Avant d'incarner la figure phare de la Résistance française, ce héros iconique de la République, célébré pour son courage, son abnégation, son sacrifice face au joug nazi, avant de symboliser, dans la mémoire collective de notre patrie, le fondateur du Conseil National de la Résistance (CNR), Jean Moulin est, avant tout, un artiste, un vrai. Il est, à la fois, un brillant dessinateur et caricaturiste, « un touche à tout » qui se passionne pour l'Art en général, la sculpture, la céramique, la gravure sur bois ou sur lino, mais également un découvreur de talents et un collectionneur d'avant-garde. Jean Moulin naît le 20 juin 1899 à Béziers, 6 rue d'Alsace, au troisième étage d'un immeuble bourgeois situé juste en face la caserne Duguesclin (aujourd'hui disparue).
Dernier enfant du couple Antonin Moulin (1857-1938) et Blanche Pègue (1867-1947), (la fratrie compte 3 enfants encore vivants (Claire est morte à l'âge de 6 mois et ne transparaît jamais dans l'histoire familiale) Joseph, né en 1898 et mort de péritonite en 1907, Laure, « l 'alter ego » et « réceptacle » de la mémoire de Jean, née en 1892 et décédée en décembre 1974, ce minot, retardataire de surcroît, est un enfant choyé, adulé, espiègle et turbulent. Scolarisé dès l'âge de 4 ans au lycée Henri IV, où son père est professeur d'histoire, il s'avère, durant le primaire, un excellent élève, récompensé par des prix d'excellence et des « bons points ». Mais, le petit Jean est animé par une passion dévorante qui absorbe tout ses loisirs. Sa sœur et confidente mentionne dans la biographie[1] qu'elle lui consacre, l'évoque en ces termes : « Vers 5 ou 6 ans, l'enfant avait déjà un grand don d'observation et un joli coup de crayon […] .C'est la seule chose qui l’intéressât vraiment. […]. Tout petit, il avait une drôle de façon de tracer une figure, un soldat, par exemple : il commençait par les pieds, chaussés de godillots, et montait jusqu'à la tête. Chose curieuse, ses personnages tenaient debout. Les têtes, expressives, avaient un caractère archaïque qui rappelait, sans qu'il le soupçonnât, les figures de la Grèce primitive »
[1]Biographie de
Jean Moulin, Presses de la Cité, Paris, 1982 (en préface le discours d'André
Malraux)
Ses dessins d'enfant sont le reflet de la société dans laquelle il évolue. Il représente, non sans malice et facétie, ce qu'il voit autour de lui, avec une attraction toute particulière pour les soldats (il réside en face une caserne) et plus particulièrement les grognards de la Grande Armée (dont son arrière-grand-père, François-Xavier Moulin, servit dans la marine de Napoléon Ier, notamment sur le vaisseau « l'Orient », lors de la bataille d'Aboukir en 1799, et reçu, par la suite, la médaille de Sainte-Hélène). Le petit Jean copie également des modèles dans les nombreux livres de la bibliothèque paternelle ou les journaux rapportés au sein du foyer familial... et il se prend vraiment au jeu ! Professeur émérite, militant radical socialiste, président de la Ligue des Droits de l'Homme, conseiller municipal et vice-président du Conseil Général, Jean évolue dans une atmosphère saturée de politique et retient deux choses. Jean Moulin apprend donc deux choses essentielles d'un père qu'il aime et admire :
-un amour combattant pour la République,-un attrait irrésistible pour le dessin de presse qui est alors à son apogée.
Il est, en effet, doté d'une grande aptitude scolaire, d'une vive intelligence mais manque de volonté et de motivation. Sa passion grandissante pour le dessin l'anime frénétiquement y compris durant les cours, au grand désarroi de son père qui exige l'excellence ! Et l'actualité brûlante de la guerre, relayée par les dessinateurs de presse tels que Hansi ou Francisque Poulbot, l'inspire particulièrement. Jean se focalise sur la guerre des civils, très marquée par la propagande. Doté du sens du détail, son style est de plus en plus affirmé. Jean dessine les enfants jouant à la guerre, les planqués dans les « Embusqués » ou les bourgeois.
Mais, peut-être est-il trop pudique pour mener ce projet à terme, et il choisit alors de s’intéresser au poète breton Tristan Corbière (1845-1975), artiste maudit, mort à 28 ans et fait l'acquisition d'un manuscrit inédit illustré par le poète lui-même. Jean Moulin décide de se perfectionner dans la technique de la gravure et des eaux-fortes avec le projet d'illustrer des recueils de poèmes de Tristan Corbière. Touché par ses textes, Jean Moulin réalise 8 eaux-fortes pour illustrer une nouvelle édition d'Armor (comme « Armorique), publiée en 1935. La fluidité, la gravité et surtout l'omniprésence de la mort s'imbriquent notamment dans la «fameuse « Pastorale de Conlie », relatant un événement tragique du conflit franco-prussien en 1870.
[1]Jean Moulin (Max), Premier
Combat : journal posthume, 1947, éditions de Minuit.
[2]Pierre Péan et Laurent Ducastel, Jean Moulin, l’ultime mystère, Paris : Albin Michel, 2015.
André Malraux accréditera le récit selon lequel il aurait caricaturé son bourreau quand Barbie lui tendit une feuille de papier pour qu'il livre des noms.
Film documentaire de Claude Alice Peyrottes et Alain Cheraft
©2001
C’est un long cheminement qui nous a conduit à la réalisation de ce film documentaire, présenté le 7 novembre 2025 à Montagnac.
En 1993 co-directrice avec Patrick Michaëlis de la Compagnie théâtrale Bagages de Sable[1] nous avons découvert[2] l’œuvre littéraire de Charlotte Delbo, conçu et réalisé un projet de lectures publiques et nationales des trois textes qui forment la trilogie : Aucun de nous ne reviendra, une connaissance inutile, Mesure de nos jours et Le convoi du 24 janvier. Une œuvre bouleversante.
Charlotte Delbo N° 31 661 Manifestation littéraire et théâtrale.[3]
Le vendredi 3 février[4] 1995 à 19h, au même moment à la même heure sur un signal donné par une speakerine de France Culture, 320 comédiennes deux par deux, dans les 160 communes dont étaient originaires les 230 femmes du convoi du 24 janvier 1943 ont lu à voix haute toute une nuit l’œuvre de Charlotte Delbo. Comme un chœur antique.Une émission « Agora » précédait cette lecture : un échange entre Marie-Claude Vaillant Couturier[5] résistante déportée à Auschwitz-Birkenau, témoin au procès de Nuremberg et Geneviève de Gaulle Anthonioz[6], résistante déportée à Ravensbrück.
[1] La compagnie théâtrale Bagages de Sable constituée en 1989. Conventionnée par le Ministère de la culture et de la communication.
[2] Grâce à Yves Thouvenel, comédien.
[4] Un livre retrace cette manifestation : Les Veilleuses de Sylviane Gresh (Editions Le Bruit des autres)
[5] Marie-Claude Vaillant-Couturier ( 1912-1996) est une femme politique française communiste et résistante. Députée communiste de 1945 à 1958 puis de 1962 à 1973.
[6] Geneviève de Gaulle Anthonioz (1920-2002) nièce du Général de Gaule. Résistante dans le groupe du Musée de l’Homme et dans le réseau Défense de la France, arrêtée par la Gestapo déportée à Ravensbrück. Présidente d’A.T.D Quart Monde de 1964 à 1998.
La réalisation de ce projet théâtral et littéraire nous a donné l’occasion de rencontrer et de créer des liens d’amitié et de confiance avec les survivantes de ce convoi. Une chance. Parmi toutes celles que nous avons rencontrées onze ont accepté de témoigner. Certaines n’ont pu le faire pour des raisons de Santé ce qui fut le cas de Marie-Claude Vaillant-Couturier, d’autres parce que la remémoration de cette période douloureuse les mettait à vif, les faisait trop souffrir.
« Dans ce film, onze des compagnes de Charlotte y sont interrogées. Des personnalités hors du commun, vivantes, chaleureuses, solidaires. Ce chœur de femmes raconte ce que fut la déportation, et l'improbable survie à Auschwitz. Soixante-dix ans après leur déportation, le temps a fait son œuvre et elles ne sont plus là en chair et en os pour raconter. Ce film permettra de faire pénétrer dans les classes une parole vivante, palliant la disparition des témoins.»
Charlotte Delbo 1913-1985
Charlotte Delbo est née le 10 août 1913 à Vigneux-sur-Seine (Essonne) dans une famille issue de l’immigration. Son grand-père paternel, Carlo Giuseppe Delbo, ouvrier mécanicien né en Lombardie en 1834 et son épouse d’origine flamande, Rosalie Van Cotthem née à Tamise en 1852, tous deux naturalisés français en 1895. Leurs quatre enfants nés sur le sol français, dont le père de Charlotte Delbo seront français selon la loi de 1889 du droit du sol.
Les parents de Charlotte Delbo, Charles François Delbo ouvrier chef Riveteur et Erminia Catterina Morero, née à Torre-Pellice dans le Piémont arrivée en France à l’âge de dix-sept ans se sont mariés à la mairie du 12 ème arrondissement en 1911.
Issue de ce milieu ouvrier modeste Charlotte Delbo est l’aînée de quatre. Elle commence à travailler comme secrétaire à l’âge de dix-sept ans après avoir appris en autodidacte la sténodactylographie. En 1930, elle rencontre par hasard Henri Lefebvre[2] alors jeune professeur de philosophie et suit ses cours du soir dans le quartier de la Sorbonne. En 1932 elle adhère aux jeunesses communistes. Le jour de la St Georges un 23 avril 1934, elle rencontre Georges Dudach[3] son futur mari fervent militant communiste. Ils se marient en 1936 dans le 3 ème arrondissement.
En 1937, Georges Dudach est rédacteur en chef de la revue communiste Les Cahiers de la Jeunesse Charlotte Delbo y écrit des articles dans la rubrique culturelle. C’est à l’occasion d’un article sur le cinéma qu’elle rencontre pour l’interviewer le comédien et directeur du théâtre de l’Athénée Louis Jouvet[4]. Après avoir relu son article Louis Jouvet l’engage aussitôt. Elle a 24 ans. Une rencontre décisive. Pour celle qui sentait depuis son jeune âge (à 15 ans elle écrivait des romans), qu’elle avait une « vocation d’écrire », pour celle qui voulait « tout tranquillement être professeur de philosophie » elle déclarera plus tard : « mais le théâtre m’a passionné beaucoup plus encore »[5]
[1] Annette Wieviorka,
historienne, spécialiste de la Shoah et de l’histoire des juifs au XXe siècle.
[2] Henri Lefebvre (1901-1991) est un philosophe, sociologue français. Résistant.
[3] Georges Dudach (1914-1942) Dirigeant des Jeunesses Communistes, organisateur des Intellectuels dans la Résistance et chargé de liaison au Front National des Intellectuels
[4] Louis Jouvet (1887-1951) Comédien, metteur en scène, professeur au Conservatoire National d’Art Dramatique, directeur du théâtre de l’Athénée, auteur d’ouvrages pédagogiques sur la formation du comédien.
[5] Emission Radioscopie de Jacques Chancel 1974
Théâtre, écriture et
engagement
Pendant quatre ans, elle est la secrétaire particulière de Louis Jouvet au théâtre de l’Athénée. Elle l’assiste dans les cours de théâtre qu’il donne au Conservatoire d’Art Dramatique, rue de Madrid à Paris, cours qu’elle prend en sténo puis retranscrit : « Ces notes qu’il lisait toujours très attentivement quand je les lui remettais n’ont pas été corrigées par lui et il ne m’a jamais engueulée à leur sujet. » écrit-elle en 1966 dans la Nouvelle Revue Française.
| © Photo Agence Philippe Bernand. |
Le 3 septembre 1939, la France et ses alliés déclarent la guerre à l’Allemagne. Georges Dudach est mobilisé puis exilé dans un bataillon disciplinaire en Algérie, après la dissolution du Parti communiste le 26 septembre 1939.
Le 1er septembre 1940, revenu de son exil, Georges Dudach entre dans la Résistance Intérieure sous le prénom de « André ». Il a 26 ans.
Les autorités allemandes interdisent à Jouvet de mettre en scène les œuvres de Jules Romain et Jean Giraudoux. Pour échapper à la censure et assurer la subsistance de sa troupe, il décide alors d’organiser une tournée d’abord en zone Non-Occupée, en Suisse puis en Amérique du sud. Il demande à Charlotte Delbo de le suivre, ce qu’elle fait à contrecœur.
Le 29 octobre 1941, elle quitte Louis Jouvet à Rio de Janeiro : « Il faut que je rentre. Je ne peux pas supporter d’être à l’abri pendant qu’on guillotine les camarades. Je n’oserais plus regarder personne, après. »[1] Jouvet lui dit au revoir, ému aux larmes : « Ne pars pas folle, que tu es. Tu vas te jeter dans la gueule du loup »[2] . Rien n’y fait.
[1] Le convoi du 24 janvier
(Editions de Minuit) p.101
[2] Idem, p.101
Le 2 mars 1942, Charlotte Delbo et son mari Georges Dudach sont arrêtés par les Brigades Spéciales[1] de la police française à leur domicile. Pris dans un vaste « coup de filet » sous l’action de la police de Vichy pour démanteler d’importants groupes communistes. Ce sera l’affaire « Pican-Cadras » qui fera tomber de nombreux résistants.
Charlotte Delbo, après avoir subi les interrogatoires de la Gestapo rue des Saussaies[2], sera internée à la prison de la Santé le 23 mars 1942 : NN « Nuit et Brouillard». Son mari à la prison du Cherche-Midi puis à la Santé.
| Georges Dudach, Archives municipales d'Ivry |
[1] Les BS (Brigades Spéciales de la police de la France de Vichy) elles
dépendent des Renseignements Généraux et sont spécialisées dans la traque des
« ennemis intérieurs » communistes et autres réfractaires au régime
de Vichy sous occupation de l’Allemagne nazi.
[2] L'immeuble du 11 rue des Saussaies devient en 1940, le siège de la Police de Sûreté Allemande qui comprenait dans ses services, la section IV connue sous le nom de Gestapo.
« Georges a été fusillé le 23 mai au Mont-Valérien. Je lui ai dit adieu ce matin-là à la Santé. Deux feldwebels m’ont menée près de lui. Il avait 28 ans »[1]
Cinq mois après son emprisonnement à la Santé, le 24 août 1942, elle est transférée au Fort de Romainville, le seul camp avec ceux de Compiègne et Drancy à être sous administration allemande dans la France occupée. Elle y fera la connaissance de ses camarades de déportation.
Les chambrées se transforment en classes où sont donnés des cours d’anglais, de littérature ; en salle de répétition où elles montent des spectacles, disent de la poésie. Charlotte Delbo met en scène et transmet le répertoire classique du théâtre. Elles peuvent recevoir du courrier et des colis. Malgré la censure, des messages codés arrivent à passer grâce à leur ingéniosité et celles des familles. Elles forment un groupe uni. « Leur cohésion peu commune sera à la base des solidarités vécues par la suite. »[2]
Au matin du 24 janvier, les 230 sont transportées dans des camions à la gare de marchandises de Compiègne. Elles lancent aux passants « Nous sommes des françaises. Des prisonnières politiques. Nous sommes déportées en Allemagne »[4] Elles ignoraient ce qui les attendait.
Avant le départ, on leur a distribué un viatique, un morceau de pain et du saucisson. A peine descendues des camions, des soldats allemands les font monter sans ménagement dans quatre wagons à bestiaux. Dans celui de Charlotte, elles sont 27.
Trois jours et trois nuits de train avant d’arriver à Auschwitz-Birkenau.
En colonne, 5 par 5, encadrées par les soldats et les chiens, elles sont dirigées vers l’entrée du camp à environ 1km de là. Aucune ne se souvient précisément qui a entonné la première la Marseillaise mais elles l’ont toutes reprise en chœur et sont entrées dans le camp en la chantant haut et fort.
[1] Le convoi du 24 janvier (op.cité) p. 102
[2] Les oubliées de Romainville, un camp allemand en France (1940-1944) Thomas Fontaine (Edition Tallandier) 2005
[3] La caserne de Royallieu construite en 1913, fut transformée en camp d'internement pour prisonniers politiques de 1941 à 1944. Plus de 50 000 internés y transitèrent avant d'être déportés vers les camps nazis, c’est le deuxième camp de France après Drancy.
[4] Le convoi du 24 janvier (op.cité) p.9
[5] Aucun de nous ne reviendra (Ed de Minuit) p.11
Elles sont aussitôt conduites dans un block pour la désinfection. On les dépouille de leurs effets personnels qu’elles mettent dans leurs valises, confisquées.
Cheveux coupés au ciseau au ras du crâne, nues, badigeonnées avec un chiffon trempé de pétrole, tatouées avec un numéro sur l’avant-bras gauche, sur celui de Charlotte le n° 31 661.
On leur jette des vêtements rayés qu’elles porteront jusqu’à leur sortie du camp pour celles qui ont eu la chance d’en sortir, puis viennent les chaussures, des godillots, des socques à semelle de bois, des chaussures parfois dépareillées : « Pendant des mois j’ai veillé sur mes godasses. Je les gardais sous ma tête pour dormir. Aller pieds nus à l’appel, c’était la mort ».[1]
On leur distribue des numéros en calicot à coudre sur la poitrine de la veste avec le triangle rouge qui les signale « politique ». C’est le processus de déshumanisation, elles sont maintenant des numéros, des chiffres qu’elles devront apprendre par cœur en allemand pour répondre « présente » aux longs appels matin et soir et parfois dans la journée. Elles ont perdu leurs cheveux, leurs poils humbles protections contre le froid. Elles sont devenues des ombres, ne pouvant se laver pendant des mois. Humiliées, brutalisées, sous-alimentées, malades du typhus, elles souffrent de tous les traitements qu’on leur inflige et de ce qu’elles voient.
Jusqu’au bout elles resteront solidaires avec l’espoir de revenir, de survivre à cet enfer « inimaginable ». Pour Charlotte de témoigner pour qu’on n’oublie pas, « Si je rentre j’écrirai un livre et j’en connaissais déjà le titre : Aucun de nous ne reviendra, un vers d’Apollinaire »
Le 3 février 1943, elles sont conduites au camp des hommes Auschwitz I (environ 2 kilomètres de Birkenau). Elles franchissent la porte surmontée de la devise « Arbeit macht frei » (le travail libère ou rend libre) et 5 par 5 elles sont passées à l’anthropométrie.
Chacune d’entre elles est photographiée de profil de face et de trois quarts. Ces plaques de verres seront sauvées du feu et cachées par des résistants polonais. Juste avant la libération des camps les nazis essayeront par tous les moyens de faire disparaitre toutes les traces qui pourraient témoigner de leur barbarie.
| Archives : Lieu de commémoration et musée Auschwitz-Birkenau[2] |
En mai 1943, un petit groupe dont Charlotte Delbo fait partie, est affecté dans un camp annexe à Raisko[1] à deux kilomètres de Birkenau. Elles s’y rendent tous les jours à pied puis s’y installeront en juillet. Les conditions sont meilleures qu’à Birkenau bien que cela soit relatif.
A Raisko, aucune perte.
En août 1943, celles qui sont restées à Birkenau seront mises en quarantaine dans un block à part : « La quarantaine c’était le salut. Plus d’appel, plus de travail, plus de marche, un quart de litre de lait par jour, la possibilité de se laver, d’écrire une fois par mois, de recevoir des colis, des lettres. »
Fin novembre 1943 elles ne sont plus que 52.
Le 7 janvier 1944, huit du groupe de Raisko sont choisies pour être transférées à Ravensbrück dont Charlotte Delbo, et cinq parmi celles qui témoignent dans le film, Christiane Charua[2] (Cécile Borras) Madeleine Doiret, Lucienne Serre/Thevenin (Lulu) et sa sœur Jeanne Serre (Carmen).
Charlotte Delbo et certaines de ses camarades travaillent à l’usine Siemens dans un atelier attenant au camp où on fabriquait des bobines de radio.
