.


À la période romaine, l’adobe se propage parmi d’autres techniques en Occident. Après une éclipse, on retrouve la brique moulée dans le Midi entre le XIIe et le XIVe s. (Marseille, Agde, Lézignan-Corbières) et, à partir des XVe-XVIe s., dans d’autres régions (Midi-Pyrénées, Auvergne, Aquitaine, et même Champagne au XVIIIe s.). Toutefois, ce mode de construction est moins prisé en France aux périodes moderne et actuelle que dans la péninsule ibérique, le Maghreb, certaines zones d’Europe tempérée (Bulgarie, Roumanie, pays tchèques) et d’Asie centrale. 
L’adoption de l’adobe dans l’habitat s’accompagne de modifications notables des plans de maisons et d’urbanisme qui deviennent plus réguliers. Le système modulaire autorise des réalisations spectaculaires telles que des bâtiments très hauts, des murailles défensives et des monuments gigantesques comme les pyramides égyptiennes et péruviennes ; il permet également de réaliser des voûtes et des coupoles qui se substituent aux toitures sur charpentes dans des pays arides.


Enfin, la brique se prête à des fantaisies décoratives largement illustrées par les architectures du Maroc, Yémen, Mexique et Pérou. En Égypte ancienne, la brique crue moulée est aussi un objet magique qui participe aux rites de fondation de monuments conduits par Pharaon ; par ailleurs, des « briques d’accouchement » en terre crue, sur lesquelles les parturientes posent les pieds, sont ornées et couvertes d’inscriptions propitiatoires protégeant les naissances.

- Le pisé, terre coffrée et damée
Comparé aux trois autres techniques qui ont plus de dix mille ans d’existence, le pisé est une manière « récente » de construire les murs en terre qui se distingue à la fois par le matériau et par la mise en œuvre. On utilise une terre très peu humide (environ 10%° d’humidité) et habituellement sans fibres ajoutées, et on se sert d’un coffrage temporaire pour mouler en place de grands volumes. 
Le coffrage se compose de planches (les banches) disposées de part et d’autre du mur à construire entre lesquelles la terre est compactée avec un pisoir ou pilon, en procédant par couches de 12/15 cm d’épaisseur. La cohésion est produite par le damage. Dans le système le plus répandu de nos jours, les banches, hautes de 0,80 m en moyenne, sont déplacées latéralement au fur et à mesure du travail. 


On procède par assises horizontales sur la longueur d’un mur, voire sur le pourtour d’un bâtiment, et l’assise suivante débute sans délai de séchage. Les planches sont posées sur des pièces de bois transversales (les clés) et maintenues au sommet par des cordes. Les murs achevés présentent des modules visibles correspondant aux volumes successivement coffrés (les banchées) et des lignes de trous laissés par les clés. 
Un autre système, qu’on peut faire remonter en Occident à la fin de la Protohistoire, encore attesté en France au Moyen Âge et au XVIIIe s. et naguère en Hongrie, se pratique de nos jours dans des zones rurales de Chine. Il emploie des coffrages continus, maintenus par des poteaux plantés et sans l’aide de clés, ce qui laisse peu de traces hormis les trous des poteaux le long des murs.
Fig 13

 
Quelle que soit la méthode, le pisé est une manière performante de construire en terre puisqu’on peut employer la terre directement extraite du sol, sans préparation, et que la mise en œuvre est très rapide. Cependant, il n’est pas adapté à tous les climats : dans les régions humides, la terre du sol n’est jamais assez sèche pour être damée et, dans les zones arides, si l’on ne construit pas en hiver il faut mouiller la terre. Ces contraintes justifient que la technique soit moins généralisée que les autres à l’échelle de la planète.
En Occident, un foyer d’invention de la terre damée qui englobe la Tunisie, la Sicile et le sud de l’Italie émerge entre le IIIe et le Ier s. av. J.-C. Les plus anciens témoins se trouvent dans des villes puniques tunisiennes (Kerkouane et Carthage), les plus récents en Sicile (Heraclea Minoa) et peut-être à Pompéi. Ces murs de pisé paraissent édifiés avec des coffrages continus. La construction avec des banches mobiles est identifiée à la période romaine, aux Ier et IIe s., au Maroc (Rirha), en Espagne (Ampurias et sites andalous) et dans le sud de la France (Bram). 

Fig 14

Les contours des banchées bien visibles sur les parements et les alignements de trous de clés deviennent au cours du temps la caractéristique des pisés hispano-marocains, puis français, européens (zones danubiennes) et enfin américains . 
Un second foyer du pisé se trouve en Chine avec pour exemples fameux des tronçons anciens de la grande Muraille ainsi que de vastes bâtiments communautaires fortifiés, de plan circulaire - les tulous , construit par les Hakkas entre le XIIIe et le XXe s.
Les Romains ont certainement diffusé le pisé au sein de l’Empire, mais il fut délaissé comme l’adobe et d’autres techniques après l’Antiquité. Le grand essor du pisé est lié à la progression de l’Islam dans le Maghreb et la péninsule ibérique où les premières constructions médiévales datent du IXe s. et se multiplient à partir du XIIe s. Il s’agit principalement de constructions monumentales. En France méridionale, le pisé à banches mobiles caractérise l’habitat urbain des XIIIe et XIVe siècles (aux côtés de la bauge). Par la suite, la technique se maintient dans une petite zone de Provence, comme en témoignent de nombreuses maisons et granges des XIXe et début XXe s. dans les plaines de la Crau et de la Durance. En d’autres régions françaises (Rhône-Alpes, Auvergne, Midi-Pyrénées) où la construction en pisé apparaît aussi à la fin du Moyen Âge, elle s’applique à tous les domaines. Outre des habitats ruraux mais aussi urbains - comme des immeubles au centre-ville de Lyon -, on compte des édifices publics (mairies, églises), des biens de prestige (châteaux) ou techniques (moulins, pigeonniers, clôtures, etc.) édifiés entre le milieu du XVIIIe s. et le début du XXe s. 


Fig 15


Les toits plats en terre
Les toitures horizontales en terre appartiennent à l’enveloppe structurelle des bâtiments. Elles comportent une charpente de poutres ou de chevrons, une volige en roseaux ou branchages et une épaisse couverture de terre mélangée à de la paille. Très lourdes et vulnérables à l’eau, elles doivent être constamment restaurées ou remplacées. 

Fig 16

Leur cas n’est pas développé dans cet article car, même si elles ont sans doute existé le sud de la France à la Protohistoire, elles ne sont pas un élément pérenne des traditions constructives de notre pays. 

La terre dans le second œuvre. Terre crue affichée, terre crue dissimulée
Les bâtiments en terre doivent être protégés contre l’érosion par l’eau. Ordinairement, les parois sont érigées sur des solins en pierre ou en brique cuite, les toitures débordent pour abriter le haut des murs et ceux-ci sont revêtus soit par des enduits étanches au mortier de chaux soit par des enduits en terre refaits périodiquement. Dans les contextes où la terre est le matériau le plus accessible, les éléments du second œuvre l’utilisent également : les revêtements muraux intérieurs, les sols et divers aménagements fixes (banquettes, placards, cheminées, fours, foyers plats, supports). Ces derniers sont façonnés avec un mélange plastique et le renfort éventuel de claies pour faire des cloisonnements, étagères, calottes de four, ou bien ils sont réalisés en briques crues. De tels équipements existent dans les maisons depuis le Néolithique. Ils se rencontrent encore au début du XXe s. dans l’habitat rural en Europe et, actuellement, dans des zones d’Afrique, Amérique et Asie où la terre est le matériau de construction par excellence.
Quand le fait de construire en terre représente la norme, les bâtiments sont rarement dissimulés et le matériau sert à les valoriser. Il suffit d’évoquer les décors modelés des mosquées maliennes et nigériennes, les jeux d’ombres et lumières obtenus avec des adobes sur les monuments marocains et péruviens, ou des motifs façonnés en relief sur des façades également en Afrique et en Amérique latine. Au contraire, quand la terre est choisie pour des raisons économiques par une partie de la société, alors qu’une autre a accès à des matériaux jugés plus nobles comme la pierre, le bois ou même les parpaings de ciment, les murs de terre sont masqués par des revêtements.

Fig 17

 Des architectures monumentales en terre crue
Malgré l’apparente vulnérabilité de la terre crue, de nombreuses cultures s’en sont servi pour créer des édifices de prestige ou défensifs. Au Néolithique, de puissantes murailles sont élevées soit entièrement en pains de bauge, soit avec la participation de pièces de bois. Au Moyen Âge et au moins jusqu’au XVIe s., de très nombreuses enceintes de villes et villages sont édifiées dans tout le sud de la France (par exemple : Castelnaudary, Toulouse, Pertuis, Cucuron). À la période moderne, l’architecture militaire française a encore eu recours à des pains de bauge pour parementer des levées de terre, comme au fort de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines), au XVIIe s. 

Fig 18


L’adobe a joué un rôle majeur dans le domaine des fortifications, principalement avant l’époque romaine. Citons d’impressionnantes murailles en Égypte, par exemple à Hierakonpolis au IIIe millénaire, mais également autour de nombreuses villes grecques, puniques, ibériques et gauloises de l’âge du Fer. On rencontre actuellement des enceintes d’époque moderne au Maghreb comme celle du Ksar Kala (Timimoun), en bordure du Sahara algérien.

Fig 19

Quant au pisé, il est omniprésent dans les fortifications urbaines et palatiales d’Afrique du Nord et de la péninsule ibérique, tant médiévales que modernes. 


Fig 20

Enfin, il faut rappeler que la plus célèbre des fortifications, la muraille de Chine, est en terre crue sur une partie de son tracé : en bauge, en adobe et en pisé selon les endroits. 
Outre les murailles défensives, des édifices remarquables ou prestigieux témoignent de l’intérêt pour la terre crue. Signalons parmi tant d’autres « merveilles » en brique crue, les palais (Mari) et ziggourats (Ur, Tchoga Zambil) de Mésopotamie, des mastabas égyptiens (tombeaux à Saqqara, Naqada), les grandes pyramides (huaca del Sol et huaca de la Luna) et l’immense cité de Chanchan au Pérou, les forteresses de Bahla en Oman et Ar-gé-Bam en Iran, ou encore la cité de Shibam appelée la « Manhattan du désert arabique » au Yémen. Dans le monde musulman hispano-africain, l’usage du pisé s’étend à toutes sortes de monuments : palais, comme ceux de l’Alhambra à Grenade et des villes royales marocaines, tombeaux des Mérinides à Fez, écuries royales de Meknès, pour n’en citer que quelques-uns. En France, dans la région du Forez, les châteaux de la Bâtie d’Urfé (XIVe-XVIe s.) et de Vaugirard (XVIIe s.) sont partiellement en pisé. Plus largement, le patrimoine des régions d’Auvergne et Rhône-Alpes comporte des églises, mairies et autres bâtiments publics en pisé des XIXe et XXe s., comme cela a été évoqué ci-dessus.
En Afrique sub-saharienne, c’est la bauge que l’on emploie avec une grande maîtrise architecturale et beaucoup d’imagination décorative pour réaliser d’impressionnantes mosquées (Agadez au Niger, Djenné, Mopti au Mali),

Fig 21

des enceintes urbaines (Foumban au Cameroun) et des palais comme celui d’Abomey au Bénin.
Cette énumération disparate démontre clairement que la terre crue est un matériau ni fragile, ni modeste, et qu’elle a été au service de grandes puissances civiles et religieuses pendant des millénaires sur tous les continents.