Aucune n’est morte à Ravensbrück.
Huit mois plus tard le 23 avril 1945, le jour de la saint Georges, Charlotte et quelques-unes de ses camarades sont libérées par la Croix Rouge suédoise.
Prises en charge en Suède, elles vont être soignées, bien nourries, et vont pouvoir communiquer avec leurs familles. Elles y resteront deux mois.
Le 23 juin 1945 elles arrivent en France à l’aéroport du Bourget et sont aussitôt conduites à l’Hôtel Lutetia réquisitionné pour accueillir tous les déportés et les prisonniers de guerre. La plupart y retrouvent leurs familles : « Sur les deux cent trente qui chantaient dans les wagons au départ de Compiègne, le 24 janvier 1943, quarante-neuf sont revenues, après 27 mois de déportation. Pour chacune un miracle qu’elle ne s’est pas expliqué ».[3]
Charlotte Delbo femme de lettre, écrivaine
« Si vous voulez rendre compte de la souffrance, vous ne pouvez pas seulement décrire, il faut transmettre l’émotion, la sensation, la douleur, l’horreur. Il ne faut pas décrire, il faut donner à voir. Donner à sentir.[4] »
[1] Raisko, (ou Rajsko) est un camp annexe (ou sous-camp) d’Auschwitz-Birkenau où se pratiquait dans un laboratoire des recherches sur le kok-saghiz, une sorte de pissenlit découvert en Asie Centrale (Tadjikistan) dont la racine contient du latex qui peut être transformé en caoutchouc. Le laboratoire était dirigé par le docteur SS Caesar, responsable des opérations agricoles du camp qui comportait de nombreuses serres.
[2] Cécile, une 31 000, communiste, déportée à Auschwitz-Birkenau. Christiane Borras. Edition Texte & prétexte © 2006
[3] Le convoi du 24 janvier (op.cité) p.22
[4] Entretien dans La nouvelle Critique n°167 juin 1966
une ancienne gare désaffectée à Breteau, (Loiret) années 70
Six mois après son retour des camps, Charlotte Delbo écrit un premier texte Aucun de nous ne reviendra, titre extrait d’un poème d’Apollinaire La maison des morts. Ce texte sera d’abord publié en 1965 (20 ans après son retour) aux éditions Gonthier (Collection Femme) puis aux éditions de Minuit en 1970.« Ce que j’ai écrit a pour moi une importance très grande. C’est un livre qui me tient à la peau du ventre. J’avais la volonté de le faire et surtout le besoin de le faire. Un besoin que tous ont eu là-bas : dire, dire au monde ce que c’était. »[1]
Charlotte Delbo y résidera 5 mois.
Après une courte reprise au théâtre de l’Athénée, elle réussit le concours pour entrer à l’ONU à Genève où elle effectuera des missions dans de nombreux pays, d’avril 1947 à septembre 1960, date à laquelle elle en démissionnera. Elle a 47 ans.
A partir des années 60, elle sera l’assistante du philosophe et sociologue Henri Lefebvre d’abord à l’université de Nanterre, à Strasbourg, puis au C.N.R.S à Paris où elle terminera sa carrière en 1978 à l’âge de 65 ans.
Durant toutes ces années jusqu’à sa mort à Paris, le 1er mars 1985 à l’âge de 72 ans, elle publiera de nombreux textes, théâtre, poésie, nouvelles, articles, notamment dans Le Monde à l’invitation de son ami François Bott[1] chef du service littéraire, directeur de Le Monde des livres.
« Charlotte Delbo n'éprouvait aucun désir de vengeance quand elle songeait aux SS. Elle aimait trop la vie pour donner au ressentiment ce qu'il réclame. Je me souviens de sa curiosité, de ses inclinations pour les gens, et du soin qu'elle mettait dans les moindres gestes de l'existence. Qu'une personne revenue de la pire détresse ait conservé un tel goût de vivre, cela tordait le cou à nos petites mélancolies, comme à nos vaines querelles. » François Bott « Mort de l'écrivain Charlotte Delbo»[2]
Plaque commémorative apposée en 2014 au 33 rue Lacépède dans le 5 ème arrondissement. Dernier domicile de Charlotte Delbo[3]au moment de son arrestation avec son mari Georges Dudach
Dire et redire que ces femmes, issues de toutes les régions de France et d’ailleurs, d’origines sociales diverses, souvent modestes, se sont engagées, parfois très jeunes, alors qu’elles n’avaient pas le droit de vote, dire ces mères qui n’ont pas hésité à laisser leurs enfants à des proches pour disparaître dans la clandestinité au risque de leur vie. Aujourd’hui encore d’anciennes plaques commémoratives ne signalent pas leur présence et leur engagement dans la Résistance aux côtés de leurs compagnons résistants.
Ces femmes longtemps, trop longtemps « invisibilisées » dirait-on aujourd’hui, ont montré par leur courage et leur détermination la place importante qu’elles ont prise pour faire advenir une certaine idée du Bonheur dans la Liberté.Entre 1995 et 1996, nous sommes allés avec le co-réalisateur Alain Cheraft et un cameraman, à leur rencontre, sillonnant les régions de France pour les filmer chez elles. Un questionnaire leur était préalablement envoyé afin qu’elles puissent se préparer à répondre, ou pas, à nos demandes.
[1] François Bott (1935-2022), écrivain, journaliste, rédacteur en chef du Magazine Littéraire qu’il a cofondé en 1966. En 1968 il rejoint le service littéraire du Monde et dirige « Le Monde des Livres » pendant 8 ans.
[2] Article dans le Monde du 4 mars 1985, cité sur le site https://www.leseditionsdeminuit.fr/auteur-Charlotte_Delbo-1518-1-1-0-1.html
Leur donner la parole, recueillir leurs témoignages, écouter et respecter leurs silences dans une continuité, faire entendre la fluidité de leur récit révélé par le travail de montage.
Extraits des notices biographiques du livre de Charlotte Delbo
Le convoi du 24 janvier édité en 1965
Lucienne (Lulu) Thévenin (née Serre) et Jeanne Serre (Carmen)
Leur père était marin de commerce, leur mère était femme de ménage.
Lucienne est l’aînée de quatre, elle est née le 16 juillet 1917 à Marseille. Jeanne est née à Ysserville-les-Ysserts (Algérie) en juillet 1919. Elles ont été élevées à Marseille où elles sont allées à l’école communale. Lucienne a travaillé comme secrétaire, Jeanne a quitté l’école à 12 ans et elle est rentrée en usine. En 1937, la mère et les enfants quittent Marseille pour venir à Paris.
En 1939 à la déclaration de la guerre, Lucienne et Jeanne militent dans la Jeunesse Communiste.
Elles sont transférées à Romainville le 10 août 1942.
Auschwitz N° 31 642
Jeanne Serre, Carmen
Auschwitz N° 31 637
Les deux sœurs ne se sont jamais quittées. Elles se tenaient toujours par le bras pour être sûres d’être prises en même temps. Elles sont les deux seules sœurs qui soient revenues. Elles sont allées ensemble à Raisko, ont été transférées à Ravensbrück le 7 janvier 1944, ont été évacuées en avril 1945, sont finalement arrivées en Suède, puis ont été rapatriées, Lulu le 23 juin 1945, Carmen le 28.
Lulu est homologuée sergent dans la R.I.F[1]. Carmen également sergent R.I.F
Le jour du tournage du film Lulu a 78 ans, Carmen 76.
[1] R.I.F, Résistance Intérieure Française englobe l’ensemble des
mouvements et réseaux clandestins qui ont combattu pendant la 2eme guerre
mondiale
Simone Sampaix
Le 17 mai après avoir subi un interrogatoire, elle est conduite au dépôt de la Préfecture de police. Gravement malade, elle est hospitalisée à l’infirmerie de la prison de Fresnes. Renvoyée au dépôt le 28 septembre, à peine guérie, elle a été transférée à Romainville le 27 octobre 1942.
Simone Sampaix
Auschwitz N° 31758
A Birkenau elle a été malade pendant des mois et n’est pour ainsi dire pas sortie du Revier[2]jusqu’à « la quarantaine ». Transférée à Ravensbrück avec le reste du groupe le 2 août 1944. elle a été libérée de Ravensbrück par la Croix Rouge suédoise, évacuée sur la Suède d’où elle a été rapatriée le 10 juin 1945. Elle est revenue très atteinte. Elle s’est mariée, a eu un enfant, a divorcé.
Simone Sampaix a eu 20 ans à Auschwitz-Birkenau.
Plus d’expériences et de malheurs en peu d’années qu’on en subit en trois vies entières.
Au moment du tournage du film Simone a 71 ans.
[1] F.T.P . Francs-Tireurs et Partisans mouvement créé par le parti communiste en 1941
[2] Le Revier : abréviation de l'allemand Krankenrevier, le quartier des malades. Dans le langage du camp, « l’infirmerie » où les malades recevaient peu de soins en l’absence de médicaments.
Germaine Pican
André sera fusillé au Mont-Valérien.
Pour Germaine c’est la Prison de la Santé dans la même cellule que Danièle Casanova, puis Romainville, Compiègne, Auschwitz-Birkenau, Ravensbrück, Mauthausen où elle a été libérée le 22 avril 1945.
Elle a pris sa retraite en 1955. « Avec mes deux enfants, j’ai regagné la petite maison de Maromme qui ne devait jamais retrouver sa chaleur. Ma Claudine, marquée par la guerre et la perte de son père, est morte deux ans après mon retour. J’ai donné le meilleur de moi-même à ce que je considérais désormais le plus attachant : ma cadette, l’école, mon parti. J’étais communiste et je le suis restée. C’est ce qui m’a aidée, car mon adhésion au parti communiste qui date des années du Front Populaire et de la lutte antifasciste n’a jamais eu pour moi d’autre signification que celle d’un combat nécessaire pour le bonheur. »
Germaine Pican
Auschwitz N°31 679
Homologuée adjudant dans la R.I.F
Le jour du tournage Germaine est âgée de 94 ans.
Simone
Loche
Après quelques jours dans les locaux des Renseignements Généraux, elle passe au dépôt jusqu’au 30 avril 1942, puis à la Santé au secret, NN (Nuit et Brouillard), puis à Romainville jusqu’au départ à Compiègne, puis Auschwitz-Birkenau et Ravensbrück. Elle a été rapatriée à Paris par avion le 25 juin 1945, hospitalisée à Créteil où elle restée plusieurs mois.
Elle a retrouvé son mari qui n’avait jamais cessé de lutter dans la clandestinité, et son fils qu’elle avait laissé à quatre ans et qu’une grand-mère avait recueilli.
Elle a repris goût à la vie mais est restée de santé précaire, constamment sous surveillance médicale.
Auschwitz N° 31 672
Homologuée soldat de deuxième classe dans la R.I.F
Au moment du tournage du film Simone a 82 ans
Nicole Lautissier (Lucienne Michaud)
Elle est née le 14 avril 1923 au Creusot dans une famille de quatre enfants. Son père était chaudronnier. Elle a été élevée à Vauzelles dans la Nièvre où elle est allée à l’école communale jusqu’au certificat d’études. En 1942, à 19 ans, elle dirige une zone interdépartementale du Front National des jeunes, fait la liaison entre Chaumont, Troyes et Paris où elle a un domicile clandestin et transporte du matériel de propagande.Le 4 juin 1942, le train dans lequel elle voyageait a été contrôlé par la police allemande à Paray-le- Monial.
Elle est arrêtée, puis jugée par un tribunal allemand, elle est condamnée à six mois de prison. Elle est incarcérée aux Hauts-Clos près de Troyes.
Elle est envoyée à Romainville où elle arrive la première quinzaine d’octobre 1942.
Nicole Lautissier
Auschwitz N° 31 726
Homologuée sous-lieutenant dans la R.I.F.
Elle est rentrée tuberculeuse et a dû passer deux ans dans un sanatorium en Suisse.
Elle a retrouvé son fiancé qui rentrait de Dachau. Ils se sont mariés le 7 juillet 1945 et ont eu deux enfants.
Un fils né en 1949, et une fille née en 1951.
Son travail l’intéresse mais elle est toujours très fatiguée. Pourtant elle préfère travailler. Elle dit que cela la déprimerait de rester chez elle.
Au moment du tournage
Nicole a 72 ans.
Christiane Charua/Borras (« Cécile »)
Elle est née le 18 juillet 1915 à Calais, réfugiée en 1917 à Conflans-Sainte-Honorine. C’est là qu’elle est allée à l’école jusqu’au certificat d’études. Issue d’une famille nombreuse et modeste, elle commence à travailler à 13 ans dans la couture et la fourrure. Mariée à 17 ans, elle a une fille à 19 ans, divorcée à 21.En 1941, elle met sa fille en nourrice pour entrer dans la résistance à Paris. Elle est dans les F.T.P. Elle stocke du matériel de propagande, le transporte, recherche des locaux, il fallait en changer souvent, fait l’intermédiaire entre les imprimeurs et les distributeurs : « il m’est arrivé de transporter des valises pleines de plomb pour l’imprimerie en me forçant à une démarche qui fasse croire que les valises étaient légères... »
Le 7 juillet 1942, elle est arrêtée en sortant du métro Monge dans le 5 ème arrondissement. Elle est envoyée au dépôt d’où elle est transférée à Romainville le 20 août 1942, puis Compiègne, Auschwitz-Birkenau, Raisko, Ravensbrück d’où elle est envoyée à Beendorf : une ancienne mine de sel reconvertie en usine de production de munitions pour l’armée de l’air allemande ainsi que de pièces pour l’avion Me-262 et les fusées V1 et V2. Là comme ailleurs les déportés hommes et femmes qui travaillent sabotent le plus possible. Evacuées le 10 avril 1945, les déportées se retrouvent à Neuengamme puis à Hambourg. `
Christiane Charua,
Auschwitz N°31 650
Homologuée aspirant dans la R.I.F,
Elle a fait ce que beaucoup ont fait : fonder une famille pour bien se sentir vivante, pour bien se sentir comme les autres pour faire comme si la déportation n’avait pas laissé de marques. Volonté qui casse souvent. Elle a fait plusieurs dépressions graves, souffre d’asthénie, de décalcification, constamment obligée de réprimer la violence qui monte en elle : l’injustice l’exaspère au point de la rendre malade...»
Hélène Allaire (née Bolleau)
Elle est née le 6 avril 1924 à Royan. Son père Roger Bolleau est un militant communiste avant la guerre. Avec sa femme Emma, ils forment le groupe Germain, premier groupe des F.T.P en Charente Maritime. Roger Bolleau est arrêté le 7 mars 1942 en même temps qu’Hélène qui n’a pas encore 18 ans. Six jours plus tard, elle est relâchée.Elle vivra désormais dans la clandestinité pour maintenir les liaisons du groupe Germain avec les autres groupes. Elle est arrêtée le 7 août 1942 par des policiers allemands accompagnés de policiers français, emprisonnée à la Rochelle.
Sa mère Emma Bolleau est arrêtée en apportant un colis à sa fille. Elles sont toutes deux emprisonnées à Angoulême puis transférées à Romainville le 18 novembre 1942, de là à Compiègne puis Auschwitz-Birkenau.
Emma Bolleau
Auschwitz N° 31 806
Elle est morte le 20 mars 1943 elle avait 42 ans, elle aura tenu 52 jours, c’était beaucoup à Birkenau.
« Si aucune mère n’est revenue c’est parce que les mères souffraient doublement en elles-mêmes en leurs filles pour qui elles ne pouvaient plus rien, qu’elles devaient laisser battre sans broncher, qu’elles ne pouvaient plus protéger, à qui elles avaient bientôt le sentiment d’être à charge .»
Hélène Allaire
Auschwitz N° 31 807
Homologuée soldat de 2e classe dans la R.I.F, elle a reçu la légion d’honneur le 14 juillet 1977.
Au retour elle avait 21 ans, toute sa famille avait disparu, mais heureusement elle a retrouvé son fiancé rentré de Dachau. Ils se sont mariés fin 1945.
Au moment du tournage, Hélène a 71 ans.
Pendant la guerre d’Espagne, il s’engage dans les brigades internationales. Commissaire politique, il est tué à Tortoza le 28 juillet 1938.
Lucie vient habiter Paris et se met en ménage avec Maurice Quedec, ouvrier communiste, qui travaille chez Renault. Tous deux s’engagent dans la Résistance, ils sont arrêtés le 18 juin 1942 à leur domicile à Paris dans le 20 ème arrondissement à la suite d’une filature par les inspecteurs des Brigades spéciales...Maurice Quedec, trente-trois ans a été fusillé au Mont-Valérien le 11 août 1942.
Lucie est envoyée au dépôt jusqu’au 20 août 1942, ensuite à Romainville jusqu’au départ.
Lucie Mansuy
Auschwitz N° 31 648
En avril 1943, elle a le typhus et entre au revier. Elle guérit et va travailler à Raisko. Elle rejoint ses camarades qui sont en quarantaine. Transférée à Ravensbrück le 2 août 1944, à Mauthausen le 2 mars 1945. Libérée par la Croix rouge le 22 avril 1945 rapatriée par la Suisse.
A son retour elle ne retrouve rien chez elle, rien de ses affaires personnelles. Le logement était au nom de Quedec, avec qui elle devait se marier. Malade, elle se remet au travail en usine : elle apprend le métier de découpeuse en métallurgie. Elle souffre de cette grande fatigue qui est le lot de tous les déportés. Vingt ans après le retour, elle est terrorisée par le souvenir d’un SS à cheval qui a cabré sa bête devant elle sur le chantier où nous travaillions. Elle est tombée a voulu se relever, s’enfuir, mais le SS s’acharnait, excitait son cheval et Lucie a été piétinée.
Le jour du tournage Lucie a 80 ans.
[1]https://maitron.fr/mansuy-roger/
Germaine Pirou
Elle est née le 9 mars 1918 à Scrignac (Finistère) dans une famille de quatre filles. Les parents cultivateurs, vivent pauvrement d’une petite ferme. A douze ans, Germaine quitte l’école libre de Scrignac et commence à travailler. En 1942 elle est serveuse dans un café de Saint-Malo Au petit matelot, où viennent boire les marins de la Kriegsmarine[1]. Un soir de novembre, après une rude journée — le café est plein, l’un des navires doit appareiller, les hommes passent leurs derniers moments à terre, on l’appelle de tous côtés — énervée, exaspérée par cette clientèle qu’elle déteste, Germaine éclate : « Vous croyez gagner la guerre, mais vous ne la gagnerez pas. Vous partez, vous ne reviendrez pas.De la prison de Saint-Malo, elle passe à celle de Rennes et arrive au fort de Romainville à fin décembre 1942. A temps pour le départ.
Auschwitz N° 31 842
Elle est allée deux fois au revier : le typhus, puis une infection des yeux qui a failli lui coûter la vue. Elle a travaillé à Raisko au jardinage quand le commando s’est constitué en juillet 1943, mais elle a été renvoyée en janvier 1944 à cause de ses yeux. Guérie, elle a rejoint les autres en « quarantaine » et suivi leur itinéraire : Ravensbrück du 2 août 1944 au 2 mars 1945, Mauthausen où elle a été libérée le 22 avril 1945. Au retour elle a dû se remettre au travail.
Une camarade lui a trouvé du travail à Avignon dans une usine. Là elle a rencontré un revenant qui revenait d’aussi loin qu’elle : enrôlé de force dans la Wehrmacht à 17 ans et demi, alors qu’il terminait tout juste son apprentissage de maçon. Simon Berger, autrichien, s’était battu à Stalingrad. La guerre terminée, il rentre dans son pays, ne retrouve plus les siens, n’a pas de travail, et ne peut espérer aucun secours puisqu’il a porté l’uniforme allemand. Désorienté il ne voit qu’une issue : partir. Où ? En France.
Germaine est victime civile, puisqu’elle n’appartenait pas à un réseau. Il suffisait d’être insolente avec les occupants pour être déportée à Auschwitz. Il ne suffit pas d’être allée à Auschwitz pour être une résistante.
L’entretien s’est déroulé dans la maison de retraite où elle séjournait.
Madeleine Doiret
Elle est née le 2 novembre 1920 à Ivry-sur-Seine (Val de Marne). Elle va à l’école jusqu’à seize ans et apprend la sténographie, puis devient institutrice intérimaire. En 1936, elle adhère et milite activement à l’Union des Jeunes Filles de France .En 1940 elle rejoint les jeunes communistes d’Ivry. Avec son frère Roger[1], seize ans, qui porte les sacs sur son dos, elle va déposer les tracts en différents points d’Ivry où d’autres jeunes les prendront pour les distribuer. Elle entre complètement au service de la Résistance, renonçant à son désir de reprendre un poste d’institutrice. Elle quitte la maison, va habiter sous un faux nom dans le 15 ème arrondissement, elle vit seule rompant tous les liens d’amitié et de famille. Elle tape les premières lettres des fusillés de 1941, les appels au sabotage, à la résistance.
Son travail fait, elle s’allonge sur son lit et pleure de solitude. Arrêtée le 17 juin 1942 par 5 inspecteurs des Brigades spéciales de la police française. Envoyée au dépôt où elle reste jusqu’au transfert à Romainville le 10 août 1942.
Madeleine Doiret
Auschwitz N° 31 644
Homologuée soldat 2e classe dans la R.I.F
Mais Madeleine n’est jamais tout à fait revenue. Vingt ans après elle souffre de l’indifférence, de l’ignorance, de l’incompréhension qu’elle rencontre chez ceux qui n’ont pas été déportés. Qui songe encore aux quarante mille enfants juifs de Paris brûlés à Auschwitz ?
Cent soixante-cinq dans une seule école primaire du 4ème arrondissement. »
Elle dit : « D’après ce que j’ai observé chez de nombreux survivants des camps, il y a deux catégories : ceux qui en sont sortis, ceux qui y sont encore. Je suis de ceux-là. Ainsi quand le 24 septembre 1952, quand j’ai accouché, je ne pensais pas à la joie qu’un enfant m’apporterait, je pensais — et cela pendant des jours, des mois, des années — je pensais aux femmes de mon âge qui sont mortes dans la boue sans connaître cette joie. »
Le jour du tournage Madeleine a 75 ans
[1]https://maitron.fr/doiret-roger-pierre/
Dans la continuité du livre de Charlotte Delbo sur les parcours de chacune des femmes de ce Convoi, consulter le site de l’association Mémoire Vive des 31 000 et des 45 000 qui a fait un travail remarquable pour approfondir et mettre à jour les parcours biographiques des 230.
Site de l’association Mémoire Vive
https://www.memoirevive.org/les-biographies-des-31000-par-nom-de-famille/
Site Le Maitron, dictionnaire biographique, mouvement ouvrier, mouvement social
https://maitron.fr/
Il existe de nombreuses émissions sur Charlotte Delbo sur Radio France et l’INA, de nombreuses contributions universitaires, des articles, des essais…
Biographies :
Charlotte Delbo, Violaine Gelly et Paul Gradvohl (Fayard 2013)
Charlotte Delbo, La vie retrouvée, Ghislaine Dunant (Grasset 2016)
Deux livres, témoignages sur leurs mères, résistantes déportées par le convoi du 24 janvier 1943, par Yves Jegouzo, fils de Madeleine dite Betty et Isabelle Cohen, fille de Marie-Elisa Nordmann:
- Madeleine dite Betty, déportée résistante à Auschwitz-Birkenau, Yves Jegouzo (L’Harmattan 2011)
- Revenir Raconter, Isabelle Cohen ( Editions Verdier 2024)
Bibliographie de Charlotte Delbo :
— Les Belles lettres. Anthologie de correspondance politique. De Lagaillarde à Francis Jeanson (Minuit, 1961).
— Le Convoi du 24 janvier (Minuit, 1965).
— Aucun de nous ne reviendra. Auschwitz et après I. (Gonthier, « Collection Femme »1965. Minuit, 1970 et Double, 2018).
— La Théorie et la pratique. Dialogue imaginaire mais non tout à fait apocryphe entre Herbert Marcuse et Henri Lefebvre (Anthropos, 1969).
— Une connaissance inutile. Auschwitz et après II. (Minuit, 1970 et Double, 2018).
— Mesure de nos jours. Auschwitz et après III. (Minuit, 1971 et Double, 2018).
— La Sentence, pièce en trois actes (Pierre-Jean Oswald, 1972).
— Qui rapportera ces paroles ? tragédie en trois actes (Pierre-Jean Oswald, 1974). Réédition avec Une scène jouée dans la mémoire (HB Editions, 2001).
— Maria Lusitania, pièce en trois actes, suivi de Le Coup d'État, pièce en cinq actes (Pierre-Jean Oswald, 1975).
— Spectres, mes compagnons. Lettre à Louis Jouvet (Maurice Bridel, Lausanne, 1977 ; Berg international, 1995).
— Kalavrita des mille Antigone (LMP, 1979).
— La Mémoire et les jours (Berg international, 1985 et Minuit Double, 2025).
— Ceux qui avaient choisi, pièce en deux actes (Les Provinciales, 2011).
— Les Hommes, pièce publiée dans la revue Théodore Balmoral, n° 68, juin 2012.
— Qui rapportera ces paroles ? et autres écrits inédits (Fayard, 2013).
— Prière aux vivants pour leur pardonner d'être vivants, et autres poèmes (Minuit, Double n°139, 2024).
Le Fonds Charlotte Delbo ainsi que Le Fonds Bagages de Sable sont consultables à la BnF rue Richelieu au Département des Arts du Spectacle
site : https://www.bnf.fr/fr/departement-des-arts-du-spectacle
Remerciements
A l’association les Amis de Montagnac qui est à l’initiative de cette rencontre avec le public, ainsi que la Ville de Montagnac partenaire de ce projet, à l’équipe pédagogique du collège Frédéric Mistral et les enseignantes qui ont organisé ma rencontre avec les élèves de leurs trois classes de 3ème toute une matinée. Merci aux jeunes élèves pour la qualité de leur attention et leur écoute, en espérant avoir semé quelques graines et attisé leur curiosité.
Enfin je veux ici dire ma sincère reconnaissance à André Nos pour son travail d’écrivain et de conteur en particulier sur l’histoire de Montagnac, sa longue et fructueuse Présidence de l’association mais aussi tout simplement pour nos échanges, nos conversations sur Montagnac et nos familles. Avec toute mon estime et affection.
Vivre et mourir à la fin de la Préhistoire à Montagnac
Par Muriel Gandelin
Introduction
La fouille préventive de Boutonnet - ZAC Multisites à Montagnac (Hérault) a été réalisée sous la direction de Muriel Gandelin, archéologue à l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap), entre novembre 2023 et mars 2024, sur prescription de la Drac Occitanie. Elle s'est déroulée dans le cadre de l'aménagement d'un lotissement porté par le groupe GGL.
L'opération, articulée autour de trois fenêtres d'environ 1000 m²
chacune, a livré des vestiges exceptionnellement bien conservés de la fin du
Néolithique (3000-2200 av. J.-C.) et du début de l'âge du Bronze (2200-1700 av.
J.-C).
L'objectif de cette intervention était de sauvegarder par l’étude un
patrimoine archéologique jusqu'alors largement insoupçonné dans ce secteur et
menacé à très brève échéance.
Du
diagnostic à la fouille : cheminement administratif
La découverte des vestiges de Montagnac - Boutonnet s'inscrit dans le cadre de l'archéologie préventive. Cette dernière repose sur un principe simple : tout projet d’aménagement susceptible de détruire des vestiges archéologiques doit faire l’objet d’une évaluation préalable, financée par la Redevance d’Archéologie Préventive (RAP). Cette contribution est un impôt obligatoire, payé par toute personne publique ou privée qui réalise des travaux affectant le sous-sol (construction de maison, voirie, lotissement, etc.). Elle est recueillie par l’État et sert à financer, entre autre, les diagnostics archéologiques., qui sont réalisés par des opérateurs agréés, principalement l'Inrap et les services de collectivités territoriales.
Un projet d’aménagement dit de la « ZAC Multisites » a été
déposé en 2007 à la mairie de Montagnac. Un arrêté préfectoral prescrivant la
réalisation d’un diagnostic archéologique a été émis en 2008. Le diagnostic a
été effectué en 2012 par l’Inrap, établissement public de recherche placé sous
la tutelle des ministères de la Culture et de la Recherche.
L’intervention – qui a consisté à évaluer, à l’aide de tranchées, 10%
de l’emprise concernée par les travaux – a révélé la présence de vestiges
anciens dont la conservation apparaissait hétérogène en raison d’un important
aplanissement et de la présence de remblais dans plusieurs secteurs. Dans la
partie centrale du terrain, le sol naturel était enfoui trop profondément pour
être testé efficacement, ce qui a limité l’exploration.
Malgré ces contraintes, le diagnostic a permis de mettre en évidence
plusieurs structures en creux et des indices funéraires. L’étude du mobilier
récolté, confrontée aux corpus régionaux datés par le radiocarbone, a permis
une attribution chronologique des vestiges à l’Antiquité et au Néolithique
final.
Conformément aux procédures en vigueur, le Service Régional de
l’Archéologie qui dépend de la Direction régionale des affaires culturelles
(Drac Occitanie) a évalué l'intérêt scientifique du site. Face à l’importance
des découvertes néolithiques et sur proposition du SRA, le préfet a prescrit la
réalisation d’une fouille archéologique préventive sur une zone limitée de
l’emprise concernée par l’aménagement. Les vestiges antiques, notamment une
tombe dite « en bâtière » où le défunt est protégé par des tuiles
plates inclinées posées en toiture, à la manière d'un toit à deux pans, n’ont
pas été intégrés à cette prescription.
Pendant plusieurs années, le projet d’aménagement a suivi son cours
et ce n’est qu’une décennie plus tard que l’aménageur a sollicité l’Inrap pour
réaliser la fouille archéologique prescrite en 2012[1].
L’équipe d’archéologues composée d’une dizaine de personnes, est intervenue
entre novembre 2023 et mars 2024 pour révéler l’extraordinaire richesse
archéologique du site de Montagnac - Boutonnet.
Un
habitat néolithique remarquablement conservé
Sur une surface beaucoup plus grande qu’attendu, la fouille a livré
des niveaux d'occupation du Néolithique final exceptionnellement bien
conservés, phénomène rare dans les plaines languedociennes où les sites sont
souvent arasés. Sur une partie de l’emprise, les sols archéologiques étaient
directement préservés à la base des labours, sans perturbation majeure,
permettant la conservation de vastes nappes de rejets comprenant des tessons de
céramique, des galets chauffés et des restes fauniques.
Les parties basses d’au moins deux bâtiments ont été mis au jour.
Le mieux conservé est une maison encochée dans une légère pente, présentant un plan à double abside d'environ 11 mètres de long pour 8 mètres de large.
Ses murs étaient matérialisés par un muret de pierre conservé sur trois assises, probablement base d'une élévation en terre crue et petites pierres. Ce bâtiment domestique a subi un incendie important : l'effondrement partiel de la toiture composée de terre et végétaux a scellé le sol de circulation,
préservant
un foyer central et écrasant une poterie située à proximité du feu. Une
profonde resserre de stockage était creusée dans le sol de la maison et des
petites logettes destinées à maintenir des vases ou des paniers étaient
alignées contre le mur. Ces éléments témoignent pour la première fois de
l'organisation interne des habitations néolithiques des basses plaines de
l’Hérault.
Autour des bâtiments, une aire d’activité externe a été identifiée,
sur près de 500 m². Ce niveau d’occupation, constitué d'un sédiment noir
incluant des fragments céramiques, de galets fracturés et chauffés et de restes
fauniques, témoigne d’activités domestiques ou artisanales, probablement en
lien avec la préparation culinaire, l’artisanat domestique ou encore la
transformation de denrées agricoles.
Les aménagements annexes, dont les parties souterraines ont été préservées, sont nombreuses et variées. Les caves et silos, souvent conservés sur plus de 1,30 m de profondeur, témoignent d'une maîtrise technique avancée pour l'aménagement d’espaces souterrains destinés au stockage. Certains de ces aménagements sont particulièrement soignés : deux caves présentaient des parois entièrement empierrées, l’une réalisée avec des pierres irrégulières assemblées horizontalement, l’autre aménagée avec des dalles verticales rappelant les orthostates des monuments mégalithiques.
L'une d'elles, en forme de fer à cheval, comportait un emmarchement creusé dans l’encaissant et deux logettes destinées à recevoir des vases de stockage ; des fragments de vases encore en place ont été retrouvés dans l’une d’entre elles. D’autres caves étaient plus simples, uniquement creusées dans la terre. L’une a été complétée ultérieurement par un mur en pierre probablement destiné à réparer un effondrement.
Ces dispositifs de stockage permettaient de conserver des denrées
alimentaires, liquides ou solides, en bénéficiant d’une température stable et
d'une hygrométrie modérée. Ils constituent ainsi de véritables
"frigos" préhistoriques, indispensables à l’économie de production
agricole et à la vie quotidienne de ces communautés néolithiques.
Un
matériel archéologique important
Le mobilier mis au jour à Montagnac - Boutonnet est particulièrement riche et varié, reflétant la diversité des activités domestiques et artisanales des communautés du Néolithique final. La céramique est abondante : près d'une trentaine de caisses ont été collectées, comprenant de nombreux vases de service, des récipients de préparation culinaire, ainsi que des grands contenants destinés au stockage des denrées alimentaires.
Plusieurs
vases ont été retrouvés dans leur position d’origine ce qui permet d'associer
directement les objets aux aménagements, à l’image d’un très grand vase
sphérique qui occupait presque la totalité du fond d’une resserre de stockage.
Un vase miniature, mal façonné et mal cuit, a été découvert dans
l'emprise de la maison : il pourrait s'agir d’un travail d’enfant ou d’un objet
de dînette, témoignant aussi des activités éducatives ou ludiques au sein du
groupe domestique. Les grands vases de stockage, aux parois convergentes,
étaient probablement utilisés pour conserver des liquides, tels que l'eau ou
des denrées fermentées.
L’industrie lithique est plus rare mais de grande qualité. Elle
comprend notamment des lames de hache importées depuis des ateliers spécialisés
localisés dans les Pyrénées et les Alpes. Parmi les pièces remarquables, une
lame de couteau en silex provenant de Collorgues (Gard) et une pointe de flèche
en silex issue du Mont Ventoux (Vaucluse) témoignent de réseaux d’échanges à
moyenne et longue distance, révélateurs d'une circulation des matières
premières et des savoir-faire techniques.
Le mobilier comprend également de rares objets de parure : trois
perles en roche verte et orange ainsi qu’un pendentif en dent de loup ont été
identifiées, s’y ajoutent divers outils façonnés en os. Ce corpus témoigne du
développement d’activités artisanales spécialisées.
En somme, la richesse et la diversité du mobilier archéologique de
Montagnac offrent un aperçu exceptionnel du quotidien, de l’économie
domestique, des relations sociales et des échanges à la fin de la Préhistoire.
Manifestations
funéraires néolithiques
Un des faits marquants de la fouille de Montagnac - Boutonnet est la découverte d’une exceptionnelle sépulture collective, installée dans le fond d’une ancienne structure de stockage. La fosse contenait les restes de six individus.
Cinq d'entre eux — un adolescent de 12 à 14 ans, une femme adulte, deux enfants
âgés de 3 à 8 ans et un sujet périnatal — semblaient avoir été déposés
simultanément, comme en atteste le contact direct et non perturbé de leurs
squelettes. Le sixième individu, un enfant d’environ 3 ans, a été inhumé
ultérieurement. Son dépôt n’a occasionné que de légères perturbations,
principalement au niveau des pieds de l’adulte, ce qui témoigne d’une
connaissance et d’une mémoire encore vive de l’organisation initiale des
dépôts. Tous reposaient en position fléchie, ce qui est typique des pratiques
funéraires du Néolithique final et est souvent interprétée comme une posture de
sommeil.
Cette sépulture collective constitue une découverte rare pour cette
époque dans le sud de la France, où les morts sont plus communément déposés
dans des dolmens ou des tombes monumentales. Sa présence dans un habitat
domestique suggère un évènement particulier, peut-être liés à une crise de
mortalité (épidémie) ou à une pratique communautaire spécifique.
Des prélèvements ont été réalisés pour des analyses paléogénétiques
dans le cadre d’un important projet de recherche associant l’Inrap et le CNRS
(ANR Link). Les premiers résultats indiquent l'absence de lien de parenté
immédiat entre les trois individus étudiés pour l’instant, ce qui invite à
envisager des regroupements fondés sur des critères autres que familiaux.
Ainsi, on peut déjà dire, pour les trois individus analysés, qu’il ne s’agit
pas d’une mère et de ses enfants ou même de membres affiliés aux deuxième ou
troisième degrés de parenté. Des analyses isotopiques et paléopathologiques
sont également prévues afin de mieux comprendre le mode de vie, l’alimentation,
l’état sanitaire et les origines géographiques de ces individus.
Enfin, à proximité immédiate de cette fosse, un autre individu a été
retrouvé, présentant des ossements entièrement chauffés sans traces de
crémation funéraire classique, les os étant restés en connexion anatomique. Cet
élément, rarissime, pourrait être associé à l'incendie domestique qui a ravagé
la maison voisine, bien qu’aucune preuve formelle ne permette d’établir un lien
direct.
Le
monument du début de l'âge du Bronze
Se superposant aux niveaux d’occupation du Néolithique final, la
fouille a mis au jour les vestiges d’un aménagement funéraire attribué, à titre
d’hypothèse, au début de l’âge du Bronze. Bien que partiellement détruit par un
fossé moderne, cet ensemble se compose d'un coffre en pierre qui devait être
inséré dans un tumulus de terre et de pierres, érigé en grande partie à l’aide
de matériaux remployés issus des constructions néolithiques.
La structure conservée renfermait les restes de deux individus.
Le premier
était inhumé en position fléchie sur le côté gauche, conformément aux
traditions funéraires de cette époque. Le second individu correspond à une
réduction : les ossements, manifestement déplacés, avaient été rassemblés
en un fagot grossier et déposés sur le sujet principal. Ce mode de dépôt évoque
une sépulture secondaire ou une manipulation postérieure des restes, pratique
connue dans les contextes protohistoriques méridionaux.
Dans l'emprise probable du tumulus, le corps d’un jeune enfant âgé de
2 à 4 ans a également été mis au jour. Celui-ci reposait en position fléchie
sur le côté droit, sans mobilier associé. La présence de cet enfant, excentrée
par rapport au coffre principal, pourrait indiquer une inhumation ultérieure
dans le tumulus entourant le coffre de pierre, ce qui est attesté sur d’autres
sites.
L’organisation architecturale de cette tombe présente des analogies
notables avec d’autres sépultures du Bronze ancien connues en Languedoc
occidental, notamment un coffre tumulaire fouillé en 2021 à
Saint-Geniès-de-Fontedit (Hérault). Cette découverte enrichit ainsi le corpus
régional encore peu fourni sur les pratiques funéraires de cette phase de
transition entre la fin de la Préhistoire et la Protohistoire.
Poursuite
des études et valorisation future
La fouille de Montagnac - Boutonnet livre une image inédite de la fin du Néolithique dans les plaines du Languedoc occidental. La conservation exceptionnelle des sols d'occupation, la diversité architecturale et les réseaux d'échange matérialisés par les industries lithiques offrent des perspectives renouvelées sur l'organisation sociale et économique de ces communautés. Les pratiques funéraires soulignent des dynamiques sociales complexes qui restent largement à préciser. La poursuite des études analytiques (paléogénétique, paléopathologique, isotopique) permettra d'affiner l'interprétation de ce site exceptionnel.
La rédaction du rapport final d’opération est actuellement en cours.
Ce document constituera une première étape indispensable avant la diffusion
plus large des résultats, prévue sous la forme d’articles scientifiques.