CONSTRUIRE EN TERRE CRUE DANS LE SUD DE LA FRANCE AU MOYEN AGE
Une découverte majeure en 2000 : des maisons urbaines construites en terre crue 
Le rôle de la terre crue dans la construction urbaine médiévale n’a été reconnu dans le sud de la France qu’en 2000, lors d’une opération d’archéologie préventive à Perpignan . Cette découverte - et véritable prise de conscience - a été suivie de beaucoup d’autres dans les villes de Carcassonne, Narbonne, Lézignan-Corbières, Agde, Béziers, Montagnac, Lunel, Montpellier, Saint-Gilles, Marseille, Carpentras et nombreux villages de l’Aude. 

Fig 22


Fig 23

Des recherches en archives ont parfois pu compléter les données de terrain à propos des commanditaires et des destinataires de logements bâtis entre la fin du XIIe et la fin du XIVe s., dans des faubourgs créés aux portes de villes existantes ou dans des villes nouvelles .
Ces nouvelles villes et nouveaux quartiers se distinguent souvent par un urbanisme régulier. À Perpignan comme à Carcassonne, le caractère répétitif des parcelles et des maisons montre qu’on a affaire des lotissements bien organisés. Les logements d’origine sont modestes, avec une ou deux pièces sur deux niveaux, quelquefois une cour à l’arrière, mais ils ont été surélevés à plusieurs reprises ou agrandis en annexant une maison mitoyenne. Il est remarquable que la plupart de ces bâtiments soient encore en élévation et suffisamment solides pour être réhabilités six ou sept siècles après leur édification. Sauf exception, les façades en terre, si elles ont existé, ne sont pas conservées.
De rares maisons médiévales en adobe se trouvent à Agde, Lézignan-Corbières, Capestang et Marseille, toutes les autres sont en pisé ou en bauge. Ces deux techniques cohabitent souvent dans les mêmes bâtiments, sans que l’une soit plus ancienne ou moins appréciée que l’autre, la même terre ayant servi dans les deux cas. Après le Moyen Âge, la construction urbaine délaisse la terre au profit de la pierre, de la brique cuite et localement du pan de bois. Dans les villages et les campagnes, il est impossible d’apprécier clairement le devenir des techniques de terre crue autrement que par le hasard des découvertes car les interventions archéologiques sur le bâti en élévation y sont moins fréquentes qu’en ville. Des murs de terre sont cependant signalés ici ou là, sans repère chronologique (par exemple dans des villages autour de Béziers).
Le cas de Montagnac
Montagnac offre une belle illustration de ville créée à partir d’un noyau ecclésial avec une structure en anneaux concentriques correspondant à de grands îlots dont la création soit relève 


du plan originel d’une « ville neuve », soit s’est échelonnée dans un temps assez rapide. Comme ailleurs, les éléments décoratifs manquent pour dater les maisons en terre plus précisément qu’aux XIIIe et XIVe s. Dans l’ensemble, il s’agit d’habitations modestes au moment de leur construction, parfois très petites, dont le statut a évolué au gré des surélévations et des remembrements. Actuellement, certaines de ces maisons sont « englobées » dans des hôtels particuliers d’époque moderne, comme l’hôtel du Rat rue des moulins ou celui du 62 Grand-rue. Parfois, un ou deux murs en terre subsistent seulement au sein de l’enveloppe en pierre.
L’adobe n’a encore jamais été repéré à Montagnac, alors que du pisé et plusieurs formes de bauge sont régulièrement découverts à l’occasion de travaux. Une donnée importante est la présence « en négatif » d’anciennes façades à pan de bois, aujourd’hui remplacées par des murs de pierre. Mis en évidence lors d’une enquête sur le patrimoine architectural de Montagnac , ces discrets vestiges permettent d’envisager une architecture médiévale complexe associant façades à colombages (et torchis ?) et murs de refend en terre massive.

Fig 25

Ils laissent penser que ces modalités architecturales n’étaient pas propres à l’habitat de Montagnac mais peut-être habituelles dans d’autres villes et bourgs languedociens. 
Le pisé se conforme aux pratiques médiévales singularisées par des trous de clés de grandes dimensions, protégés par des pierres plates, du bois ou des tuiles. 


Fig 26

La bauge apparaît sous les trois formes : une bauge litée avec des rangs de bruyère ou de paille intercalés entre les lits de terre (12 rue du prêche, maison de Rosine, rue des moulins), des maçonneries en mottes informes agglomérées, caractérisant un montage à la fourche (Grand-rue, rue du prêche, rue Malirat) et un unique exemple de pains de terre modelés (maison de Rosine). Dans cette habitation, les murs de mitoyenneté perpendiculaires à la rue supportaient dès l’origine une toiture à deux versants, l’un incliné vers la Grand-rue et l’autre vers une cour en cœur d’îlot. La petite habitation en pisé de deux pièces ne possédant au départ qu’un rez-de-chaussée et des combles a été rehaussée une première fois en bauge, deux autres en pisé et une dernière fois en pierre. 


Rue Malirat, un mur mitoyen montre également de la bauge succédant au pisé, la dernière reprise étant en moellons et terre crue. Il conserve un spécimen rare d’enduit mural en terre, ainsi qu’une petite niche creusée dans la bauge pour recevoir une lampe ou un bougeoir comme l’indiquent les parois noircies par la suie.

Fig 28

Les maisons de Montagnac représentent un véritable petit conservatoire des techniques de construction en terre médiévales, avec un grand nombre de témoins observables sur d’importantes élévations. Il faut souhaiter que ce patrimoine précieux reste préservé malgré les réhabilitations de bâtiments car il pourrait donner lieu à d’intéressantes études couplant approche architecturale, analyse technique et recherche documentaire dans les archives .

LES ARCHITECTURES EN TERRE AUJOURD’HUI ET DEMAIN
On sait désormais que la terre crue n’est pas l’apanage des architectures de pays pauvres ou exotiques ni uniquement celui de périodes très anciennes dans les pays européens. La construction en terre a existé pratiquement partout, pour des raisons autant pratiques qu’économiques ou culturelles. 
Mais, depuis les années 1980, certains architectes, ingénieurs et bâtisseurs envisagent la terre comme un matériau actuel et surtout d’avenir compte tenu de ses propriétés naturellement isolantes, de sa disponibilité et de la simplicité de ses mises en œuvre. Leurs travaux, recherches et expérimentations s’inscrivent dans la prise en compte du dérèglement climatique et des risques de disparition de certaines ressources, induisant une réflexion collective et des efforts pour repenser l’impact humain sur la planète. D’aucuns s’interrogent sur les émissions polluantes et les dépenses énergétiques occasionnées par la cuisson des matériaux que l’on transforme en chaux, plâtre, ciment et terre cuite, sur le transport de ces produits transformés, sur la surexploitation du sable pour en faire du béton au détriment de milieux naturels. Ils prônent la préférence pour des matières disponibles sur place, abondantes ou renouvelables, que ce soit la terre, le bois ou les végétaux selon les lieux et les usages envisagés. À une époque où le recyclage est en train de devenir de rigueur, la terre crue est exemplaire puisqu’elle est indéfiniment réutilisable à partir de gravats de démolition !
Une partie des recherches contemporaines porte sur la modernisation des chaînes opératoires en vue de réduire les temps de construction. Deux « inventions » du XXe s. vont dans ce sens : la production artisanale ou industrielle de blocs de terre comprimée (BTC), depuis les années 1960 et, plus récemment la fabrication de grands blocs modulaires de pisé. Après des prototypes à la fin des années 1980, le procédé est en vigueur depuis le début des années 2000. Citons en particulier l’architecte autrichien Martin Rauch qui a contribué à sa mise au point et en fait une utilisation magistrale.

Fig 29

Il existe également des « centrales » de terre à torchis sur le modèle des centrales à béton qui livrent un matériau prêt à l’emploi.
À partir de ces nouveaux procédés des architectes de renom n’hésitent pas à construire des immeubles d’habitation ainsi que toutes sortes d’édifices monumentaux (églises, mosquées, écoles, hôpitaux, hôtels, usines, etc). On peut mentionner les œuvres de Rick Joy, Martin Rauch, Satprem Maïni, Marcelo Cortès, Elie Mouyal, etc.  Ils sont également sollicités par des particuliers pour concevoir de luxueuses maisons en adobe ou en pisé aux États-Unis, en Australie et en Europe. Ces architectures publiques et privées confèrent une image très positive et valorisante au matériau terre, incitant certainement à développer ses usages dans différents contextes sociaux et économiques. 

Légendes des figures

1.      Répartition géographique actuelle, très schématique, des techniques de construction en terre crue en Occident (C.-A. de Chazelles)

2.       Maison en bauge. Marchésieux (Calvados) (C.-A. de Chazelles)

3.       3a. Bauge façonnée manuellement. 3b. Bauge montée à la fourche. Lattes (Hérault), chantier d’expérimentation (C.-A. de Chazelles)

4.       Bauge en pains de terre réguliers. Habitation datée XVIe-XVIIe s. Sariac-Magnoac (Hautes-Pyrénées) (d’après Alain Klein 2003, p. 426, fig. 17)

5.       Mur de clayonnage et torchis sur des poteaux plantés. Rirha (Maroc) (C.-A. de Chazelles)

6.       Maison à pan de bois. Sur le pignon, le premier étage est en forte avancée, les poutres de l’avant solier reposant sur des poteaux ; le second étage est en léger surplomb. Bourges (Cher). (C.-A. de Chazelles)

7.       Cloisons à pan de bois incendiées d’un habitat gallo-romain. Les poteaux plantés dans le sol sont calcinés, le torchis rubéfié. Gruissan (Aude) (J.-C. Roux, ministère de la Culture)

8.       Briques grossièrement modelées. Mali (C.-A. de Chazelles)

9.       Chantier de moulage d’adobes au Mali (C.-A. de Chazelles)

10.   Murs en adobe sur solin de pierre, arasés et superposés. Martigues (Bouches-du-Rhône), âge du Fer (J. Chausserie-Laprée, ville de Martigues)

11.   Toiture en voûtes d’adobe des entrepôts du temple de Ramsès II, XIIIe s. av. J.-C. Ramesseum, Louqsor, Égypte (Y. Rantier MAFTO-Cnrs/ASR, source Internet)

12.   Coffrage de pisé à banches mobiles posées sur des clés. Lattes (Hérault), chantier d’expérimentation (C.-A. de Chazelles)

13.   Mode de construction en pisé au moyen de planches maintenues par des poteaux, attesté au début du XXe s. en Hongrie (d’après Tibor Sabjan, Miklos Buzas 2003-2005, p. 79)

14.   Mur en pisé d’époque romaine (IIe s.). Les trous signalent l’emploi de banches mobiles posées sur des clés. Rirha (Maroc) (J.-C. Roux, ministère de la Culture)

15.   Église moderne en pisé. Dauphiné (C.-A. de Chazelles)

16.   Ensemble de toits terrassés en terre. Djenné (Mali) (C.-A. de Chazelles)

17.   Enduit au mortier simulant un appareil de pierre sur un mur en adobe. Covarrubias (Espagne) (C.-A. de Chazelles)

18.   Rempart de terre parementé avec des blocs de bauge, XVIIe s. Saint-Germain-en-Laye (Yvelines) (S. Hurard, Inrap)

19.   Fortification en adobe du Ksar Kala, Timimoun (Algérie) (C.-A. de Chazelles)

20.   Enceinte en pisé de la ville de Rabat (Maroc) (C.-A. de Chazelles)

21.   Mosquée de Djenné (Mali) (C.-A. de Chazelles)

22.   Sommet d’un mur de maison médiévale à Béziers (Hérault). Lits de bauge séparés par des rangs de bruyère (C.-A. de Chazelles)

23.   Mur de pisé retrouvé en fouilles à Narbonne (Aude). Les trous de clés très grands sont caractéristiques du bas Moyen Âge (D. Rolin, Inrap. D’après Leal 2020, p. 216, fig. 4)

24.   Montagnac (Hérault). Localisation des murs de terre étudiés (C.-A. de Chazelles)

25.   Indices d’une façade à pan de bois fournis par des poutres sciées correspondant à un avant-solier (cf. fig. 6). Rue du prêche, Montagnac (Hérault) (T. Lochard, ministère de la Culture)

26.   Mur en pisé, trois trous de clés visibles avec des couvrements différents : planchette en bois, dalle de pierre et tuile courbe. Grand-rue-Jean-Moulin, Montagnac (Hérault) (T. Lochard, ministère de la Culture)

27.   États successifs d’un mur au premier étage de la maison de Rosine : partie originelle en pisé se terminant par la pente du toit, lits de bauge inclinés puis horizontaux. La niche (ou porte) avec un arc brisé date de la fin du Moyen Âge. Montagnac (Hérault) (C.-A. de Chazelles)

28.   Mur de maison : partie inférieure en pisé à sommet incliné, surélévation en bauge, enduit de terre et niche. Rue Malirat, Montagnac (Hérault) (C.-A. de Chazelles)

29.   Bloc préfabriqué de pisé, issu de l’atelier Lehm Ton Erde de l’architecte autrichien Martin Rauch (source Internet)

 Bibliographie

Alix (Clément), Epaud (Frédéric) dir. 2013, La construction en pan de bois au Moyen Âge et à la Renaissance. Tours, Presses universitaires François Rabelais, Presses universitaires de Rennes, 2013, 451 p.
Chazelles (Claire-Anne de), Klein (Alain) dir. 2003, Terre modelée, découpée ou coffrée. Matériaux et modes de mise en œuvre. Actes de la table ronde de Montpellier, 17-18 novembre 2001, Échanges transdisciplinaires sur les constructions en terre crue, 1. Montpellier, Éditions de l'Espérou, 2003, 460 p.
Chazelles (Claire-Anne de), Klein (Alain), Pousthomis (Nelly) dir. 2011, Les cultures constructives de la brique crue. Actes du colloque international de Toulouse, 16-17 mai 2008, 3èmes Échanges transdisciplinaires sur les constructions en terre crue. Montpellier, Éditions Espérou, 2011, 501 p. 
Chazelles (Claire-Anne de), Leal (Émilie), Klein (Alain) dir. 2018, Construction en terre crue. Torchis, techniques de garnissage et de finition, Architecture et mobilier. Actes de la table ronde internationale de Lattes, 23-25 novembre 2016, 4èmes Échanges transdisciplinaires sur les constructions en terre crue. Montpellier, Éditions de l’Espérou, 2018, 545 p.
Chazelles et al. 2020 : Chazelles (Claire-Anne de), Leal (Émilie), Bergeret (Agnès), Rémy (Isabelle) dir. 2020, Maisons et fortifications en terre du Moyen Âge dans le Midi méditerranéen. Montpellier, Presses universitaires de la Méditerranée, 2020, 460 p.
Fontaine (Laetitia), Anger (Romain) 2009, Bâtir en terre, éd. Belin / cité des sciences et de l’industrie, 2009, 223 p.
Guillaud (Hubert), Chazelles (Claire-Anne de), Klein (Alain) dir. 2007, Les constructions en terre massive : pisé et bauge. Actes du colloque de Villefontaine, mai 2005, Échanges transdisciplinaires sur les constructions en terre crue, 2. Montpellier, Éditions de l'Espérou, 2007, 328 p.
Guillaud (Hubert) dir. 2011, Terra Incognita. Découvrir une Europe des architectures de terre, programme européen Culture 2000 de l'Union Européenne. Argumentum Editions, Lisbonne, et Culture Lab Editions. Bruxelles. Octobre 2008, 120 p. 
Guyonnet (François) 2004, Le lotissement médiéval de la rue de l’Anguille à Perpignan (notice), dans Demoule J.-P. dir., La France archéologique, 20 ans d’aménagements et de découvertes, Hazan-INRAP, Paris, 2004, p. 182
Houben (Hugo), Guillaud (Hubert) 1989, Traité de construction en terre. L’encyclopédie de la construction en terre, volume 1. Marseille, Éditions Parenthèses, 1989, 355 p.
Klein (Alain) 2003, La construction en terre crue par couches en Midi-Pyrénées. XVIe-XIXe siècles. Contribution à l’identification des techniques, dans Chazelles, Klein dir. 2003, p. 417-437.
Leal (Émilie), Maison 1 en pisé, 1280-1350, dans Chazelles et al. dir. 2020, p. 215-217.
Leal (Émilie), Chazelles (Claire-Anne de), Devillers (Philippe) dir. 2022, Architecture et construction en terre crue. Approches historiques, sociologiques, et économiques. Actes de la table ronde internationale de Montpellier, 23-24 octobre 2019, 5emes Échanges transdisciplinaires sur les constructions en terre crue. Montpellier, Éditions de l’Espérou, 2022, 472 p.
Lochard (Thierry), Nepipvoda (Denis) 2008, L’inventaire du centre ancien de Montagnac : premiers résultats, Bulletin des Amis de Montagnac, n° 74, octobre 2008, p. 4-15.
Lochard (Thierry), Nepipvoda (Denis), Vayssettes (Jean-Louis) 2008, Commune de Montagnac. Inventaire de l’îlot Saint-Michel. Rapport de synthèse (extraits), 2005, Bulletin des Amis de Montagnac, n° 74, octobre 2008, p. 60-70.
Nos (André) 1991, Montagnac, 6000 ans d'histoire. Montagnac, Les Amis de Montagnac, 1991.
Patte (Erwan), Streiff (François) dir. 2007, L’architecture en bauge en Europe, Actes du colloque d'Isigny-sur-Mer, 12-14 octobre 2006. Les Veys, Parc naturel des marais du Cotentin et du Bessin, 2007, p. 211-224.
Sabjan (Tibor), Buzas (Miklos) 2003-2005, Hagyomànyos falak. Budapest, TERC, 2003-2005. Ouvrage technique en hongrois publié par un éco-musée, intitulé littéralement “Les murs en héritage”.
Terra europae 2011, Terra europae. Earthen architecture in the European Union, Edizoni ETS/Culture Lab Edition, 2011, p. 214 p.
      
     
**********




2022
Janvier     
 
                           Les mines, un patrimoine industriel insoupçonné

                    qui disparaît de nos paysages : l’exemple du Languedoc.

 

 

par Philippe Galant : Direction Régionale des Affaires Culturelles Occitanie, service de l’archéologie (site de Montpellier). philippe.galant@culture.gouv.fr

Philippe Galant notre conférencier

Depuis la fin de la Préhistoire, les productions métalliques ont constitué une révolution technique inimaginable et surement une représentation sans équivoque d’un prestige social naissant. Dès cette période, la recherche sans cesse performante d’une meilleure métallurgie puis celle de meilleurs métaux a engagé les groupes humains dans la prospection et l’exploitation des filons métalliques. L’exploitation des mines était née ! Les travaux entrepris à partir des années 1974 par Paul Ambert dans le district minier de Cabrières-Péret ont montré à la fois l’importance stratégique du centre Hérault dans l’apparition et le développement de la métallurgie préhistorique, mais également son ancienneté et sa grande diffusion géographique à l’échelle du Sud de la France à partir de la toute fin du quatrième millénaire avant notre ère. Sur le terrain cela se matérialise par la présence d’exploitation souterraines qui suivent les filons métallifères du cuivre, des lieux de réduction des minerais, des structures d’affinage de la qualité du cuivre et enfin des mobiliers nécessaires au coulage des objets finis. Bien sûr, cette activité développée à une échelle artisanale très performante, associe les lieux d’habitats et autres espaces sociaux comme ceux liés à la mort.

Avec le développement de l’Histoire, l’apparition de nouveau métaux exploités, la création des alliages et surtout le développement des sociétés, le bronze puis le fer vont supplanter le cuivre, tant par leur meilleure résistance à l’utilisation que par la facilité de traitement et l’approvisionnement sans cesse plus performant. Si ces sociétés s’organisent mieux sur le plan social et économique, elles se spécialisent également sur les aspects techniques. Ainsi, l’exploitation des métaux se réalise au travers de véritables mines structurées et d’ampleur, comme par exemple à Lastours dans l’Aude, et les aspects métallurgiques optimisent les productions d’objets de qualité croissante. Dans notre région la période Antique s’inscrit dans le prolongement de la Protohistoire et l’activité minière va grandement contribuer au commerce d’intérêt du Sud de la France. Les exploitations étudiées dans les Corbières méridionales ainsi que dans le Piémont-pyrénéen en sont des plus représentatives.