Dans le cadre du rapport, plusieurs études spécialisées ont été
engagées. Les analyses paléogénétiques, initiées dans le cadre du programme ANR
Link, se poursuivent afin de préciser les liens de parenté et les
caractéristiques biologiques des individus inhumés. La réalisation de datations
absolues par la méthode du radiocarbone est également programmée, afin de caler
plus précisément les différentes phases d’occupation et les événements
funéraires. L’étude détaillée des mobiliers est en cours, avec notamment
l’analyse de l’industrie lithique (silex), de la céramique, de l’outillage en
pierre (meules et molettes) ainsi que des objets de parure et des outils en os.
En parallèle, l’analyse des restes de faune et des écofacts (charbons de bois,
graines carbonisées) permettra de mieux comprendre les pratiques alimentaires,
économiques et les dynamiques environnementales locales.
Une tentative de restitution des paysages anciens est également
engagée à travers des analyses géomorphologiques et l'étude des assemblages de
microfaune terrestre, notamment les mollusques (malacologie), dont
l’interprétation peut renseigner sur les milieux naturels exploités et modifiés
par les communautés néolithiques.
À l’issue des études, l’ensemble du mobilier archéologique,
conformément à la réglementation en vigueur, sera remis au Service Régional de
l'Archéologie (SRA) après inventaire et documentation détaillée.
Conclusion
Le site de Montagnac - Boutonnet constitue un jalon scientifique majeur pour la connaissance des sociétés de la fin de la Préhistoire dans le sud de la France. Il offre une documentation rare sur les modes de vie, les pratiques artisanales, les réseaux d'échanges et les comportements funéraires à une époque charnière, entre Néolithique final et âge du Bronze ancien. L'opération contribue aussi à renforcer le lien entre science et société en permettant, à travers la vulgarisation et la transmission des connaissances, de mieux appréhender l'ancienneté et la richesse du patrimoine archéologique languedocien.
Légende des figures :
Fig. 1 : Vue aérienne des trois
zones de la fouille de Montagnac Boutonnet (cliché A. Farge, Inrap).
Fig. 2 : Vue aérienne des
restes de bâtiments néolithiques (cliché A. Farge, Inrap).
Fig. 3 : La maison néolithique
à abside en cours de fouille. Sa surface intérieure est estimée à 80 m² (©
Antoine Farge, Inrap).
Fig. 4 : Vue de l’intérieur de
la maison néolithique, dont seul le bas des murs est conservé sur trois assises
de pierre. Le sol porte les traces de l’incendie à l’origine de sa destruction
(© Muriel Gandelin, Inrap).
Fig. 5 : Grande cave aux parois
appareillées en pierres sèches. Plusieurs petits surcreusements aménagés dans
le fond forment des logettes destinées à caler des vases ou des paniers (©
Muriel Gandelin, Inrap).
Fig. 6 : Cave du Néolithique
final en forme de fer à cheval, aux parois appareillées par des orthostates.
Deux profonds surcreusements aménagés dans le fond servaient à caler des vases
; de grands fragments appartenant au fond de l’un d’eux étaient encore en place
dans l’une des logettes. Sur le côté étroit de la structure, un accès en
escalier, directement taillé dans l’encaissant, restait partiellement visible
(© Romain Marsac, Inrap).
Fig. 7 : Dégagement d’un grand
vase posé au fond d’une resserre de stockage (© Muriel Gandelin, Inrap).
Fig. 8 : La sépulture sextuple
à son optimum de décapage (© Romain Marsac, Inrap).
Fig. 9 : À gauche, dégagement
de la partie préservée du coffre funéraire ; à droite, inhumation d’un jeune
enfant dans le tumulus qui entourait le coffre (© Muriel Gandelin, Inrap).
Référence
bibliographique
Jean Guilaine, Muriel Gandelin (dir.) 2023 – Véraza & le Vérazien. Toulouse : Archives d'Écologie Préhistorique, 622 p.
[1] Il convient de rappeler que l'archéologie
préventive n’intervient que pour les projets effectivement réalisés ; si
l’aménagement avait été abandonné, le terrain aurait simplement conservé une
« hypothèque archéologique » sans qu’aucune fouille n’ait lieu.
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LE JEU DE BALLE AU
TAMBOURIN
UN SPORT NÉ DANS
L’HÉRAULT.
Par Michel
Sabatéry
Le jeu de balle au tambourin est le seul sport né
dans le département de l’Hérault. Si tu es pour la sauvegarde des traditions,
il est essentiel que tu nous aides à le défendre. … En dehors de l’amour que
portent les joueurs à leur sport, trois entités sont bien placées pour
cela : les médias régionaux, les élus et les enseignants. La difficulté,
c’est de les convaincre. … Que demain, les médias régionaux parlent de ce
magnifique sport, comme ils le font dans le Pays basque pour la pelote, et on
verra aussitôt des milliers d’enfants demander à jouer. … Que les élus
respectent notre sport, en ne transformant pas nos terrains en parkings
payants, et en lui apportant l’aide qu’il mérite, et on n’aura pas de clubs
obligés de fermer leur porte. … Que les enseignants initient les enfants au
patrimoine des régions et on verra se multiplier les écoles de tambourin. … Le
tambourin est un très grand sport ; tous ceux et toutes celles qui l’ont
pratiqué en sont convaincus. Pour ma part, j’ai joué à la pelote à main nue, au
badminton, au tennis, etc, et j’ai préféré le Tambourin. … Il reste à
convaincre celles et ceux qui n’ont jamais vu jouer et jamais essayé. Je leur
propose, pour commencer, d’assister à une rencontre. L’entrée est gratuite.
LES JEUX DE PAUME
Le Tambourin fait partie de la famille des Jeux de Paume. On appelle Jeux de Paume, les jeux où l'on se renvoie une balle, à la main ou avec un instrument ; soit en se plaçant face à face, soit en se plaçant côte à côte devant un mur. Le tennis, le jeu de balle au tambourin, la pelote basque, etc., sont des Jeux de Paume. … À l’origine, il est probable que l’on se plaçait face à face, sur un espace sans limites ; comme on le fait aujourd'hui, quand on joue avec des raquettes sur la plage. Et puis, un jour, on a eu envie de connaître le meilleur joueur ou la meilleure équipe. Afin de pouvoir compter les points, on a alors dû tracer des terrains : terrains longs qui donneront des jeux de longue paume comme le Tambourin, ou terrains courts qui donneront des jeux de courte paume comme le Tennis.
Les jeux de longue-paume. On a d’abord joué à la longue-paume. Le cadre de jeu était tracé le plus long possible et on s’énorgueillissait d’y montrer sa force. C’était même un exploit que de gagner le point en renvoyant la balle au-delà de la ligne de fond ; c'est-à-dire en faisant une « clause ». … Une anecdote à ce sujet. Vers 1970, je jouais en nationale 1 dans le club de tambourin de Pézenas. J’étais alors petit fond et le grand fond était Nello Righetti, meilleur joueur du monde. Nous étions sur la ligne de fond, et nous échangions, avec l’adversaire, quelques balles d’avant match. Est arrivée, sur Nello, une balle à la volée. Il m’a dit avec son accent italien : « Sabatèry régarda cetta balla ! » Il a frappé de toute ses forces ; la balle a sauté non seulement les 100 mètres du terrain, mais encore l’espace situé dans le prolongement, pour aller casser le I de l’enseigne du CAFÉ LE BON COIN. Dès lors, on a pu lire, de nuit : CAFÉ LE BON CON.
La naissance des jeux de courte-paume. Revenons à l’époque des Gallo-romains et du haut moyen-âge. Pour ne pas se mélanger au peuple, religieux et nobles se sont mis à jouer à l’intérieur de leurs propriétés. Des cours de châteaux ou des salles d'abbayes ont fait l’affaire ; bien avant que l'on construise de véritables salles de sport. Place oblige, ces religieux et ces nobles étaient contraints de jouer un jeu de courte-paume. … Certains se mélangeaient au peuple, attirés par les longs terrains. En 1245, l’archevêque de Rouen interdit aux prêtres de jouer « sans vergogne, en chemise et en déshabillé peu décent. » … Bien plus tard, en 1673, durant le synode de Soissons, il sera interdit aux ecclésiastiques « la hantise et la fréquentation des jeux de longue paume et de courte paume. »
Instruments et balles. Pour être plus efficaces, les Romains s’étaient protégé la main avec des bandelettes d’étoffe. Par la suite, on a inventé divers instruments : gants de sport ; raquettes en bois, raquettes en peau parcheminée, raquettes à tamis, etc. … Les balles ont été fabriquées de multiples façons. Le plus souvent, c'était une enveloppe de cuir que l'on remplissait de divers matériaux. En 1480, pour limiter les accidents, le roi Louis XI a ordonné : « Seront tenus tous les maîtres du dit métier, de faire de bons esteufs bien garnis et étoffés de bon cuir et bonne bourre, sans y mettre sable, craie battue, rognure de métaux, chaux, sciure, cendre, mousse, poudre ou terre, sous peine d’amende et de saisie de tous esteufs qui seront brûlés afin qu’aucun n’en soit inconvénienté ».
Les jeux de paume étaient très populaires. L’engouement pour les Jeux de Paume dépassait, alors, celui que l'on a, aujourd'hui, pour le football. Les rois pratiquaient, et le jeu de paume était « le roi des jeux et le jeu des rois ». … Le 24 septembre 1594, Henri IV a joué tout le jour, en chemise déchirée sur le dos. Fatigué, il a dit : « Je ressemble aux asnes qui faillent par le pied. » … Il a écrit le 30 janvier 1601 à la reine : « Vous êtes attendue ici avec le plus grand applaudissement, c’est assez escrit, je m’en vais jouer à la paume. Je vous baise mille fois. » … Lors de son voyage, entre 1595 et 1599, le Suisse Thomas Platter a écrit : « Rien ne manque à Pézenas de tout ce qui peut servir au divertissement. Les jeux de paume et les jeux de ballon y sont très communs. On trouve là, quantité de riches citoyens, hommes de belle prestance, qui consacrent entièrement leur temps à des amusements de ce genre … » … En 1604, un Anglais a écrit, après un voyage en France : « Le pays est semé de tennis. Ils sont plus nombreux que les églises. Les Français naissent une raquette à la main. Il y a plus de joueurs de tennis en France, que de buveurs de bière en Angleterre. »
LE JEU DE BALLON AU BRASSARD, EN LANGUEDOC
Du jeu de ballon un peu partout. À la fin du 16ème siècle, le Languedoc et la Provence jouaient à un jeu de longue-paume qu'on appelait le jeu de ballon. C'est pourquoi beaucoup de places sont appelées : Place du jeu de Ballon. … De nombreuses communes de l'Hérault ont un jeu de ballon. A Pézenas, on jouait dans le fossé et il y avait un amphithéâtre pour le public. Lodève avait son terrain en 1611. On jouait à Marseillan en 1620. Le terrain de jeu de ballon de Bessan était contre le rempart en 1650. À Agde, le Jeu de Ballon était dans les fossés de la ville, entre la porte Bonel et la tour carrée de saint André, en 1660. En 1709, le fils du dernier pasteur de Montagnac a décrit le Jeu de Ballon comme exercice de hasard. Il semble donc qu'on y jouait de l'argent. Il a écrit encore que les riches ne se mélangeaient pas avec les pauvres, et que le jeu était interdit aux ecclésiastiques. On parle du terrain de jeu de ballon de Cette (Sète) en 1768 : « Ce jeu de ballon aura quarante-cinq toises de longueur, et huit toises de largeur … » On jouait encore, à Bessan, en 1819. Un joueur a écrit au sous-préfet pour demander l'autorisation de parcourir toits et jardins des habitants dont les propriétés étaient voisines du jeu de ballon.
Quelques règles du jeu de ballon. Le plus souvent, le jeu se pratiquait à 4 contre 4. Il consistait à renvoyer un ballon avec la main protégée par un brassard en bois. Le ballon était fait d’une enveloppe de cuir remplie d’un mélange de glaire d’œuf et de vinaigre. Le vinaigre faisait coaguler la glaire d’œuf et la rendait élastique. … On pouvait renvoyer le ballon en l'air, directement dans le camp adverse, ou le faire rouler, en faisant une « chasse ». La « chasse » était une façon de gagner du terrain. Pour cela, le joueur faisait rouler le ballon à partir de son camp, et l'adversaire devait l’arrêter le plus tôt possible. Quand on changeait de camp, l'équipe qui avait réussi à faire rouler le ballon loin dans le camp adverse, n'avait plus à défendre que la partie de terrain où le ballon n'était pas arrivé. Cette règle, déjà pratiquée par les Grecs et les Romains, se pratique encore, aujourd’hui, dans plusieurs jeux de longue-paume.
DU JEU DE BALLON AU BRASSARD
AU JEU DE BALLE AU TAMBOURIN
Des tambourins et des battoirs. Avec le temps, l’instrument utilisé pour jouer à la paume, a beaucoup évolué. La pala en bois a peut-être pour origine le battoir de lavandière. La raquette faite d’une branche pliée sur laquelle on tendait une peau parcheminée a permis de gagner en surface et en efficacité. La raquette à tamis a remplacé la raquette en peau, quand un roi a interdit l’utilisation du parchemin réservé pour l’écriture ; etc. J’ignore quand ont été fabriqués les premiers brassards. Je sais simplement qu’on les a utilisés en Italie, en Provence, dans le Languedoc, etc. … Le tambourin tire peut-être son origine des tambourins de musiciens. J’ai retrouvé le texte d’un Anglais qui propose au tout début du vingtième siècle, de laisser les grelots pour jouer à la paume. … En 1861, un tonnelier de Mèze a fabriqué les premiers tambourins : cercle de bois sur lequel était tendue une peau parcheminée, de porc puis de chèvre. Les joueurs de jeu de ballon ont abandonné aussitôt les brassards, pour jouer avec des tambourins. Ce changement a probablement été favorisé par l’arrivée du caoutchouc qui a permis la fabrication de balles plus légères que les ballons. … Pour engager, les batteurs ont fabriqué des battoirs. C’est un cercle plus petit, fixé au bout d’un manche de micocoulier, flexible comme sont les fouets.
Un terrain plus long et un joueur de plus. La trajectoire de la balle étant plus longue, le terrain a été allongé jusqu’à 100 mètres et plus. Pour couvrir l’espace, on a rajouté un cinquième joueur, et joué à 5 contre 5. Pour le reste, les règles sont restées celles du jeu de ballon. … NB : A noter que l’ajout de ce joueur supplémentaire n’a pas été systématique. En 1880, on lit : « Chronique de Gignac. Les 4 gagnants de la partie de Tambourinet qui a eu lieu dimanche dernier à Gignac viennent d'être attaqués par 4 amateurs de Pouzols. … ».
LES CLUBS DE TAMBOURIN LES PLUS ANCIENS
Le jeu existait déjà à Florensac, en 1871, puisqu'un arrêté municipal du 17 août 1871 précise : « Le maire de la ville de Florensac. Vu les lois... considérant ... arrête, article 1er : il est défendu de jouer au jeu de tambourinet ou à tout autre jeu sur la promenade publique, comme aussi d'étendre sur le même lieu n'importe quoi que ce soit...». Les premiers journaux à parler de sport ont été l'Eclair et le Petit Méridional. Leur lecture m’a permis de trouver du tambourin à Pomerols (1876) ; Loupian (1876) ; Marseillan (1876) ; Montagnac (1876) ; Pézenas (1876) ; Valros (1878) ; Servian (1878) ; Paulhan (1878) ; Gignac (1880) ; Pouzols (1880) ; Montpellier (1880) ; Baillargues (1881) ; Pignan (1882) ; Cournonsec (1882) ; Lavérune (1882) ; Saint-André-de-Sangonis (1882) ; Vendémian (1882) ; Saint-Gély-du-Fesc (1883) ; Aspiran (1883) ; Ganges (1883) ; Mèze (1883) ; Montbazin (1883) ; Saint-Hyppolyte-du-Fort (1883) ; Montarnaud (1883) ; Bélarga (1885) ; etc.
DES RENCONTRES AMICALES,
DES
DÉFIS ET DES CONCOURS.
Pendant une soixantaine d’années, le tambourin a été joué sous forme de rencontres amicales ; lors de défis où se pariaient des sommes colossales ; ou encore à l’occasion de concours. Les concours les plus importants ont été celui de Pézenas créé en 1909, et celui de Montpellier créé en 1921.