À partir du Moyen-Âge l’activité minière suit l’organisation politique de la société. Très rapidement, le droit de battre monnaie engendre une structuration dans la recherche des minerais. Notre région est particulièrement riche en ce domaine. Si l’Histoire décrit bien au travers de textes cet élan socio-économique, ce sont bien les archéologues miniers qui le mettent en exergue sur le terrain. Ainsi, dans les Cévennes méridionales gardoises le premier code minier connu pour notre pays a été découvert : il s’agit de la Charte d’Hierle datée du tout début du 13ème siècle, en 1227. Les travaux réalisés par Marie-Christine Bailly-Maître ont largement démontré l’importance de ces exploitations autour du bourg de Saint-Laurent-le-Minier (Gard) mais également la codification des travaux en relation avec les articles de la charte d’Hierle qui définit avec précision les droits et obligations de chacun. On perçoit alors comment la société médiévale se construit autour des nouvelles richesses qui procurent pouvoir et argent. Ainsi « certaines urbanisations » qui paraissent aujourd’hui difficilement justifiables trouvent leur origine dans la mine. L’exemple des châteaux de Lastours dans l’Aude est très significatif avec des exploitations minières qui ont perduré depuis la protohistoire jusqu’à la fin du 20ème siècle !

La période moderne voit la généralisation des exploitations minières dans notre région. Dans un tissu économique et social bien installé, cette activité semble avoir trouvé sa place. Néanmoins, la professionnalisation n’est pas totalement effective et cette activité demeure complémentaire à l’agro-pastoralisme. C’est, semble-t-il, la naissance des paysans mineurs qui allient activité traditionnelle sur laquelle les temps libres sont utilisés pour compléter son revenu par des travaux pénibles que seul les paysans présents dans ces territoires reculés sont capables d’exercer. Là encore, la richesse se réalise sur les populations les plus pauvres. Notre région voit quand même de grandes avancées technologiques dans le milieu de la mine, comme par exemple, on le constate avec la présence de Maître mineurs d’origine germanique, alors les plus en avance en Europe, et surtout et de façon tout à fait précoce dans ce domaine, l’apparition de l’utilisation de la poudre dès la fin du 17ème siècle en Lozère : l’un entrainant forcément l’autre…

Le début du 19ème siècle marque une très forte organisation administrative de notre société moderne. Sous l’impulsion de Napoléon, les « codes » base de notre administration actuelle sont édifiés en fondement. Ainsi en 1810 apparaît le premier code minier. Ce document, en perpétuelle évolution en fonction des avancés législatives, règlemente la totalité des pratiques minières depuis la recherche jusqu’à la commercialisation des substances et plus récemment toutes les contraintes environnementales à envisager. On s’y trompe souvent, mais une mine n’est pas l’ouvrage souterrain ! La mine est une autorisation administrative attribuée par l’État en fonction de la substance exploitée. Pour les carrières, il s’agit d’une autorisation plus générale liée au Règlement Général des Industries Extractives. Ainsi, il existe pour les mines des exploitations en plein-air et pour les carrières des travaux souterrains. On voit bien au travers de cet exemple la puissance prise par la règlementation sur la dénomination des choses et la langage de notre société.

La révolution industrielle va voir une explosion dans les recherches et exploitations minières. Les archives régionales des services du Ministère de l’Industrie permettent de bien suivre cette histoire et l’importance qu’elle a au niveau régional. Si l’exploitation des charbons est révélatrice dans la mémoire collective de cette situation, on ignore souvent que l’Occitanie constitue la deuxième région de France en terme de concessions minières attribuées. Certes les bassins houillers du Tarn, de l’Aveyron et Gard sont réputés, mais ce sont surtout toutes les exploitations polymétalliques depuis les Cévennes orientales jusqu’au piémont de la chaîne Pyrénéenne qui marquent cette relative importance. Bien sur la plupart de ces exploitations se sont révélées des échecs économiques. Quelque unes ont réussi mais souvent sur de courtes périodes liées à, l’aspect limité des gisements naturels. Par contre on ne se doute pas que dans le Gard, la mine des Malines a constitué le deuxième gisement de zinc en Europe et que son exploitation a été fermée seulement en 1991 ! Mais il est surprenant de constater au travers des études d’archives replacées dans un contexte plus général, que c’est plus l’activité spéculative qui a généré richesses et faillites que les travaux miniers. En ce sens, les recherches de Claude Dubois sur les gisements ariégeois montrent d’une façon magistrale toute la malhonnêteté commerciale et l’enrichissement de certains au profit de la ruine de très nombreux autres uniquement fondée sur la spéculation et le mensonge économique faisant miroiter des richesses là où il n’y en avait pas !

Les choix sociétaux et politiques de la fin du 20ème siècle ont mis fin à l’activité minière dans notre pays. Si les motivations n’ont pas forcément été explicitées, il semble que la protection des ressources minérales ait guidé ces choix. Alors qu’on parle aujourd’hui de la réindustrialisation et d’autonomie énergétique, il semble qu’un nouveau regard soit porté sur les sites miniers et que la recherche des nouvelles ressources soit en train de recommencer ! Mais quid du patrimoine ancien qui a guidé une très grande partie de notre histoire ?

Les vestiges liés à 5000 ans d’activités minières dans notre région sont très nombreux et constituent une particularité patrimoniale forte. Les degrés de conservation des sites sont très variables et généralement, en absence de textes ou d’information, c’est l’archéologie qui permet de retrouver, étudier et protéger ces éléments de notre passé. La grande variété et fragilité de ce patrimoine est liée à son fondement même : l’ouvrage minier n’est constitué que pour le temps où le mineur l’utilise ! Qu’en est-il alors plusieurs centaines d’années voire de millénaires après ? Outre les dangers liés à la grande fragilité et au vieillissement des ouvrages, c’est la conservation même qui nécessite une approche spécifique. Si le temps semble le vecteur principal dans la disparition des sites, les grandes campagnes de mise en protection des sites miniers dictées par l’application souvent aveugle du code minier au privilège de la sécurité publique sur le patrimoine, demeure l’acte moderne le plus destructif de ce patrimoine exceptionnel. Aujourd’hui, la recherche nous montre le très fort impact et le rôle majeur que l’activité minière a eu dans une région comme la nôtre, tant dans le développement économique et historique que dans l’occupation du territoire et la construction des paysages. Sans la mine, notre région serait bien différente aujourd’hui ! Les moyens humains, l’intelligence constructive de certains, la capacité financière engagée et la volonté du passer outre, ont généré des choses aussi surprenantes qu’exceptionnelles. C’est ainsi qu’il faut considérer le patrimoine minier car il est le témoignage le plus direct de la valeur humaine, celle qui constitue notre société et donc notre cadre vie. En le protégeant nous nous protégeons nous même…

Quelques photos de l'auteur:




Légendes

 

Figure 1 : Les exploitations minières souterraines actuelles résultent généralement de travaux qui se développent dans des mines plus anciennes. La lecture des réseaux devient alors complexe car tous les vestiges se cumulent sur des espaces très restreins.

 

Figure 2 : Les galeries minières du moyen-âge sont parfaitement adaptées à la circulation. Ainsi les travers bancs qui permettent d’accéder aux zones de dépilage, là où le minerais est exploité, sont souvent de dimensions réduites, choix économique déjà : creuser prend du temps et donc coûte de l’argent…

 

Figure 3 : Le patrimoine minier de notre région est très varié, riche et dense dans certains secteurs où se sont concentrées des exploitations minières sur plusieurs millénaires. L’ancienneté des sites n’est pas l’unique intérêt de l’archéologie minière, la diversité et la conservation des vestiges sont les éléments qui priment dans la conservation de ce patrimoine.

Orientations bibliographiques (classement par chronologie du sujet) :


- La première métallurgie en France et dans les pays limitrophes. Sous la direction de Paul Ambert et Jean Vaquer. Société Préhistorique Française, mémoire XXXVII, 2005. 306 p.

- Mines et métallurgies de la Préhistoire au Moyen Âge en Languedoc-Roussillon et régions périphériques. Sous la direction de Paul Ambert. Archéologie en Languedoc, n°21, 1997. 245 p.

- Les mines antiques : la production des métaux aux époques grecque et romaine. Claude Domergue. Edition Picard « Antiqva », Paris, 2008. 240 p.

- Mines et Mineurs en Languedoc-Roussillon et régions voisines de l’Antiquité à nos jours.  Fédération Historique et Languedoc méditerranéen et du Roussillon. Montpellier 1977. 334 p.

- La terre d’Hierle et ses mines au Moyen Âge. Marie-Christine
Bailly-Maitre. In ; « De roches et d’Hommes, mines et minéraux en Cévennes ». Édité par le Musée Cévenol, Le Vigan, 2012. pp 5-19.

- Agricola. De re metallica (traduction de l’édition originale de 1556). Albert France-Lanord. Éditions Gérard Klopp, Thionville 1992. 508 p.

- L’introduction de la poudre dans les mines languedociennes. Éric Kammenthaler et al. Archéologie médiévale, n°46, 2016. pp 135-156.

- Les Cévennes méridionales un pays minier à découvrir. André Aygon et Philippe Galant. In ; « De roches et d’Hommes, mines et minéraux en Cévennes ». Édité par le Musée Cévenol, Le Vigan, 2012. pp 20-48.

- Mangeuses d’Hommes : l’épopée des mines de Bentaillou et de Bulard en Ariège. Claude Dubois. Éditions Privat, Toulouse, 2015. 356 p.

- Les Simon : du rêve américain aux mines de d’Ariège (1892 – 1913). Claude Dubois. Editions Vox Scriba, collection Histoire, Banat, 2020. 314 p.


public clairsemé et encore masqué
(cause covid)

                               **********

2021 
janvier       Pas de conférences : cause covid
mars


2020
mars  
  
« La dissidence religieuse des Vaudois 12ème et 13ème siècles
       en Narbonnais et ses traces dans le Bréviaire d'amour  »
                               
          
La dernière conférence des Amis de Montagnac avait pour thème les Vaudois, elle était présentée par M. Henri Barthès, historien bien connu et spécialiste du Moyen Âge qui vient de publier le  « Bréviaire d'amour » en langue d'oc, de Matfre Ermengaut, auteur de la fin du XIII° siècle.

Notre conférencier Henri Barthès
Actuellement les cathares sont à la mode alors qu'on ignore la mouvance des vaudois leurs contemporains, le conférencier a remis les choses au point au cours d'un exposé nourri et passionnant. Il a donné une histoire des vaudois des débuts de leur mouvement à Lyon, jusqu'à l'époque contemporaine, puisque le valdéisme existe encore aujourd'hui.
Au cours d'une époque troublée par les oppositions des seigneurs languedociens entre eux, se développent, à l'intérieur ou aux marges de l'église, diverses idéologies, cathare, vaudoise, ordres mineurs (Dominicains et Franciscains) qui ont pourtant une volonté commune, revenir à une notion plus humble de la religion.
Ces diverses interprétations de la religion chrétienne sont souvent opposées et l'on voit ainsi les vaudois s'allier aux dominicains pour lutter contre le catharisme, tout cela débouche sur la Croisade contre les Albigeois, moins une guerre de religion que de conquête, menée paradoxalement par Raymond VI, comte de Toulouse contre son parent Trencavel, vicomte de Béziers et de Carcassonne.   .
Y a-t-il eu des vaudois dans le biterrois ?  Certainement plus que de cathares, en particulier lors du sac de Béziers, mais le valdéisme ne disparaît pas et il faut penser que la famille de Matfre Ermengaut était proche de cette idéologie car dans les réflexions du  « Bréviaire d'amour » on peut noter que des  idées vaudoises en ont marqué certains chapitres,  amour prenant ici un sens théologique ou moral, d'ailleurs toutes les  valeurs du mot sont définies dans les divers développements.
Cette conférence très intéressante a été suivie d'un échange de questions/réponses qui ont amené la comparaison avec le mouvement des béguines ou la survivance des vaudois dont on trouve encore aujourd'hui des représentants.

Le public a suivi avec intérêt la conférence qui abordait pour la première fois, au sein de l'association, ce thème trop longtemps ignoré ou méprisé, merci à Monsieur Barthès  pour cette passionnante et utile découverte.

                                        **********



janvier                
Claude Pradeilles, André Nos, Simone Arnavielhe et
notre nouvelle trésorière Christine Carrié

L'Assemblée  générale des Amis de Montagnac s'est déroulée le samedi 25 janvier,  devant une salle comble. (voir rubrique Assemblés générales) 

Un très nombreux public, ce qui prouve que les montagnacois peuvent aussi se passionner pour l'archéologie, attendait avec impatience la conférence de M. Noël Houlès, sur les mines de Cabrières, il n'a pas été déçu par un exposé abondamment illustré et riche en révélations pour un auditoire ignorant souvent l'intérêt que présente ce site pourtant situé dans l'ancien canton de Montagnac.
Nous avons alors assisté à une passionnante leçon d'histoire sur l'évolution de l'exploitation minière depuis le néolithique  jusqu'à l'époque contemporaine, le cuivre, allié à l'étain pour donner le bronze,  étant le premier métal qu'on pouvait aisément travailler.

Notre conférencier Noël Houlès
Illustré par de belles photos nous avons découvert le premier travail du cuivre à l'aide de marteaux de pierre maniés à la main, puis montés sur un manche pour plus de commodité, ensuite l'évolution à l’époque romaine où la technique se perfectionne avec la création de lampes à l'huile, suivie d'un progrès permanent jusqu'à la période moderne.

Est venue ensuite la découverte du site qui doit sa  richesse à l'affleurement d'une couche de l'époque primaire contenant le précieux métal.
Dès le départ s'est posé le problème de l'exploitation, c'est ce que nous révèle  la garrigue cabriéroise marquée à cet endroit précis par des sortes d’entonnoirs qui ont servi soit à la  prospection à ciel ouvert, soit à des sondages pour localiser les veines de métal.
Il y a évidemment des galeries, très rustiques, au début, simples cavités  que l'on creusait en suivant le filon, boyaux étroits,  pour arriver lors de l'exploitation au XIX° s, à un boisage comme dans les mines de charbon.

Au XIX°s un plan précis de toutes ces galeries a été établi, révélant les axes des travaux de toutes les époques.
Le progrès a marqué l'abandon de ces mines ancestrales mais les mines de Cabrières conservent toujours un grand attrait pour les curieux et surtout pour les archéologues passionnés comme Noël Houlès accomplissant sans cesse de nouvelles recherches qui permettent de mieux définir l'intérêt historique et technique de tels sites.
L’après-midi s’est terminée par le traditionnel partage du royaume et de l’apéritif.




                                                               **********

2019 
mars

     « Céréales et blé dans la vallée de l’Hérault à l’époque romaine. »
                              
Notre conférencier Stéphane Mauné

Notre ami, Stéphane Mauné, l’archéologue bien connu est venu présenter à un nombreux public montagnacois, une conférence sur « Les céréales et le pain dans la vallée de l’Hérault durant l’époque romaine » toujours avec cette précision et cette vivacité qui rendent ses exposés passionnants. Il a d’abord montré l’importance des céréales, orge d’abord, puis blé à Rome et dans tout l’empire pour la nourriture du peuple, à base de galettes et de légumes, baguettes et miches n'existaient pas encore et ne se développeront que plus tard. Il fallait en effet nourrir tous les jours 300 000 bénéficiaires en leur apportant les 25 kg mensuels.
Cela nécessitait toute une organisation verticale qui commençait par l’extension progressive des terres à blé au fur et à mesure de l'extension de l’Empire romain. Puis se posait le problème de stockage pour éviter que le grain germe ou pourrissent, ce qui supposait l’édification de beaux silos de toutes dimensions, adaptées à l’importance de la population.
Conçus par des ingénieurs, venait ensuite la nécessité de moulins, qui évoluèrent progressivement pour plus d’efficacité, moulin à bras, moulin hydraulique, moulin à vent.
Et à la fin du cycle les boulangeries-cuisines que l’on trouvait dans toutes les villas ou dans les agglomérations.
Grâce à cette organisation on évitait les disettes ou les famines aussi bien à Rome que dans la vallée de l’Hérault.
Ainsi bien illustrée, s’est déroulée sous nos yeux, la lente évolution de la fabrication du pain qui est passé de la galette, à la miche pour aboutir à la baguette que nous connaissons actuellement. Une histoire en apparence simple mais qui révèle, dans un domaine particulier, l’efficacité du génie humain.

                               **********


janvier


"1878-1879 un jeune officier français au Japon"


Louis Kreitmann, jeune officier français au Japon 

C'est dans une salle comble qu'a eu lieu notre assemblée générale ce samedi 26 janvier. Après la présentation des rapports financier présenté par Pierre Pradel et moral par Claude Pradeilles, tout le monde attendait avec impatience la conférence,  sur le séjour au Japon (1878-1879) de Louis Kreitman, jeune officier français, l’un des formateurs de l’armée japonaise moderne, par son petit-fils, Michel Kreitmann.

Michel Kreitmann notre conférencier

L’aspect militaire était ici secondaire, l’intérêt principal résidant surtout dans la vision d’un jeune européen devant un Japon encore ancestral, en voie de modernisation.
La conférence était largement illustrée par une série de photographies prises il y a cent cinquante ans, donc rares aujourd’hui, témoignages d’une grande valeur.
Ce voyage découverte présenté avec brio et humour par Michel Kreitmann, nous a promené dans un Japon encore traditionnel, avec ses constructions en bois, ses paysages campagnards et sans route, ses villes sans confort qui contrastent avec le pays ultra moderne que nous connaissons aujourd’hui.


Le jeune lieutenant a tout noté dans ses carnets, tout photographié avec son appareil à trépieds et à plaque de verre et l’ensemble a été miraculeusement conservé.
Ce dossier a été méticuleusement étudié par M. Pierre Kreitmann, père du conférencier, et édité par la section japonaise du prestigieux Collège de France, c’est donc avec plaisir mais aussi  honoré qu’un tel récit aboutisse à notre modeste association. L’explication en a été donnée par M. Michel Kreitmann, il est le descendant du couple Aubrespy, issu d’une très vieille famille montagnacoise et créateur de la fabrique de réglisses d’Uzès et du fameux Zan (aujourd’hui Aribo).
La séance s’est achevée sur un sympathique goûter/apéritif.





                             **********


2018
Mars                     

1917 : le retour de Lénine en Russie.
                                                           
                                                        
Notre conférencier le Professeur Marc de Velder

Malgré le beau temps et bien qu’à la veille de Pâques, une bonne assistance était présente à la conférence du Professeur Marc de Velder sur le thème,
Il ne s’agissait ni d’une analyse politique, ni du désir de polémiquer sur un sujet toujours difficile à aborder, mais de la vision d’un historien présentant les faits tels qu’on les connaît aujourd’hui. Il lui fallait aussi présenter un thème parfois aride d’une manière agréable et vivante, le conférencier a su atteindre ces deux objectifs avec aisance.
Les deux idées qui ont marqué la conférence présentent deux aspects particuliers de l’action de Lénine et de ses conséquences : 
- Comment a-t-il pu traverser en 1917, venant de Suisse, ‘Allemagne en guerre ?
- Et quel aurait été son comportement s’il avait vécu plus longtemps ?
Evidemment quelques notes biographiques étaient nécessaires. D’abord l’importance pour lui de la pendaison de son frère, révolutionnaire, par la justice du Tsar, ensuite son séjour en Sibérie, ses exils en Suisse et sa rapide montée en importance dans les structures révolutionnaires.
Pour son retour en 1917, même s’il n’y a pas eu de contacts directs, le gouvernement allemand et lui avaient intérêt à ce retour, de là est né ce voyage « en wagon plombé » qui a permis à Lénine après un long détour, d’être à Saint-Pétersbourg dès le mois de juillet 1917.
Cette situation lui a permis en octobre 1917 de prendre le pouvoir en Russie et d’éliminer les mencheviques. La signature de la paix avec l’Allemagne n’a pas marqué la fin des hostilités, une opposition Blanche ou internationale a lutté jusqu’en 1922 contre le gouvernement soviétique mais en vain.
Ici se pose le deuxième problème évoqué. A droite comme à gauche on condamne la période de Staline mais on accorde à Lénine un préjugé favorable « S’il avait vécu, tout ne serait pas passé comme cela », et la visite de son mausolée attire toujours la foule de passionnés ou de curieux. Mais on sait aujourd’hui que les principales mesures appliquées d’une main de fer par Staline avaient été prises par Lénine entre 1917 et 1923.
L’autre question restée sans réponse ? Le véritable dauphin désigné par Lénine était Trotski, qu’aurait fait celui-ci s’il avait été au pouvoir ?
Cette présentation de l’histoire, même si elle n’apporte pas toutes les réponses à nos interrogations, a séduit un auditoire attentif et passionné. Encore une fois les Amis de Montagnac n’ont pas été déçus. 



                                                  **********

Janvier

" Le vin des soldats pendant la grande guerre" par Jean Claude Séguéla



Après l'assemblée générale et l'adoption des deux rapports moral et financier, la deuxième partie nous ramenait à 1918 dont on célébrait le centenaire, avec un sujet inédit « le Vin des soldats », proposé par Jean Claude Séguéla qui a tenu à le présenter malgré le handicap d’une lourde opération subie il y a peu de temps.
C’est avec beaucoup d’intérêt que les présents ont pu suivre, en trois temps ce riche sujet.
Jean Claude Séguéla a d’abord présenté le film qui allait suivre mettant l’accent sur l’importance du vin pour les soldats de 14 et aussi pour notre région puisque la demande en vin a augmenté sans cesse et que son prix a été multiplié par dix en quatre ans.
Le magnifique film qui a suivi, commenté par M. Archimbaud de Cazouls d’Hérault pour l’association historique de Fontès, illustrait les propos du présentateur d’une manière vivante et originale en montrant des vues ou des extraits d’actualité de l’époque, soit de guerre, soit viticoles.
Le troisième temps permettait enfin de compléter cet hommage patriotique au vin, en le replaçant dans son contexte historique ; l’on découvrait, alors que tout le pays subissait une si longue et si douloureuse épreuve, que le « pinard » aidait à maintenir le moral des soldats au front, pendant que d’autres moyens psychologiques rassuraient l’arrière.