Rencontres amicales et défis. Voici quelques exemples de rencontres amicales et de défis. « 1876. Chronique de Marseillan. Aujourd'hui a eu lieu à Marseillan une partie brillante de Tambourinet au jeu de ballon, entre les joueurs de Pomerols et de Loupian. Tout s'est passé avec calme. Les joueurs de Pomerols sont restés vainqueurs. » ; « 1878 Chronique de Servian. Le 14 juillet, Valros remporta la belle sur le terrain de Montagnac. Au train de 8 heures du soir, les voyageurs arrivés à la gare de Valros ont été agréablement surpris. Une partie de la population de cette localité, drapeau déployé, musique en tête, a entonné l'hymne sacré de la patrie. Les fusées volantes, les marrons tonnants, etc, rien ne manquait à la célébration de cette date mémorable. Cependant quelques personnes malveillantes ont prétendu que toutes ces manifestations n'étaient que pour narguer les joueurs de Servian, qui eux, ne leur font que l'injure de les en croire capables, attendu que les spectateurs savent tous que si Valros l'a emporté, c'est grâce à l'indisposition du batteur de Servian » ; « 1878, Chronique de Paulhan. On nous écrit : Une partie au tambourin des plus importantes, est engagée entre 5 Bonapartistes et 5 Républicains (de Paulhan). L’enjeu est de 500 francs. … » ; « 1886. Chronique de Pézenas. Demain dimanche, 12 courant, à une heure de l’après-midi, aura lieu à Pézenas, sur la vaste place du 14 juillet, une grande partie de ballon entre 5 joueurs de Marseillan et 5 joueurs de Florensac. L’enjeu est de 500 francs. La municipalité de Pézenas a mis à la disposition des organisateurs, les pieux, les cordes, les oriflammes et drapeaux qui doivent encadrer et limiter le jeu. Tout sera préparé et disposé de façon à permettre aux joueurs de se mouvoir facilement sans être gênés par les 10.000 spectateurs qui, d’ordinaire, se pressent autour du champ de lutte. » ; « 1900. Chronique de Cette. Une intéressante partie de ballon aura lieu cette après-midi, à la carrière du Souras, près du môle, entre 5 champions de Mèze et 5 champions de Loupian. L’enjeu, de 1000 francs, a été entièrement versé entre les mains de monsieur le maire. » …
Concours. Au début du 20ème siècle, quelques clubs ont organisé des concours qui rassemblaient plusieurs équipes. C’est le cas de Bessan en 1906. … En 1908, on trouvait un concours à Béziers : « C’est aujourd’hui dimanche que sera donnée, sur la place de l’ancien Champ-de-Mars (Béziers) la finale du concours de tambourin. Trois équipes seront en présence : Cette, Marseillan et Baillargues. … ». … En 1909, ont commencé les concours de Pézenas qui dureront jusque vers 1937. « Pézenas. Concours de tambourin. C’est dimanche dernier que s’est clôturé, en présence d’une foule considérable, ce magnifique concours … Tressan, sorti victorieux de cette ultime rencontre, fut proclamé par le jury, champion de tambourin pour l’année 1909. Rappelons que Tourbes fut le gagnant de la deuxième série. Les seconds prix furent décernés, pour la première série à Pouzols ; pour la deuxième série, à l’équipe Landes-Castels de Florensac. … ». « 1910. Seront en présence (dimanche prochain) les équipes d’Agde et de Pézenas ; Cette (Sète) et Montagnac. … ». … Le concours de Pézenas rassemblait des dizaines d’équipes qui, public oblige, se souciaient de leur apparence. « 1912. Concours de Pézenas. On nous écrit de toutes parts pour nous demander quelle est la tenue la plus correcte pour une équipe. Nous répondrons que la tenue en chemise blanche et pantalon blanc est la seule chic et de rigueur ; le maillot est une erreur de goût et d'application. » … On se plaignait parfois du trop de bruit. « 1910. L'Écho de l'Hérault. Chronique de Pézenas : … Vous avez deviné ami lecteur que c'est du Tambourin que je veux parler. Bien entendu, il ne s'agit pas ici des belles luttes qui se livrent tous les dimanches sur notre admirable Jeu et qui donnent à notre cité un aspect des plus vivants en y amenant de nombreux visiteurs ; non, je m'adresse à ceux qui, peu soucieux du repos d'autrui, se livrent à ce sport avant qu'un soupçon de jour commence à se montrer. C'est à devenir fou d'entendre tous les matins, et cela pendant des heures, les pans, les panpans et les ratapans ... Si cela continue, on jouera bientôt la nuit avec des ballons lumineux. ... Un habitant de la Place du 14 juillet. »
« 1919. Cournonsec. Aux jeunes joueurs de Gignac, la société de Cournonsec opposera 5 poilus, plusieurs blessés de guerre, ayant moins de souplesse que leurs adversaires, mais qui néanmoins iront à Pignan avec la volonté de vaincre. … ». … « 1920. Concours de Pézenas. Les équipes restantes des éliminatoires du concours de Pézenas 1914, interrompu par la guerre, doivent se rendre dimanche 23 courant, à 2 h (heure nouvelle), à la mairie où aura lieu le tirage au sort. ... NB : Il s’agit de terminer le concours commencé 6 ans plus tôt. … « 1900. Concours de Pézenas. C'est devant une foule de curieux que s'est clôturé le concours de tambourin. Bessan et Pézenas y discutaient le premier prix de 1914 et la lutte fut on ne peut mieux chaude. La 3ème manche passionne la galerie, les paris sont ouverts, mais nous croyons ceux-ci simplement verbaux, car nous ne voyons personne bourse délier. La supériorité du batteur de Bessan est au moins de 30 mètres et c'est bien grâce à cela qu'il est vainqueur du 1er prix 1914. Pour le concours de 1914, sont gagnants du 1er prix, 400 francs, Bessan ; du 2ème prix, 300 francs, Pézenas (Balsier) ; du 3ème prix, 200 francs, (Bélarga) ; du 4ème prix, 100 francs, Montarnaud ; du 5ème prix, 50 francs, Cournonsec. … ». … Battu, Montarnaud veut sa revanche. « Les Tambourimmen qui se rendront dimanche sur notre jeu, verront aux prises l'équipe redoutable de Montarnaud qui lance un défi avec enjeu de 1.000 francs (on gagne 12 F par jour à la vigne), aux 5 joueurs de Bessan, vainqueurs des tournois de 1914 et 1920 ». … Élise Vernière m’a expliqué, 94 ans après, pourquoi l'équipe de Bessan a perdu contre celle de Montarnaud. « Mon grand-père voyait d'un mauvais œil la passion de son fils Émile pour le tambourin. Il a fait exprès de l'envoyer creuser des trous à la vigne, le matin du match, pour le fatiguer, lui faire perdre la partie et lui faire abandonner le jeu ». Elle précise encore : « Montarnaud, plus prévoyant et voyant que le temps était humide, avait apporté un réchaud pour chauffer et tendre les peaux de chèvre qui se détendent par vent marin. »
Si un concours existait, à Pézenas, depuis 1909, il s’en est créé un à Montpellier, en 1921. « Dans le magnifique cadre des Arceaux et en présence d’environ 8.000 spectateurs, s’est jouée la grande finale du concours de Tambourin 1921. Tout d’abord Mèze et Montpellier luttent pour les troisième et quatrième prix. … Cournonsec et Montarnaud qui n’ont pas encore connu la défaite, vont maintenant se disputer le championnat. ». … « L’Éclair 24 août 1922. Dans le magnifique cadre des Arceaux, au milieu d’une foule enthousiaste de sportmen accourus de tous les côtés de la région, et par une journée splendide, se sont déroulées, dimanche dernier, les finales du concours de Montpellier. Quel spectacle ravissant et impressionnant à la fois. Les privilégiés étaient assis ; d’autres formaient la haie sur sept ou huit rangs. Au fond de jeu, aux terrasses de cafés, les clients entassés défiaient les balles des puissantes batteries qui parfois, comme de véritables obus, allaient leur rendre visite. Des voitures, des autos, de vastes camions servaient de loges à de nombreux spectateurs, et les escaliers du Peyrou, pour la circonstance, firent fonction de pigeonnier. »
DES PLACES DE VILLAGES POUR TERRAINS
DES PROBLÈMES DE TERRAINS
On jouait, le plus souvent, sur la place du village. Les voitures n’avaient pas encore squatté l’espace.
Si certains sports n’ont jamais connu de problème de terrain, il en est bien autrement pour le Tambourin. … Tu te souviens qu’en 1871, le maire de Florensac a interdit la pratique du Tambourin sur la Promenade. … Il y a eu également un problème de terrain à Agde en 1910. « Notre terrain est malheureusement trop exigu pour le moment, et nous ne pouvons nous livrer qu’à un jeu très restreint. » … 70 ans plus tard, même problème à Bessan où la municipalité s’emparera d’un morceau du terrain pour y construire deux tennis. Les joueurs de Bessan seront alors obligés de recevoir à l’extérieur (Balaruc les Bains) et s’entraîneront à Usclas. Heureusement, 4 ans plus tard, la Fédération décidera de raccourcir les terrains de 100 mètres à 80, et celui de Bessan pourra, à nouveau, être utilisé. … Dans les années 1980, les terrains historiques de Montpellier puis de Pézenas, seront supprimés pour devenir des parkings payants. … Membre de la Fédération, je proposerai d’organiser des manifestations de protestation ; on se contentera d’une lettre et on n’obtiendra rien. … En 1988, je parlerai avec Georges Frêche, alors maire de Montpellier. Il me promettra un terrain au fond de l’Esplanade, devant le Corum. Promesse d’élu.
L’ÉCLAIR ORGANISE SA COMPÉTITION
LA CRÉATION DE
LA PREMIÈRE FÉDÉRATION
En 1922, le journal « L'Eclair », journal de droite, clérical et anti-républicain, a organisé un championnat du Languedoc. S'y affrontaient : les vainqueurs des concours de Pézenas et de Montpellier. Le but était d’attirer les joueurs vers leur candidat aux élections régionales. … Le même journal a encouragé des bourgeois de Montpellier à créer une Fédération. Celle-ci a vu le jour début 1923. … Pas plutôt créée, la Fédération a envoyé aussitôt un courrier au Comité Olympique Français, pour demander que le Tambourin soit discipline Olympique, et a organisé un championnat de France. … « Mai 1923. Chronique de Marseillan. Dimanche et lundi aura lieu le repêchage du championnat de France. Deux rencontres auront lieu sur notre terrain ; dimanche 20, l’équipe junior de Vias a rencontré sa correspondante de Pinet … » … « 1er juin 1923. FFT. Les As du Tambourin joueront les premiers éliminatoires du championnat de France, le dimanche 3 juin. Nous donnons ci-dessous la liste des rencontres qui auront lieu ce jour-là. Grâce à l'organisation fédérale, les populations rurales qui ont suivi avec tant d'intérêt les rencontres juniors et 2ème série, pourront encore, pendant tout le mois de juin, assister aux assauts que vont livrer les ténors au titre du championnat de France. Toute la gamme des grands favoris va rentrer en lice : Coupiac, Saltet, Bourdiol, Vernière, Aigrefeuille, Bénézech, Marc, Garoutte, Pagès, Romieu, en un mot, tout ce que le Tambourin compte de vedettes, auxquelles il conviendrait d'ajouter Appolon, le Blond et tant d'autres, vont multiplier leurs efforts pour franchir les éliminatoires. Les finales pour toutes séries auront lieu à Montpellier, et dureront deux mois, juillet et août. … » … La Fédération a commis l’erreur de ne pas tenir compte des concours de Pézenas et de Montpellier, et la zizania a suivi.
LES CONCOURS LOCAUX
En même temps que se déroulait le Championnat de France, avaient lieu les concours de Pézenas et de Montpellier. « 1923. Concours de Pézenas. Immédiatement après la dernière partie, il a été procédé à la lecture du palmarès et à la distribution de 10.500 francs de prix. L'équipe Vernière de Bessan (victorieuse des concours 1914, 1920, 1921 et 1923) a laissé, entre les mains du comité la somme de 100 francs pour être distribuée aux pauvres de Pézenas. Merci aux Bessanais pour ce beau geste. Le concours de 1923 a été sans contredit un immense succès. Jamais le magnifique jeu de Pézenas n'avait vu une pareille affluence d'équipes et de spectateurs... »
S’il y avait un problème entre la Fédération et les organisateurs de concours, il y avait également des problèmes entre Pézenas et Montpellier. « 1927. L'Etendard Piscénois. Vous êtes les brebis galeuses du tambourin, disait monsieur Vallat (Montpellier) à un piscénois qui, le jour du 15 août, déjeunait dans la même salle que lui ; et votre public est loin de représenter l’élite intellectuelle, et si j’avais été quelque chose au Comité de Montpellier, les équipes de Montpellier, Usclas et Pignan n’auraient pas participé à votre concours. … F. Pétesque organisateur du concours de Pézenas répond. Que monsieur Vallat me permette de lui dire ceci : Si le Tambourin a pris l’extension qu’il a aujourd’hui, s’il occupe dans nos sports régionaux une place si importante, il le doit simplement à Pézenas et non à Montpellier, ni à monsieur Vallat. Ce n’est qu’après la guerre que Montpellier s’est décidé à ouvrir un concours. ... ». … Même la tenue posait parfois problème. « 1926. Concours de Pézenas. Les joueurs Saint-Ponais se sont présentés sur le Jeu en maillot de football ; on aurait dû ne pas les accepter afin de donner un exemple. La tenue est chemise blanche, pantalon blanc sans bretelles, tête nue et non pas affublée de casquettes ridicules ... ». … Les spectateurs étaient nombreux et variés ; et on se déplaçait aussi bien à vélo qu’avec le cheval. Mon grand-père Louis Sabatéry est allé voir une partie de tambourin à Pézenas, avec ses copains. Il a emprunté le petit trotteur qui servait à son père, courtier en vin. Devant lui, sur la route qui conduit de Bessan à Pézenas, il y avait Louis Gleizes, maire de Bessan, accompagné d'Emmanuel Ville (président du club de tambourin) et de quelques bourgeois. Une course s'est engagée entre les deux équipages, et, pour une fois, les bourgeois ont été battus. … « 1928. Ce sont nos braves Sénégalais du régiment de Cette, revenant du camp du Larzac, qui ont mis la note noire sur notre dimanche piscénois. On en voyait partout ; et leurs visages de bons enfants naïfs et un peu mélancoliques, s’éclairaient d’une joie étonnée aux jeux du Tambourin, de la Pelote et des Boules. Il y avait grande foule, comme toujours, autour de l’arène et du fronton, malgré la chaleur sénégalienne qui mettait bas vestes et faux-cols, sous des fronts ruisselants … »
APRÈS LA ZIZANIE, DES DÉMISSIONS EN CASCADE.
En 1929, la Fédération a démissionné ; elle aura tenu 6 ans. Le dernier concours de Montpellier date de 1931 ; ils auront tenu 10 ans. Le dernier championnat de Languedoc, organisé par « L'Éclair », date de la même année. Seul Pézenas a continué à organiser son concours jusqu'en 1937, avec les quelques équipes restantes. … En 1929, il y a eu un miracle à Pézenas. « Dimanche 28 juillet finale des juniors Saint-Pons contre Tourbes. Les parties seront filmées par un envoyé spécial de la maison Pathé frères. » … Les Piscénois étaient passionnés et certains joueurs de rugby pratiquaient également le tambourin. « Bénézech batteur 30 ans, 1,72 m, 82 kg, ancien 3/4 aile du stade piscénois de rugby, batteur redoutable et redouté, possède des qualités physiques peu communes. A déjà remporté en Tambourin de nombreuses victoires et de nombreux prix. Micheli grand fond et défenseur de batterie 24 ans, 1,80 m, 80 kg, 3/4 aile du stade piscénois, ancien joueur du Racing-Club-Narbonnais, grand sprinter et le plus grand joueur de Tambourin, au bond surtout envoie des balles à 95 mètres, a des déplacements extraordinaires ... ». « 1931. L'équipe de Pézenas (Fontanille junior) était tellement contente d'avoir gagné l'équipe de Servian (Satche), qu'ils ont oublié de leur payer l'apéritif, ce qui est d'usage au Concours de Pézenas. »
MAX ROUQUETTE, LA DEUXIÈME FÉDÉRATION,
L’ARRÊT DÛ À LA GUERRE 1939-1945.
L’écrivain occitan Max Rouquette était un joueur de tambourin ; batteur dans une petite équipe d’Argelliers (Hérault). Attristé par le fait de voir disparaître son sport favori, il a décidé, fin 1938, de créer une nouvelle Fédération. Le succès a été énorme. « Un enthousiasme extraordinaire est passé sur le Languedoc où les sociétés se multiplient, et au sein des sociétés, les équipes. Les fabricants de tambourins et les fournisseurs de peaux sont débordés par les commandes. Et dans les rues et sur les places du moindre de nos villages, les enfants s’envoient des balles avec des fonds de seaux ou des bouts de planche. Le vieil instinct languedocien du joueur de balle reparait joyeusement et déjà l’heure sonne où le rideau se lèvera sur les grandes épreuves. »
Malheureusement, en fin de saison 39, la France a déclaré la guerre à l'Allemagne et le jeu a cessé ou presque. … La guerre terminée, beaucoup de clubs n’ont pas pu reprendre par manque de peaux de chèvre pour les tambourins, de balles en caoutchouc, de chaussures de sport, d'essence pour les déplacements, etc.
LA RENCONTRE AVEC LES ITALIENS
Rencontre avec les Italiens. Petit à petit, on a pu se procurer balles et des tambourins, et le jeu a repris. … En 1954, Max Rouquette a rencontré les responsables de la Fédération italienne de Tambourin et il a été décidé d’organiser une rencontre internationale. … En octobre, les Italiens sont venus à Pézenas où ont été organisées deux parties : l'une au jeu de tambourin avec « chasses » et « clauses », pratiqué par les Français ; l'autre au jeu de tambourin sans « chasses » et « clauses », pratiqué par les Italiens. … Joueurs français et spectateurs ont trouvé le jeu italien plus dynamique et la Fédération a suivi.
Les Italiens utilisaient des tambourins en peau de cheval, plus efficaces que les tambourins français en peau de chèvre ; des tambourins équipés d'une poignée en cuir qui permettait de mieux les tenir. Aussitôt, les joueurs français ont commandé du matériel aux Italiens. … Pendant une vingtaine d'années, joueurs français et italiens joueront avec ces tambourins italiens en bois et peau de cheval ; jusqu'en 1975, où sont arrivés les tambourins en plastique et toile synthétique. … En 1983, le club de Balaruc-les-Bains créera une fabrique de tambourins, où, pendant près d'un quart de siècle, les toiles synthétiques seront montées sur des cercles venant d'Italie. … En 2007, la fabrique déménagera à Gignac, où elle sera regroupée avec le siège de la Fédération et le musée du Tambourin.
Après une défaite en Italie, la première rencontre officielle, s’est jouée en août 1955, sur le terrain des Arceaux de Montpellier. La seule différence de règlement, entre la France et l’Italie, consistait dans l’engagement ; les Français engageant avec un battoir (petit tambourin monté à l’extrémité d’un manche flexible) et les Italiens avec une « mandoline » ; sorte de tambourin de forme ovoïde.
LES ENFANTS.
CHAMPIONNAT JEUNESSE ET SPORT
ET CHAMPIONNAT U.S.E.P.
Le premier à intéresser des élèves à la pratique du tambourin semble avoir été monsieur Galinié, instituteur à Cournonterral, vers 1952. Je me rappelle avoir gagné une finale scolaire à Marseillan, et une à Gignac. … Vers la fin des années soixante, Louis Ganivenq a été embauché par « La Jeunesse et les Sports ». Il a aussitôt organisé un championnat avec deux catégories : moins de 14 ans et plus de 14 ans. … Ayant, à Bessan et à Florensac, des joueurs à partir de 6 ans, j’ai créé, en 1970, un championnat U.S.E.P. avec les catégories Petits (6 et 7 ans), Poussins (8 et 9), Benjamins (10 et 11), etc. En 1977, il y avait 29 équipes U.S.E.P. Je m’occuperai, bénévolement, du championnat U.S.E.P. jusqu’en 1980.
LES FEMMES
Je n’ai rien trouvé concernant les femmes, excepté le texte suivant : « En 1427, sous Charles VII, est venue, à Paris, une femme nommée Margot, laquelle jouait le mieux à la paume que oncques homme eust veu, et avec ce jouait devant et derrière main très puissamment, très malicieusement, très habilement, comme pouvait faire homme... » … Dans les années 1970, quelques filles ont commencé à jouer avec les garçons. Elles ont fini par demander que la Fédération crée une série pour les féminines, ce qui a été fait au tout début des années 80. … Tout naturellement, il a été question de rencontres France-Italie féminine. La Fédération a évoqué le problème du financement, mais elles ont finalement obtenu gain de cause. Elles seront les premières à remporter un match France-Italie.
FLORENSAC, UN DESTIN EXCEPTIONNEL.
LE TAMBOURIN EN SALLE.
La pratique du tambourin avait cessé, à Florensac, au milieu des années 30. Nommé instituteur dans ce village, j’y ai relancé le tambourin en 1969. Les élèves s'entraînaient, pendant les récréations, et j’organisais des compétitions à 1 contre 1 sous le préau. Le succès a été immédiat ; en quelques semaines, la moitié des élèves de l’école primaire avaient acheté un tambourin.
Entre 1969 et 1980, j’ai engagé un maximum d’équipes de Florensac (6 équipes certaines années) et les Florensacois ont remporté la plupart des titres. En 1974, un club a été créé, avec l’aide de parents et d’un ancien joueur. Problème : il n’y avait pas de terrain de tambourin à Florensac. Pendant des années, j’ai demandé, mais les élus n’étaient pas décidés J’ai décidé d’arrêter de former des joueurs en 1980. D’anciens élèves, filles et garçons, sont alors venus jouer avec moi, à Bessan. … En 1994, après 13 ans d’interruption, quelques nostalgiques de ce jeu ont décidé de relancer le club de Florensac. Rapidement les Florensacois ont gravi les échelons. En ce qui concerne le tambourin en extérieur, ils accéderont en nationale 1, en 1998 ; et les filles en 2000. Elles seront en finale en 2003 et 2006. … Dans les années 1970, de plus en plus de joueurs s’étaient plaints que la saison était trop courte. En 1978, Louis Ganivenq, responsable Jeunesse et Sport, avait organisé un premier tournoi en salle. Le jeu s’était alors joué à 2 contre 2. La chance avait voulu qu’avec mon équipier Gilles Canitrot, nous battions tous les internationaux ; chose qui aurait été impossible au tambourin en extérieur. … Les gymnases étant de plus en plus nombreux, et devant le succès du jeu en salle, et l'arrivée de plusieurs pays à cette pratique, il a été organisé, à partir de 1993, un championnat de France et une coupe d'Europe des clubs champions, à 3 contre 3 sans filet. … En 2000, l’équipe de Florensac évoluait en série A. Elle s’est inclinée en finale de la coupe d’Europe, face aux Italiens, sur une seule balle, que l’arbitre a donnée aux Italiens, contre l’avis de tous les spectateurs. … En 2005, mes anciens élèves m’ont invité à la coupe d’Europe qui se jouait en Italie. Cette année-là, Florensac a perdu en finale. Il se rattrapera pour être champion d’Europe en 2010, 2014, etc, et champions du monde en 2023. … En 2010, c’est la consécration : « L'équipe florensacoise sacrée championne d'Europe ! Quel exploit retentissant pour l'équipe locale de tambourin, qui revient de Beauvais avec le titre suprême, aux dépens des « invincibles » Italiens. Ceux qui ont eu la chance de participer à cette aventure diront que ce fut le match du siècle. … Messieurs, chapeau bas ! Ce que vous avez réalisé est historique. La population, tous les sportifs du village et tous les élus peuvent être fiers de l'empreinte que vous laissez de votre passage. ... ». … Évidemment, les joueurs champions du monde en 2023, ne sont pas ceux qui évoluaient une quinzaine d’années plus tôt, mais il y a une belle continuité. Mes anciens élèves, vainqueurs en leur temps, sont aujourd’hui, l’âge oblige, entraîneur, président du club, organisateur, soigneur, etc. Et pour prouver que, quand on a découvert le Tambourin on ne le lâche plus, il y a, parmi cette équipe championne du monde, le fils de Laurent Amet, président du club, et celui de Monique Pellicer, ma meilleure joueuse à l’époque où j’étais instituteur à Florensac.
LA DISPERSION DU TAMBOURIN
Je ne vais pas citer tous les clubs qui, aux 4 coins de la France et d’une dizaine de pays, ont pratiqué ou pratiquent le Tambourin. En voici seulement deux exemples français relativement récents. … Au début des années 80, un touriste s’est arrêt au bord du terrain de Bessan où nous étions en train de nous entraîner. Il s’appelait Bernard Blin et était président d’une fédération de Balle-pelote, dans le nord de la France. Je lui ai expliqué les règles du jeu de balle au tambourin ; il a été intéressé, m’a acheté des tambourins et a créé un club, avec ses étudiants de Valenciennes. Des quelques clubs du Nord créés à cette époque, il reste Beuvrages. … Plusieurs Héraultais ont été à l’origine de clubs en dehors du département de l’Hérault. C’est le cas de la famille Gouneaud qui a créé le club des Pennes-Mirabeau près de Marseille. … Plusieurs pays d’Europe, comme l’Allemagne, l’Angleterre, la Hongrie, le Portugal ou la Catalogne, on participé au dernier championnat de monde en salle. D’autres, comme le Brésil et le Bénin étaient également présents. … Le Brésil a participé au premier championnat du monde en extérieur, en 2012. Outre ces pays participants, on a une dizaine de pays qui ont pratiqué ou pratiquent le tambourin. C’est le cas pour le japon.
LES PRINCIPALES RÈGLES DU TAMBOURIN.
Parmi les centaines d’articles du 19ème siècle, que j’ai eu l’occasion de lire, j’ai trouvé des terrains de 110-115 mètres de long. En ce qui me concerne, j’ai longtemps joué sur des terrains de 100 mètres ; jusqu’à ce que l’on réduise la longueur à 80 mètres. On est alors passé d’un jeu aérien qui consistait essentiellement à renvoyer la balle d’un geste « par-dessous » à un jeu d’attaque utilisant plus souvent le geste « par côté ». … Le terrain est partagé en deux camps égaux, par une simple ligne qui, à l’origine devait être une corde, d’où le nom de « cordiers » que l’on donne aux joueurs proches. … Chaque équipe est composée de 5 joueurs qui se placent généralement en X : 2 fonds dont le batteur, 1 tiers et 2 cordiers. Vers 1870-80, on s’est cherché en ce qui concerne le nombre de joueurs. J’ai trouvé des équipes de 4, comme au jeu de ballon et des équipes de 6. Finalement on a choisi de jouer à 5 contre 5, et le joueur qui a été rajouté comme troisième cordier, a été appelé le « tiers ». … Depuis 1955, le jeu se limite à renvoyer la balle directement dans le camp adverse, en utilisant de préférence la volée. On peut aussi reprendre la balle au bond, comme on le fait au Tennis. … La balle, en caoutchouc dur et lisse, est beaucoup plus rapide que celle de tennis. Elle est renvoyée avec un tambourin. Le battoir sert uniquement pour l'engagement. Obligatoire pendant plus d’un siècle, il est aujourd’hui facultatif. On a le droit d’engager avec un simple tambourin. … Afin qu'une équipe ne soit pas désavantagée par un vent contraire, ou par le soleil, on change de camp tous les 3 jeux. On compte les points comme au Tennis ou presque : 15, 30, 45 et jeu. Aujourd’hui, les parties se jouent généralement en 13 jeux. … On pourrait, comme ça, énumérer toutes les règles de jeu. Ce n’est pas le but de cet article. Vous trouverez probablement ça sur le site de la Fédération, de la Ligue ou du Comité départemental. … En ce qui concerne le Tambourin en salle, les parties se jouent à 3 contre 3, sur un terrain de 34 mètres de long et 16 mètres de large ; avec une zone morte de 4 mètres qui ne sert que pour l'engagement. Engagement qui se fait au tambourin, avec des balles de tennis basse-pression.
LE TAMBOURIN, UN GRAND SPORT MÉCONNU.
Pendant des années Max Rouquette, président de la FFJBT et écrivain, a fait son possible pour promouvoir le Tambourin. Il a multiplié les contacts, favorisé des démonstrations là où le Tambourin n’était pas connu, parlé sur les radios, organisé des conférences, etc, et il a beaucoup écrit sur le sujet. Voici un extrait d’une lettre envoyée au préfet de l’Hérault en 1941 : « Une province qui a depuis longtemps perdu tout caractère ethnique propre, toute personnalité, est excusable de s’abandonner avec indifférence à l’uniformisation dans le médiocre. Mais les provinces qui ont un trésor de traditions, d’usages, de jeux, de langage, se doivent non seulement de les garder, mais encore de les faire valoir. Pour ne citer qu’un exemple, le Pays basque, riche, cependant d’une Côte d’Argent dont le renom seul suffirait à attirer l’étranger, ne dédaigne pas, mais au contraire, se fait une juste gloire, de vanter son jeu national : la pelote basque. Aucun syndicat d’initiative n’aurait garde, là-bas, de l’oublier. Affiches dans les gares, association de parties de pelote à toutes les fêtes régionales ou locales, articles, cinéma, et même roman ; tout semble avoir été mis en œuvre pour la défense et l’illustration de cet aspect de la province basque. Le résultat est une curiosité, un intérêt universel, un prétexte à aller voir. Et c’est ici l’intérêt touristique qui est en jeu, intérêt de premier ordre pour la vie économique de la province … ». … Il écrit encore en 1963 : « Vous assisterez cet après-midi à une partie de tambourin sur ce jeu magnifique de la place du 14 juillet (Pézenas) qui lui fut toujours réservée et que le déluge automobile n’est pas parvenu à lui ravir. … Ailleurs, quand une province a la chance de posséder un sport qui lui soit propre, qui soit son bien, un des aspects originaux de sa personnalité, elle le proclame son sport national, elle le montre avec joie à ses visiteurs, elle en fait dans sa propagande touristique le symbole même de cette personnalité. Voir le Pays basque. Vous devez donc vous considérer comme des privilégiés puisque les gens avisés qui dirigent votre stage ont su comprendre qu’il n’est pas de hiérarchie dans le patrimoine d’une province et que l’âme d’un pays, cela ne se vend pas au chiffonnier … ». … Max termine son article « Alors, c’est une fièvre d’enthousiasme, une sorte de bonheur extraordinaire qui envahit la foule ; car des villages entiers suivent leurs équipes pour les encourager de leurs clameurs. Et ce sont les retours glorieux dans le soir des beaux étés, sous les voûtes des grands platanes qui restent encore au bord de nos routes. Ah ! si le tambourin arrivait du Far-West et s’appelait le tamburing ».
Malgré les efforts de Max Rouquette, le Tambourin restait méconnu. … Voici un exemple malheureux dû à la méconnaissance de notre sport. Un jour de 1974, le responsable national des Foyers Léo Lagrange a contacté la FFJBT, pour une démonstration Tambourin à Avignon où devait y avoir un rassemblement de tous les Foyers de France. La fédération a demandé des volontaires. J’ai accompagné des équipes d’enfants, aidé par des parents et Léopold Bellas, international et président du club de Saint-Georges d’Orques. Arrivés à Avignon, le responsable national des Foyers nous a dit : « Ah c’est vous l’orchestre ! Je vous attendais ! ». Nous étions allés à Avignon pour rien. … Persuadé qu’il y avait encore du travail à faire pour que le Tambourin soit connu, j’ai réalisé des expositions qui n’ont pas eu beaucoup de succès, et proposé, à mon tour, des conférences.
J’ai écrit, pour de nombreux journaux. Aucun journal national n’a refusé, excepté L’Équipe, journal des sports. Voici un petit article paru en 1978 sur Télé7jours (à l’évidence le dessinateur n’a pas lu sérieusement le dossier que j’avais joint à l’article),
Ayant effectué des recherches pendant des dizaines d’années, j’étais en mesure d’écrire un livre de plusieurs centaines de pages, et Max Rouquette m’y encourageait. Il devait être différent de son deuxième livre, et plus complet, dans la mesure où, à son époque le tambourin féminin ne faisait que commencer et où le tambourin en salle en était à ses balbutiements. J’ai travaillé sur ce projet pendant des années. Malheureusement, le nombre de commandes était insuffisant pour couvrir les frais, et j’ai dû renoncer. … Je me suis alors orienté vers une brochure couleur de 25 pages, écrite en français, anglais et occitan. Pensant que tous les joueurs auraient à cœur de posséder ce document, j’en ai commandé 1.500. Mauvais calcul ; à peine 3 ou 4 clubs ont joué le jeu et j’ai eu plus d’un millier d’invendus. … Je n’ai pas compris la leçon et je viens d’écrire un livre encore plus petit, en noir et blanc, pour un prix encore plus bas. Je le vends au prix imprimeur : 3 euros. Je ne pourrai jamais faire mieux.
Évidemment, ce ne sont pas les livres qui vont attirer les enfants vers le jeu de balle au tambourin ; peut être faudrait-il publier un manga. … Notre sport fait face à 4 difficultés essentielles : 1/ le manque d’images Tambourin sur la télé régionale ; 2/ le manque d’enseignants pour défendre le patrimoine régional et former leurs élèves ; 3/ la suppression de terrains par des élus ; 4/ le pas de vente de tambourins chez les commerçants. … Pour en revenir à la télé, je trouve injuste que la télévision régionale n’ait pas diffusé d’images sur la finale du championnat du monde 2023, dont Florensac est sorti vainqueur, après avoir battu l’Angleterre, l’Allemagne, le Portugal, la Catalogne, la Hongrie, le Brésil, le Bénin et pour finir l’Italie. … Pour donner une idée de l’impact des images télévisées : une année, j’ai eu l’occasion de parler du Tambourin, pendant 3 minutes, dans une émission télé. À l’époque, j’étais entraîneur de l’école de tambourin de Bessan et j’avais dans le groupe une vingtaine d’enfants. Quelques jours après la diffusion, je me retrouvais avec 47 inscriptions supplémentaires.
Voilà ; ce sera tout pour cette fois. Mille fois merci aux Amis de Montagnac d’avoir accepté de publier ; et merci à tous ceux qui en feront autant.
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C’est dans le cadre d’un projet de prospections-inventaires lancé en 2015 par le GREPAM, afin d’établir un état des lieux du potentiel archéologique du causse et des terrasses alluviales du volcanisme des baumes, qu’ont été découvertes de nombreuses structures en pierres sèches sur les communes de Nizas, de Caux et de Pézenas.
Le secteur de prospection couvre un territoire délimité au sud par le fleuve Hérault, à l’est son affluent la Boyne, à l’ouest son autre affluent la Peyne et au nord l’édifice volcanique des Baumes. Ce projet a été initié
par l’équipe du site de Bois-de-Riquet, situé dans la carrière de basalte de
Lézignan-la-Cèbe. L’objectif était de préciser les origines des matières
premières minérales utilisés dans la réalisation des outils découverts sur le
site.
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| Section de prospection, carte géologique de Pézenas 1/50 000 BRGM |
Les problématiques d'étude
De très nombreux éléments en pierres sèches, exclusivement en basalte, de diverses périodes, ont été recensés sur le plateau du volcanisme des Baumes dont la structure mégalithique des Tourals : Pierres dressées, gravées, tombes, outillage en pierre taillé, capitelle et autres structures en pierre sèche comme des murs, des enclos. L’étude de ce monument s’inscrit donc dans une étude plus large, celle de l’occupation du plateau basaltique du causse des Baumes depuis les temps préhistoriques jusqu’aux périodes récentes.
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| Localisation des éléments mégalithiques identifiés sur le plateau des Baumes suite aux prospections-inventaires |
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| Carte géologique BRGM source Géoportail 2020 |
Le plateau
basaltique présente une irrégularité topographique dans le secteur
des Tourals.
Les affleurements à proximité ont tous les caractères d’ancienne exploitation carrière et peuvent être
directement en lien avec l’édification du monument.
Les opérations menées sur le site
La première approche du site a consisté au nettoyage de la zone d’implantation de ces vestiges. Un débroussaillage intense fut nécessaire afin de révéler les structures enfouies sous une dense végétation. En effet, cette zone est actuellement conquise par une végétation buissonnante qui envahit les espaces et ferme les paysages, rendant difficile la prospection pédestre de terrain. Un mur, à première vue d’époque plus récente, s’est dévoilé sous la végétation à proximité immédiate du monument d’époque préhistorique.
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| Plan général du site et mise en évidence des vestiges de la phase la plus ancienne A. Diaz |
Après une première phase de nettoyage de surface autour du site, puis sur le site nous avons pu faire le relevé pierre à pierre. À première vue, cette structure archéologique a partiellement été démantelée par l’enlèvement de blocs de basalte réemployés dans des structures plus récentes, notamment le parcellaire agricole historique. Il s’agit d’une structure mégalithique ayant perdu sa couverture de pierre et/ou de terre qui constituait un tumulus et ne laisse apparaître aujourd’hui que les monolithes – les pierres dressées.
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| Monument après nettoyage, vue depuis le nord A. Diaz |
Actuellement deux grosses pierres
sont encore en élévation :
-
Une verticale à l’Ouest,
- Et une située à plat au fond de la « chambre » cette dernière est soit une dalle implantée à l’Est, soit une dalle de sol de chambre
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| Monument nettoyé, vue depuis le Nord A. Diaz |
Localisation des différents sondages 2022
L’opération effectuée en 2022 sur ce monument avait pour but de répondre aux questions soulevées lors de la mise en évidence des différentes structures : à savoir la typologie du monument, dolmen ou coffre, ainsi que le lien existant entre le monument et les zones de concentration d’outils en pierre taillé néolithiques qui supposent des habitats pas loin. Plusieurs zones de fouilles ont été choisies en fonction de leur possible état de préservation. La fouille a permis de mettre en évidence des alignements de blocs.
Les vestiges découverts sur le site des Tourals. 1
Les orthostates du coffre (blocs rouge), seraient soutenus, en partie ouest, par de petites dalles de calage (blocs orange), un pavement équilibrant la surface de circulation autour du monument serait représenté par ces grandes dalles plates (blocs jaune) et enfin une série de gros blocs (blocs vert) pourraient manifester la présence d’un parement externe presque circulaire.
L’étude du mobilier céramique découvert à la fouille 2022, révèle une appartenance au début de la protohistoire, probablement entre 2200 et 1500 ans avant notre ère.
Un mur se situe à environ quatre mètres au nord de la structure mégalithique des Tourals 1, et semble constituer l'objet de son épierrement. Ce mur se poursuit de part et d'autre di site. Son épaisseur est variable et encore mal déterminée sur l'ensemble, il est conservé sur trois voire quatre assises de pierres d'une hauteur moyenne de 60 cm. Il est constitué de blocs de basalte brut. Le parement extérieur du mur est constitué de gros blocs et de remplissage de cailloutis.
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| Coupe est-ouest du mur (DAO C. Gomez) |
Au vu des différents sondages réalisés dans le mur, on peut faire plusieurs observations : Il s’agit d’un mur à simple parement, édifié en pierre sèche, postérieurement à la structure mégalithique. Le mur semble posséder plusieurs phases et modes de construction, dont la première s’appuie sur le monument et réemploi des blocs de la partie supérieure de ce dernier.
Ces observations apportent une meilleure connaissance de la constitution du mur, cependant la limite avec la structure mégalithique n’a toujours pas été identifiée. Celle-ci pourra probablement être déterminée au cours des opérations futures.
D’après les deux premières opérations menées sur ce site, il nous semble que le monument, et le pourtour du monument ne soient pas totalement érodés et que des éléments d’aménagement, de structuration de l’espace puisse être reconnue par la poursuite de la fouille manuelle. Le mobilier archéologique, essentiellement céramique pour les premiers décapages, apparait déjà comme un corpus caractéristique d’une période et pourrait être plus abondante à l’avenir. L’industrie lithique est pour le moment pas assez riche pour constituer une série caractéristique, ni d’un point de vue technologique, ni typologique.
Suites aux études réalisées à partir du mobilier, il apparait que la structure a bien été fréquentée durant le tout début de la protohistoire, plus précisément entre la fin du Campaniforme et le Bronze moyen. Concernant la chambre funéraire du monument, nous avons bon espoir de découvrir des restes inhumés, si la chambre n’a pas été pillée antérieurement. Nous ne connaissons pas encore son état de préservation. Le monument dans son bouleversement actuel peut être le résultat d’un pillage ou celui d’un effondrement lié au prélèvement des pierres qui constituaient le tumulus.
A ce jour, il est difficile de trancher. Les campagnes futures permettront de préciser ces questions.
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| Equipe 2022 |
Ces opérations se
sont déroulées en grande majorité en partenariat avec les membres des
associations locales, le Groupe de recherches archéologiques d’Agde, le Groupe
de recherche et d’étude du patrimoine méditerranéen, la société de protection
de la nature du piscénois, le laboratoire ASM, le laboratoire Traces pour les
relevés photogrammétriques des structures,
L’Inrap pour la topo et l’étude de
mobilier. Et avec le soutien financier de l’état, du département et de la
collectivité Hérault Méditerranée.
Retrouvez les actualités des recherches sur les Tourals sur le site Archéodyssée :
Jean-Michel Abbès notre conférencier |
1936 une date que tout le monde a en mémoire, les uns pour évoquer une période idéale, les autres pour la condamner sans appel, il n'était pas inutile, quatre-vingt-dix ans après, de revenir sur ce moment à la fois gai et douloureux de notre histoire, c’est le thème qu'avaient choisi les Amis de Montagnac pour leur conférence du 11 mars.
Le choix du conférencier avait aussi beaucoup d'importance et la présentation qu'a faite de cette expérience Jean Michel Abbes, professeur agrégé, a été à la hauteur de ce qu'attendait le public. Sous des dehors de chose connue la question était difficile, il ne s'agissait pas d'ouvrir une polémique ou de donner au sujet une couleur rose ou noire mais de juger objectivement ce qui s'était passé.
Le conférencier a donc commencé par analyser la situation sociale et politique
avant 36 non seulement en France mais dans le monde entier avec les
conséquences de la Guerre de 14 ou la
crise de 1930, une crise économique qui amenait un bouillonnement de tous les
bords politiques.
Plus
classique était le chemin parcouru pour atteindre le programme commun et les difficultés
du gouvernement qui a suivi.
Pourquoi
ces grèves spontanées, suivies de
discussions avec le patronat ? La marche était difficile pour un
mouvement qui allait d'une certaine bourgeoisie aux communistes alors que la
situation économique était dramatique, que
la Guerre d'Espagne servait de terrain d'essai à Hitler et Mussolini et
que les banques anglaises faisaient pression sur la France pour la non
intervention en Espagne.
On sentait le danger du côté de l'Allemagne, il fallait vite réagir et se réarmer
rapidement, développer la défense, construire des avions en nombre, préparer la
ligne Maginot, cet effort militaire a été fait mais Hitler a été plus rapide.
Après
coup on a cherché des coupables, on a simplement oublié qu'après 1919 la France
s'est endormie normalement sur sa victoire, les mots d'ordre « C'est la
der des der » et « plus jamais ça » étaient la règle
réconfortante.
On
pouvait enfin souffler un peu.
Mais
36 a représenté une grande expérience dans tous les domaines aussi bien social
qu'économique, que culturel.
Est-ce
une coïncidence, mais la cave Coopérative de Montagnac est née en 1937 et était prête pour les vendanges de la même année après
trente ans d'hésitations et de tergiversations.
Merci
à Jean Michel Abbes pour ce moment passionnant qu'il nous a fait vivre.
Grosso modo, on distingue des approches strictement techniques servant à classifier les modes de mise en œuvre et les matériaux, des approches historiques qui établissent des schémas d’évolution et des cartographies par périodes et par zones, et des approches socio-économiques centrées sur des territoires permettant d’expliquer la préférence pour la terre crue plutôt que tout autre matériau et d’appréhender l’image des édifices en terre au sein d’une société et aux yeux de leurs usagers.
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| Fig 3b |
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| Fig 4 |
| Fig 5 |
Le clayonnage fait de branchages entrecroisés ou de roseaux est fixé sur des poteaux plantés dans le sol, reliés entre eux par des éléments horizontaux. À partir de l’époque romaine, les montants verticaux sont plutôt ajustés dans une poutre (sablière) à la base et au sommet et des lattis de bois remplacent souvent les claies.
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| Fig 13 |
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| Fig 14 |
| Fig 16 |
| Fig 18 |
| Fig 19 |
Quant au pisé, il est omniprésent dans les fortifications urbaines et palatiales d’Afrique du Nord et de la péninsule ibérique, tant médiévales que modernes.
| Fig 20 |
| Fig 22 |
| Fig 23 |
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| Fig 25 |
Ils laissent penser que ces modalités architecturales n’étaient pas propres à l’habitat de Montagnac mais peut-être habituelles dans d’autres villes et bourgs languedociens.
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| Fig 26 |
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| Fig 29 |
1.
Répartition géographique actuelle, très
schématique, des techniques de construction en terre crue en Occident (C.-A. de
Chazelles)
2. Maison
en bauge. Marchésieux (Calvados) (C.-A. de Chazelles)
3. 3a.
Bauge façonnée manuellement. 3b. Bauge montée à la fourche. Lattes (Hérault),
chantier d’expérimentation (C.-A. de Chazelles)
4. Bauge
en pains de terre réguliers. Habitation datée XVIe-XVIIe
s. Sariac-Magnoac (Hautes-Pyrénées) (d’après Alain Klein 2003, p. 426, fig. 17)
5. Mur
de clayonnage et torchis sur des poteaux plantés. Rirha (Maroc) (C.-A. de
Chazelles)
6. Maison
à pan de bois. Sur le pignon, le premier étage est en forte avancée, les
poutres de l’avant solier reposant sur des poteaux ; le second étage est
en léger surplomb. Bourges (Cher). (C.-A. de Chazelles)
7. Cloisons
à pan de bois incendiées d’un habitat gallo-romain. Les poteaux plantés dans le
sol sont calcinés, le torchis rubéfié. Gruissan (Aude) (J.-C. Roux, ministère
de la Culture)
8. Briques
grossièrement modelées. Mali (C.-A. de Chazelles)
9. Chantier
de moulage d’adobes au Mali (C.-A. de Chazelles)
10. Murs
en adobe sur solin de pierre, arasés et superposés. Martigues
(Bouches-du-Rhône), âge du Fer (J. Chausserie-Laprée, ville de Martigues)
11. Toiture
en voûtes d’adobe des entrepôts du temple de Ramsès II, XIIIe s. av.
J.-C. Ramesseum, Louqsor, Égypte (Y. Rantier MAFTO-Cnrs/ASR, source
Internet)
12. Coffrage
de pisé à banches mobiles posées sur des clés. Lattes (Hérault), chantier
d’expérimentation (C.-A. de Chazelles)
13. Mode
de construction en pisé au moyen de planches maintenues par des poteaux,
attesté au début du XXe s. en Hongrie (d’après Tibor Sabjan, Miklos
Buzas 2003-2005, p. 79)
14. Mur
en pisé d’époque romaine (IIe s.). Les trous signalent l’emploi de
banches mobiles posées sur des clés. Rirha (Maroc) (J.-C. Roux, ministère de la
Culture)
15. Église
moderne en pisé. Dauphiné (C.-A. de Chazelles)
16. Ensemble
de toits terrassés en terre. Djenné (Mali) (C.-A. de Chazelles)
17. Enduit
au mortier simulant un appareil de pierre sur un mur en adobe. Covarrubias
(Espagne) (C.-A. de Chazelles)
18. Rempart
de terre parementé avec des blocs de bauge, XVIIe s.
Saint-Germain-en-Laye (Yvelines) (S. Hurard, Inrap)
19. Fortification
en adobe du Ksar Kala, Timimoun (Algérie) (C.-A. de Chazelles)
20. Enceinte
en pisé de la ville de Rabat (Maroc) (C.-A. de Chazelles)
21. Mosquée
de Djenné (Mali) (C.-A. de Chazelles)
22. Sommet
d’un mur de maison médiévale à Béziers (Hérault). Lits de bauge séparés par des
rangs de bruyère (C.-A. de Chazelles)
23. Mur
de pisé retrouvé en fouilles à Narbonne (Aude). Les trous de clés très grands
sont caractéristiques du bas Moyen Âge (D. Rolin, Inrap. D’après Leal 2020, p.
216, fig. 4)
24. Montagnac
(Hérault). Localisation des murs de terre étudiés (C.-A. de Chazelles)
25. Indices
d’une façade à pan de bois fournis par des poutres sciées correspondant à un
avant-solier (cf. fig. 6). Rue du prêche, Montagnac (Hérault) (T. Lochard,
ministère de la Culture)
26. Mur
en pisé, trois trous de clés visibles avec des couvrements différents :
planchette en bois, dalle de pierre et tuile courbe. Grand-rue-Jean-Moulin,
Montagnac (Hérault) (T. Lochard, ministère de la Culture)
27. États
successifs d’un mur au premier étage de la maison de Rosine : partie
originelle en pisé se terminant par la pente du toit, lits de bauge inclinés
puis horizontaux. La niche (ou porte) avec un arc brisé date de la fin du Moyen
Âge. Montagnac (Hérault) (C.-A. de Chazelles)
28. Mur
de maison : partie inférieure en pisé à sommet incliné, surélévation en
bauge, enduit de terre et niche. Rue Malirat, Montagnac (Hérault) (C.-A. de
Chazelles)
29. Bloc
préfabriqué de pisé, issu de l’atelier Lehm Ton Erde de l’architecte
autrichien Martin Rauch (source Internet)
qui disparaît de nos paysages : l’exemple
du Languedoc.
par Philippe Galant :
Direction Régionale des Affaires Culturelles Occitanie, service de
l’archéologie (site de Montpellier). philippe.galant@culture.gouv.fr
| Philippe Galant notre conférencier |
Depuis la fin de la Préhistoire, les productions métalliques ont constitué une révolution technique inimaginable et surement une représentation sans équivoque d’un prestige social naissant. Dès cette période, la recherche sans cesse performante d’une meilleure métallurgie puis celle de meilleurs métaux a engagé les groupes humains dans la prospection et l’exploitation des filons métalliques. L’exploitation des mines était née ! Les travaux entrepris à partir des années 1974 par Paul Ambert dans le district minier de Cabrières-Péret ont montré à la fois l’importance stratégique du centre Hérault dans l’apparition et le développement de la métallurgie préhistorique, mais également son ancienneté et sa grande diffusion géographique à l’échelle du Sud de la France à partir de la toute fin du quatrième millénaire avant notre ère. Sur le terrain cela se matérialise par la présence d’exploitation souterraines qui suivent les filons métallifères du cuivre, des lieux de réduction des minerais, des structures d’affinage de la qualité du cuivre et enfin des mobiliers nécessaires au coulage des objets finis. Bien sûr, cette activité développée à une échelle artisanale très performante, associe les lieux d’habitats et autres espaces sociaux comme ceux liés à la mort.
Avec le développement de l’Histoire, l’apparition de nouveau métaux exploités, la création des alliages et surtout le développement des sociétés, le bronze puis le fer vont supplanter le cuivre, tant par leur meilleure résistance à l’utilisation que par la facilité de traitement et l’approvisionnement sans cesse plus performant. Si ces sociétés s’organisent mieux sur le plan social et économique, elles se spécialisent également sur les aspects techniques. Ainsi, l’exploitation des métaux se réalise au travers de véritables mines structurées et d’ampleur, comme par exemple à Lastours dans l’Aude, et les aspects métallurgiques optimisent les productions d’objets de qualité croissante. Dans notre région la période Antique s’inscrit dans le prolongement de la Protohistoire et l’activité minière va grandement contribuer au commerce d’intérêt du Sud de la France. Les exploitations étudiées dans les Corbières méridionales ainsi que dans le Piémont-pyrénéen en sont des plus représentatives.
À partir du Moyen-Âge l’activité minière suit l’organisation politique de la société. Très rapidement, le droit de battre monnaie engendre une structuration dans la recherche des minerais. Notre région est particulièrement riche en ce domaine. Si l’Histoire décrit bien au travers de textes cet élan socio-économique, ce sont bien les archéologues miniers qui le mettent en exergue sur le terrain. Ainsi, dans les Cévennes méridionales gardoises le premier code minier connu pour notre pays a été découvert : il s’agit de la Charte d’Hierle datée du tout début du 13ème siècle, en 1227. Les travaux réalisés par Marie-Christine Bailly-Maître ont largement démontré l’importance de ces exploitations autour du bourg de Saint-Laurent-le-Minier (Gard) mais également la codification des travaux en relation avec les articles de la charte d’Hierle qui définit avec précision les droits et obligations de chacun. On perçoit alors comment la société médiévale se construit autour des nouvelles richesses qui procurent pouvoir et argent. Ainsi « certaines urbanisations » qui paraissent aujourd’hui difficilement justifiables trouvent leur origine dans la mine. L’exemple des châteaux de Lastours dans l’Aude est très significatif avec des exploitations minières qui ont perduré depuis la protohistoire jusqu’à la fin du 20ème siècle !
La période moderne voit la généralisation des exploitations minières dans notre région. Dans un tissu économique et social bien installé, cette activité semble avoir trouvé sa place. Néanmoins, la professionnalisation n’est pas totalement effective et cette activité demeure complémentaire à l’agro-pastoralisme. C’est, semble-t-il, la naissance des paysans mineurs qui allient activité traditionnelle sur laquelle les temps libres sont utilisés pour compléter son revenu par des travaux pénibles que seul les paysans présents dans ces territoires reculés sont capables d’exercer. Là encore, la richesse se réalise sur les populations les plus pauvres. Notre région voit quand même de grandes avancées technologiques dans le milieu de la mine, comme par exemple, on le constate avec la présence de Maître mineurs d’origine germanique, alors les plus en avance en Europe, et surtout et de façon tout à fait précoce dans ce domaine, l’apparition de l’utilisation de la poudre dès la fin du 17ème siècle en Lozère : l’un entrainant forcément l’autre…
Le début du 19ème siècle marque une très forte organisation administrative de notre société moderne. Sous l’impulsion de Napoléon, les « codes » base de notre administration actuelle sont édifiés en fondement. Ainsi en 1810 apparaît le premier code minier. Ce document, en perpétuelle évolution en fonction des avancés législatives, règlemente la totalité des pratiques minières depuis la recherche jusqu’à la commercialisation des substances et plus récemment toutes les contraintes environnementales à envisager. On s’y trompe souvent, mais une mine n’est pas l’ouvrage souterrain ! La mine est une autorisation administrative attribuée par l’État en fonction de la substance exploitée. Pour les carrières, il s’agit d’une autorisation plus générale liée au Règlement Général des Industries Extractives. Ainsi, il existe pour les mines des exploitations en plein-air et pour les carrières des travaux souterrains. On voit bien au travers de cet exemple la puissance prise par la règlementation sur la dénomination des choses et la langage de notre société.
La révolution industrielle va voir une explosion dans les recherches et exploitations minières. Les archives régionales des services du Ministère de l’Industrie permettent de bien suivre cette histoire et l’importance qu’elle a au niveau régional. Si l’exploitation des charbons est révélatrice dans la mémoire collective de cette situation, on ignore souvent que l’Occitanie constitue la deuxième région de France en terme de concessions minières attribuées. Certes les bassins houillers du Tarn, de l’Aveyron et Gard sont réputés, mais ce sont surtout toutes les exploitations polymétalliques depuis les Cévennes orientales jusqu’au piémont de la chaîne Pyrénéenne qui marquent cette relative importance. Bien sur la plupart de ces exploitations se sont révélées des échecs économiques. Quelque unes ont réussi mais souvent sur de courtes périodes liées à, l’aspect limité des gisements naturels. Par contre on ne se doute pas que dans le Gard, la mine des Malines a constitué le deuxième gisement de zinc en Europe et que son exploitation a été fermée seulement en 1991 ! Mais il est surprenant de constater au travers des études d’archives replacées dans un contexte plus général, que c’est plus l’activité spéculative qui a généré richesses et faillites que les travaux miniers. En ce sens, les recherches de Claude Dubois sur les gisements ariégeois montrent d’une façon magistrale toute la malhonnêteté commerciale et l’enrichissement de certains au profit de la ruine de très nombreux autres uniquement fondée sur la spéculation et le mensonge économique faisant miroiter des richesses là où il n’y en avait pas !
Les choix sociétaux et politiques de la fin du 20ème siècle ont mis fin à l’activité minière dans notre pays. Si les motivations n’ont pas forcément été explicitées, il semble que la protection des ressources minérales ait guidé ces choix. Alors qu’on parle aujourd’hui de la réindustrialisation et d’autonomie énergétique, il semble qu’un nouveau regard soit porté sur les sites miniers et que la recherche des nouvelles ressources soit en train de recommencer ! Mais quid du patrimoine ancien qui a guidé une très grande partie de notre histoire ?
Les vestiges liés à 5000 ans d’activités minières dans notre région sont très nombreux et constituent une particularité patrimoniale forte. Les degrés de conservation des sites sont très variables et généralement, en absence de textes ou d’information, c’est l’archéologie qui permet de retrouver, étudier et protéger ces éléments de notre passé. La grande variété et fragilité de ce patrimoine est liée à son fondement même : l’ouvrage minier n’est constitué que pour le temps où le mineur l’utilise ! Qu’en est-il alors plusieurs centaines d’années voire de millénaires après ? Outre les dangers liés à la grande fragilité et au vieillissement des ouvrages, c’est la conservation même qui nécessite une approche spécifique. Si le temps semble le vecteur principal dans la disparition des sites, les grandes campagnes de mise en protection des sites miniers dictées par l’application souvent aveugle du code minier au privilège de la sécurité publique sur le patrimoine, demeure l’acte moderne le plus destructif de ce patrimoine exceptionnel. Aujourd’hui, la recherche nous montre le très fort impact et le rôle majeur que l’activité minière a eu dans une région comme la nôtre, tant dans le développement économique et historique que dans l’occupation du territoire et la construction des paysages. Sans la mine, notre région serait bien différente aujourd’hui ! Les moyens humains, l’intelligence constructive de certains, la capacité financière engagée et la volonté du passer outre, ont généré des choses aussi surprenantes qu’exceptionnelles. C’est ainsi qu’il faut considérer le patrimoine minier car il est le témoignage le plus direct de la valeur humaine, celle qui constitue notre société et donc notre cadre vie. En le protégeant nous nous protégeons nous même…
Quelques photos de l'auteur:
Légendes
Figure 1 : Les exploitations
minières souterraines actuelles résultent généralement de travaux qui se
développent dans des mines plus anciennes. La lecture des réseaux devient alors
complexe car tous les vestiges se cumulent sur des espaces très restreins.
Figure 2 : Les galeries
minières du moyen-âge sont parfaitement adaptées à la circulation. Ainsi les
travers bancs qui permettent d’accéder aux zones de dépilage, là où le minerais
est exploité, sont souvent de dimensions réduites, choix économique déjà :
creuser prend du temps et donc coûte de l’argent…
Figure 3 : Le patrimoine
minier de notre région est très varié, riche et dense dans certains secteurs où
se sont concentrées des exploitations minières sur plusieurs millénaires.
L’ancienneté des sites n’est pas l’unique intérêt de l’archéologie minière, la
diversité et la conservation des vestiges sont les éléments qui priment dans la
conservation de ce patrimoine.
Orientations bibliographiques (classement par chronologie du sujet) :
-
Mines et métallurgies de la Préhistoire
au Moyen Âge en Languedoc-Roussillon et régions périphériques. Sous la
direction de Paul Ambert. Archéologie en Languedoc, n°21, 1997. 245 p.
-
Les mines antiques : la production
des métaux aux époques grecque et romaine. Claude Domergue. Edition Picard
« Antiqva », Paris, 2008. 240 p.
-
Mines et Mineurs en Languedoc-Roussillon
et régions voisines de l’Antiquité à nos jours. Fédération Historique et Languedoc
méditerranéen et du Roussillon. Montpellier 1977. 334 p.
-
La terre d’Hierle et ses mines au Moyen
Âge. Marie-Christine
Bailly-Maitre. In ; « De roches et d’Hommes,
mines et minéraux en Cévennes ». Édité par le Musée Cévenol, Le Vigan, 2012.
pp 5-19.
-
Agricola. De re metallica
(traduction de l’édition originale de 1556). Albert France-Lanord. Éditions
Gérard Klopp, Thionville 1992. 508 p.
- L’introduction de la poudre dans
les mines languedociennes. Éric Kammenthaler
et al. Archéologie médiévale, n°46, 2016. pp 135-156.
-
Les Cévennes méridionales un pays minier
à découvrir. André Aygon et Philippe Galant. In ; « De roches et
d’Hommes, mines et minéraux en Cévennes ». Édité par le Musée Cévenol, Le
Vigan, 2012. pp 20-48.
-
Mangeuses d’Hommes : l’épopée des
mines de Bentaillou et de Bulard en Ariège. Claude Dubois. Éditions Privat,
Toulouse, 2015. 356 p.
-
Les Simon : du rêve américain aux
mines de d’Ariège (1892 – 1913). Claude Dubois. Editions Vox Scriba,
collection Histoire, Banat, 2020. 314 p.
en Narbonnais et ses traces dans le Bréviaire d'amour »
| Notre conférencier Henri Barthès |
Y a-t-il eu des vaudois dans le biterrois ? Certainement plus que de cathares, en particulier lors du sac de Béziers, mais le valdéisme ne disparaît pas et il faut penser que la famille de Matfre Ermengaut était proche de cette idéologie car dans les réflexions du « Bréviaire d'amour » on peut noter que des idées vaudoises en ont marqué certains chapitres, amour prenant ici un sens théologique ou moral, d'ailleurs toutes les valeurs du mot sont définies dans les divers développements.
| Claude Pradeilles, André Nos, Simone Arnavielhe et notre nouvelle trésorière Christine Carrié |
L'Assemblée générale des Amis de Montagnac s'est déroulée le samedi 25 janvier, devant une salle comble. (voir rubrique Assemblés générales)
| Notre conférencier Noël Houlès |
Est venue ensuite la découverte du site qui doit sa richesse à l'affleurement d'une couche de l'époque primaire contenant le précieux métal.
Au XIX°s un plan précis de toutes ces galeries a été établi, révélant les axes des travaux de toutes les époques.
Le progrès a marqué l'abandon de ces mines ancestrales mais les mines de Cabrières conservent toujours un grand attrait pour les curieux et surtout pour les archéologues passionnés comme Noël Houlès accomplissant sans cesse de nouvelles recherches qui permettent de mieux définir l'intérêt historique et technique de tels sites.
Et à la fin du cycle les boulangeries-cuisines que l’on trouvait dans toutes les villas ou dans les agglomérations.
Grâce à cette organisation on évitait les disettes ou les famines aussi bien à Rome que dans la vallée de l’Hérault.
janvier
| Louis Kreitmann, jeune officier français au Japon |
C'est dans une salle comble qu'a eu lieu notre assemblée générale ce samedi 26 janvier. Après la présentation des rapports financier présenté par Pierre Pradel et moral par Claude Pradeilles, tout le monde attendait avec impatience la conférence, sur le séjour au Japon (1878-1879) de Louis Kreitman, jeune officier français, l’un des formateurs de l’armée japonaise moderne, par son petit-fils, Michel Kreitmann.
| Michel Kreitmann notre conférencier |
La conférence était largement illustrée par une série de photographies prises il y a cent cinquante ans, donc rares aujourd’hui, témoignages d’une grande valeur.
Ce voyage découverte présenté avec brio et humour par Michel Kreitmann, nous a promené dans un Japon encore traditionnel, avec ses constructions en bois, ses paysages campagnards et sans route, ses villes sans confort qui contrastent avec le pays ultra moderne que nous connaissons aujourd’hui.
Le jeune lieutenant a tout noté dans ses carnets, tout photographié avec son appareil à trépieds et à plaque de verre et l’ensemble a été miraculeusement conservé.
Ce dossier a été méticuleusement étudié par M. Pierre Kreitmann, père du conférencier, et édité par la section japonaise du prestigieux Collège de France, c’est donc avec plaisir mais aussi honoré qu’un tel récit aboutisse à notre modeste association. L’explication en a été donnée par M. Michel Kreitmann, il est le descendant du couple Aubrespy, issu d’une très vieille famille montagnacoise et créateur de la fabrique de réglisses d’Uzès et du fameux Zan (aujourd’hui Aribo).
La séance s’est achevée sur un sympathique goûter/apéritif.
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2018
Janvier
" Le vin des soldats pendant la grande guerre" par Jean Claude Séguéla
2017
mars
" l’oléiculture à l'époque romaine" par Stéphane Mauné.

André Nos nous présente Stéphane Mauné notre conférencier.
C’est à une découverte passionnante que Stéphane Mauné a convié les Amis de Montagnac le samedi 4 mars dernier. Une conférence présentée dans un style qui lui est propre, fait de rigueur et de passion. Nous avons découvert comment de Bétique, sur les bords du Guadalquivir, à Rome l’huile d’olive espagnole alimentait le quotidien des romains pour toutes sortes d’usages : alimentation, éclairage, construction. Comment à partir d’une simple montagne d’amphores oubliées dans l’ancien port de Rome, à partir de 1860 et surtout au XX° s, les historiens ont pu établir ce trajet mais aussi amasser nombre de renseignements sur la culture de l’olivier, la production d’huile et la confection des amphores en Espagne. Un trafic qui a duré deux siècles et demi du 2° s avant JC au 2° s après, et s’est étendu à tout l’empire romain, remontant le Rhône pour atteindre l’Allemagne et la Hollande, affrontant l’Atlantique pour atteindre l’Angleterre.
Le public a suivi avec intérêt cette conférence illustrée de nombreuses vues, de nombreux dessins, de nombreuses cartes donnant à l’exposé un aspect vivant et concret. C’était un retour à une page de notre histoire souvent méconnue, où l’on découvrait que les romains avaient déjà des notions techniques et commerciales que nous avons redécouvertes péniblement au cours des siècles.
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21 janvier
" La correspondance de Marie et Paul Loubet " par Virginie Gascon
Suite à l'assemblée générale et après l'adoption des deux rapports, financier et moral par l’assemblée unanime.
2016
" Le Prieuré–Château de Cassan aux Amis de Montagnac " par Serge Sotos.
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| Le Prieuré-Château de Cassan |
Le site ancien, largement modifié au dix-huitième siècle, conserve encore dans sa chapelle les restes de son antique splendeur dont le grand responsable fut, dès sa création Saint Guiraud (1070-1123) futur évêque de Béziers.
| Serge SOTOS le conférencier |
C'est sur l'ancienne chapelle du 12e, que le conférencier s'est attardé, édifice roman caractéristique de ce style dans notre région ou dans la région catalane.
Sa haute nef, comportant de multiples entrées, largement éclairée par de nombreuses fenêtres rondes taillées dans les murs épais, commandait la présence de nombreux arcs boutants que l'on y découvre encore.
L'extérieur sobrement décoré révèle dans le détail animaux et figures humaines, illustrant les péchés du monde.
Mais le sommet de cet édifice, à tous les sens du terme, le lanternon à deux niveaux largement ajourés, a mérité une étude spéciale déterminant à la fois son rôle utilitaire de vigie et sa valeur symbolique opposant ombre et lumière, aveuglement et foi.
Les illustrations ont aussi permis de compléter cette visite en situant et en matérialisant quelques détails aujourd’hui disparus comme les deux tours qui entouraient le portail.
23 janvier
" Le genêt textile languedocien"par Sylvain Olivier.
| Sylvain OLIVIER le conférencier |
Ensuite André Nos a présenté, toujours grâce au diaporama de Nadine Deboos, le bilan d'activité dont les grands moments figurent dans le même bulletin. Le président a terminé en découvrant le programme de 2016. Après l'adoption des deux rapports à l'unanimité, André Nos a présenté le conférencier Sylvain Olivier, maître de conférences à l'université de Nîmes et son sujet : Les utilisations du genêt dans l'économie languedocienne aux XVII, XVIII et XIXe siècles. La zone d'exploitation s'étendait des collines du nord du Biterrois à celles du sud du Lodévois. Une plainte portée en septembre 1778, nous prouve que les paysans mettaient leurs genêts à "couver", à rouir dans les ruisseaux, provoquant ainsi des souillures de l'eau néfastes au bétail. Le premier usage du genêt était la nourriture des moutons et des chèvres mais une trop grande absorption de ce "fourrage" provoquait une maladie des voies urinaires des ovins ou caprins, la ginestade, décrite par le vétérinaire lodévois Thorel. Le troupeau pâturait les chaumes puis la genêtière devenait friche improductive et était réensemencée plus tard. Après 15 ans de culture du genêt on l'arrachait pour cultiver des céréales ou des légumineuses. L'entretien des genêtières suivait un calendrier annuel. Pour l'industrie textile, le genêt suivait le même parcours que le lin ou le chanvre : les fagots rouissaient dans le routoir ou rouissoir plein d'eau et après disparition de la gomme et rinçage à l'eau courante, la filasse passait au cardage ou sérançage avant d'être tissée en toile. Un contrat de mariage établi à Pézènes les mines au XVIIIe siècle, stipule que la mariée apporte 9 draps, 3 nappes et 9 serviettes en toile de genêt. En ce temps là on cultive en Lodévois de moins en moins de chanvre et de plus en plus de genêt. La laine, matière noble, va en général à la ville dans les manufactures, plus tard devenues usines textiles. En 1820 les publications relatives au genêt ont connu un grand développement par intérêt agronomique. 1940 a vécu une tentative de reprise de l'activité textile avec l'usine d'Aspiran. A partir de 2000 l’intérêt patrimonial a suscité une recrudescence de publication sur le genêt. De la fin du XVIIIe siècle au début du XIXe les genêtières ne sont bien mentionnées. Au cœur du XIXe elles ne le sont plus, et la fin de ce siècle connaît le déclin de la culture de la plante. En 1943 l'affiche du maréchal Pétain tente de lancer un regain d’intérêt pour sa reprise mais la paix de 1945 signe provisoirement son arrêt de mort. Enfin en 1948, Bourcier publie son livre "Le genêt : textile nouveau".
Après la salve d'applaudissement qui a suivi son brillant exposé, M. Olivier a répondu avec autant d'amabilité que de compétence aux nombreuses questions posées par l'assistance. Ainsi s'est conclue cette journée enrichissante qui a enchanté une fois de plus les Amis de Montagnac.
7 mars
"LA VIGNE ANTIQUE EN LANGUEDOC" par Stéphane Mauné.
| Stéphane MAUNE conférencier |
Casalis de Fondouce et Heinrich Dressel ont été les premiers à ouvrir la voie avec la découverte d'une "étiquette" d'amphore disant en latin : « je suis un vin de Béziers vieux de cinq ans ».
Au VIe siècle avant J-C les gens s'habituent au vin, le triangle Marduel - Agde - Marseille voit la domestication de la vigne sauvage et la plantation de cépages grecs. Après la chute de Carthage les marchands italiens mettent sur le marché des vins italiens. Cette époque connaît les phénomènes d'imitation des amphores et de concurrence. Au IIème siècle avant J-C, le puissant sénat romain interdit la plantation de la vigne en Gaule transalpine, c'est à dire en Provence, Languedoc et Roussillon. Un siècle plus tard après la conquête de Jules César, Rome a la maîtrise totale des voies de communication gauloise et on assiste à la mise en place d'un vignoble de rapport avec l'installation de familles italiennes en Gaule. A partir de 30 avant J-C et jusqu'au IIème siècle après J-C c'est la montée en puissance commerciale du vin. Après cette époque, la grande production vinicole algérienne inondera les marchés, conséquence de la colonisation romaine. La culture de la vigne connaît la taille en gobelet et en Italie, le palissage qui coûte 30%de plus.
Le moût s'obtient par foulage aux pieds et pressurage. Les pressoirs en bois permettent d'obtenir 40% de jus en plus. Les remarquables diapositives et les dessins de M. Mauné donnent une idée de ce qu'était cette technique romaine.
En général les exploitations plantent 5 à 6 000 pieds à l'hectare, les plus productives jusqu'à 12 000 pieds. Mais les parcelles ne comptent que quelques hectares car la polyculture domine avec forêts, chemins nombreux, emblavures et vergers. Des plans de villas, nom romain des domaines, au Gasquinoy, à la Domergue de Sauvian et à Montferrier de Tourbes constituent de bons exemples d’exploitations viticoles.
Pour transporter le vin, les Gallo-romains et les Romains utilisent de grands dolia et des amphores. La carte des fouilles nous indique que presque tous les ateliers de poterie se trouvent sur la rive droite de l'Hérault. Les chais sont de tailles différentes, les plus grands se trouvant dans les villes. Avec 9000 hectos, Vareille est la plus grande, connue à nos jours. Dans l'antiquité, le rendement est estimé à 40 hectos à l'hectare. Vareille s'étendait sur environ 200 hectares et on comptait une personne pour 2 hectares en entretient total.
La viticulture procure au maître un enrichissement constaté avec les restes de fontaines et de statues trouvées sur le terrain des villas. Le plan de Vareille dévoile deux cours d'eau, trois moulins hydrauliques et deux aqueducs. A Saint Bézard près d'Aspiran on a trouvé dans un chai entre 17 et 20 après J-C une pièce de monnaie frappée à Nîmes. Deux timbres sur dolia nous signalent que Quintus Priscus travaille avec son affranchi Vitullus qui doit être un bon vinificateur et que Laïtus œuvre à Aspiran après avoir été en activité à Barcina (Barcelone).
Le plan de Saint Bézard montre que les dolia se trouvent dans les remblais, ce qui offre au vin une température à peu près constante. D'autre part les propriétaires enfumaient les chais pour tuer les drosophiles soupçonnées de faire piquer le vin, ce que Louis Pasteur prouvera dix huit siècles plus tard par ses études sur les bactéries.
Le raisin était amené sur la partie la plus haute de la cave, et en deux rampes, tombait de la cuve de foulage dans deux cuves de décantation et de fermentation. Les plus grands dolia contenaient de 14 à 20 hectos de liquide. Ces ancêtres en terre, des conteneurs modernes étaient fabriqués à la main au colombin.
En 2005 on a fouillé les ateliers de Pompeï et leurs deux fours pouvaient produire de 20 à 40 dolia à chaque cuisson. Leurs descendants actuels sont les tinajas de Villarobledo en Espagne. Dans des puits on trouve de l'eau et des débris organiques qui ont permis d'identifier certains cépages transportés dans les dolia. Les pépins analysés révèlent qu'ils proviennent de clairette, variété résistante et adaptée à la région. En moindre quantité on a de la mondeuse et du merlot. La taille des pressoirs n'est pas proportionnelle à celle des exploitations. Les grands bassins correspondent à peu de cépages et les petits bassins à des variétés plus nombreuses.
Commencées à la mi-août, les vendanges s'achevaient fin octobre. Notre région devait abriter environ 200 ateliers de fabrication d'amphores mais les plus importantes se trouvaient en Arles et à Beaucaire. La gamme des amphores comportait les allongées, les cylindriques et les fuselées mais à partir de 60 après J-C on ne fabriquera que deux modèles. Ces récipients ont voyagé jusqu'en Inde et dans la haute vallée du Nil.
Le vin que l'on appelait, nectar des Dieux et génie des hommes était du blanc ou du rosé. L'antiquité n'a pas connu le rouge car les viticulteurs antiques pressaient les rafles avant la fermentation. Pour la conservation, dolia et amphores étaient poissées avec de la poix issue de pins sylvestres. Enfin les anciens ont commercialisé des vins au miel ou aux herbes. La manutention et le transvasement s'opéraient à l'aide de pompes en corps de bronze ou de vis d'Archimède, à partir du VIème siècle après J-C on assiste à la disparition et à l'abandon de nombreuses villas que leurs riches propriétaires vendent ou quittent pour placer leur argent là où il rapporte le plus.
Sur cette note finale stigmatisant le capitalisme immuable, M. Mauné a terminé sa remarquable conférence tout en expliquant à ses auditeurs attentifs que les problèmes posés aux Gallo-romains pouvaient être les mêmes que ceux qui assaillent les viticulteurs méridionaux au XXIème siècle.
15 mars
"LES SCULPTEURS EN LANGUEDOC AU XVIIe SIÈCLE" par Denis Népipvoda.
| Le président André NOS accueille le conférencier Denis Nepipvoda |
Dernièrement M. Denis Népipvoda, historien d'art bien connu des Montagnacois a prononcé devant une assistance nombreuse une conférence remarquable sur le sujet cité en titre. Les sculpteurs connus qui ont œuvré et créé en Languedoc au XVIIe sont au nombre de 8 et possèdent de nombreux points communs.
Sauf un, ils sont tous nés dans notre belle province. Ils presque tous pris femme dans les familles appartenant à leur confrérie, si bien qu'on peut parler d'endogamie dans les métiers d'art. Ils ont surtout travaillé à la restauration ou à l'aménagement d’œuvres religieuses endommagées au cours des guerres de religion. Enfin, inspirés par l'idéal d'art classique de Paris, ils ont su cependant innover en utilisant toutes sortes de matériaux : Marbre de Caunes, calcaire blanc de Pernes, résineux de Quillan, noyers du Dauphiné et même mélange de bois et de pierre. Ces grands créateurs locaux tels les Jourdan, G. Martrois, les Suberville, Coula, Mercier, Thomas, Cannet et Laucel ont embelli les épiscopales de Montpellier, Béziers, Agde, Saint Pons de Thomières et aussi de nombreuses petites paroissiales du futur département de l'Hérault : en particulier Saint Thibéry, Creissan, Pomérols ou la chapelle des Ursulines de Pézenas, que le conférencier a engagé l'auditoire à visiter.
De nombreuses questions relatives au transport des matériaux, à la carrière des artistes (de l'apprentissage à la maîtrise), au style local et à l'organisation des confréries ont complété ce brillant exposé qui a enrichi la culture voire l'érudition de tous les participants.
25 janvier
L'histoire c'est d'abord une boucherie de quatre ans qui a coûté 1.400.000 morts à la France, soit un dixième de sa population active en ce début de XXe siècle. Les Français ont voulu commémorer, c'est à dire se remémorer ensemble l'immense soulagement de l'armistice du 11novembre1918. De l'inhumation du soldat inconnu le 11-11-1920 à l'hommage rendu par le Président Hollande à tous les morts pour la France le 11-11-2012 , Mme Médina a évoqué tous les 11 novembre célèbres du XXe siècle. Elle a ensuite présenté tous les lieux de mémoire installés ou érigés sur l'hexagone : le wagon de Rethondes, le mémorial de Vimy, les ossuaires de Douaumont, Lorette,la forêt des écrivains combattants située dans l'Hérault et enfin les innombrables monuments aux morts, porteurs souvent de symboliques très différentes : deuil, sacrifice, épuisement, solidarité et même malédiction de la guerre comme à Angerville. Mme Médina a cité enfin les témoignages écrits célèbres comme les romans de Barbusse et de Dorgelès ou plus humbles comme les carnets de guerre de Louis Barthas tonnelier socialiste audois, racontant sa guerre au jour le jour, au ras des tranchées et qui a révolutionné l'histoire de la première guerre mondiale. En conclusion Mme Médina a cité l'historienne Anne Jollet mettant en garde contre les commémorations béates car " les guerres sont toujours et d'abord le fait de choix politiques ", et a évoqué le vers d'Aragon, poète mais aussi médecin des tranchées : " Déjà la pierre pense où votre nom s'inscrit..."
2 mars
Avant de nous présenter ses magnifiques photos, le conférencier nous a expliqué comment ils les prenait et comment il les montait grâce au procédé de logiciel ukrainien de son ami, le photographe Frédéric Jaume de Montpellier. Une série de vues de plantes et d'animaux d'une beauté stupéfiante, prises à des milliers de km de la biodiversité montagnacoise a clos cette très belle conférence qui a suscité de très nombreuses questions posées par l'assistance nombreuse et très intéressée.
"LES TROIS HENRI" principaux acteurs de la guerre de religion de 1561 à 1598
( Henri De Guise, Henri III et Henri IV ) par le professeur Dewelder.
| Le professeur DEWELDER conférencier |
D'abord ce conflit religieux a tourné rapidement en guerre des trônes à caractère politique Ensuite les situations locales n'ont pas toujours épousé les circonstances nationales ainsi Montagnac a pu connaître des périodes de paix quand le conflit faisait rage à Paris....et vice versa. Enfin cette époque, plus que confuse, a vu se produire, comme souvent dans la politique française, un renversement des alliances, lorsque Henri 3 menacé par les Guises ou leurs partisans, a fait cause commune avec Henri de Navarre qui lui même abjura deux fois le protestantisme pour pouvoir devenir roi de France et rétablir la paix. Dans sa conclusion M. Dewelder rappelle que l'édit de Nantes offrit à la France 87 années de paix relative, brisée par la révocation du même édit par Louis XIV.
A Montagnac les registres attestent que des mariages mixtes avaient même conclu la paix dans certaines familles.
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2012
24 mars
" NAPOLÉON III ET LE DÉPARTEMENT DE L’HÉRAULT" par Jean Sagnes.
| Le président André NOS reçoit le conférencier le professeur Jean SAGNES |
Dans l'Hérault les républicains s'étaient opposés à ce coup de force et la répression avait été brutale. On compta des morts, deux exécutions et de nombreuses déportations en Algérie.
Mais le nouveau maître de la France, après son entreprise réactionnaire, mit en œuvre un programme de progrès, inspiré du Saint Simonisme français et du Carbonarisme italien qui avaient bercé ses rêves de jeune homme. M Sagnes a alors établi un parallèle entre les réalisations du second Empire à Paris et celles de ses représentants locaux dans le département.
Trois hommes héraultais ou aux attaches héraultaises, amis de l'Empereur, ont joué un rôle important dans le développement économique du département sous le second Empire. Ce sont Mathieu Cazelles dont nous ont déjà parlé les Présidents Jean Salvaing et André Nos, le docteur Henri Conneau, gros propriétaire à Servian et Michel Chevalier, beau- père de l'économiste Paul Leroy-Beaulieu de Lodève.
Cette œuvre économique est impressionnante. Le développement du chemin de fer a permis le transport sans problème du vin, aliment essentiel des travailleurs de force, créateurs de nouvelles richesses. Le pont canal de Béziers a supprimé le passage d'écluses sur la rive gauche de l'Orb. Le lancement de ponts ferroviaires et routiers, le percement de tunnels ont donné du travail aux chômeurs tout en réduisant les distances. Les frères Muller, créateurs du nouveau bois de Boulogne, ont tracé le jardin St Simon du plateau des poètes à Béziers et le square Planchon à Montpellier. L’empire a offert aussi l'eau potable à la ville de Cette (Sète ).
Montpellier a connu le percement de la rue impériale, plus tard rue Foch et la refonte de l’hôtel de Ganges devenu préfecture de l'Hérault.
Fortou et Victor Duruy ont donné un essor aux écoles maternelles ; le gouvernement a étendu la gratuité de l'enseignement primaire et chaque commune de plus de 500 habitants a été tenue d'ouvrir une école de filles. Dans le secondaire l'Empire a ouvert les premiers lycées de jeunes filles et a laïcisé en France quelques dizaines de collèges privés. Dans le domaine de la musique de nombreux kiosques ont été construits et la création de sociétés musicales fortement encouragée.































































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