La réunion a été prolongée par un apéritif précoce, prélude à une nouvelle année de découverte. On doit ici remercier tous ceux qui, nommé ou travaillant dans l’ombre, ont contribué à la réussite de cette belle journée.


                               ********** 
                              
2017
mars 

" l’oléiculture à l'époque romaine" par Stéphane Mauné.


André Nos nous présente Stéphane Mauné notre conférencier.

  C’est à une découverte passionnante que Stéphane Mauné a convié les Amis de Montagnac le samedi 4 mars dernier. Une conférence présentée dans un style qui lui est propre, fait de rigueur et de passion. Nous avons découvert comment de Bétique, sur les bords du Guadalquivir, à Rome l’huile d’olive espagnole alimentait le quotidien des romains pour toutes sortes d’usages : alimentation, éclairage, construction. Comment à partir d’une simple montagne d’amphores oubliées dans l’ancien port de Rome, à partir de 1860 et surtout au XX° s, les historiens ont pu établir ce trajet mais aussi amasser nombre de renseignements sur la culture de l’olivier, la production d’huile et la confection des amphores en Espagne. Un trafic qui a duré deux siècles et demi du 2° s avant JC au 2° s après, et s’est étendu à tout l’empire romain, remontant le Rhône pour atteindre l’Allemagne et la Hollande, affrontant l’Atlantique pour atteindre l’Angleterre. 

C’est toute une armée de potiers, de producteurs d’olives et d’huile, de marchands, de transporteurs et de marins qui participait à ce grand mouvement avec des points d’arrêt languedocien comme Lattes ou Narbonne, à une époque où, paradoxalement, il n’y avait pas d’olivier chez nous, pays alors trop froid pour cet arbre.
Le public a suivi avec intérêt cette conférence illustrée de nombreuses vues, de nombreux dessins, de nombreuses cartes donnant à l’exposé un aspect vivant et concret. C’était un retour à une page de notre histoire souvent méconnue, où l’on découvrait que les romains avaient déjà des notions techniques et commerciales que nous avons redécouvertes péniblement au cours des siècles.
Mais pour cette leçon d’histoire il fallait un présentateur à la fois compétent et agréable à suivre c’est ce qu’a démontré pendant près de deux heures Stéphane Mauné. Le plus bel hommage que l’on pouvait rendre au conférencier c’était cette attention soutenue de l’auditoire, complétée par les nombreuses questions qui ont suivi la fin de l’exposé.



**********

21 janvier                                                                                         

" La correspondance de Marie et Paul Loubet "   par Virginie Gascon                                                                 

Suite à l'assemblée générale et après l'adoption des deux rapports, financier et moral par l’assemblée unanime.
La séance s’est poursuivie par la première conférence de l’année présentée par Mlle Virginie Gascon, historienne, des Archives d’Agde, qui vient de publier un livre « Nous ne nous sommes jamais séparés » contenant la correspondance de Marie et Paul Loubet, un humble couple de jardiniers que la guerre a éloignés pendant quatre ans. Témoignage d’amour et de courage illustrant, de l’intérieur, l’un des drames de la guerre de 1914 et de toutes les guerres de longue durée. Mais ce fait a permis à la conférencière d’élargir considérablement son sujet en présentant tous les problèmes et toutes les souffrances des gens humbles de l’arrière, le tout illustré par de nombreux documents d’époque, savamment choisis. Il s’agissait de faire revivre le quotidien, lointain mais si émouvant, de toutes ces femmes condamnées à attendre sans fin, le retour d’un être cher, indispensable à la vie du foyer. On peut remercier Virginie Gascon d’avoir abordé ce sujet, souvent considéré comme secondaire, de la vie angoissée des femmes, des parents et des enfants, pourtant loin du front et de ses réalités. C’est sur cette note un peu mélancolique que s’est achevée l’assemblée générale. Puis autour d’un apéritif et d’un royaume, les conversations ont pu se poursuivre en toute liberté.



                              **********

2016                                                                

26 Mars                                                                                                              

" Le Prieuré–Château de Cassan aux Amis de Montagnac "   par Serge Sotos.


Le Prieuré-Château de Cassan
                                                                                                                                                                   
Le samedi 26 mars, les Amis de Montagnac ont accueilli M. Serge Sotos, le spécialiste actuel de Cassan et de son histoire, sujet sur lequel il travaille depuis plus de vingt-cinq ans.
Au cours d'une brillante conférence, richement illustrée de près de deux heures, M. Sotos a fait découvrir à l'assistance la grande histoire du prieuré et surtout de son développement et de ses particularités.
Le site ancien, largement modifié au dix-huitième siècle, conserve encore dans sa chapelle les restes de son antique splendeur dont le grand responsable fut, dès sa création Saint Guiraud (1070-1123) futur évêque de Béziers.
Serge SOTOS le conférencier 
Grâce à l'activité de celui-ci et aux nombreux dons que reçoit le monastère, dès le 12e siècle, Cassan devient un important centre ecclésiastique qui accueille non seulement jusqu'à quatre-vingt moines mais aussi de nombreux pèlerins sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle ou de Rome.

C'est sur l'ancienne chapelle du 12e, que le conférencier s'est attardé, édifice roman caractéristique de ce style dans notre région ou dans la région catalane.
Sa haute nef, comportant de multiples entrées, largement éclairée par de nombreuses fenêtres rondes taillées dans les murs épais, commandait la présence de nombreux arcs boutants que l'on y découvre encore.
L'extérieur sobrement décoré révèle dans le détail animaux et figures humaines, illustrant les péchés du monde.
Mais le sommet de cet édifice, à tous les sens du terme, le lanternon à deux niveaux largement ajourés, a mérité une étude spéciale déterminant à la fois son rôle utilitaire de vigie et sa valeur symbolique opposant ombre et lumière, aveuglement et foi.
Les illustrations ont aussi permis de compléter cette visite en situant et en matérialisant quelques détails aujourd’hui disparus comme les deux tours qui entouraient le portail.
C'est donc à une conférence richement documentée que nous avons assisté, elle sera complétée le samedi 28 mai par une visite sur site qui matérialisera cette approche plus théorique.



                                       

23 janvier                      

" Le genêt textile languedocien"par Sylvain Olivier.


Dernièrement les Amis de Montagnac ont tenu leur assemblée générale annuelle, en présence de M. Yann Llopis maire du village et de Mme Marie-Claude Barattini adjointe à la culture. Après les mots de bienvenue du président André Nos qui a rendu hommage aux disparus de l'année écoulée, le trésorier Pierre Pradel, a présenté le bilan financier à l'aide d'un diaporama très explicatif. Ce bilan dont les éléments se retrouvent dans le bulletin n°96, fait apparaître un solde positif de 843,66 € expliqué par la vente des livres édités par l'association. L'augmentation des cotisations découle de celle des frais postaux et de la diminution légère du nombre des adhérents.
Sylvain OLIVIER le conférencier

Ensuite André Nos a présenté, toujours grâce au diaporama de Nadine Deboos, le bilan d'activité dont les grands moments figurent dans le même bulletin. Le président a terminé en découvrant le programme de 2016. Après l'adoption des deux rapports à l'unanimité, André Nos a présenté le conférencier Sylvain Olivier, maître de conférences à l'université de Nîmes et son sujet : Les utilisations du genêt dans l'économie languedocienne aux XVII, XVIII et XIXe siècles. La zone d'exploitation s'étendait des collines du nord du Biterrois à celles du sud du Lodévois. Une plainte portée en septembre 1778, nous prouve que les paysans mettaient leurs genêts à "couver", à rouir dans les ruisseaux, provoquant ainsi des souillures de l'eau néfastes au bétail. Le premier usage du genêt était la nourriture des moutons et des chèvres mais une trop grande absorption de ce "fourrage" provoquait une maladie des voies urinaires des ovins ou caprins, la ginestade, décrite par le vétérinaire lodévois Thorel. Le troupeau pâturait les chaumes puis la genêtière devenait friche improductive et était réensemencée plus tard. Après 15 ans de culture du genêt on l'arrachait pour cultiver des céréales ou des légumineuses. L'entretien des genêtières suivait un calendrier annuel. Pour l'industrie textile, le genêt suivait le même parcours que le lin ou le chanvre : les fagots rouissaient dans le routoir ou rouissoir plein d'eau et après disparition de la gomme et rinçage à l'eau courante, la filasse passait au cardage ou sérançage avant d'être tissée en toile. Un contrat de mariage établi à Pézènes les mines au XVIIIe siècle, stipule que la mariée apporte 9 draps, 3 nappes et 9 serviettes en toile de genêt. En ce temps là on cultive en Lodévois de moins en moins de chanvre et de plus en plus de genêt. La laine, matière noble, va en général à la ville dans les manufactures, plus tard devenues usines textiles. En 1820 les publications relatives au genêt ont connu un grand développement par intérêt agronomique. 1940 a vécu une tentative de reprise de l'activité textile avec l'usine d'Aspiran. A partir de 2000 l’intérêt patrimonial a suscité une recrudescence de publication sur le genêt. De la fin du XVIIIe siècle au début du XIXe les genêtières ne sont bien mentionnées. Au cœur du XIXe elles ne le sont plus, et la fin de ce siècle connaît le déclin de la culture de la plante. En 1943 l'affiche du maréchal Pétain tente de lancer un regain d’intérêt pour sa reprise mais la paix de 1945 signe provisoirement son arrêt de mort. Enfin en 1948, Bourcier publie son livre "Le genêt : textile nouveau".

Après la salve d'applaudissement qui a suivi son brillant exposé, M. Olivier a répondu avec autant d'amabilité que de compétence aux nombreuses questions posées par l'assistance. Ainsi s'est conclue cette journée enrichissante qui a enchanté une fois de plus les Amis de Montagnac.




                                                              ************

2015

7 mars

"LA VIGNE ANTIQUE EN LANGUEDOC"  par Stéphane Mauné. 



Stéphane MAUNE conférencier
Le samedi 7 mars, M. Stéphane Mauné, archéologue et directeur de recherches au CNRS a prononcé une conférence sur le sujet cité en titre. Après sa présentation par le président André Nos, M. Mauné a tout d'abord rappelé qu'il avait commencé à travailler à Montagnac avec M. Feugères et que leurs travaux avaient été soutenus par la municipalité de Montagnac, le conseil général de l'Hérault et la région Languedoc Roussillon. Depuis 25 ans beaucoup de découvertes ont été mises au jour malgré la disparition des fouilles de sauvetage car la vallée de l'Hérault concentre une série remarquable de sites qui ont profité à l'archéologie du terroir.
Casalis de Fondouce et Heinrich Dressel ont été les premiers à ouvrir la voie avec la découverte d'une "étiquette" d'amphore disant en latin : « je suis un vin de Béziers vieux de cinq ans ».
Au VIe siècle avant J-C les gens s'habituent au vin, le triangle Marduel - Agde - Marseille voit la domestication de la vigne sauvage et la plantation de cépages grecs. Après la chute de Carthage les marchands italiens mettent sur le marché des vins italiens. Cette époque connaît les phénomènes d'imitation des amphores et de concurrence. Au IIème siècle avant J-C, le puissant sénat romain interdit la plantation de la vigne en Gaule transalpine, c'est à dire en Provence, Languedoc et Roussillon. Un siècle plus tard après la conquête de Jules César, Rome a la maîtrise totale des voies de communication gauloise et on assiste à la mise en place d'un vignoble de rapport avec l'installation de familles italiennes en Gaule. A partir de 30 avant J-C et jusqu'au IIème siècle après J-C c'est la montée en puissance commerciale du vin. Après cette époque, la grande production vinicole algérienne inondera les marchés, conséquence de la colonisation romaine. La culture de la vigne connaît la taille en gobelet et en Italie, le palissage qui coûte 30%de plus.
Le moût s'obtient par foulage aux pieds et pressurage. Les pressoirs en bois permettent d'obtenir 40% de jus en plus. Les remarquables diapositives et les dessins de M. Mauné donnent une idée de ce qu'était cette technique romaine.
En général les exploitations plantent 5 à 6 000 pieds à l'hectare, les plus productives jusqu'à 12 000 pieds. Mais les parcelles ne comptent que quelques hectares car la polyculture domine avec forêts, chemins nombreux, emblavures et vergers. Des plans de villas, nom romain des domaines, au Gasquinoy, à la Domergue de Sauvian et à Montferrier de Tourbes constituent de bons exemples d’exploitations viticoles.
Pour transporter le vin, les Gallo-romains et les Romains utilisent de grands dolia et des amphores. La carte des fouilles nous indique que presque tous les ateliers de poterie se trouvent sur la rive droite de l'Hérault. Les chais sont de tailles différentes, les plus grands se trouvant dans les villes. Avec 9000 hectos, Vareille est la plus grande, connue à nos jours. Dans l'antiquité, le rendement est estimé à 40 hectos à l'hectare. Vareille s'étendait sur environ 200 hectares et on comptait une personne pour 2 hectares en entretient total.
La viticulture procure au maître un enrichissement constaté avec les restes de fontaines et de statues trouvées sur le terrain des villas. Le plan de Vareille dévoile deux cours d'eau, trois moulins hydrauliques et deux aqueducs. A Saint Bézard près d'Aspiran on a trouvé dans un chai entre 17 et 20 après J-C une pièce de monnaie frappée à Nîmes. Deux timbres sur dolia nous signalent que Quintus Priscus travaille avec son affranchi Vitullus qui doit être un bon vinificateur et que Laïtus œuvre à Aspiran après avoir été en activité à Barcina (Barcelone).
Le plan de Saint Bézard montre que les dolia se trouvent dans les remblais, ce qui offre au vin une température à peu près constante. D'autre part les propriétaires enfumaient les chais pour tuer les drosophiles soupçonnées de faire piquer le vin, ce que Louis Pasteur prouvera dix huit siècles plus tard par ses études sur les bactéries.
Le raisin était amené sur la partie la plus haute de la cave, et en deux rampes, tombait de la cuve de foulage dans deux cuves de décantation et de fermentation. Les plus grands dolia contenaient de 14 à 20 hectos de liquide. Ces ancêtres en terre, des conteneurs modernes étaient fabriqués à la main au colombin.
En 2005 on a fouillé les ateliers de Pompeï et leurs deux fours pouvaient produire de 20 à 40 dolia à chaque cuisson. Leurs descendants actuels sont les tinajas de Villarobledo en Espagne. Dans des puits on trouve de l'eau et des débris organiques qui ont permis d'identifier certains cépages transportés dans les dolia. Les pépins analysés révèlent qu'ils proviennent de clairette, variété résistante et adaptée à la région. En moindre quantité on a de la mondeuse et du merlot. La taille des pressoirs n'est pas proportionnelle à celle des exploitations. Les grands bassins correspondent à peu de cépages et les petits bassins à des variétés plus nombreuses.
Commencées à la mi-août, les vendanges s'achevaient fin octobre. Notre région devait abriter environ 200 ateliers de fabrication d'amphores mais les plus importantes se trouvaient en Arles et à Beaucaire. La gamme des amphores comportait les allongées, les cylindriques et les fuselées mais à partir de 60 après J-C on ne fabriquera que deux modèles. Ces récipients ont voyagé jusqu'en Inde et dans la haute vallée du Nil.
Le vin que l'on appelait, nectar des Dieux et génie des hommes était du blanc ou du rosé. L'antiquité n'a pas connu le rouge car les viticulteurs antiques pressaient les rafles avant la fermentation. Pour la conservation, dolia et amphores étaient poissées avec de la poix issue de pins sylvestres. Enfin les anciens ont commercialisé des vins au miel ou aux herbes. La manutention et le transvasement s'opéraient à l'aide de pompes en corps de bronze ou de vis d'Archimède, à partir du VIème siècle après J-C on assiste à la disparition et à l'abandon de nombreuses villas que leurs riches propriétaires vendent ou quittent pour placer leur argent là où il rapporte le plus.

Sur cette note finale stigmatisant le capitalisme immuable, M. Mauné a terminé sa remarquable conférence tout en expliquant à ses auditeurs attentifs que les problèmes posés aux Gallo-romains pouvaient être les mêmes que ceux qui assaillent les viticulteurs méridionaux au XXIème siècle. 


                                    
24 janvier 

 "MADAGASCAR" l’île rouge par Claude Nos.



Claude Nos conférencier

Suite à l'assemblée générale et après l'adoption des deux rapports financier et moral  le président a donné la parole au   conseiller Claude Nos bien connu des Montagnacois qui a prononcé une conférence très intéressante sur Madagascar où il a vécu et travaillé pendant trois ans.

Madagascar est devenue « l’île rouge » après la dérive des continents qui l'a détachée de l'Afrique et de l'Inde. C'est un morceau de 1600km de long sur 500km dans sa plus grande largeur. Elle jouit d'un climat subéquatorial qui se transforme en climat tropical d'altitude sur les hauts plateaux qui culminent à 1500 m. Successivement occupée par les indonésiens au début du premier millénaire, puis par les Arabes, les Portugais et enfin les Français, l’île compte maintenant près de 22 millions d'habitants de sang très mêlé. Ce royaume de type féodal s'est ouvert aux influences européennes à la fin du XIX siècle et c'est Galiéni qui l'a pacifié et organisé.
Entre 1914 et 1918, 42000 malgaches ont été incorporés dans l'armée française et 4000 ne sont pas revenus de la grande guerre.
En 1946 le mouvement démocratique de la rénovation malgache (MDRM) a lancé la révolte contre l'autorité française. La répression sanglante qui s'en est suivie a provoqué la mort de 15.000 à 80.000 personnes. Après la promulgation de la loi-cadre de Gaston Defferre en 1956, Madagascar s'est acheminée vers l'indépendance acquise en 1960 sous De Gaulle. L'île s' appauvrit car le travail des présidents successifs a été battu en brèche par une corruption généralisée. Tananarive, la capitale aux 2 millions d'habitants, offre une construction anarchique, ce qui provoque force bouchons dans les rues. Madagascar ne possédant que peu de voies ferrées, les maxi-bus pour 20 voyageurs et les taxis : 2 CV Citroën, 4 L et Dauphines Renault sont tous des véhicules recyclés et bricolés.
Le manque d'eau et d'électricité contraint les Malgaches à acheter des denrées au jour le jour, ce qui explique la multiplicité des marchés, où les fleurs et les fruits exotiques sont rois. Pour visiter les hauts plateaux on emprunte, comme en France, la nationale 7, nord-sud ! Dans la diversité pittoresque des paysages, les villages juchés sur les collines regardent les rizières dans les creux et les vallées mais le riz se cultive aussi en terrasses car c'est la richesse du pays avec le zébu. A la campagne le bétail vit au rez de chaussée et les humains à l'étage dans des maisons en bois ou en briques légères, à peine cuites.
Dans l’extrême sud-ouest, sur la côte de Tuléar, les Malgaches vivent de la pêche et des excursions en bateau. La dérive des continents explique la flore et la faune de l'île rouge.
Les lémuriens sont restés à Madagascar, alors que les singes les ont éliminés en Afrique. Sept espèces de baobabs poussent à Madagascar mais six ne poussent que sur l'île. La déforestation a détruit 80% de la couverture forestière mais la vanille offre aux malgaches une médaille d'or dans la production mondiale. Le cacao, le raphia et les huiles essentielles complètent le tableau des richesses de l'île.
Les malgaches sont très religieux, ils croient en Dieu mais leurs ancêtres sont les intermédiaires privilégiés entre lui et les hommes. Cette croyance donne lieu à des cérémonies, véritables fêtes de familles au cours desquelles on change le linceul des trépassés : c'est le retournement des morts. Cette note funèbre met un point final à la remarquable conférence de M. Claude Nos.

Plusieurs questions posées par les auditeurs attentifs sur la faune particulière de Madagascar, l'attitude des Malgaches à l'égard des Français, et l'état de l'emploi et de l'enseignement de la langue française ont permis au conférencier de compléter son panorama culturel de Madagascar.
 
                                        ************
2014

15 mars

"LES SCULPTEURS EN LANGUEDOC AU XVIIe SIÈCLE" par Denis Népipvoda.

Le président André NOS accueille le conférencier Denis Nepipvoda 

 Dernièrement M. Denis Népipvoda, historien d'art bien connu des Montagnacois a prononcé devant une assistance nombreuse une conférence remarquable sur le sujet cité en titre. Les sculpteurs connus qui ont œuvré et créé en Languedoc au XVIIe sont au nombre de 8 et possèdent de nombreux points communs.
Sauf un, ils sont tous nés dans notre belle province. Ils presque tous pris femme dans les familles appartenant à leur confrérie, si bien qu'on peut parler d'endogamie dans les métiers d'art. Ils ont surtout travaillé à la restauration ou à l'aménagement d’œuvres religieuses endommagées au cours des guerres de religion. Enfin, inspirés par l'idéal d'art classique de Paris, ils ont su cependant innover en utilisant toutes sortes de matériaux : Marbre de Caunes, calcaire blanc de Pernes, résineux de Quillan, noyers du Dauphiné et même mélange de bois et de pierre. Ces grands créateurs locaux tels les Jourdan, G. Martrois, les Suberville, Coula, Mercier, Thomas, Cannet et Laucel ont embelli les épiscopales de Montpellier, Béziers, Agde, Saint Pons de Thomières et aussi de nombreuses petites paroissiales du futur département de l'Hérault : en particulier Saint Thibéry, Creissan, Pomérols ou la chapelle des Ursulines de Pézenas, que le conférencier a engagé l'auditoire à visiter.

De nombreuses questions relatives au transport des matériaux, à la carrière des artistes (de l'apprentissage à la maîtrise), au style local et à l'organisation des confréries ont complété ce brillant exposé qui a enrichi la culture voire l'érudition de tous les participants.

                                      
25 janvier 
       
"HISTOIRE ET MÉMOIRE" par Yvette Médina.

Yvette MEDINA conférencière et André NOS Président
Suite à l'assemblée générale et après l'adoption des deux rapports moral et financier, André Nos a donné la parole à Mme Yvette Médina bien connue des Montagnacois, qui a prononcé sa conférence citée en titre de l'article.
L'histoire c'est d'abord une boucherie de quatre ans qui a coûté 1.400.000 morts à la France, soit un dixième de sa population active en ce début de XXe siècle. Les Français ont voulu commémorer, c'est à dire se remémorer ensemble l'immense soulagement de l'armistice du 11novembre1918. De l'inhumation du soldat inconnu le 11-11-1920 à l'hommage rendu par le Président Hollande à tous les morts pour la France le 11-11-2012 , Mme Médina a évoqué tous les 11 novembre célèbres du XXe siècle. Elle a ensuite présenté tous les lieux de mémoire installés ou érigés sur l'hexagone : le wagon de Rethondes, le mémorial de Vimy, les ossuaires de Douaumont, Lorette,la forêt des écrivains combattants située dans l'Hérault et enfin les innombrables monuments aux morts, porteurs souvent de symboliques très différentes : deuil, sacrifice, épuisement, solidarité et même malédiction de la guerre comme à Angerville. Mme Médina a cité enfin les témoignages écrits célèbres comme les romans de Barbusse et de Dorgelès ou plus humbles comme les carnets de guerre de Louis Barthas tonnelier socialiste audois, racontant sa guerre au jour le jour, au ras des tranchées et qui a révolutionné l'histoire de la première guerre mondiale. En conclusion Mme Médina a cité l'historienne Anne Jollet mettant en garde contre les commémorations béates car " les guerres sont toujours et d'abord le fait de choix politiques ", et a évoqué le vers d'Aragon, poète mais aussi médecin des tranchées : " Déjà la pierre pense où votre nom s'inscrit..."

Des questions sur le mythe de la fleur au fusil et sur les fusillés pour l'exemple ont clos cette admirable communication empreinte à la fois d'une grande clarté et d'une profonde humanité.

                                         **********  

2013

2 mars 



"ECOLOGIE ET BIODIVERSITÉ"par Philippe Martin.

Philippe MARTIN conférencier et André NOS président
Dernièrement les Amis de Montagnac ont été conviés à écouter une conférence du professeur Philippe Martin de la faculté des sciences de Montpellier sur l'écologie et la biodiversité dans l'Hérault et dans le monde. Le conférencier a rendu tout d'abord un hommage appuyé à son maître, le professeur Hervé Harant, fondateur de l'enseignement de l'écologie en Languedoc et auteur du premier guide du naturaliste distribué en France. Ensuite Mr Martin nous a rappelé que le centre du département de l'Hérault est le plus varié de France en matière de géologie. Ceci a entraîné une variété de paysages grâce à la couverture végétale et au travail de l'homme qui l'a modifiée par l'agriculture et l'élevage. Hélas le pin d'Alep et d'autres résineux sont en train de dévaster cette couverture végétale de notre environnement par l'ombre dont ils encombrent le sol. Le professeur a ensuite multiplié les exemples empruntés à la botanique et à la zoologie pour nous prouver que chez nous existent de nombreux êtres vivants que nous pourrions croire exotiques et non indigènes. Et de citer le petit chabot de la Lergue, la veuve noire, la truite fario et les cinq variétés de scorpions accueillies par la campagne montagnacoise. Dans sa croisade de sauvegarde des milieux naturels Mr Martin nous a rappelé que le décret de conservation ne date que de 1976 et celui de la protection des milieux naturels de 1992.

Avant de nous présenter ses magnifiques photos, le conférencier nous a expliqué comment ils les prenait et comment il les montait grâce au procédé de logiciel ukrainien de son ami, le photographe Frédéric Jaume de Montpellier. Une série de vues de plantes et d'animaux d'une beauté stupéfiante, prises à des milliers de km de la biodiversité montagnacoise a clos cette très belle conférence qui a suscité de très nombreuses questions posées par l'assistance nombreuse et très intéressée.

                                      
                                      
26 janvier

"LES TROIS HENRI" principaux acteurs de la guerre de religion de 1561 à 1598
( Henri De Guise, Henri III et Henri IV ) par le professeur Dewelder.



Le professeur DEWELDER conférencier
Suite à l'assemblée générale, notre président a présenté M. Dewelder Professeur agrégé à Béziers et sa conférence sur « Les trois Henri dans les guerres de religion » Henri de Guise, Henri 3 et Henri de Navarre, le futur Henri 4. De ce fouillis de 36 ans qui a vu naître 8 guerres civiles en France, le conférencier a voulu, dans ce tableau vivant, dégager quelques idées fortes.
D'abord ce conflit religieux a tourné rapidement en guerre des trônes à caractère politique Ensuite les situations locales n'ont pas toujours épousé les circonstances nationales ainsi Montagnac a pu connaître des périodes de paix quand le conflit faisait rage à Paris....et vice versa. Enfin cette époque, plus que confuse, a vu se produire, comme souvent dans la politique française, un renversement des alliances, lorsque Henri 3 menacé par les Guises ou leurs partisans, a fait cause commune avec Henri de Navarre qui lui même abjura deux fois le protestantisme pour pouvoir devenir roi de France et rétablir la paix. Dans sa conclusion M. Dewelder rappelle que l'édit de Nantes offrit à la France 87 années de paix relative, brisée par la révocation du même édit par Louis XIV.
A Montagnac les registres attestent que des mariages mixtes avaient même conclu la paix dans certaines familles.


De nombreuses questions auxquelles le conférencier a répondu avec autant d'amabilité que de compétence ont démontré que le nombreux public avait suivi avec plaisir et profit ce remarquable exposé.

                                    ************

2012 
                                                            
24 mars 

" NAPOLÉON III ET LE DÉPARTEMENT DE L’HÉRAULT" par Jean Sagnes.

Le président André NOS reçoit le conférencier le professeur Jean SAGNES
Dernièrement les Amis de Montagnac ont eu le plaisir de recevoir le Professeur Jean Sagnes qui a prononcé une conférence sur Napoléon III et ses rapports avec le département de l'Hérault. Devenu Président de la République, Louis Napoléon qui avait eu une éducation progressiste, était entré en conflit avec la chambre conservatrice et avait organisé le coup d'état qui l'avait fait Empereur des Français.
Dans l'Hérault les républicains s'étaient opposés à ce coup de force et la répression avait été brutale. On compta des morts, deux exécutions et de nombreuses déportations en Algérie.
Mais le nouveau maître de la France, après son entreprise réactionnaire, mit en œuvre un programme de progrès, inspiré du Saint Simonisme français et du Carbonarisme italien qui avaient bercé ses rêves de jeune homme. M Sagnes a alors établi un parallèle entre les réalisations du second Empire à Paris et celles de ses représentants locaux dans le département.
Trois hommes héraultais ou aux attaches héraultaises, amis de l'Empereur, ont joué un rôle important dans le développement économique du département sous le second Empire. Ce sont Mathieu Cazelles dont nous ont déjà parlé les Présidents Jean Salvaing et André Nos, le docteur Henri Conneau, gros propriétaire à Servian et Michel Chevalier, beau- père de l'économiste Paul Leroy-Beaulieu de Lodève.
Cette œuvre économique est impressionnante. Le développement du chemin de fer a permis le transport sans problème du vin, aliment essentiel des travailleurs de force, créateurs de nouvelles richesses. Le pont canal de Béziers a supprimé le passage d'écluses sur la rive gauche de l'Orb. Le lancement de ponts ferroviaires et routiers, le percement de tunnels ont donné du travail aux chômeurs tout en réduisant les distances. Les frères Muller, créateurs du nouveau bois de Boulogne, ont tracé le jardin St Simon du plateau des poètes à Béziers et le square Planchon à Montpellier. L’empire a offert aussi l'eau potable à la ville de Cette (Sète ).
Montpellier a connu le percement de la rue impériale, plus tard rue Foch et la refonte de l’hôtel de Ganges devenu préfecture de l'Hérault.
Fortou et Victor Duruy ont donné un essor aux écoles maternelles ; le gouvernement a étendu la gratuité de l'enseignement primaire et chaque commune de plus de 500 habitants a été tenue d'ouvrir une école de filles. Dans le secondaire l'Empire a ouvert les premiers lycées de jeunes filles et a laïcisé en France quelques dizaines de collèges privés. Dans le domaine de la musique de nombreux kiosques ont été construits et la création de sociétés musicales fortement encouragée.

En conclusion M Sagnes met l'accent sur le personnage contrasté de Napoléon III et ne s'étonne pas que de nombreux historiens locaux aient voué une véritable admiration au neveu du Grand Napoléon. De nombreuses questions pertinentes ont prouvé que l'auditoire avait suivi avec intérêt l'histoire des aspects particuliers du plus grand ennemi de Victor Hugo.
                                         ************

21 janvier

"L'ART BAROQUE EN LANGUEDOC" par Denis NEPIPVODA.

Denis NEPIPVODA conférencier
 
Suite à l'assemblée générale, André Nos a donné la parole à Denis Népipvoda bien connu aux Amis de Montagnac. Parti de l'étude de la chapelle des Augustins, couvent de notre village, le conférencier, à l'aide de belles diapositives d’œuvres, a démontré qu'au XVIIe siècle le Languedoc a été l'un des berceaux régionaux du baroque, art né d'une contre-réforme, timide à Montagnac. Entrepreneurs comme Cousseran, menuisiers comme Sabatier, peintres comme Aurès ou sculpteurs comme Lédenac, ces artisans d'art, nés dans la région et habitant près des ou même dans les monastères où ils créaient leurs œuvres, ont développé un style nouveau, inspiré de l'Antique dont les témoignages se retrouvent encore aujourd'hui, mutilés ou intacts, de Perpignan à Montpellier, de Rodez à Aigues-Mortes en passant par Caux, Nézignan, Béziers, Pézenas et Montagnac. Denis Népipvoda a terminé sa brillante intervention par l'évocation de trois peintres piscénois qui avaient eu la mainmise sur tous les chantiers d'art sacré à Pézenas au XVIIe siècle.

Les Amis de Montagnac ont ainsi découvert un aspect, mal connu du grand public, d'un style qui a régné pendant plus d'un siècle sur toute l'Europe.





Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire