Amis de Montagnac Hérault

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samedi 24 janvier 2026

LES COLLOQUES

2025                                                                           
7 octobre 2025                                                                     


  Ouverture du colloque 
                                              par Claude Pradeilles

Après la libération de la France et de Montagnac, sujet traité l’an passé lors de notre colloque nous vous proposons cette année de voir comment vivaient les français et les Montagnacois dans l’après-guerre de 1945 à 1958, à la naissance d’un monde nouveau.
Car il a fallu alors faire face aux pénuries, remettre l’économie en marche et dans les années 50 s’adapter aux progrès techniques, industriels et sociaux. Une période qui marquait le début de ce que l’on a appelé les 30 glorieuses, moins glorieuses à la campagne qu’à la ville. 

Ce monde que nous connaissons aujourd’hui fit là ses premiers pas. En période de vendanges on voit nettement la différence. 
Nous avons voulu, avant tout, explorer la vie quotidienne des gens ordinaires, des français, des montagnacois, ceux qui font la véritable histoire de France et de Montagnac.
Pour ce faire Jean-Michel Abbes, conférencier que nous connaissons bien et dont nous apprécions la compétence, parlera dans un premier temps de la vie quotidienne  en France et dans notre région au cours de cette période.

Gérard Jourdan, montagnacois et Amis de Montagnac devait évoquer la vie quotidienne à Montagnac. Des ennuis de santé l’en ont empêché, nous lui souhaitons un rétablissement complet. 

Les membres du bureau de l’association ont décidé ensemble de préparer un exposé, en recueillant dans le village les souvenirs des Montagnacois. La cueillette achevée ils m’ont confié le soin de vous les présenter, ce que je ferai avec grand plaisir.
Nadine Deboos agrémentera l’exposé par la présentation de cartes postales anciennes adaptées aux sujets traités.

 

     LA FRANCE AU LENDEMAIN

    DE LA SECONDE GUERRE MONDIALE (1945-1951)

                                                                                                                Par Jean-Michel Abbes

    

I/RESTAURER L’ÉTAT :                                                                                                             

Dès la libération de Paris le 25 aout 1944 le général de Gaulle qui est le chef du GPRF (Gouvernement provisoire de la République Française) entend restaurer « l’ordre républicain sous la seule autorité valable, celle de l’Etat ». La décomposition très rapide du régime de Vichy ne doit pas aboutir à une démarche révolutionnaire. L’heure n’est pas aux revanches intérieures, mais à la reconstruction du pays sous l’autorité de l’État républicain. Le Gouvernement Provisoire de la République Française formé le 3 juin 1944 dirige le retour à la légalité républicaine. 


Le Gouvernement Provisoire de la République

Cette réorganisation politique suppose la subordination des différents mouvements de la Résistance intérieure. Les comités locaux de Libération (CLL) et les comités départementaux de libération (CDL) qui ont participé à l’insurrection nationale ne doivent pas maintenir un pouvoir parallèle qui pourrait menacer l’État. Cette exigence est d’autant plus forte que l’influence communiste s’est étoffée au sein de la Résistance intérieure. Cela est particulièrement vrai dans certaines régions : Limousin, Auvergne et région toulousaine. Les commissaires de la République sont les clés de voute de cette stratégie politique et administrative. Remplaçant les préfets régionaux, nommés par Pétain, ils doivent installer, dans les délais les plus courts et par tous les moyens, le pouvoir légal face à tous les pouvoirs de fait.

Biographie de Jacques Bounin.

De Gaulle, chef du gouvernement provisoire, multiplie les tournées et les visites en province. L’enthousiasme populaire qu’il reçoit lui permet de renforcer l’autorité des représentants de l’État et de réduire l’activisme des CDL. Le 9 septembre 1944 un nouveau gouvernement provisoire qualifié de « gouvernement d’unanimité nationale » est installé. Sous la direction de Charles de Gaulle, il comprend 13 représentants des grands partis (2 communistes, 4 socialistes, 3 démocrates-chrétiens, 3 radicaux et 1 modéré) et 9 membres de la Résistance. Les plus connus sont :

-  aux Affaires étrangères : Georges Bidault (démocrate-chrétien)

-  à l’intérieur : Adrien Tixier (socialiste)

-  à l’économie nationale : Pierre Mendes France (radical)

-  à l’air : Charles Tillon (communiste)

-  à la réorganisation des pouvoirs publics : Jules Jeanneney (ancien président du Sénat de la    IIIème République).

La restauration de l’État s’opère assez rapidement même si les tensions persistent pendant quelques mois. En cette fin 1944, le Parti Communiste Français représente une grande force politique omniprésente. Il a largement participé à l’action de la Résistance, il contrôle le Front National, la CGT et des organisations nouvelles comme l’Union des Femmes Françaises.

Parti communiste français en 1936


Parti communiste français en 1946

Si le PCF participe au gouvernement provisoire, il maintient dans le même temps une grande activité au sein des CDL et des milices patriotiques.

Les milices patriotiques tendent à se transformer en une force policière parallèle qui, illégalement, procède à des perquisitions, des arrestations et, dans certains cas, à des exécutions. Le 28 octobre 1944, le gouvernement provisoire ordonne le désarmement des milices comme prélude à leur dissolution. Le PCF refuse et engage une vigoureuse campagne d’opinion dans l’ensemble du pays. L’affaire ne trouve sa solution qu’au début de l’année 1945.

 Le secrétaire général du Parti communiste, Maurice Thorez, de retour d’URSS où il s’était réfugié en 1939, finit par imposer la soumission des milices.

Maurice Thorez

II/ LES CADRES DE LA RESTAURATION ECONOMIQUE :                                                           

L’impératif martelé par tous – hommes politiques, journalistes – est de produire. La restauration économique est assimilée à une nouvelle « bataille de France » qu’il importe de gagner rapidement. Le bilan économique est lourd. Dans le 3ème tome de ses Mémoires de guerre, De Gaulle parle du « corps bouleversé de la France ». Les prélèvements allemands entre 1940 et 1944, les bombardements alliés lors des combats de la Libération et les multiples sabotages organisés par la Résistance ont considérablement affaibli l’appareil de production (usines, voies de communication, moyens de transport).

A la fin de l’année 1944, la production industrielle représente 40 % de celle de 1938, l’état de l’agriculture n’est pas bien meilleur : la production a baissé de 20 % par rapport à 1938.

 Quelles conséquences ?

-   Au niveau des salaires : Entre 1940 et 1944, les salaires réels ont baissé. Le GPRF décide de les augmenter (+50%) pour éviter les revendications et les troubles sociaux.

-  Au niveau des prix : La pénurie engendre comme dans d’autres Etats européens l’inflation. Le gouvernement dans un 1er temps fait bloquer les prix mais cette politique dure peu de temps car les producteurs renâclent.

De Gaulle désavoue le programme de rigueur qui lui est proposé par son ministre de l’Economie nationale, Pierre Mendès France qui démissionne. L’inflation qui atteint + 40 % en 1945 est le résultat de ce choix… La France s’installe, pour longtemps, dans la spirale inflationniste puisque les salaires courent pour rattraper les prix.

 A Alger, le Conseil National de la Résistance ( composé des représentants de 8 principaux mouvements de la Résistance mais aussi des représentants des 2 grands syndicats d’avant-guerre : CGT et CFTC et des représentants des 6 principaux partis politiques de la IIIème République) a élaboré un long programme de réformes ( Les jours heureux ») pour libérer la France de l’influence des trusts. Les partis politiques présents au gouvernement acceptent ces perspectives avec faveur (Parti socialiste, PCF, MRP) ou s’y résignent (Radicaux, Droite modérée). L’idée prévaut que l’État doit assumer la responsabilité de la reconstruction en définissant les orientations et en confiant à la collectivité « les grandes sources de richesses ».

Il n’est cependant pas question de nationaliser ou de collectiviser toutes les sources de richesse : le socialisme n’est pas à l’ordre du jour. De même si l’on imagine la nécessité du plan, il n’est pas question de construire une planification autoritaire, obligatoire et générale comme en URSS.

les nationalisations                                                                                                          Au cours de l’automne 1944 et de l’hiver 1944-45, l’État nationalise les Houillères du Nord-Pas-de Calais, les usines Renault et l’entreprise de moteurs d’avions Gnome et Rhône. En 1945/46, l’État afin de se donner les moyens d’engager une action économique efficace pour accélérer la reconstruction et la modernisation décide de nationaliser :

- le secteur bancaire : Banque de France et les quatre principales banques de dépôt (Crédit Lyonnais, Société Générale, BNCI et Comptoir National d’escompte de Paris).

-  les assurances.

-  les ressources énergétiques : toutes les compagnies charbonnières, l’électricité et le gaz.

Une 3ème vague de nationalisations intervient au cours du 1er semestre  1948 avec la création de sociétés d’économie mixte dans les transports (Air France, RATP, Marine marchande).

 -  la planification :

C’est le 3 janvier 1946 que le 1er plan d’ensemble pour la modernisation et l’équipement économique de la métropole et des territoires d’outre-mer est lancé. Sa direction est confiée à un commissaire, Jean Monnet qui est un homme d’affaires impliqué dans le commerce international (Cognac). Celui-ci définit une planification comme expérimentale et pragmatique. Selon lui, la planification doit permettre à l’économie de marché de mieux fonctionner. L’objectif principal de J. Monnet, des techniciens brillants et des experts économiques qui l’entourent est de retrouver dès 1949 le niveau de production atteint en 1929. Le plan impose ses contraintes dans les entreprises nationalisées et le secteur public mais il n’est qu’incitatif pour les entreprises du secteur privé.

 

III/SUR LE PLAN SOCIAL : VERS L’ETAT-PROVIDENCE.                                                            

Au sortir de la guerre on observe un contexte favorable à l’adoption de réformes profondes modifiant les rapports sociaux dans la vie quotidienne comme dans l’organisation du travail. 

-  les salariés d’abord espèrent des changements importants.

-  les engagements de la Résistance et le programme du CNR.

-  la volonté du général de Gaulle d’atténuer les conflits sociaux.

-  la force politique du PCF et du parti socialiste.

-  la pression des syndicats réorganisés.

-  la marginalisation du patronat et des milieux conservateurs.

Les salariés et l’entreprise :                                                                                                                        

Une ordonnance du 22 février 1945 impose la création de comités d’entreprises dans les établissements qui emploient plus de 100 salariés. Elle complète la loi de 1936 sur les délégués du personnel et reprend certaines dispositions mises en œuvre à l’époque du gouvernement de Vichy. L’ordonnance de 1945 ne met pas en cause l’autorité du chef d’entreprise ni sa fonction de direction. Celui-ci est libre de retenir ou de refuser les avis du comité d’entreprise. Le comité d’entreprise a un rôle consultatif sauf en ce qui concerne les affaires sociales qu’il gère. Le 16 mai 1946 une loi élargit les effets de l’ordonnance à tous les établissements de plus de 50 salariés. Enfin, la loi du 23 décembre 1946 rétablit les conventions collectives et celle du 30 octobre 1946 porte sur la prévention des accidents du travail. Ces réformes tendent à établir un meilleur équilibre entre les chefs d’entreprise et les employés. Elles visent à remplacer les conflits par la négociation et la coopération.

La Sécurité sociale

L’idée de mettre en place un système qui a pour fonction d’assurer la protection sociale des individus des conséquences d’évènements ou de situations diverses (maladie, vieillesse, famille, autonomie) généralement qualifiés de risques sociaux va se concrétiser au lendemain de la Guerre. 

La mise en place de cette politique sociale s’effectue en plusieurs étapes :

-  des ordonnances du 30 décembre 1944 augmentent les cotisations des assurances sociales.

-  les ordonnances d’octobre 1945 rattachent les assurances à un organisme unique et inscrivent tous les salariés à la Sécurité sociale. Le financement de cet organisme est assuré par les cotisations des employés et des employeurs.

-  la gestion des caisses régionales et nationales de la Sécurité sociale est assurée par les salariés qui élisent leurs administrations sur listes syndicales.

La Sécurité sociale couvre les risques de la maladie, de l’invalidité et de la vieillesse et gère les prestations familiales. L’État garde à sa charge les risque du chômage, tandis que les entreprises doivent couvrir les risques des accidents du travail. Le principe d’une généralisation de la Sécurité sociale à tous les français est acquis dès 1946 mais l’application de cette ambition va tarder une vingtaine d’années. Très vite la population va manifester son attachement à cette politique sociale qui permet de s’affranchir des inquiétudes du lendemain. C’est ce qu’on a pris l’habitude d’appeler l’Etat-providence.

  L’organisation professionnelle

Le GPRF rétablit les syndicats dans leurs droits, leurs attributions et leurs biens de 1939. La Charte du travail est abolie. Dès 1945, les syndicats deviennent des « acteurs » majeurs dans l’application des mesures sociales. Dans cet après-guerre, le syndicalisme ouvrier bénéficie d’une forte poussée : ses effectifs s’élèvent à plus de 6 millions de salariés. Les cadres et les techniciens fondent la CGC (Confédération Générale des Cadres) en 1944 avec l’ambition de définir une voie intermédiaire entre les revendications ouvrières et les exigences patronales.

Dans le monde paysan, les anciens syndicats fusionnent dans une Confédération Générale de l’Agriculture et en 1946 est constituée la FNSEA (Fédération Nationale des Exploitants Agricoles), ce syndicat qui es une des branches de la CGA en devient très vite l’organisation dominante. (La CGA minée par ses divisions entre socialistes et communistes va être mise en sommeil en 1953). Les tensions et les discordes persistent cependant entre les différents syndicats : la CFTC qui a sensiblement progressé depuis les années 30 continue de défendre ses références chrétiennes dans le  monde du travail, quant à la CGT forte de près de 5 millions d’adhérents, elle est désormais majoritairement sous le contrôle des communistes et cela va un peu plus tard (1947-47) conduire à un éclatement et à la naissance de FO.

IV/LA MISE EN PLACE D’UN NOUVEAU REGIME CONSTITUTIONNEL :                       

Entre 1944 et 1946, la France est dirigée par le GPRF. Mais l’ordonnance du 17 août 1945 prévoit l’organisation d’un référendum et l’élection d’une Assemblée constituante.

Le renouvellement du personnel politique et ses limites.

Beaucoup de parlementaires qui ont abdiqué leurs pouvoirs entre les mains du maréchal Pétain en juillet 1940, sont exclus de leur parti ou sont frappés d’inéligibilité. Cette circonstance impose un véritable renouvellement du personnel politique et la promotion d’une génération de la Résistance.

Qui sont ces nouveaux venus qui ont fait leurs armes dans la Résistance ?

-  Chez les communistes : Charles Tillon (fondateur et chef des FTPF)

-  Chez les socialistes : Daniel Mayer

-  Chez les démocrates-chrétiens : Christian Pineau, Georges Bidault et Maurice Schumann.

-  Chez les modérés : Joseph Laniel

-  Chez les radicaux : Jacques Chaban-Delmas et Maurice Bourgès-Maunoury.

Peu à peu cependant réapparaissent des hommes qui ont joué un grand rôle avant 1939 : Léon Blum, Edouard Herriot, Edouard Daladier, Paul Reynaud et Maurice Thorez. Très vite l’amalgame permet la fusion entre les deux groupes au point que la distinction devient difficile à faire.

Au lendemain de la guerre, les forces politiques cherchent à se rénover avec plus ou moins de succès. A la SFIO Daniel Mayer entreprend une épuration vigoureuse au sein du parti vis à vis de tous ceux qui ont appuyé le régime de Vichy. Le parti radical a du mal à renaître car il est identifié aux échecs de la IIIème République et son image est très dégradée. Les modérés cherchent à réapparaître mais ils sont souvent compromis avec Vichy et se montrent discrets.

Le Parti communiste bénéficie au contraire d’une influence croissante, il accueille de nombreux hommes nouveaux qui ont été séduits par l’efficacité des communistes après 1941 et par sa propagande. Un nouveau parti s’organise à l’automne 1944, le MRP (Mouvement Républicain Populaire). S’il se défend d’être un parti confessionnel, le MRP recrute surtout parmi les catholiques sociaux et les syndicalistes chrétiens. Enfin, au début 1945 une force politique représentant effectivement la Résistance cherche à naître mais cela va aboutir à la constitution d’un parti composite, l’UDSR (Union démocratique et socialiste de la Résistance) qui occupe une place marginale même si ses leaders exercent une influence notable (René Pléven, François Mitterrand). Par-delà ces efforts de renouvellement, persistent des lignes de clivage plus classiques comme celle qui oppose le MRP et la SFIO à propos du principe de laïcité et du financement des écoles privées.

 Les premières élections et le départ de De Gaulle.

Au printemps 1945 les électeurs sont appelés à renouveler les municipalités, cette première consultation permet d’évaluer l’importance des changements politiques depuis l’avant-guerre.

Radicaux et modérés, fort influents en 1935, subissent un échec sensible. En revanche, les partis de gauche progressent, mais cette poussée profite plus aux communistes qu’aux socialistes qui éprouvent un net tassement. Le MRP réalise une percée honorable mais dans bien des régions, les électeurs d’une droite désorientée y ont trouvé une excellente structure d’accueil (« Machine à recycler les Pétainistes » : MRP) Le 21 octobre 1945 les français sont une nouvelle fois appelés à voter, il s’agit cette fois d’élire les députés d’une assemblée nationale constituante dont la mission sera d’élaborer une nouvelle constitution. Avec des nuances, les électeurs confirment leurs votes du printemps :

Radicaux et modérés se maintiennent à un niveau modeste (9,3 % et 14,4%). Avec 26,1%des suffrages exprimés le PCF confirme sa prééminence, mais le MRP avec 25,6 % le talonne de près. Quant à la SFIO, elle obtient un résultat décevant car elle est devancée et arrive en 3ème position.

Plusieurs majorités politiques sont possibles : construire un nouveau « Front Populaire » dans lequel les radicaux marginalisés ne sont plus indispensables puisque communistes et socialistes ont obtenu une courte majorité absolue mais les socialistes ne veulent pas d’un tête-à-tête permanent avec un parti communiste plus puissant qu’eux.

La raison impose l’union des partis et des hommes issus de la Résistance derrière de Gaulle mais les germes de division ne manquent pas : la laïcité, la place des communistes, les problèmes constitutionnels. Au cours de l’automne 1945, les rapports entre de Gaulle qui a été reconduit au poste de chef du GPRF et les députés des trois grands partis (PCF, SFIO, MRP) se dégradent. En fait, de Gaulle et les partis ont du mal à s’entendre parce que les projets et les ambitions sont de moins en moins communs.

Le 20 janvier 1946 Charles de Gaulle donne sa démission. Dans un message au pays, il expose des raisons officielles : sa mission est remplie puisque la libération est faite et que la reconstruction s’engage. Si les motifs de la démission sont clairs, ses objectifs le sont moins. Selon l’historien Jean Charlot ce départ n’est pas une retraite mais une tactique mûrie, en effet de Gaulle veut un sursaut de ses partisans et particulièrement du MRP, il attend donc un rappel très rapide. Or cette tactique va échouer… Le MRP n’effectue aucune démarche auprès de lui et ne manifeste aucun regret public. Il confirme très vite son alliance politique et gouvernementale avec les socialistes et les communistes. Ces derniers se gardant de toute intervention. Le 23 janvier 1946 les trois partis de la majorité (PCF, SFIO et MRP) signent une « charte de collaboration », c’est ce qu’on a appelé le « tripartisme ». Il s’agit plus d’un pacte de non-agression que d’un programme de gouvernement. Le 1er successeur de de Gaulle, le socialiste Félix Gouin, se borne à partager les ministères avec équité, mais se garde bien de construire une véritable équipe ministérielle…

 Les débats constitutionnels.

Les discussions et l’élaboration de la nouvelle Constitution vont connaître plusieurs phases.

Au cours du premier semestre 1946 socialistes et communistes essayent d’imposer un projet qui repose sur une assemblée élue pour cinq ans disposant de très larges pouvoirs . Cette assemblée élirait le président de la République et le président du Conseil (1er ministre) que, par ailleurs, elle pourrait renverser par un vote de censure. Ce 1er projet soulève une double opposition : celle des radicaux et des modérés et celle du MRP. Le 5 mai 1946 par référendum, les français repoussent ce projet de constitution (53 % de NON).

La 1ère assemblée constituante est dissoute et une nouvelle assemblée constituante est élue le 2 juin 1946. Sa composition a un peu varié (MRP : 28,2 %, PCF : 26,4 %, SFIO : 21,3 %, Radicaux : 11,1 %, Modérés : 13 %) désormais la gauche a perdu la majorité absolue. Un 2ème projet constitutionnel est mis en chantier, il ressuscite une 2ème assemblée, le Conseil de la République (Sénat) et redonne au président de la République les compétences qu’il avait sous la IIIème république.

Au cours des discussions autour du nouveau projet Charles de Gaulle intervient publiquement le 16 juin lors du discours tenu à Bayeux (1ère ville libérée en juin 1944). De Gaulle critique sévèrement le nouveau projet et soumet au pays ses propositions : selon lui, le président de la République doit être élu par un collège électoral élargi et il a pour mission d’être le gardien de l’intérêt national et l’arbitre suprême. Le discours de Bayeux cherche à obliger le MRP à se séparer des socialistes et des communistes , pourtant loin de contribuer à rapprocher le MRP de De Gaulle, le discours de Bayeux l’éloigne encore plus. Le discours de Bayeux a un effet inattendu, il ressoude les partis au pouvoir. Désormais la rupture est consommée entre de Gaulle et les partis politiques. Le 13 octobre 1946 la Constitution est soumise à référendum : un tiers des électeurs s’abstiennent, le OUI obtient 53 % et le NON 47 %.

La Constitution de 1946 qui donne naissance à la IVème République est un compromis entre les partis attachés à la prépondérance du Parlement.

La mise en route de la IVème République.

Elle se déroule en 4 étapes :

-  10 novembre 1946 : Elections législatives.

Les trois principaux partis (PCF, MRP et SFIO) gardent leur primauté.

-  24 novembre 1946 : Election des membres du Conseil de la République (Sénat).

-  16 janvier 1947 : Les deux assemblées réunies en Congrès procèdent à l’élection du président de la République : Vincent Auriol. Avocat de 63 ans membre de la SFIO. Ministre des finances de Léon Blum en 1936. Refuse les pleins pouvoirs à Pétain en 1940. S’engage dans la Résistance. C’est un homme d’État convaincu de la prééminence de la fonction présidentielle, il va exercer une présidence fort active…

-  21 janvier 1947 : Le nouveau président de la République propose à l’investiture de l’Assemblée, comme président du Conseil (1er ministre), Paul Ramadier, membre de la SFIO. Celui-ci est investi à l’unanimité. Avocat lui aussi et âgé de 59 ans, Paul Ramadier est membre de la SFIO. C’est un homme intègre, estimé de tous les parlementaires. Socialiste pragmatique, gestionnaire sérieux, Paul Ramadier est confronté dès son arrivée à l’Hôtel Matignon à une conjoncture politique intérieure et internationale qui évolue rapidement.

 V/ 1947 : L’ANNEE DE TOUS LES DANGERS ;

Paul Ramadier compose un gouvernement qui, par certains aspects, peut paraître d’union nationale. En effet, aux côtés des ministres issus du tripartisme (MRP, SFIO et PCF) et qui assument les responsabilités principales, le président du Conseil fait appel à des modérés et à des radicaux. En ce printemps 1947, la situation de la France est très problématique : La situation économique est désastreuse : la reprise industrielle se fait attendre et le ravitaillement demeure très difficile. La France dépend toujours de l’étranger, elle doit importer blé, charbon, matières premières, machines, etc. Elle doit emprunter auprès des Etats-Unis. L’inflation, loin de s’atténuer s’aggrave et maintient un pouvoir d’achat médiocre.

Sur le plan social : La lassitude et le découragement gagnent la population et des grèves spontanées éclatent un peu partout et débordent les organisations syndicales à la fin de l’hiver 1946-47. Sur le plan international, on assiste à une montée des tensions. La mainmise de l’URSS sur les pays de l’Europe centrale qu’elle a libérés, le maintien d’une armée soviétique nombreuse et mobilisée dégradent le climat international. En mars 1946, l’ex-1er ministre anglais W. Churchill a évoqué pour la 1ère fois le « rideau de fer » qui coupe l’Europe en deux. En mars 1947, les USA définissent une doctrine visant à endiguer le communisme en Europe et dans le monde, c’est la doctrine Truman.

Enfin, on observe dans l’empire colonial des incidents sérieux en Indochine et une insurrection généralisée à Madagascar. Le gouvernement de Paul Ramadier mène une politique d’austérité qui se traduit par le blocage des prix et des salaires. Cette politique soulève le mécontentement des salariés et on voit se multiplier les grèves. La CGT hésite et finalement se rallie au mouvement de contestation à la fin avril.

A l’Assemblée, le 4 mai les communistes (ministres et députés) refusent d’approuver la politique de rigueur économique du gouvernement. Paul Ramadier, le président du Conseil, plutôt que de démissionner, préfère révoquer les ministres communistes le 5 mai et décide de reconstituer un gouvernement axé un peu plus à droite. Sur le moment, les français ne prennent pas la mesure de cet évènement politique mais il marque d’ores et déjà la fin du tripartisme.

La situation internationale en ce début 1947 ne va faire qu’accentuer le clivage entre les communistes et les autres forces politiques : En juin 1947, les USA annoncent un plan d’aide économique et financière à l’Europe, c’est le Plan Marshall. Celui-ci est refusé par l’URSS et ses alliés, en l’acceptant le gouvernement français espère bénéficier des moyens de poursuivre sa politique économique de modernisation et d’équipement mais par ce choix il s’aligne sur les positions américaines et choisit le camp occidental dont il est le plus proche idéologiquement. En contrepartie, il rompt avec le PCF qui s’aligne sur l’URSS de Staline.

A l’automne 1947 une crise sociale d’une exceptionnelle gravité va se produire en France. La flambée des prix et le mécontentement profond qu’elle suscite sont à l’origine du mouvement. Ce sont d’abord les fonctionnaires qui réclament un « rattrapage des salaires » avant que les mineurs et les ouvriers métallurgistes prennent le relais en novembre. Dans certaines villes (Marseille, Valence) l’agitation prend des formes proches de l’émeute. Partout, le mouvement a le soutien de la CGT (centrale syndicale entièrement contrôlée par les communistes) et du PCF qui invitent les salariés à intensifier la lutte et à combattre avec fermeté le Plan Marshall comme le préconise l’URSS.

Le mouvement atteint son paroxysme au début décembre avec le déraillement du Paris-Tourcoing qui fait 21 victimes…Face à ce mouvement social de grande ampleur, le gouvernement dirigé par P. Ramadier puis par R. Schuman à partir du 19 novembre utilise la force sous l’action énergique du ministre de l’intérieur J. Moch (SFIO).

Cette crise sociale va avoir de profondes conséquences sur la vie politique des années ultérieures :

-  Le Parti communiste perd, en quelques semaines, la respectabilité acquise depuis la guerre. Le choix fait en 1947 de prendre parti pour les grévistes et de dénoncer la politique gouvernementale va conduire à l’exclusion du PCF de la vie politique nationale pendant plus de 30 ans.

-  Une vague d’anticommunisme déferle et s’amplifie dans le pays. Elle affecte le personnel politique et l’électorat. Elle touche aussi le syndicalisme avec la création à la fin de l ‘année 1947 de la CGT-FO qui regroupe les non-communistes et de la FEN (Fédération de l’Education Nationale) dans laquelle les communistes sont minoritaires.

-  Le centre de gravité des majorités gouvernementales glisse vers la droite. Ces majorités reposent sur une coalition des socialistes, du MRP et des modérés ou radicaux. L’unité de la Résistance est donc rompue au profit d’équilibres politiques renouvelés jusqu’en 1951 : la « Troisième Force ». 

                                        CONCLUSION :                                                        

Entre la fin de l ‘année 1947 et les élections législatives de 1951, ce sont des gouvernements dits de Troisième Force qui vont diriger la France. Entre les partis qui constituent cette Troisième Force existent des tensions nombreuses : Les problèmes économiques et sociaux peuvent rapprocher SFIO et MRP mais les séparent des radicaux et des modérés. En revanche, l’école et la laïcité continuent à rapprocher les socialistes et les radicaux tandis que le MRP doit prendre ses distances. Enfin, les problèmes de l’outre-mer (Indochine) contribuent à émietter les majorités.

Les différents gouvernements de la Troisième Force malgré leur faiblesse politique ont réussi à diriger le pays. Ils se sont pourtant heurté à deux fortes oppositions, celle des communistes et celle des gaullistes (RPF). Dans le domaine économique, ils ont poursuivi la politique élaborée par le tripartisme et à partir de 1948/49 les 1ers effets du Plan Marshall se font sentir : la production industrielle retrouve son niveau de 1939 et dès 1949 le commerce extérieur redevient excédentaire. En politique étrangère, ils participent à la construction d’un camp occidental contre l’URSS et les démocraties populaires (1949 : adhésion à l’OTAN) et sous l’impulsion du MRP ils prennent des initiatives européennes d’avenir (Conseil de l’Europe en 1949, CECA en 1950 et projet de CED en 1951/52)

Par contre face aux problèmes posés par l’outre-mer, la Troisième Force montrera une évidente impuissance, les gouvernements se refusant à examiner les moyens d’une décolonisation nécessaire mais complexe.

      

    LA VIE QUOTIDIENNE À MONTAGNAC DE 1945 A 1958 

                                                                          Par Claude Pradeilles                                                                                   

                                                                                                                                          І     CADRE GÉNÉRAL-POPULATION                                                                          

D’abord il semble nécessaire de faire un rapide portrait du village au sortir de la guerre. Au cours de la guerre Montagnac n’a pas subi des dégâts comme Béziers, Agde ou Montpellier dont les gares et leurs quartiers périphériques ont été sévèrement bombardés par l’aviation américaine à l’été 44. Il s’agissait d’anéantir les convois allemands qui se dirigeaient vers la Vallée du Rhône. Les pertes humaines et les dégâts matériels furent importants. Le village a cependant été affecté par la perte de soldats Morts pour la France et l’éloignement  vers l’Allemagne de prisonniers de guerre.

Le recensement de 1946 fait état d’une population qui s’élève à 3144 habitants. Le précédent recensement qui date de 1936 – pas de recensement pendant la guerre –  mentionne 3410 habitants soit une baisse de presque 300 habitants qu’on peut attribuer soit à une baisse générale de la population française avec les classes creuses de la guerre soit au départ de certains espagnols qui avaient fui la guerre civile espagnole et sont retournés alors dans leur pays. 

En 1944, après le départ des allemands, le Comité Local de la Libération avait mis à la tête de la Mairie le docteur Granal qui avait déjà été maire dans les années 30. Il y restera jusqu’en 1945 date à laquelle lui succèdera Raymond Ruan, élu avec une équipe de gauche. Cette municipalité restera en place jusqu’en 1965.


Montagnac, gros village de la plaine languedocienne, était bien doté en services publics et privés : mairie, perception, gendarmerie, écoles publiques et privées, collège public, gare de chemin de fer d’intérêt local, caserne de pompiers, abattoirs, cave coopérative, distillerie, tuilerie, médecins, pharmaciens, sœurs infirmières et garde-malades, paroisse catholique, paroisse protestante. 

La population était concentrée dans le centre historique et les premiers abords. On parlait de " quartier haut ʺ et de " quartier bas ʺ

 


Dans les rues passaient les chevaux (500 en 45) et charrettes. Sur la route de rares voitures,  parfois en 46 des voitures américaines avec des soldats qui distribuaient des bonbons aux enfants. (c’est un souvenir d’André Nos). Les engins à moteur : voitures, tracteurs, vélomoteurs viendront plus tard, timidement d’abord, en plus grand nombre dans les années 50.

II      L’ALIMENTATION 

C’était le problème majeur depuis 1940, début de l’occupation allemande en France.

Pour faire face à la pénurie alimentaire et aux autres pénuries dues au pillage de l’économie de la France par l’armée allemande, le gouvernement de Vichy avait mis en place un système de rationnement de denrées et produits de première nécessité. Dès septembre 40 des cartes d’alimentation avaient été instituées dans toute la France, cartes qui vont durer jusqu’au 1er décembre 1949. En effet en 1945 avec la paix retrouvée, on avait cru pendant quelques mois que le rationnement n’était plus nécessaire. Erreur fatale. Le 1er décembre les cartes d’alimentation reprennent du service et ce jusqu’en 1949. On venait de s’apercevoir qu’en partant les allemands avaient tout raflé : farine, sucre, café, essence …..  Bref on était démunis, réduits un temps au pain de maïs. 

En 46 les queues de ménagères devant les boutiques de commerçants ne cessaient de s’allonger car au manque de denrées, s’ajoutait souvent une rupture d’approvisionnement plus ou moins longue. En attendant on se rattrapait comme on pouvait : haricots, topinambours, rutabagas, salade des champs …. Comment se présentaient ces cartes d’alimentation ou plus exactement d’identité alimentaire ? Elles donnaient droit à un contingent de coupons (pour les rations mensuelles comme le sucre ou le café) et à des tickets (pour les rations hebdomadaires ou journalières) à remettre aux commerçants, en plus du paiement des produits. Elles étaient distribuées à la mairie. La quantité dévolue à chacun étaient définie selon l’âge et la profession. 


À cet effet la population était classée en différentes catégories dont les principales étaient : E (enfants), J (jeunes et adolescents), A (adultes), T (travailleurs de force), C (travailleurs agricoles), V (personnes âgées). Ces jeunes étaient classés de la façon suivante : J1 (3 à 6 ans), J2 (6 à 12 ans), J3 (13 à 25 ans). Les jeunes en pleine croissance (J3) et les travailleurs manuels bénéficiaient de quantités plus importantes. Le principe des cartes d’alimentation était étendu aussi à toute une série de produits de première nécessité comme le charbon, les chaussures, l’essence. Dans le village on essaie de survivre avec moins de difficultés qu’en milieu urbain, mais le vin, produit de la monoculture ne nourrit pas la population. Ceux qui ont un jardin ou un morceau de terre vont semer des pommes de terre, des pois chiches, des rutabagas, des topinambours base populaire de l’alimentation. On plante du tabac, on grille de l’orge pour faire du café.

Certains se groupent en famille pour élever un cochon, essayer de l’engraisser avec farine, topinambours, épluchures et restes de repas, s’il y en a. Quand on arrivait à obtenir un poids confortable (de 50 à 150 kg) la famille avait de quoi se nourrir pendant longtemps, car comme dit l’adage « tout est bon dans le cochon ». Après avoir tué le cochon commençait le travail de transformation qu’on appelait "la fatigue" qui portait bien son nom et prenait du temps et de l’énergie. On salait les jambons pour qu’ils se conservent, on préparait les terrines de pâtés, le boudin, les saucisses, les abats, le lard et le sang qu’on faisait frire et qu’on appelait le « sanquet ». D’autres élevaient des lapins, faciles à élever avec les plantes, les herbes de campagne, une pâtée de son, des restes divers. Les lapinières étaient légions dans le village. La chasse avait été interdite pendant l’occupation, la paix revenue les chasseurs pouvaient compter sur une certaine abondance du gibier. 

 Le braconnage avec furet, bien qu’interdit, prenait une certaine dimension. Un moyen d’obtenir de la viande de porc, de la charcuterie consistait à créer des liens avec les fermiers du Tarn ou de l’Aveyron et de changer du vin contre de la viande. Les communications en train n’étaient pas faciles mais on était prêts à faire des efforts pour manger. Par ailleurs les grands-mères connaissaient les plantes de campagne comestibles et les faisaient connaître à la famille : les râpettes, pissenlits, répounchous, poireaux, asperges sauvages …. et autres  dont nous avons perdu les souvenirs. On disait que tout était dans la campagne : il suffisait de connaître et de chercher. En ces temps-là les chercheurs des produits de la terre étaient légion. 

III     COMMERCE ET ARTISANAT                                                 

Quelques années encore, après la guerre, le village vivait replié sur lui-même, mais il possédait bon nombre de commerces et d’artisans qui lui permettaient de se suffire et qui resteront en place dans les années 50.                                                                                                                                                  

Les commerces de bouche                                             

-  14 épiceries parmi lesquelles 2 docks, la coop, Marie Perez rue du commerce, Jules Arnaud, Aïdée Valette, Élodie Chabert, épicerie Rouquette, épicerie Tardieu.

-   5 boulangeries : Coulet, Pinchard, Julette, Arnal, Del Rey, Sanjuan, dont les fours cuisaient le pain au feu de bois. Chez Arnal on pouvait apporter les plats de gratin à cuire dans le four. Une chaise était toujours à disposition pour ceux qui attendaient ou voulaient parler.

-   6 boucheries : Cavallès, Poulain, Delfo, Malzac, Rigaud. Boucher chevalin :    Bonnafous.

-   4 laitiers dont 2 possédaient une étable avec des vaches qui fournissaient le lait frais aux montagnacois : M. Sicard rue Lafayette et M. Gavalda au pont St Thomas ; Celui-ci possédait 4 ou 5 vaches qu’il avait achetées à M. Pouget et qu’il a conservées jusqu’en 1958-1959. Comme l’étable était près du pont de l’Ensigaud et qu’il débordait parfois lors des grandes pluies, il fallait déménager les vaches chez les voisins, M. Pauzier ou chez Mme Salvaing un peu plus haut. On allait chercher le lait frais avec un pot au lait tous les jours.

 L’abattoir :

À la libération l’abattoir communal de Montagnac, ouvert depuis 1877, reprend progressivement du service. Les bouchers d’abattoir se chargeaient de tout. Du service d’inspection vétérinaire contrôlant la qualité sanitaire. La population ainsi était rassurée en boucherie. La commune percevait des taxes d’abattage et tirait profit des revenus liés à la vente des peaux. L’abattoir fermera en 1967, plus tard, après des travaux il deviendra " Maison des Associations ."   

                                                                    


                                                                 

  

                   Les commerces d’habillement

-   Lingerie-mode : Mercerie de Babeth place de la mairie, de Rose Rouzier et de Mme Rességuier grand-rue.

 -   Les Galeries commerciales de Maria Malamenède dans la rue Malirat où on pouvait s’habiller et trouver pour coudre, tricoter et même, éventuellement, des fournitures scolaires pour la rentrée des classes. Les mères de famille et les jeunes filles de la maison réalisaient elles-mêmes leurs vêtements en tricotant la laine ou le coton, en cousant, en brodant. Elles tricotaient même des maillots pour les enfants, s’ils avaient l’occasion de se baigner dans l’Hérault, ou plus tard à la mer, maillots difficiles à porter quand ils étaient mouillés.

-  4 cordonniers pour réparer les chaussures qui devaient durer très longtemps : les galoches


             Commerces et artisans pour l’entretien de l’habitat et des chevaux

-   2  drogueries, peinture, quincaillerie : M. Pradel et M. Gars

-   4  serruriers  dont M. Calas

-   5  marchands de bois et charbon dont MM. Cayrol et Carminati

-   1  tonnelier

-   1  marchand de cycles

-   2  forgerons, charrons pour réparer les roues et les charrettes

-   1  maréchal ferrant pour ferrer les chevaux.

Les chevaux en effet étaient très nombreux à Montagnac (500 à 560 en 1944) pour les travaux agricoles : labours, vendanges, moissons (avoine principalement mais aussi orge)  et fermes dans la plaine. On attelait le cheval à la grosse charrette qui servait à transporter les outils agricoles, les comportes de vendanges ou le foin. On se servait d’une charrette légère, la " jardinière " pour les déplacements dans la commune ou vers les communes proches pour faire des courses. Les chevaux étaient également utilisés dans les services publics de la mairie depuis le début du 19e siècle : Le corbillard était tiré par des chevaux pour les enterrements. La " tonne ", plus généralement appelée la " tinette " était une citerne destinée à prélever le contenu puant des seaux hygiéniques que vidaient les ménagères. Un cheval la promenait dans les rues du village tous les jours. Odeurs et propreté garanties !!! 



-   2 commerces de fourrage pour alimenter les chevaux : celui de M. Fave et celui de M. Pouget.

 Mais on pouvait aussi faire de l’herbe, naturelle ou artificielle (luzerne, vesces, trèfle …..) dans les prés de la plaine ou en fauchant au bord des vignes, en faisant ce qu’on appelait des  " fagots " pour économiser le fourrage. Après les années 40 le village sort peu à peu de l’engourdissement des années de guerre et de l’atmosphère de guerre froide qui suivit.

 

IV   L’EAU ET L’HYGIÈNE

Montagnac avait :                                                                                                                                          

-  2 médecins pour soigner la population : le docteur Roger Salvaing et le docteur Jean Granal, ancien maire du village.

-  2 sage-femmes : Rosette ? et Mme Puech qui ont aidé à mettre au monde de nombreux enfants montagnacois. Le baby boum est arrivé après-guerre et a comblé le vide laissé par la guerre.

-  des sœurs garde-malades et infirmières.

En 1953  la mairie se préoccupe de l’assainissement des rues qui sont en fort mauvais état : les eaux usées stagnent et répandent de mauvaises odeurs préjudiciables à la salubrité publique. Il convient d’envisager la réfection ou la construction de caniveaux dans certaines rues du village. Ce sera fait à l’aide de la main d’œuvre locale, notamment de nombreux chômeurs générés par la mévente du vin (60 selon les estimations). Un autre problème sera réglé : celui de l’eau. L’eau courante n’était pas installée dans les immeubles, elle était disponible aux fontaines comme celle de la place de l’église ou celle du griffe dans la grand-rue ou des fontaines en fonte qu’on trouvait au coin des rues.


Il y avait un abreuvoir pour les chevaux au fond de la grand-rue et un autre au bas de l’esplanade (face au monument aux morts).


2 lavoirs : 1 rue de la tour constance, 1 chemin de la piboule (lavoir des frères). Le petit linge de famille se lavait directement au lavoir où on le savonnait avec la pierre à savon de Marseille, puis on le rinçait dans le deuxième bassin. Concernant les draps, les femmes utilisaient une lessiveuse, sorte de grande cuve en zinc avec un couvercle qu’on posait sur un trépied pour chauffer l’eau au feu de sarments ou de ceps de vignes. Elles ajoutaient des cendres de bois riche en potasse pour blanchir le linge. C’était l’unique marque de lessive et elle était écologique. On faisait la " Bugadoʺ  mot occitan désignant la lessive et c’était la machine à laver naturelle dont la seule énergie résidait dans les bras de la ménagère. C’était aussi, éventuellement, le récipient idéal pour prendre un bain, à défaut de baignoire. La toilette, il est vrai, restait un élément mineur de la vie quotidienne.

       Les Bains Douches                                                                                                                        

C’est vers 1936 que les montagnacois vont pouvoir profiter avec bonheur des Bains Douches qui seront ouverts toutes les semaines (jusqu’en 1979) avec une interruption pendant la guerre. L’établissement était ouvert 3 jours par semaine : le jeudi pour les enfants, le samedi et le dimanche matin pour les adultes. Un responsable avait été nommé en 1945, M. François Philippy pour la bonne marche et l’entretien du bâtiment. Il sera préposé également à la perception des recettes car l’entrée était payante pour les adultes. Les enfants y avaient accès gratuitement le jeudi, jour de fermeture des écoles. C’est le 15 mars 1945 qu’a lieu la remise en marche des Bains Douches, avec le changement de la chaudière à charbon.  


              Le tout à l’égout  

Il en fut question à la réunion du conseil municipal le 2 décembre 1947. Ce projet ne verra le jour  qu’en 1965, travaux achevés en 1971. On verra encore la " tinette " malodorante, modernisée en 1954 avec un véhicule à moteur neuf qu’on appelait " la tonne " pour son volume, conduite par M. Roques, faire le tour du village tous les jours. Et on voyait une scène assez typique de ce temps : Les ménagères, encore en toilette de nuit qui attendaient devant leur maison pour vider dans le véhicule leur seau hygiénique qu’elles rinçaient ensuite dans le ruisseau sans souci des règles d’hygiène !!!! Dans les années 54-55 fut construit un WC public à l’emplacement du SPAR actuel.

            V   LA VIGNE – PROBLÈME ECONOMIQUE     

À partir de 1945, avec la paix revenue, la reconstruction du pays et la remise en marche de l’économie étaient urgentes. La population de Montagnac, depuis longtemps, vivait essentiellement de la culture de la vigne. Sont arrivés selon André Nos, un millier et demi d’hommes, prisonniers ou astreints au S.T.O (Service du travail obligatoire en Allemagne) qui ont manqué pendant cinq ans. 

Les vignes ont été entretenues comme on pouvait le faire, souvent par des femmes, pendant la durée de la guerre et souvent négligées.                                           


On retrousse les manches comme le demandait une affiche rédigée par Marcel Paul Ministre communiste de l’industrie, apposée dans rue Malirat. Elle représentait un ouvrier les manches retroussées, qui proclamait :  « Retroussons nos manches et ça ira mieux » Donc on y va.

On repartait sur les bases de 1940 avec les méthodes d’alors : matériel, chevaux …. Et le souci de produire abondamment. Chacun retrouvant ses habitudes. Au bout de quelques années le progrès arriva lentement. Le cheval progressivement céda la place aux engins mécanisés : tracteurs, voitures, camionnettes particulièrement. Le matériel d’occasion acheté au départ fût remplacé dans les 50 par du matériel neuf. En 1937 la cave coopérative avait été créée, après-guerre de nombreux petits et moyens propriétaires la rejoignent et le volume de vin mis en vente augmentait.

 


De la vente des vins dépendait aussi artisans et commerçants du village. Mais en 1953, sous le coup d’ une production nationale abondante et surtout de l’arrivée des vins d’Algérie, la mévente s’installe avec le chômage. Les manifestations de viticulteurs se multiplient en Languedoc. La crise est sévère, peut-être une des plus sévères qu’ait connu la viticulture méridionale. Ouvriers, propriétaires, tout le monde souffre. Les grandes campagnes Lavagnac et d’autres licencient.

En 1955 le Maire fait adopter par le Conseil Municipal le projet : « curage et bétonnage de l’Ensigaud en le faisant exécuter par des chômeurs. » On parle de 60 chômeurs à Montagnac. De nombreuses petites exploitations viticoles vont être condamnées à fermer. Avec 8000 pieds de vigne en 1939 un petit viticulteur vivait à l’aise. Ce n’était plus le cas alors. « Les années 50 ont porté un coup mortel à la viticulture populaire languedocienne »  dit Geneviève Gavignaud-Fontaine professeure à l’Université de Montpellier. Le terrible hiver de 1956 n’a pas aidé les petits viticulteurs à préserver leur bien. 

 VI   LES ÉCOLES                                                                                      

  Les écoles publiques                                                                                                                

En 1945 des réparations sont effectuées à

-  l’école de garçons, Jules Ferry, qui est aussi le collège face à l’ancienne gendarmerie, école occupée par l’armée allemande pendant la guerre, située rue Roquelieu. Le 2 juillet 19345, le maire, Raymond Ruan remet au conseil la proposition d’un de ses membres, de donner à la rue le nom du gendarme Lebaron assassiné par les allemands le 21 août 1944.

-  L’École maternelle et primaire de filles, rue Jean Jaurès.

- Le cours complémentaire qui préparait au brevet, au brevet élémentaire, au concours de l’école normale, des PTT, de la perception et de la gendarmerie. Il accueille les élèves qui continuent leurs études après le certificat. Un agrandissement est demandé, il ouvre une classe de centre ménager pour les élèves qui abandonnent leurs études. La scolarité était obligatoire jusqu’à 14 ans, la règle n’était pas toujours respectée. Pour les travaux des vendanges, des dérogations pouvaient être accordées du 1er au 15 octobre. La rentrée des classe avait lieu le 1er octobre après les vacances d’été qui duraient du 14 juillet au 1er octobre. Vacances de Noël – Vacances de Pâques. En semaine, jours de classe du lundi au samedi compris – jeudi congé – 7heures de cours par jour. 

      Les écoles privées catholiques

-  École d’Alzon pour les garçons

-  École Puységur pour les filles

Dans le public comme dans le privé un certain nombre d’élèves abandonnent leurs études après le certificat pour aller travailler à la vigne.

  VII   LES DIVERTISSEMENTS

 On comptait à Montagnac :                                                                                                                          

-  5 bars où les hommes se retrouvaient après la journée de travail ou le dimanche : café Marcélou, près du cinéma Bringuier, café du progrès, le lyrique…

Le cinéma tenait une place importante dans la vie du village, il ouvrait le samedi et le dimanche et il était très fréquenté. Outre les films qui y étaient projetés, les actualités de la semaine y étaient rapportées avant l’entracte. Celles-ci étaient un complément aux informations que les gens pouvaient avoir à la maison par le biais du poste de radio ou du journal. C’était surtout un complément visuel.

-  2 cinémas, le Kursaal créé en 1931 par Aloïs Bringuier, pris en charge par la suite par son fils André, jusqu’en 1970 sous le nom de Lynx et le Rex créé en 1947 par M. Roux qui sert actuellement de salle de rencontres sous le nom d’André Sambussy. Cet immeuble qui appartenait à M. Louis Fave a été acheté par la Mairie en 1954. Il consistait en un rez-de-chaussée anciennement à usage de cinéma et deux appartements à l’étage qui vont servir au logement du percepteur.

La grande salle ou salle des fêtes va connaître des soirées animées par les bals qui avaient beaucoup de succès auprès de la jeunesse, surtout pour la fête de Montagnac, en novembre. Comme ils n’avaient pas les moyens de se déplacer, les jeunes gens se retrouvaient le week-end sur l’esplanade haute et faisaient des : « mounto, dabalo » comme disaient les anciens, c’est à dire des  allers-retours tout en discutant et riant. La promenade basse non éclairée, était plutôt fréquentée par les amoureux. Chaque année on pouvait assister : à la fête du carnaval, kermesse catholique, kermesse protestante, fêtes des écoles publiques. Lotos- jeux de cartes, chez soi ou dans les cafés, très appréciés, souvent en équipes constituées et fixes.

La radio, quand on possédait un poste, tenait une place importante dans la vie des gens : informations, distractions, jeux divers, musique, romans radiophoniques. Par exemple l’émission des chansonniers : Le grenier de Montmartre a tenu longtemps l’antenne. C’était un plaisir qui avait été longtemps contrôlé, interdit.. Et qu’on pouvait savourer « Radio Paris ment, Radio Paris est allemand, c’était bien fini.

   Jeux d’enfants

Filles : balles, marelle, saut à la corde, poupées, osselets…..

Garçons : billes surtout, clots, cerceaux, traineaux, patins à roulettes…..

Les déplacements étaient très limités, les voitures étaient rares, les vélos aussi. Pour sortir du village et aller en ville, il y avait les cars Joulié, puis les cars des courriers du Midi ou le tram, l’intérêt local avec sa gare au fond du village. Le 30 octobre 1953 la municipalité demande à la SNCF le maintien de la ligne ?... non pour les voyageurs mais pour le fret, le transport des vins ce qui était important pour la vie de la coopérative.

 Les sports

Le 7 novembre 1946 le conseil municipal envisage, pour les jeunes, l’acquisition d’un terrain situé camp de Lacroix de 1 ha pour la création d’un terrain de sports. Il existait un terrain de foot aux " Coquilles "situé hors du village, route de Villeveyrac où se déroulaient les matches de foot. Ce terrain était trop loin pour les scolaires. Des clubs de vélo sont nés avec la carrière d’André Plautin qui court plusieurs tours de France et remporte quelques étapes en 1930.

Mais le sport qui a le plus rivalisé avec le foot c’est la pelote basque qui peu à peu disparaitra. André Nos se souvient «  de matches de foot merveilleux sur le nouveau stade, l’USM avait ouvert une page glorieuse avec une génération de joueurs doués. Les matches Montagnac à Sète déplaçaient des foules » C’est l’époque également où la pétanque s’installera et l’emportera, sans la faire disparaitre, sur la lyonnaise (jeu de boules très présent avant-guerre.


Quelques souvenirs d’André Nos

                                                                                   Recueillis par Simone Arnavielhe

 

le théâtre occitan

 

Dans cette après-guerre un fait que l’on doit signaler, un retour du théâtre occitan inattendu, la série de pièces de théâtre en occitan d’Henri Moulin : Catinou qui va faire le tour de notre région pendant de longs mois et soulever l’enthousiasme des foules en même temps qu’une bonne humeur bonne enfant à partir de notre langue. Un Français « matise » de nombreuses expressions caractéristiques. Pourquoi le succès de ce  théâtre considéré alors comme rétrograde a eu autant de succès ?

Quoique l’on dise la langue d’oc qui n’est pas un simple patois est familière à la génération 1919-1940, on la parle, on la comprend avec ses nombreuses nuances, pour un tel spectacle non seulement la salle suit mais aussi participe. Il s’agit d’un théâtre bien ancré chez nous qui emprunte toute sa saveur à notre vie courante, les sujets sont familiers sans prétention, sans malice ou méchanceté, on rit parce qu’on rit de nous-même, de nos petites faiblesses.

Jouées sans relâche de Toulouse à Montagnac, les pièces déclenchent le rire libre, sans prétention, elles valent pour les deux personnages aux r bien roulés de Catinou (la petite Catherine) une grosse et courte femme aux rires anodins communicatifs, opposée à son mari Jacontin (le petit Jacques), un personnage grand et maigre qui a souvent un temps de retard. Le texte, une conversation familière qui soit, pour son quiproquo, ses naïvetés mais aussi pour son bon sens qui se moque des conversations ennuyeuses. Les personnages ont le temps et ils laissent au spectateur d’apprécier tout le sel de ces conversations, en apparence anodines. Les gens ne se lassent jamais et le succès dure des mois. Le succès est si populaire qu’il suscite des imitateurs dans le village.

Montagnac a sa Catinou (la vedette) et son Jacotin qu’on applaudit dans les fêtes d’associations et pourtant ce ne sont que de simples imitations (texte et personnages). Catinou est Antoine Sanchez qui se fabrique un duplicata de Catinou et Jacobin c’est André Ruan, personnage long et mince, et ça marche. Et pourtant tout cela a passé vite, vite célèbre, vite oublié et jamais repris.

                                                                  les jeux de boules

Une autre particularité ignorée, durant cette période, les fins d’après-midi d’été étaient occupées par la pétanque, mais on oublie souvent qu’existait aussi un autre jeu de boules « la longue » ou « Lyonnaise » qui avait ses passionnés et ses concours.

Il se déroulait dans l’allée de l’abattoir à l’ombre des platanes, en bordure de l’Ensigaud, encadrant le grand urinoir, étaient aménagés des emplacements, limités par de grands madriers qui limitaient plusieurs terrains sur lesquels se déroulaient les parties. Contrairement à la pétanque (pieds immobiles) ici on pouvait prendre son élan. Les boules étaient faites de boule de bois plus grosses que celles de la pétanque, sur lesquelles étaient plantés des clous à tête se touchant. On prenait les boules à deux mains et son élan soit pour pointer, soit pour tirer. Les parties se succédaient en 13 points ( là je ne me souviens pas )

D’ailleurs les principaux concours étaient à la lyonnaise et non à la pétanque, celui-ci se développera par la suite pour être joué dans le monde entier.

 

     CONCLUSION DU COLLOQUE

 Sur l’esprit du temps :                                                                                                                                  

-  Immense satisfaction de la population avec la paix retrouvée. Gratitude vis-à-vis des combattants de la Résistance et des alliés de la France.

-   Envie de tout reconstruire ensemble, en nation.

Travail énorme consenti avec des sacrifices et en même temps besoin de justice et d’égalité, de promotion sociale.

Des nuages dans le ciel : guerre d’Indochine, d’Algérie débutante. 

Mais l’espoir reste. 

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    2024                                                  12 octobre 2024                                                                  











                           Ouverture du colloque

              

                                                                                       par Alain GARCIA

Nous fêtons, cette année, les 80 ans de la libération de notre région, un des épisodes les plus importants de la 2ème Guerre Mondiale, événement qui a marqué le XXème siècle. Toute la région, villes et villages, ont célébré cet anniversaire de diverses manières. Notre association, les Amis de Montagnac, ne déroge pas à la règle en lui dédiant ce colloque. Le bureau m'a demandé d'en être le président de séance, ce que j'ai accepté, et j'en suis très honoré.

En introduction de ce colloque, je voudrais vous faire part de quelques réflexions générales et personnelles. La libération de notre région est arrivée après les débarquements des forces alliées en Normandie et en Provence, qui comprenait aussi des Français. Cette libération faisait suite à des années d'occupation du nazisme et des Allemands et du gouvernement de Vichy qui a collaboré activement avec eux. Toutes les guerres ont les mêmes effets : victoires, défaites, des soldats tués, des civils tués, des prisonniers, des déportés, des héros, des traîtres. C'est particulièrement vrai pour cette 2ème guerre mondiale. Il reste, aussi, et c'est souvent le cas, la majorité d'un peuple qui subit, reste plus ou moins silencieux, en attente de jours meilleurs. Les hommes absents, les femmes travaillent et s'occupent des enfants, des grands-parents, et vice-versa. Elles écrivent souvent des lettres à leur mari ou parent prisonnier. Au cours de cette libération de notre région, en août 1944, les anecdotes sont nombreuses sur ceux qui résistaient depuis des années, puis d'autres dont le comportement prêtait à confusion, soit par égoïsme, par intérêt ou opportunisme. Certains historiens ont parlé aussi des excès commis.

L'Histoire est ainsi faite d'anecdotes mais aussi de grands évènements. De la période que nous traitons aujourd'hui, il ne faut pas oublier l'essentiel : les vraies valeurs étaient du côté des forces alliées et de la Résistance. Notre République, avec sa devise (Liberté, Egalité, Fraternité) n'était pas du côté des nazis, et du gouvernement de Vichy et de ceux qui le soutenaient. Cette devise, c'était l'honneur de ceux qui ont combattu et résisté contre les dictatures et une théorie raciale, négationniste. Je ne comprends pas que l'on puisse salir cette vérité, même 80 ans après, par certains qui essayent de minimiser ou justifier les actions du gouvernement de Vichy ou même du nazisme. Les forces alliées, même si elles avaient de futurs objectifs stratégiques ou géo-politiques, ont été d'une importance capitale pour la libération de notre région et de notre pays.

Mais les réseaux de résistance, les maquis ont joué aussi un rôle déterminant. Ils l'ont payé très cher. Toutes les routes nationales, départementales, parfois des chemins, les villes les villages ont des stèles à divers endroits qui rendent hommage à ses résistants qui ont succombé dans des combats ou ont été fusillés. Certains ont survécu. Je ne sais pas comment s'est passé le départ des Allemands de Montagnac ; c' est une page qui reste à écrire. Mais parce que nous sommes à Montagnac, je citerai quelques-uns de ces hommes qui concernent notre village, certes à des degrés divers. Pierre Sirven et Elie Martin, le capitaine Azéma dont vous connaissez les histoires.

Le gendarme Lebaron, de la brigade de Montagnac, tué sur la route entre Adissan et Fontès ; il était dans le maquis de Bir-Hakeim. Compan Marcel, né à Montagnac. Lui aussi, du maquis de Bir-Hakeim. Il fut tué par les Allemands, près de Montpeyroux, en revenant de mission. Le gendarme Olive Léon, débu 1944, rejoint le maquis Latourette. En Août 1944, de durs combats se passent autour de Saint-Pons-de-Thomières. Il participe activement et pour son action, recevra la médaille de la Résistance. Destin cruel ; après la guerre, Olive est nommé à la brigade de gendarmerie de Montagnac. En 1948, il est abattu par de dangereux gangsters au tournant de Marennes, dont un certain Abel Danos qui, pendant la guerre, était dans la Gestapo française, la Carlingue, dirigée par Henri Laffont, rue Lauriston à Paris. Beaucoup de crimes sont à son actif. Arrêté, il sera traduit par un tribunal militaire et fusillé en 1952, Je peux nommer aussi Clergue Maurice, issu d'une famille de Montagnac, marié à une fille de Montagnac. Pendant la guerre, il fait partie d'un réseau de résistance autour de Lyon. Pris et torturé dans les prisons de cette ville, il sera déporté. Il survivra et obtiendra la Légion d'Honneur. Sa fille habite Montagnac ainsi que ses petits-enfants.

Dernier nommé, parce que sa fille habite Montagnac, adhérente de notre association, Pierre Hentic. Il a occupé de hautes fonctions dans la Résistance, en région Bretagne. Cela lui valut de nombreuses décorations : commandant de la Légion d'Honneur, médaillé par la Grande-Bretagne et les Etats-Unis. De tout ce que je viens de dire rapidement, les conférenciers d'aujourd'hui vont en parler plus précisément, historiens qu'ils sont et que je ne suis pas. Pour la matinée, Alain Alquier ouvrira le colloque avec son exposé : Occupation et Libération. Puis, ce sera autour de Jean Michel Abbes qui nous parlera de la Libération dans l 'Hérault. Dans l'après-midi, vers 15h15, Jean-Claude Richard évoquera le maquis de Bir-Hakeim.

 Le président de séance clôturera la journée par une conclusion.

                       Bonne écoute et bonne journée.

 

  

                             L’occupation allemande et la libération

                             dans le département de l’Hérault

                                            novembre 1942-août 1944

Complément de l’article paru dans le bulletin N° 114 (colloque 2021)

                                                                                       par Alain Alquier 

Docteur en Histoire contemporaine de l’Université Paul-Valéry Montpellier III, auteur d’une thèse consacrée à l’occupation allemande dans le département de l’Hérault (1942-1944).

Introduction

À la veille de la Seconde Guerre mondiale l’Hérault est un département qui compte environ 500 000 habitants. La concentration de la population est avant tout côtière. Les trois villes principales sont Montpellier (90 000 habitants), Béziers (73 000 habitants) et Sète (37 000 habitants). L’économie du département est essentiellement tournée vers la viticulture. L’Hérault, comme en 1914, est le premier producteur de vin de table de France. On relève, par ailleurs, une activité industrielle à Béziers (usines métallurgiques Fouga), à Sète et Frontignan (usines pétrochimiques) ; et une activité minière dans les hauts cantons (Graissessac, Le Bousquet d'Orb). Politiquement, le département est ancré à gauche. Lors des élections législatives de 1936, la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO), les radicaux et néo-socialistes ont obtenu quelque 75 % des suffrages. Le Parti communiste français est à 13 %. Le village de Montagnac, quant à lui, compte près de 3 500 habitants. Le maire est André Bringuier, propriétaire-mécanicien âgé de 40 ans. L’homme se réclame du radical-socialisme.

            Le 3 septembre 1939, alors que la France et le Royaume-Uni déclarent la guerre à l’Allemagne qui vient d’envahir la Pologne, les Héraultais sont mobilisés et rejoignent leurs unités. Le 10 mai 1940, après une « drôle de guerre » de plusieurs mois, la Wehrmacht attaque à l’ouest. En quelques jours (percée de Sedan), la situation militaire est déjà désespérée. Malgré des résistances farouches, les meilleures forces de l’Armée française et le Corps expéditionnaire britannique se trouvent encerclés dans la « poche de Dunkerque ». Après que les Alliés ont tant bien que mal réussi à évacuer, l’Armée allemande poursuit la conquête du territoire métropolitain. Devant l’avancée fulgurante des troupes de Hitler (Blitzkrieg), les responsables français sont divisés entre partisans de la résistance (Paul Reynaud, Charles de Gaulle, Édouard Daladier, Georges Mandel...) et partisans de l’armistice (Pierre Laval, Maxime Weygand, Philippe Pétain...). Les défaitistes parviennent finalement à emporter la décision. Le 17 juin 1940, le maréchal Pétain, le « vainqueur de Verdun », prononce son célèbre discours radiodiffusé dans lequel il demande aux Français de « cesser le combat » et annonce faire le « don de sa personne » à la France. Le lendemain, depuis Londres, le général de Gaulle lance son appel historique : « Quoi qu’il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s’éteindra pas ».             

            La société française est sous le choc, traumatisée. Des millions de personnes se trouvent encore sur les routes après avoir pris la fuite devant l’avancée des armées allemandes (exode). Quelques jours après l’intervention radiodiffusée du Maréchal, un armistice est signé dans la clairière de Rethondes, en forêt de Compiègne, là où la Première Guerre mondiale avait victorieusement pris fin pour la France en 1918. Ce court texte de 24 articles acte le partage de la France en plusieurs zones, notamment une zone occupée et une zone libre, séparées par une ligne de démarcation correspondant, peu ou prou, à l’avancée ultime des troupes allemandes. La France devra régler de lourdes indemnités d’occupation à l’Allemagne, mais pourra conserver ses possessions coloniales et sa puissante flotte. Son armée sera cependant réduite à 100 000 hommes et les prisonniers de guerre resteront en captivité jusqu’à la conclusion de la paix.

            Sur le plan politique, les pleins pouvoirs sont votés au maréchal Pétain le 10 juillet 1940 par le Parlement réuni dans le Grand Casino de Vichy. Seuls 80 parlementaires sur 569 s’opposent à la fin de la République. Parmi eux se trouvent trois Héraultais : Jules Moch (SFIO), Paul Boulet (Gauche indépendante) et Vincent Badie (radical-socialisme). Le maréchal Pétain est officiellement chargé de promulguer une nouvelle Constitution par un ou plusieurs actes, et devient le chef d’un nouveau régime depuis Vichy : l’État français. Aidé de son vice-président du Conseil Pierre Laval, il souhaite instaurer une « Révolution nationale » en prônant les valeurs du travail, de la famille et de la patrie.

            L’Hérault à l’heure allemande

            Le 8 novembre 1942, alors que l’Hérault vit sous le régime de Vichy depuis plus de deux ans, les Alliés débarquent dans les territoires français d’Afrique du Nord (opération Torch). En quelques jours, le Maroc et l’Algérie passent dans le camp anglo-américain, après des négociations entreprises avec l’amiral Darlan, ancien vice-président du Conseil du maréchal Pétain (9 février 1941-18 avril 1942). Désormais, les Alliés menacent le littoral méditerranéen français. En conséquence, Hitler ordonne à ses troupes de franchir la ligne de démarcation et d’aller occuper la côte du sud de la France (opération Anton II). Cette invasion s’opère le 11 novembre 1942, jour du vingt-quatrième anniversaire de la signature de l’armistice de 1918. En quelques jours, Vichy perd son Empire, sa souveraineté et sa flotte, qui choisit de se saborder à Toulon pour éviter d’être prise par les Allemands.

               Les premières troupes de la Wehrmacht arrivent dans l’Hérault le 11 novembre 1942 en toute fin de soirée, en gare de Béziers. Dix convois se succèdent dans la ville jusqu’au 13. L’invasion du département s’opère d’ouest en est. Agde, Sète et Montpellier sont prises le 12, Montagnac le 15. Le village reçoit 12 officiers et sous-officiers, 110 hommes, ainsi que 60 véhicules et 120 chevaux. L’administration de la commune est alors toujours confiée à André Bringuier, reconduit dans ses fonctions par le régime de Vichy le 9 avril 1941 (avec tout le Conseil municipal élu en 1935, le cas est rare). Le premier adjoint est Jules Cazes (président local de la Légion française des combattants), le deuxième adjoint est Joseph Vidal. L’épineuse question du logement des troupes se pose très vite partout dans le département. L’armée allemande s’empare de nombreux bâtiments. Pour abriter la troupe, les écoles sont des cibles de premier choix, tout comme les hôtels et les casernes militaires. Les officiers et certains sous-officiers sont logés chez l’habitant. Les particuliers touchés par des réquisitions allemandes sont indemnisés.


Ce n’est pas la première fois que des Héraultais rencontrent des éléments de l’Armée allemande. Des commissions d’armistice avaient parcouru quelques villes héraultaises à l’été 1940, notamment Montpellier, Béziers et Sète. L’occupation vise avant tout les communes comprises dans un bandeau de 20 kilomètres depuis la côte. Au-delà, l’occupation est ponctuelle et dépend de l’importance stratégique ou économique de la commune.                                                                                                                                                  

Conclusion

Le département de l’Hérault sort exsangue de la guerre. Les habitants sont épuisés par des années de privations et d’angoisse. L’occupant a fait pourtant preuve d’une relative mansuétude devant une population obsédée par son ravitaillement qui ne lui opposait pas une résistance farouche. Il n’a pas écrasé de sa botte des Héraultais centrés sur leurs droits qui cherchaient sans cesse à négocier pour atténuer les contraintes qui pesaient sur leurs épaules, déniant une guerre qui se déroulait loin de chez eux. Les actes de répression sont peu nombreux tout au long de ces quelque vingt-deux mois d’occupation, excepté vis-à-vis de la Résistance et des minorités honnies par le nazisme, notamment les Juifs. Le commandement allemand a toujours sanctionné les débordements provoqués par les soldats dans les communes occupées.

Entre 1942 et 1944, dans l’Hérault, un modus vivendi a existé entre les habitants et la troupe allemande afin de régir les relations quotidiennes et ne jamais envenimer les situations outre mesure. Malgré des intérêts divergents, malgré des mésententes, malgré des animosités, malgré des frictions, malgré une antipathie réciproque, les forces allemandes se sont évertuées à ne jamais écraser de leurs bottes des Héraultais résignés, mais tatillons. Sans s’aimer, soldats allemands et Héraultais ont surtout cherché à ne pas se rendre mutuellement la vie intolérable. Il découle de cette accommodation réciproque une évacuation plutôt calme en août 1944, à la place d’une violente libération.

            S’il est possible d’expliquer l’attitude de la population par les souffrances imposées par les pénuries, et la crainte des représailles, plusieurs raisons semblent motiver le comportement des soldats allemands. D’abord des questions raciales, les Héraultais font partie d’une Europe de l’Ouest dont les peuples sont mieux considérés dans l’idéologie nazie que ceux de l’Europe du Sud et de l’Est. On trouve aussi des motivations liées au régime de Vichy. Les Héraultais sont intégrés dans le territoire administré par cet État français qui collabore ouvertement avec l’Allemagne pour garantir sa place dans un futur Reich européen.

Mais ces facteurs, très généraux, se retrouvent partout en France. Il convient donc d’envisager aussi des facteurs locaux. La Résistance héraultaise ne représente pas une menace de taille, ce qui incline au compromis plus qu’à la répression. Enfin, beaucoup de militaires savent que la rotation des troupes est permanente et ont une crainte aiguë de quitter trop précipitamment la région. Tous les soldats allemands qui arrivent dans le département ont le sentiment d’une demi-permission. L’absence totale de combats, la douceur du climat, la beauté des paysages et des sites, les bains de mer, l’absence de bombardements aériens jusqu’au début de l’année 1944, le calme de la population, tout est réuni pour susciter ce sentiment. Heureux de se trouver sur la côte héraultaise plutôt que dans les steppes d’URSS, les soldats allemands se relâchent, profitent de la puissance du Reichsmark et recherchent avant tout les plaisirs faciles. Excepté de nombreux vols, des agressions, des rixes, ainsi que quelques viols et homicides – peu de choses comparativement au déchaînement de violence sur le front de l’Est – les occupants donnent l’impression de s’être « tenus à carreau » pour ne pas être sanctionnés et rester le plus longtemps possible à l’abri dans cette région préservée des désastres.

            L’Hérault est-il un cas singulier ? Il est difficile de répondre à cette question, d’autant plus que les monographies départementales survolent très souvent la question des rapports franco-allemands qui est pourtant cruciale. Il semble que l’Hérault soit représentatif d’une France méridionale à l’écart des violences de la guerre, excepté une arrivée massive de réfugiés lors de la débâcle de 1940. Cette hypothèse « méridionale » appelle toutefois nuances et limites. Ainsi, la Provence et la vallée du Rhône voisines souffrent durement des combats à l’été 1944, de même que certaines parties des Alpes ou les franges occidentales du Massif central.

 

                               LA LIBERATION SUR LA ZONE LITTORALE

                                                                                par Jean-Michel Abbes

                      

Le département de l’Hérault à la veille de la Seconde Guerre Mondiale :

L’Hérault est un département situé sur la façade méditerranéenne de la France entre le Rhône et la frontière espagnole. Il couvre un peu plus de 6000 km² et compte en 1939, 502 000 habitants (contre 1 202 000 aujourd’hui).
Sur le plan géographique, on peut distinguer trois ensembles distincts correspondant aux principaux gradins de ce qu’on a coutume d’appeler « l’amphithéâtre languedocien » :
le littoral, la plaine viticole et l’arrière-pays montagnard.

 

-La zone littorale :

C’est un espace géographique qui avant-guerre n’a rien à voir avec celui que nous connaissons aujourd’hui. Il est constitué par une côte rectiligne, basse et sablonneuse. Cette côte offre très peu de sites favorables à la vie maritime (pêche, commerce). Par exemple la ville de Sète fondée en 1666 a dû, tout au long de son histoire consacrer des sommes très importantes aux travaux de désensablement pour rendre son port accessible aux navires de haute mer.
En arrière du trait de côte, on distingue de nombreuses lagunes comme l’étang de Thau et de vastes zones marécageuses où prolifèrent les moustiques. C’est un littoral encore insalubre régulièrement soumis à des fièvres en particulier l’été et balayé par des vents violents l’hiver (Tramontane et Mistral).
En 1876, le géographe Charles Lenthéric a rédigé un ouvrage intitulé « Les villes mortes du golfe du Lion » dans lequel il évoque les conditions sanitaires déplorables qui règnent dans la zone littorale : forte mortalité compensée par un afflux de populations nouvelles venues de l’arrière-pays (Aveyron, Tarn).

A la veille de la Seconde Guerre Mondiale, les densités humaines sont comparables à celles qu’on trouve dans la plaine viticole. 
On distingue quelques pôles urbains : Sète (37 000 hts), Agde (9200 hts) et des communes rurales dont la population ne dépasse que rarement le seuil des 2000 hts : Mauguio (3700 hts ), Frontignan (6200 hts ), Marseillan (3660 hts ), Vias (2100 hts ) ou Sérignan (2700 hts ).
L’économie repose d’abord sur les activités primaires ; viticulture, pêche artisanale. Le pôle Sète-Frontignan possède quelques établissements industriels (Lafarge, Dubonnet, Mobil, etc.)
Enfin, un modeste tourisme balnéaire a commencé à se développer depuis le début du XXème siècle et la mode des bains de mer : Palavas, Sète, Le Grau d’Agde et Valras (commune depuis 1931).

-La plaine viticole :

elle couvre une vaste bande de terres qui s’étirent de l’ouest (Capestang) à l’est du département (Lunel) dont les altitudes sont inférieures à 200m. C’est là que la vigne règne en maîtresse (même si à l’occasion de la crise du phylloxéra entre 1875 et 1890) le vignoble a investi les terres grasses et sablonneuses du littoral (ex : La C.S.M sur le lido entre Agde et Sète). Les densités humaines sont relativement fortes car la vigne est une culture peuplante :ex : 73hts/km² à Capestang, 72hts/km² à Servian, 121hts/km² à Pézenas,103hts/km² à Lunel. La vigne occupe une place prépondérante et on peut distinguer plusieurs formes de propriétés : les grands domaines isolés (châteaux, parcs) appartenant à de grands propriétaires absentéistes résidant en ville (Béziers, Montpellier), la moyenne et la petite propriété présente dans les communes rurales et une forte proportion d’ouvriers agricoles (souvent fermier ou propriétaire d’un ou deux lopins de terre). Depuis les années 1920 et surtout depuis 1936 le mouvement coopératif s’est imposé un peu partout…

Plusieurs pôles urbains d’importance structurent cette plaine : Montpellier (93 000 hts) et Béziers (64 500 hts). Les activités industrielles sont modestes dans cette zone mais on trouve quelques entreprises de taille importante comme l’usine métallurgique Fouga de Béziers.

-Les Avant-Monts et le rebord méridional du Massif central :

Cette région se caractérise par des altitudes supérieures à 200 m et qui culminent au niveau du massif de l’Espinouse à 1151m (Cambon-et-Salvergues). On trouve plusieurs plateaux calcaires : causse d’Aumelas, Garrigues au nord de Montpellier, Séranne et extrémité sud du causse du Larzac mais aussi des zones montagneuses plissées : Montagne Noire, Caroux-Espinouse et Escandorgue.
Cet arrière-pays a connu depuis plusieurs décennies un intense exode rural vers les bourgs et villes importantes de la plaine et du littoral et les densités humaines y sont souvent faibles : 13hts/km² à la Salvetat, 18hts/km² à Olargues ou 9hts/km² à St Martin de Londres.
Plusieurs bassins industriels s’individualisent au cœur de cette région : Bédarieux-Le Bousquet d’Orb-Graissessac (9ème bassin charbonnier de France), Lodève-Villeneuvette et Ganges (Textile).
Cette région dans laquelle les conditions de circulation sont les plus difficiles du département constituera plus tard au cours des années 1942-43-44 le lieu d’implantation des différents maquis de résistants de l’Hérault.  

Novembre 1942 : l’occupation allemande et ses conséquences :

A la suite du débarquement anglo-américain en Afrique du nord (Opération Torch) le 8 novembre 1942, Hitler décide l’occupation de la zone libre. Le 11 novembre les troupes allemandes arrivent dans l’Hérault. D. Mallen dans l’ouvrage qu’il a consacré à la ville d’Agde sous l’occupation rapporte plusieurs témoignages :

 Roger Olive : « En ce jeudi 12 novembre 1942, jour de repos scolaire, avec quelques camarades de classe, nous nous trouvions devant la gare d’Agde. Des tranchées avaient été creusées pour abriter en cas de bombardement les habitants du quartier, pour nous c’était une aire de jeux. Sur le chemin du retour, empruntant l’avenue Victor Hugo, nous fîmes une étonnante rencontre. A la hauteur du pont d’Agde se tenaient des motocyclistes allemands. Impressionnants : casqués, vêtus de longs manteaux, portant un collier qui pendait sur leur torse qui indiquait leur fonction. Il y avait écrit : « Feldgendarmerie », ce fut ma première rencontre avec l’occupant ».

Albert Arnaud : « Quel fut mon étonnement lorsque je me trouvais face à ce feldgendarme qui venait vers moi qui me trouvais devant le magasin Tomas Sport, rue Richelieu ! Il me demanda, dans un bon français avec un fort accent, la direction du Cap d’Agde. Dès que je la lui indiquai, il enfourcha sa moto et s’arrêta à l’angle de la rue de Brescou. Là, il sortit des petits panneaux indiquant la direction au reste du convoi qui le suivait »

Pourtant nous savons que dès l’été 1940 avec la mise en place des commissions de contrôle de l’armistice des officiers de la Wehrmacht étaient apparus dans le département ce qui provoqua des manifestations d’hostilité à leur égard comme à Sète le 27 août 1940 où des individus tentèrent de pousser la voiture de la commission d’armistice dans le canal. En ce mois de novembre 1942, en quelques jours des milliers d’hommes prennent possession du département. Dans une zone de 20 kms de profondeur située en arrière de la côte, les Allemands installent une garnison dans chaque commune. Ces troupes appartiennent au 4ème corps d’armée de l’air dont le QG est situé à Capendu (Aude) et qui est lui-même partie intégrante de la 19ème armée allemande qui couvre une vaste zone allant de l’Océan Atlantique à l’Italie. A Montpellier, le général De Lattre qui commande la 16ème région militaire décide de regrouper ses troupes dans les Corbières afin de pouvoir gagner l’Afrique du nord par Port Vendres. L’opération va échouer car des troupes fidèles à Vichy interdisent le départ de ces unités tandis que De Lattre lui-même est arrêté par les gendarmes de St Pons. Cet échec de De Lattre provoque la perte de nombreux véhicules cachés qui passent aux mains des Allemands (54 voitures, 184 camionnettes, 54 camions, 11 tracteurs, 15 voitures sanitaires, 13 cuisines roulantes et 91 side-cars).

L’installation des Allemands dans le département entraîne la réquisition d’un certain nombre d’immeubles (écoles, châteaux, hôtels) transformés aussitôt en lieux de garnison désormais gardés jour et nuit par des sentinelles. La scolarité de nombreux jeunes héraultais est perturbée par l’arrivée des Allemands. A Agde, le commandement allemand s’installe dans les bâtiments les plus beaux et les plus grands de la ville : la Kommandantur réquisitionne l’hôtel du donjon, place de l’évêché et le Commandement d’Opération Guerre occupe le château de Trédos.

L’aspect des villes et des villages se modifie : des constructions d’un type nouveau se dressent à l’entrée de certaines agglomérations, ce sont des chicanes destinées à faciliter les contrôles ou des guérites en béton ou en briques afin d’abriter des sentinelles. Photos P. 81 du livre de J. Sagnes « L’Hérault dans la guerre » (1939-45) Sur le littoral, l’armée allemande va entreprendre la construction d’un second mur fortifié : le Sudwall (sur le modèle de l’Atlantikwall). Pour réaliser ce vaste programme de défense des côtes méditerranéennes l’état-major allemand détache sur place un grand nombre d’unités spécialisées dans la réalisation des édifices bétonnés : détachements de l’Organisation Todt, unités du Génie de forteresse et contingents de travailleurs du Reich. L’organisation Todt était un groupe de génie civil et militaire de l’Allemagne nazie. Elle portait le nom de son fondateur et dirigeant, Fritz Todt (ingénieur et figure nazie importante décédé en 1942).

Dans l’Hérault, l’organisation Todt a son état-major installé à Sète (8 hommes) et a dispersé ses pelotons au Grau d’Agde (17 hommes), à Sète (18 hommes), à Mireval (14 hommes), à Palavas (20 hommes) et Carnon-Plage (13 hommes) soit 90 hommes dirigeant une main d’œuvre française et étrangère abondante issue du S.T.O (Service du Travail Obligatoire mis en place en février 1943), aidés par des entreprises françaises, allemandes et belges. A Agde le camp de l’Organisation Todt s’étendait de la place de Notre-Dame de l’Agenouillade jusqu’au restaurant « Le lapin de Baluffe ». Ce camp avait une superficie de 7,5 hectares et une capacité d’hébergement de 800 ouvriers. Enfin, la pose de champs de mines, de réseaux de barbelés et des défenses de plage est assurée par des unités du génie provenant des divisions en place sur le littoral. Un certain nombre de villas construites sur le littoral sont rasées ainsi que les deux phares situés à l’embouchure de l’Hérault. Photos P. 30/31 et 80/81 du livre de D. Mallen « Agde sous l’occupation allemande » (1942-1944). Les premières évacuations, encore partielles, de population côtière datent du début 1943 notamment pour les immeubles situés en bord de mer (Grau d’Agde).

L’action de la Résistance de novembre 1942 à la Libération :

Pour la résistance héraultaise, l’arrivée des troupes allemandes dans le département en novembre 1942 représente une augmentation très forte des risques encourus, en effet les résistants trouvent désormais en face d’eux non plus seulement la police de Vichy mais les forces de répression allemandes en particulier la Gestapo dont les méthodes brutales sont rapidement adoptées par les corps de police spéciaux de Vichy. En même temps, les illusions qu’un certain nombre de personnes entretenaient sur l’indépendance de Vichy à l’égard de l’Allemagne tendent à se dissiper et la résistance reçoit un renfort considérable tant en soutien moral de la part de la population que bientôt en nouvelles recrues. L’année 1943 est l’année de l’unification progressive des différents mouvements de Résistance. En mars, dans toute la zone sud, les mouvements Combat, Franc-Tireur et Libération se regroupent dans les M.U.R (Mouvements Unis de la Résistance). Ces derniers ainsi que le Front national* et diverses organisations politiques et syndicales constituent peu après le C.N.R (le Conseil National de la Résistance) sous le contrôle de J. Moulin, le délégué du général de Gaule dans la France occupée. Des structures correspondant au C.N.R apparaissent peu à peu dans le département et dans la région avec le Comité régional de Libération (C.R.L), le Comité départemental de Libération (C.D.L) et la Région 3.

Front national* : Mouvement de la Résistance intérieure française créé par le Parti Communiste Français en mai 1941.

Quelles sont les différentes actions menées par ces réseaux de résistance ?

Ils se livrent à un travail de propagande clandestine (Voir P. 107 du livre de Jean Sagnes) mais aussi de renseignement, par exemple à Sète les membres du mouvement Combat renseignent les alliés sur les installations portuaires, les déplacements de navires, de trains et de troupes.

Il y a ensuite tout une action de Noyautage des Administrations Publiques (N.A.P) comme les Ponts et Chaussées, les PTT, la police ou la préfecture. Ainsi sont fabriquées des milliers de fausses cartes d’identité destinées à des juifs ou des réfractaires du S.T.O.

Il y aussi un service social qui apporte une aide matérielle aux résistants emprisonnés.                              Enfin, on peut relever des actes de sabotage comme le déraillement de deux trains organisés par un groupe de F.T.P (Francs-Tireurs et Partisans) au Crès près de Montpellier en décembre 1942 ou l’assassinat du premier allemand à Montpellier au début de 1943 par Ange Alvarez.

La résistance recrute ses membres dans tous les milieux sociaux mais trois groupes s’individualisent cependant : les cheminots de Béziers, les employés des PTT de Montpellier et les mineurs du bassin houiller de Graissessac-Le Bousquet d’Orb. Les maquis sont principalement installés dans la partie montagneuse du département : ceux des F.T.P se situent principalement dans la zone de Lunas et dans le Saint-Ponais (Prémian), alors que ceux du C.D.L sont présents à Roqueredonde (Action ouvrière), près de Dio (Armée secrète), St Jean-de-Buèges, Olargues, Fournols près de Vailhan, Ferrières-Poussarou (maquis Latourette) et dans la région de Clermont-l’Hérault (maquis de Bir-Hakeim).Voir carte P. 122 du livre de G. Bouladou « L’Hérault dans la résistance » (1940-44)

Durant les premiers mois de 1944, à la veille du débarquement, les forces de répression vichystes et allemandes intensifient leurs actions et portent des coups très durs à la Résistance et notamment aux M.U.R. A la veille des combats de la Libération, les M.U.R de l’Hérault sont dirigés, pour le secteur de Montpellier par l’ingénieur montpellierain Jean Guizonnier qui sera arrêté en juillet et torturé à mort le 11 aout 1944. Pour l’ensemble du département les M.U.R sont dirigés par Jean Lanet (futur ministre UDSR) qui réside à Béziers.

On doit noter qu’au cours du premier semestre de 1944 il y a eu une recrudescence des actions résistantes en particulier dans l’ouest du département : incendies de wagons, déraillements de trains, sabotages à l’explosif chez Fouga à Béziers et dans le bassin minier.

 L’Hérault entre les deux débarquements (6 juin-15 août 1944)

Un rapport préfectoral pour le mois de juin 1944 sur le département de l’Hérault reconnaît « qu’une vive effervescence se manifesta dans la population » au moment du débarquement de Normandie. Depuis le début de 1944, toute la zone côtière a été évacuée car les occupants craignent un possible débarquement et en raison des fréquents bombardements alliés qui doivent faire diversion : 27 mai (Pérols-Mauguio), 25 juin (Sète-Balaruc-Frontignan), 5 juillet (Béziers). L’annonce du débarquement des alliés en Normandie provoque un afflux de nouvelles recrues dans les maquis mais ces déplacements plus ou moins importants d’hommes ne s’effectuent pas sans risque. Dans la nuit du 6 au 7 juin 1944 soixante-dix volontaires du Biterrois, de Capestang et de Montady essentiellement, décident de rejoindre la maquis Latourette installé près de Ferrières-Poussarou juchés sur deux camions précédés d’une voiture. Ils sont arrêtés entre Cébazan et St Chinian à Fontjun par des forces allemandes : cinq résistants sont tués, dix-sept faits prisonniers. Ces derniers sont fusillés le 7 juin dans l’après-midi au Champ de Mars à Béziers. Le 12 juin les maquis de Roqueredonde, de Fournols et de Bir-Hakeim (près de Liausson) sont attaqués par les soldats allemands et les forces de Vichy. Le 15 juin c’est au tour du maquis des Verreries de Moussan d’être attaqué, le 4 juillet c’est le maquis de Dio qui à son tour est attaqué, enfin des opérations de ratissage sont menées les 12 et 28 juillet dans le secteur de Faugères.

Depuis le 28 juin le C.D.L (Comité Départemental de Libération) dirigé par J. Bène, l’ancien maire de Pézenas, a décidé la création dans toutes les communes de Comités locaux de libération et de pousser la guérilla au maximum. Les résistants reçoivent un certain nombre de parachutages de la part des alliés de la fin juin au début du mois d’août, il s’agit d’armes mais aussi d’hommes (Anglais, Américains et Français spécialistes du sabotage). Ces parachutages se produisent près de Fontès, entre Villeveyrac et Plaissan, près du Bousquet d’Orb, de St Pons, d’Aniane et de Ganges. L’autorité de la résistance s’affirme de jour en jour au cours du mois de juillet et au début du mois d’août. Le 8 août un accord est conclu entre G. de Chambrun (chef du C.R.L), J. Bène (C.D.L) et Picard (« Sultan ») un des trois dirigeants des FFI de la région militaire n°3* d’une part et le colonel de gendarmerie Vernajou (révoqué par Vichy). D’après cet accord, les gendarmes du département doivent gagner les maquis ce qu’ils font du 12 au 14 août apportant ainsi un renfort de 550 hommes à la résistance armée. Les maquis à la veille du débarquement en Provence (15 aout 1944) comptent alors de 1100 à 1200 hommes. Voir P. 151 du livre de G. Bouladou « L’Hérault dans la résistance »

*Région n°3 : Aude, Aveyron, Hérault, Lozère et Pyrénées orientales.

 Le débarquement des alliés en Provence et la libération du sud de la France (Août 1944) :

 Rappel : L’opération Dragoon est une opération militaire menée sur le littoral du Sud-est de la France (Var) à partir du 15 août 1944 par les alliés (américains) et les FFL . L’objectif de ce débarquement sur les côtes provençales est double : libérer les deux importantes villes portuaires de Toulon et Marseille et remonter la vallée du Rhône afin de faire la jonction avec les forces alliées de l’opération Overlord débarquées en Normandie début juin. Au lendemain de ce débarquement sur les côtes provençales tout va s’accélérer… Le 17 août le C.D.L « considérant que l’heure de la lutte est venue, donne mission aux FFI de passer, par tous les moyens, à l’attaque contre l’Allemand partout où il se trouve ». Le lendemain (18 août) la 19ème armée allemande qui occupe l’Hérault et les départements voisins reçoit l’ordre de repli général immédiat vers Châlons-sur-Saône. Aussitôt les convois de la Werhmacht s’ébranlent et vont traverser le département d’ouest en est. Voir carte P. 137 du livre de J. Sagnes.

Les résistants appliquent le « plan Tortue » qui doit paralyser le réseau routier (Voir P. 154 du livre de G. Bouladou), le « plan vert » qui doit interrompre les liaisons ferroviaires, le « plan violet » (sabotage des installations PTT) et le « plan bleu » (guérilla). Un peu partout des combats s’engagent tandis que l’aviation alliée multiplie les mitraillages des grands axes routiers obligeant les Allemands à utiliser les routes de l’intérieur plus propices aux embuscades. Par exemple du 21 au 25 août une puissante colonne allemande venant de Castres et forte de 5000 hommes est accrochée successivement à St Pons (21 août), à Colombières (le 22), au pont de la Mouline près de Castanet le haut (le 23), à Ganges (le 24) et près de Sommières (le 25). Au total, l’ensemble de ces combats s’est traduit par environ 200 Allemands et une soixantaine de résistants ou de civils tués et de nombreux Allemands faits prisonniers.

 

La stèle commémorant le combat du 21 août 1944 au col de Pétafy au-dessus de Faugères

ALONZO François : 18 ans Graissessac O.M
BAPTISTE Irénée : 41 ans Vendres O.A
BOLOS Antoine : 19 ans Graissessac O.M
De BEAUREGARD Andrée : 28 ans Montpellier Infirmière
CAMILLERAPP Jean : 27 ans Lunas Industriel
DELES Lucien : 44 ans Hérépian Ajusteur
HUC Marcel : 30 ans Ceilhes Comptable
MARRES Louis : 18 ans Montpellier Etudiant
 
La libération des deux principales villes du département se produit entre le 22 et le 26 août 1944 : A Béziers le 20 août le groupe M.L.N « Arnal » commandé par « Cabrol » entre dans Béziers et se joint au groupe F.T.P local de Grandidier. Le lendemain des blindés allemands traversent la ville, ils sont accrochés par les F.F.I au pont du Capiscol, sur la route de Capestang et à la gare du nord ; les allemands perdent des hommes et des véhicules, par vengeance ou par affolement, ils tirent sur des civils désarmés aux allées Paul Riquet faisant 10 morts et 40 blessés. La libération de la ville s’achève le 22 août par l’installation à l’Hôtel-de-ville du comité provisoire de libération. A Montpellier, les Allemands quittent la ville au matin du 21 août. Aussitôt la Résistance s’installe au grand jour et symboliquement on restaure la place Jean Jaurès débaptisée par Vichy et on y installe un buste en plâtre du tribun socialiste pour remplacer la statue de bronze fondue par Vichy. Le 22 août, les principales personnalités du pouvoir de Vichy (le préfet régional, le préfet départemental, l’intendant de police, le commissaire central, le procureur général, des miliciens, etc.) sont arrêtés. Le 23 août des éléments de la Wehrmacht en retraite passent au nord de la ville sur la commune de Montferrier et dès le lendemain les forces de la Résistance décident de les attaquer. Ces forces comprennent 250 tirailleurs malgaches dirigés par le lieutenant-colonel Méar, 150 hommes des milices patriotiques du F.N, 250 hommes issus des maquis Valmy et Clermont-l’Hérault (M.L.N), des guérilléros espagnols et le petit groupe FTP de Vincent. Le combat s’engage le 25 août à 9h 30 et dure jusqu’au milieu de l’après-midi, moment où les Allemands décrochent en emportant leurs morts et leurs blessés.
Quelques jours plus tard, le 2 septembre le général de Lattre fait son entrée dans Montpellier, il est à la tête d’un petit détachement de blindés de la 1ère armée française.

Conclusion :

Comme l’a dit M. Alquier dans son exposé, il est important de rappeler que les départements méridionaux n’ont pas été le théâtre d’une insurrection généralisée au cours de l’été 1944. Dès le 19 août, soit 4 jours seulement après le débarquement en Provence, les unités allemandes stationnées dans le sud et le sud-ouest de la France reçoivent l’ordre de Berlin de se replier vers la vallée du Rhône et le nord-est de la France. Il s’agit donc d’une évacuation qui s’est déroulée dans des conditions relativement convenables malgré les bombardements réalisés par les alliés sur les axes principaux et le long du littoral, même si des maquis de résistants souvent mal équipés ont pu se livrer à des combats sur les axes de transport empruntés par les convois allemands et leur infliger des pertes plus ou moins importantes. En cet été 1944, les héraultais dans leur immense majorité souhaitent la victoire des alliés et le retour de la paix mais ce qu’ils redoutent par-dessus tout ce sont les combats, les bombardements aériens en un mot la guerre et ses horreurs. Leur vie quotidienne reste dominée par les problèmes de ravitaillement…Au début du mois de septembre 1944 le tableau que l’on peut dresser du département de l’Hérault et de la France en général est désastreux : certaines régions ont subi des destructions matérielles considérables comme la Normandie alors que l’Hérault semble avoir été pratiquement épargné (bombardements de la gare de triage du Capiscol à Béziers, du quartier du Môle à Sète).
L’économie est sinistrée : la production industrielle et agricole sont tombées à un niveau très bas et cette situation est génératrice de multiples pénuries (alimentaires, énergie, textile, etc.) Au niveau local, les années 1940-44 avec la mobilisation des hommes valides (retenus en captivité en Allemagne), l’absence de produits phytosanitaires et la raréfaction des chevaux de labour ont  provoqué un dépérissement du vignoble lié aussi à une sècheresse très marquée des étés durant l’occupation. La société héraultaise à l’image de la société française sort de cette période complètement traumatisée. Dès la fin août et le début septembre commence le temps de l’épuration. Plus tard au printemps 1945 auront lieu les premières élections auxquelles participeront les prisonniers de guerre rentrés au pays et pour la première fois les femmes. Une nouvelle page de l’Histoire de France s’ouvre alors...

Sources :
G. Bouladou, « L’Hérault dans la résistance (1940-44). »
J. Sagnes, « L’Hérault dans la guerre (1939-45) »
D. Mallen, « Agde sous l’occupation allemande (1942-1944) »
Dossier des Archives départementales : 1944 : la libération dans l’Hérault.



                                        LE MAQUIS DE BIR HAKEIM

                                                                                     par Jean-Claude Richard (CNRS)

Le maquis Bir Hakeim est certainement le maquis le plus important en nombre d’hommes et en actions à travers la région R3 et ses environs. Créé en 1942 à partir de petites unités de jeunes, il devient en 1943 et 1944 une force d’opposition qui comprend des combattants actifs et des combattants  « dormants » dans les villages qui apportent leur soutien et leur aide. Après les terribles évènements de mai 1944 à la Parade où, par surprise, ce maquis est quasiment détruit pas les forces militaires allemandes : les hommes et leurs chefs perdent la vie. Mais ce maquis va « ressusciter » dans la région de Mourèze-Clermont-l-Hérault sous le commandement de P. Demarne qui trouve la mort dans un combat lors d’un parachutage au début du mois d’Août 1944. Il est remplacé par François Rouan dit Montaigne qui conduit le maquis à la Libération de Montpellier le 15 août.
Le 2 septembre, le Général de Lattre de Tassigny passe en revue les combattants résistants et reçoit des engagements dans la 1ère armée  « pour la durée de la guerre ». Une partie des hommes de Bir Hakeim va s’engager et participer aux combats en Alsace et en Allemagne avec une suite en Indochine puis en Algérie. Bir Hakeim a été une école de formation militaire avec des pratiques démocratiques pour élire ses chefs successifs. A Douch ou à  la Parade les « biraquins » n’ont pas démérité quel que soit leur infériorité en nombre ou en matériel devant les forces ennemies. Aujourd’hui, le souvenir de ce maquis est valorisé par l’Association des anciens et des amis du maquis Bir Hakeim (le siège est à la Mairie de Lacoste) qui, le 14 septembre, a réalisé une journée d’hommage, avec un grand succès (*)

● On trouvera les informations sur les publications concernant ce maquis et la Résistance en s’adressant au Groupe de Recherches du Clermontais (place de la Révolution, 34800 Clermont-l’Hérault) dont le  Bulletin a déjà publié plusieurs articles à ces sujets. Les prochains articles sortiront le 5 décembre 2024 lors d’une conférence sur le thème.

 Sur l’histoire de ce maquis écrite par un de ses responsables : Chr. De Roquemaurel, Deux frères au maquis Bir Hakeim, témoignage d’une jeunesse dans la Résistance, Paris, 2024, 350p. en cours de diffusion.
 

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2023
 
14 Octobre 2023


                                        

    Les Montmorency et les Conti Gouverneurs du Languedoc.


De gauche à droite Mme Yvette Médina, présidente de séance, M. Jean Luc Lefranc, conférencier
M. Claude Pradeilles, vice président et M. André Nos président de l'association. 

Le thème choisi cette année est original,  découvrir le rôle joué par deux familles de la haute noblesse du Languedoc, les Montmorency et les Conti dans la province du Languedoc aux  XVIè et XVIIè siècles. En présence de Yann Llopis  maire de Montagnac, de  son adjointe à la culture Marie Claude Baratini, et d'un public curieux et attentif, la journée était placée sous la présidence éclairée et sympathique d' Yvette Médina, agrégée d'Histoire qui a su mener les débats avec souplesse.

Sur ce sujet les documents ne manquent pas mais il fallait trouver des chercheurs compétents. La séance a débuté par l'exposé de Jean Luc Lefranc des Amis d'Agde et du GRAA qui, grâce à d'importantes recherches, nous a donné un large aperçu des Montmorency, familiers des rois de France, militaires actifs, gouverneurs du Languedoc, jouant un rôle de modérateur lors des évènements dramatiques des Guerres de religion. Notre région a longtemps conservé avec émotion la mémoire de la mort tragique de son dernier représentant Henri II de Montmorency décapité à Toulouse en 1637 sur ordre de Richelieu. C'est  une petite partie de ses grandes connaissances que M. Lefranc nous a communiqué avec passion.

Le second intervenant était Alain Garcia Vice-Président des Amis de Montagnac mais surtout chercheur passionné allant jusqu'au bout de ses recherches. Pour des gens non avertis son sujet paraissait plus mince, il nous proposait de découvrir le capitaine de Rosine important adjoint du Connétable Anne de Montmorency et montagnacois d'adoption grâce à son mariage. L'exposé a valu non seulement par l'évocation des dessous d'une guerre complexe mais aussi par sa présentation traitée comme une véritable et minutieuse enquête policière, avec une chute inattendue, en réalité M. de Rosine s'appelait  M. de Durfort.

Après l'intermède d'un excellent repas, Francis Médina agrégé d'histoire, bien connu des montagnacois, est venu apporter des lumières piscénoises sur les Conti, descendants des Montmorency. Comme d'habitude il l'a fait  avec aisance, clarté et précision, accompagné d'une belle illustration. Après avoir précisé le lien entre les deux familles et donné un nouvel éclairage sur le couple d'Armand de Conti, comte de Pézenas,  gouverneur du Languedoc, protecteur de Molière, à la transformation étonnante du libertin en croyant mystique. Mais lui aussi s'est signalé par son activité publique dans ses fonctions officielles de Gouverneur du Languedoc.

Ce petit article ne peut donner qu'un aperçu approximatif d'une journée passionnante sur ce riche retour sur la passé.

Merci a à nos trois conférenciers et à Madame la présidente de la journée qui nous ont apporté  d'une manière différente la vision d'une période parfois dramatique mais toujours passionnante. Merci aussi aux petites mains, du Conseil d'administration des Amis de Montagnac, ces travailleurs(ses) de l'ombre qui modestement, ont assuré la réussite matérielle de cette manifestation.

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2022
 
22 Octobre 2022


                                                             « L'église des Augustins »    

C'est devant une belle assistance de membres fidèles ou de curieux, que s'est déroulé le colloque annuel des Amis de Montagnac dont le sujet était inédit : l'Histoire et la vie de l'Eglise des Augustins, plus connue sous le nom de Chapelle des Pénitents blancs, c'est d'ailleurs sous ce double aspect  que cette étude a été menée.

Le Président de la journée, Claude Pradeilles a donné le ton en présentant la question d'une manière richement documentée qui a montré le sérieux de ce travail. Alain Garcia a pris la relève, à partir, comme d'habitude, d'une minutieuse recherche, en rappelant tout d'abord qu'il s'agissait de l'église des Augustins avant de devenir la chapelle des Pénitents blancs, appellation qui date seulement du début du 19° s. Il a ensuite évoqué l'origine de l'ordre et la question de leur installation à Montagnac, peut être au  début  14° s. Ensuite André Nos a évoqué la vie et l'activité des occupants dans un premier temps celles des Augustins et dans une seconde période celles des pénitents blancs qui a duré pratiquement jusqu'à la Seconde Guerre mondiale.

Ainsi pour la première fois une étude sérieuse a été faite sur l'Eglise des Augustins, tout n'a pas été dit, actuellement les documents sur le sujet sont peu nombreux qu'il s'agisse des Augustins ou des Pénitents mais le travail historique est fait de patience et l'on espère qu'il pourra se poursuivre utilement.  La recherche est souvent marquée par d'heureuses surprises.

La matinée s'est terminée par l'intervention de Denis Nepipvoda, le spécialiste de l'architecture régionale et excellent connaisseur du riche patrimoine montagnacois, qui a donné plus d'ampleur au sujet en évoquant en spécialiste, les particularités de l'église tout en les replaçant dans le cadre plus large de notre région, ce qui lui a permis d'évoquer le travail des artisans montagnacois dans ce domaine au cours des 17 et 18° s.

Après un apéritif amical et un excellent repas pris au restaurant du VVF de Bessilles, la journée s'est poursuivie, marquée par un peu de déception, l'église des Augustins n'était pas visitable, en compensation, Denis Nepipvoda a amené le groupe à l'église Saint André où il a pu faire un rapprochement entre le mobilier des deux églises et en signalant les découvertes récentes de l'église paroissiale.


Encore une fois ce colloque a été une réussite dans sa préparation et dans son déroulement, c'est un encouragement pour une équipe qui, parfois, malgré les difficultés personnelles, mène un sérieux travail de recherche et d'organisation, mis au service de la très riche histoire locale, le plus souvent replacée dans un contexte plus large qu'il soit régional ou national, la présence d'un nombreux public attentif constitue pour ce groupe de bénévoles un encouragement à poursuivre ce travail difficile mais passionnant.

  

L'assistance attentive

                                                                     
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2021

16 Octobre 2021





                               « Discours d’ouverture du colloque 2021 »         

                                                       Par Jean-Claude Séguéla


Je remercie le Président des Amis de Montagnac de m’avoir invité à votre colloque :

ʺ L’occupation dans l’Hérault ʺ et le nombreux auditoire où je note la présence de Mr le Maire, historien, Mr Fages, maire honoraire venus pour entendre Messieurs Alquié, Garcia et Richard les intervenants de la journée.
Ce 16 octobre 2021, avec votre accord, cher André Nos, je vous propose d’abord d’observer une minute de silence car il y a un an a été ignominieusement décapité Samuel Paty, professeur d’histoire parce qu’il enseignait les lumières pour chasser l’obscurantisme et la barbarie hélas de retour. Souvenons-nous …/….

Jean-Claude Séguéla
Président de séance
(coll. Nadine Deboos)
Je vous remercie d’avoir ainsi honoré un de ces milliers de missionnaires de la laïcité qui dans nos collèges et lycées portent le message de liberté dont cette journée va nous rappeler le prix.
Avant d’accepter l’honneur de cette Présidence, car me trouvant quelque peu illégitime par rapport à cette période de ma prime enfance où des mots m’ont cependant marqué : ʺ Boches, Frigolins, Kommandatur, Collabos, Maquisards, Laissez-passers, J1, J2, J3, Topinambours, Rutabagas ʺ entre autres.
Mais ce qui m’aura le plus hanté c’est la menace que si je parlais, mon oncle évadé du mur de l’Atlantique, ʺ terroriste ʺ qui avait rejoint les corps-francs Pomiès serait pris et fusillé !
Le garçonnet de 4/5 ans n’a jamais oublié….

Cette période sombre de notre histoire, vos travaux universitaires, Mr Alain Alquié ʺl’occupation allemande dans l’Héraultʺ à paraître vont éclairer le contexte des années 1942 à 1944.
Suivra à 11h15 la communication de Mr Alain Garcia, inlassable chercheur sur le déporté Adelantado Juan qui réveillera des échos familiaux d’un de ces réfugiés républicains catalans qui va partager la lutte et le sort d’autres Montagnacois.
L’après-midi Mr Jean-Claude Richard dont on connait l’œuvre considérable sur des décennies de fructueuses recherches abordera un sujet délicat qui a encore des résonances funestes et honteuses celui de la Milice dans l’Hérault. Ainsi seront abordés 3 éclairages divers qui iront abonder cette mémoire vivante que l’Association des Amis de Montagnac entretient patiemment avec une production remarquable. Grâce à eux et aux témoignages de beaucoup d’historiens nous éviterons que ce proverbe africain : ʺ Quand un ancien disparaît, c’est une bibliothèque qui brûle ʺ ne devienne ici triste réalité.

Nul doute qu’une fois encore vous aurez déposé sur ces rayons du savoir des ouvrages précieux qui enrichissent les connaissances. Soyez en félicités et remerciés vous tous qui autour de votre Président poursuivez avec vos invités la belle œuvre de transmission intergénérationnelle.



    « L’occupation allemande dans le département de l’Hérault »                  
 11 novembre 1942-23 août 1944                                                   
           Par Alain Alquier                       

Introduction                                                                                                                       

À la veille de la Seconde Guerre mondiale l’Hérault est un département qui compte environ 500 000 habitants. La concentration de la population est avant tout côtière. Les trois villes principales sont Montpellier (90 000 habitants), Béziers (73 000 habitants) et Sète (37 000 habitants). L’économie du département est essentiellement tournée vers la viticulture. L’Hérault, comme en 1914, est le premier producteur de vin de table de France. On relève par ailleurs une activité industrielle à Béziers (usines métallurgiques Fouga), à Sète et Frontignan (usines pétrochimiques) ; et une activité minière dans les hauts cantons (Graissessac, Le Bousquet-d’Orb...). Politiquement, le département est ancré à gauche. Lors des élections législatives de 1936, la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO), les radicaux et néo-socialistes ont obtenu quelque 75 % des suffrages. Le Parti communiste français est à 13%.  
Alain Alquier conférencier
(coll. Nadine Deboos)

Le 3 septembre 1939, alors que la France et le Royaume-Uni déclarent la guerre à l’Allemagne qui vient d’envahir la Pologne, les Héraultais sont mobilisés et rejoignent leurs unités. Le 10 mai 1940, après une « drôle de guerre » de plusieurs mois, la Wehrmacht attaque à l’ouest. En quelques jours (percée de Sedan), la situation militaire est déjà désespérée. Malgré des résistances farouches, les meilleures forces de l’Armée française et le Corps expéditionnaire britannique se trouvent encerclés dans la « poche de Dunkerque ». Après que les Alliés ont tant bien que mal réussi à évacuer, l’Armée allemande poursuit la conquête du territoire métropolitain. Devant l’avancée fulgurante des troupes de Hitler (Blitzkrieg), les responsables français sont divisés entre partisans de la résistance (Paul Reynaud, Charles de Gaulle, Édouard Daladier, Georges Mandel...) et partisans de l’armistice (Pierre Laval, Maxime Weygand, Philippe Pétain...). Les défaitistes parviennent finalement à emporter la décision. Le 17 juin 1940, le maréchal Pétain, le « vainqueur de Verdun », prononce son célèbre discours radiodiffusé dans lequel il demande aux Français de « cesser le combat » et annonce faire « le don de sa personne » à la France. Le lendemain, depuis Londres, le général de Gaulle lance son appel historique : « Quoi qu'il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas ».

La société est sous le choc, traumatisée. Des millions de Français se trouvent encore sur les routes après avoir pris la fuite devant l’avancée des armées allemandes (exode). Quelques jours après l’intervention du Maréchal, un armistice est signé dans la clairière de Rethondes, en forêt de Compiègne, là où la Première Guerre mondiale avait victorieusement pris fin pour la France en 1918. Ce court texte de 24 articles acte le partage de la France en plusieurs zones, notamment une zone occupée et une zone libre, chacune séparée par une ligne de démarcation correspondant peu ou prou à l’avancée ultime des troupes allemandes. La France devra régler de lourdes indemnités d’occupation à l’Allemagne mais pourra conserver ses possessions coloniales et sa puissante flotte. Son armée sera cependant réduite à 100 000 hommes et les prisonniers de guerre resteront en captivité jusqu’à la conclusion de la paix.

Sur le plan politique, les pleins pouvoirs sont votés au maréchal Pétain le 10 juillet 1940 par le Parlement réuni dans le Grand Casino de Vichy. Seuls 80 parlementaires sur 569 s’opposent à la fin de la République. Parmi eux se trouvent trois Héraultais : Jules Moch (SFIO), Paul Boulet (Gauche indépendante) et Vincent Badie (radical-socialiste). Le maréchal Pétain est officiellement chargé de promulguer une nouvelle Constitution par un ou plusieurs actes, et devient le chef d’un nouveau régime depuis Vichy : l’État français. Aidé de son vice-président du Conseil Pierre Laval, il souhaite impulser une « Révolution nationale » en prônant les valeurs du travail, de la famille et de la patrie. 

L’Hérault à l’heure allemande

Le 8 novembre 1942, alors que l’Hérault vit sous le régime de Vichy depuis plus de deux ans, les Alliés débarquent dans les territoires français d’Afrique du Nord (opération Torch). En quelques jours, Maroc et Algérie passent dans le camp anglo-américain après des négociations entreprises avec l’amiral Darlan, ancien vice-président du Conseil du maréchal Pétain du 9 février 1941 au 18 avril 1942. Désormais, les Alliés menacent le littoral méditerranéen français. En conséquence, Hitler ordonne à ses troupes de franchir la ligne de démarcation et d’aller occuper la côte du sud de la France (opération Anton II). Cette invasion s’opère le 11 novembre 1942, jour du vingt-quatrième anniversaire de la signature de l’armistice de 1918. En quelques jours, Vichy perd son Empire, sa souveraineté et sa flotte qui choisit de se saborder à Toulon pour éviter d’être prise par les Allemands.

Les premières troupes de la Wehrmacht arrivent dans l’Hérault le 11 novembre 1942 en toute fin de soirée, en gare de Béziers. Dix convois se succèdent dans la ville jusqu’au 13. L’invasion du département s’opère d’ouest en est. Agde, Sète et Montpellier sont prises le 12, Montagnac le 15. Ce n’est pas la première fois que des Héraultais rencontrent des éléments de l’Armée allemande. Des commissions d’armistice avaient parcouru quelques villes héraultaises à l’été 1940, notamment Montpellier, Béziers et Sète. L’occupation vise avant tout les communes comprises dans un bandeau de vingt à trente kilomètres depuis la côte. Au-delà, l’occupation est ponctuelle et dépend de l’importance stratégique ou économique de la commune. Selon les périodes, entre 8 000 et 15 000 soldats occupent le département. Les troupes arrivées en novembre 1942 ne sont pas celles qui évacuent en août 1944. Plusieurs vagues d’arrivées et de départs ont lieu durant les quelque vingt-deux mois de présence allemande. Au moins huit divisions d’infanterie (DI) occupent l’ensemble ou une partie de l’Hérault : 198e DI, 271e DI, 277e DI, 326e DI, 327e DI, 328e DI, 338e DI et 716e DI. Toutes ces forces sont rattachées au IVe corps d’armée de l’Air dirigé par le général Erich Petersen et appartiennent, dans un cadre plus large, à la XIXe armée (AOK 19). C’est surtout l’armée de Terre allemande (Heer) qui est représentée dans l’Hérault. On ne trouve que peu d’éléments de l’armée de l’Air (Luftwaffe) et de la Marine (Kriegsmarine), sauf à Sète qui devient un véritable « camp retranché ».

Les soldats allemands occupant l’Hérault sont épaulés par des soldats italiens entre février et septembre 1943. Ces hommes, malgré une correction presque exemplaire, font l’objet de la colère de la population héraultaise qui n’a pas digéré « le coup de poignard dans le dos » de 1940 et sont régulièrement moqués quant à leurs uniformes qui comprend cape et plume noire. Après la signature de l’armistice de Cassibile par l’Italie, ces éléments transalpins sont remplacés par des « Russes blancs », terme utilisé par les autorités françaises pour désigner des soldats issus des territoires de l’est de l’Europe et qui se sont enrôlés volontairement ou non dans l’armée allemande. Ces hommes ont un fort penchant pour la boisson et provoquent de multiples incidents la nuit tombée, notamment dans les communes côtières où la police militaire allemande (Feldgendarmerie) est parfois contrainte d’intervenir.
         Officiellement, les troupes allemandes sont en opération défensive pour protéger le littoral méditerranéen français et non en occupation, c’est pourquoi la presse, comme les autorités officielles, parlent de « troupes d’opération ». En ce qui concerne l’administration militaire, la plus haute autorité dans l’Hérault est un État-major supérieur de liaison 563 (Hauptverbindungsstab) dont la direction est successivement assurée par des colonels : obersten Wolf et Distler. Le territoire contrôlé comprend l’Hérault, l’Aude, l’Aveyron, la Lozère et les Pyrénées-Orientales. Des conférences sont hebdomadairement organisées avec les autorités françaises afin de régler les difficultés liées à la présence allemande. Des Services des relations franco-allemandes sont aussi créés à la sous-préfecture de Béziers et à la préfecture de Montpellier. À plus petite échelle, on trouve un commandement de la place à Montpellier (Platzkommandantur) dirigé par le major Neuse, ainsi que des postes de commandement locaux (Standortkommandanturen et Ortskommandanturen) dans les autres villes. La police allemande (Sipo-SD dont fait partie la Gestapo) s’installe aussi dans l’Hérault. 

Deux commandos (Kommando der Sipo und des SD) se trouvent à Montpellier (Villa des Rosiers et Saint-Antonin) et à Sète (Villa Charmeuse). Au mois de mars 1944, le commando de Sète, dont le responsable est l’adjudant-chef (Hauptscharführer) Josef Roleff, prend ses nouveaux quartiers à la Villa Guy de Béziers, près des Arènes. Le chef de la police allemande dans l’Hérault et sa région est le lieutenant-colonel (Obersturmbannführer) Hellmut Tanzmann. L’homme est épaulé par le capitaine (Hauptsturmführer) Fritz Adolf Hinrichs et par l’adjudant (Oberscharführer) Karl Mahren, qui se charge de l’infiltration de la Résistance.

Deux soldats allemands posant sue la jetée
du Grau d'Agde, devant le phare.
(coll. Georges Cléophas)

Les chefs de la Sipo-SD de Montpellier.
De gauche à droite: Hellmut Tanzmann,
Fritz Hinrichs et Karl Mahren.
(Archives fédérales de Berlin et Fribourg-en-Brisgau)


Les Héraultais au quotidien

Depuis l’instauration du rationnement à la fin de l’année 1940, le ravitaillement est la préoccupation essentielle de la population. Les pénuries alimentaires frappent durement le département de l’Hérault où prévaut la monoculture de la vigne. Trois périodes se distinguent au cours de l’occupation allemande : novembre décembre 1942 (la crise), janvier 1943-février 1944 (entre état stationnaire et état de choc) et mars août 1944 (la rechute au cours de laquelle sévit une crise du pain dans plusieurs communes). La rareté de certains produits entraîne le développement du marché noir, d’abord fermement condamné par Vichy, puis toléré. Le troc se pratique également. De nombreux Héraultais prennent la direction des départements d’élevage pour aller échanger des produits de la vigne contre de la viande, de la charcuterie, du lait ou du fromage. Les pénuries touchent encore les carburants, les pneumatiques ainsi que les bicyclettes qui s’arrachent à prix d’or. À Montpellier, le réseau de tramways électriques fait face à une importante hausse de l’affluence alors que le matériel ne peut plus être entretenu correctement. Un grave accident se produit le 16 décembre 1943 sur la place Albert Ier. Le bilan humain (7 morts, 20 blessés) provoque une vive polémique dans la ville. Des sanctions sont prises par les autorités contre la Compagnie des Tramways électriques.

Au-delà de la survie, le quotidien des Héraultais consiste aussi à s’informer sur les événements liés à la guerre. En écoutant les radios dissidentes ou en lisant la presse, qu’ils savent soumise à la censure, les Héraultais suivent avec attention les nouvelles des combats sur les différents fronts. Au cours de ces quelque vingt-deux mois d’occupation, l’Héraultais majoritaire semble avoir été celui qui soutenait irrémédiablement les armées alliées tout en faisant preuve de quatre ambivalences principales reposant sur des craintes/peurs : que l’occupant répercute la frustration de ses revers sur sa personne et ses biens ; qu’un débarquement sur les côtes méditerranéennes françaises apporte les affres de la guerre trop près de chez lui ; que les victoires toujours plus éclatantes de l’Armée rouge ne finissent par profondément impacter le visage de sa France d’après-guerre et, enfin, que les attaques aériennes alliées, censées le libérer, ne le conduisent prématurément au cimetière. Ces ambivalences s’accompagnèrent d’une obsession qui, parfois, les surpassa toutes, que ce soit dans l’exaltation des victoires alliées, ou dans les luttes qui s’éternisaient sur les différents fronts : la paix. L’Héraultais majoritaire semble avoir illustré le « penser double » du concept d’ambivalence de Pierre Laborie, invitant à accepter que beaucoup de Français aient pu être longtemps et à la fois « ceci et cela, pas seulement ceci ou cela ».

      Bien que les temps soient difficiles, la population départementale cherche à se divertir. Les Héraultais fréquentent massivement les cinémas pour voir des films ou suivre les actualités de la guerre. Les agents des Renseignements généraux viennent régulièrement sonder l’opinion dans les salles obscures. Le public siffle lorsque des Allemands ou des membres du Gouvernement de Vichy sont à l’écran, il applaudit à la vue des soldats alliés ou des bombardements entrepris sur l’Allemagne. Certains habitants se rendent aussi dans les théâtres ; les plus jeunes participent à des « bals clandestins » – les bals ont été interdits en 1940, sous la IIIe République – qui font l’objet d’une étroite surveillance policière (française et allemande). Quant à eux, les musées ne sont plus fréquentés. Les collections muséales de Montpellier et de Béziers sont déplacées dans un dépôt à Saint-Guilhem-le-Désert.
Les compétitions sportives sont suivies avec intérêt par le public : football, rugby ou cyclisme sont les sports qui retiennent le plus l’attention. Les pénuries de matériel et la faiblesse des organismes impactent toutefois le nombre de pratiquants qui est moins important qu’avant-guerre.
En ces temps de doutes, d’incertitudes et de craintes, la population départementale se réfugie dans la foi pour espérer le retour rapide de la paix, ou d’un être cher. Les différentes cérémonies et processions sont suivies avec ferveur ce qui n’est pas chose anodine dans un département qui appartient historiquement au « Midi rouge ». Le pèlerinage de Notre-Dame-de-Boulogne, organisé au printemps 1944, est un des exemples les plus édifiants de ce renouveau de ferveur.

      Le quotidien, c’est aussi cohabiter avec les soldats allemands. Leur comportement est en règle générale « korrekt ». La nuit tombée, de nombreuses agressions sur des civils sont toutefois rapportées par les forces de police et de gendarmerie, notamment dans les grandes villes et les communes côtières (à cause de l’alcool). Des vols sont aussi massivement commis par les soldats (nourriture, alcool, argent, mobilier...). Armés, les soldats ont un fort sentiment d’impunité et agissent à leur guise, ne respectant pas les forces de l’ordre françaises et les règlements (couvre-feu, défense passive). Les soldats de la Wehrmacht se rendent en masse dans les maisons de tolérance où des prostituées sont parfois violemment agressées. Quelques viols (moins d’une dizaine) sont signalés sur toute la période de l’occupation. La plus grave affaire se produit à Jacou au mois de mars 1944. Une jeune fille de 12 ans est violée par deux soldats ivres en présence de sa famille. De sévères sanctions sont prises par le commandement.

Les Héraultais entre Vichy et l’occupant

En avril 1942, Pierre Laval revient au pouvoir. Dès lors, le régime de Vichy se radicalise afin de donner toujours plus de gages aux Allemands, encore considérés comme les prochains maîtres de l’Europe. En juin, la Relève est instaurée. Fondée sur le volontariat, elle vise à l’envoi de trois ouvriers spécialisés français en Allemagne en échange du retour d’un prisonnier de guerre. Impopulaire, rencontrant un faible succès, la Relève devient contrainte avec la loi du 4 septembre 1942. La mobilisation de la main-d’œuvre française évolue à compter du 16 février 1943 et la mise en place du Service du travail obligatoire (STO), impactant les classes 1920, 1921 et 1922. En définitive, au titre de la Relève volontaire, contrainte ou du STO, entre 4 500 et 5 000 Héraultais prennent la direction de l’Allemagne. Les départs n’étant pas assez nombreux pour l’occupant, plusieurs rafles sont menées par les autorités françaises et allemandes en 1944 : la rafle de l’intendant régional de Police Pierre Marty (17 mars), la rafle entreprise dans les cinémas de Montpellier par les autorités allemandes (19 avril), ou encore les rafles de la « bande à Simon Sabiani » (collaborationniste marseillais) ayant lieu à Béziers et Montpellier aux mois de mai et de juin qui suivent. La participation à l’effort de guerre passe aussi par la réquisition (impopulaire) des chevaux (350 têtes sont réclamées par les Allemands).

Départ du deuxième convoi de requis pour le
STO à Montpellier (10 mars 1943).
l'Eclair du 11 mars 1943

Dès le début du mois de décembre 1942, sous la pression des autorités allemandes, des lois mettent en œuvre la confiscation des armes de chasse. Cette mesure est très impopulaire car elle prive de chasse de nombreux Héraultais. La chose n’est pas anodine en temps de pénuries. Une garde des ouvrages d’art et des voies ferrées est imposée dans plusieurs villes, notamment sur la côte. Un couvre-feu est aussi mis en place à compter du début du mois de mai 1943 de 23 heures à 5 heures. Les horaires sont parfois modifiés en guise de sanction contre la population.
En 1944, les autorités allemandes durcissent le ton, notamment avec la publication d’ordonnances signées par le Commandant du territoire d’armée du sud de la France (Kommandant des Heeresgebiets Südfrankreich). La Wehrmacht « exerce les droits de l’autorité occupante dans les mêmes conditions que dans la zone nord ». Dans le même temps, à Montpellier, l’État-major supérieur de liaison 563 (Hauptverbindungsstab) devient un Poste de commandement (Feldkommandantur 563). Le nouveau chef de cet organe militaire est le colonel (oberst) Friedrich Wilhelm-Dernen. Une fortification des villes et du littoral est entreprise par les forces allemandes pour parer un éventuel débarquement allié : construction de bunkers et autres ouvrages de défense, création de zones interdites, pose de mines, de chevaux de frise et de barbelés... Des ouvriers français sont réquisitionnés pour participer à certains travaux. L’ensemble de ces fortifications constitue le Front côtier de la Méditerranée (Mittelmeerküstenfront), également (mais improprement) appelé le Mur de la Méditerranée ou le Mur du Sud (Südwall), pour faire écho à l’Atlantikwall, son pendant de la côte atlantique.

     Avec la mise en place de ces défenses, les populations du littoral sont dans un premier temps, encouragées à évacuer les villes. Démunies, trop peu de familles ont la possibilité de quitter leur zone de vie pour aller s’installer loin de la côte. Malgré tout, pour accélérer les déplacements de population dans les secteurs à risques, les autorités allemandes rendent l’évacuation obligatoire à partir de février 1944. Après avoir accueilli les réfugiés de l’exode en 1940, certains Héraultais deviennent à leur tour des réfugiés. En quelques semaines, des communes sont presque vidées de la totalité de leurs habitants comme Agde ou Sète. Les récriminations de la population sont multiples. Les mairies tentent d’organiser les déménagements des moins fortunés, des garde-meubles municipaux sont créés.

Plan des zones à évacuer à Béziers (mars 1944)
AD Hérault 12 W764


Les Héraultais entre Résistance et Collaboration

L’essentiel de la population demeure dans l’attentisme. Les Résistants ne sont que quelques centaines en 1942 et 1943 ; entre 1 500 et 2 000 à la veille du débarquement de Provence (après le passage des gendarmes au maquis). La Résistance est principalement née à l’Université, sous l’action de professeurs repliés. Les résistants de l’Hérault effectuent de nombreuses opérations tout au long de la période de l’occupation allemande, notamment des distributions de tracts, des attaques contre des permanences politiques, des voies ferrées ou des lignes téléphoniques. Ils menacent aussi les collaborateurs ou des collaborationnistes, via des appels ou des courriers, et exécutent les plus zélés. Le 16 décembre 1943, Léon Mazaury est assassiné à Sète. Ce chef collaborationniste en étroite relation avec le chef de la Sipo-SD Josef Roleff, perd la vie quelques heures après avoir été attaqué dans les locaux de son entreprise. Sa mort provoque une violente riposte de la part de la Sipo-SD et de l’Intendance régionale de Police de Pierre Marty dans l’Hérault et sa région. Un « trimestre noir » (janvier-mars 1944) débute au cours duquel de nombreux groupes de résistants sont démantelés grâce à l’action de plusieurs agents doubles : Louis Robert, Paul Berger, Henry Mouchet... De nombreux résistants arrêtés sont torturés, exécutés ou déportés.

Comme les résistants, les collaborationnistes sont peu nombreux dans le département de l’Hérault. Le Parti populaire français (PPF) de Jacques Doriot, le Francisme de Marcel Bucard et le Rassemblement national populaire (RNP) de Marcel Déat ne comptent qu’une poignée d’adhérents souvent inactifs et divisés, comme en témoigne l’échec de leur fusion au sein d’un bref Comité unifié d’action révolutionnaire (CUAR). Seule la Milice, organisation gouvernementale instaurée par la loi du 30 janvier 1943, rassemble plusieurs centaines de partisans (encasernés au printemps 1944 à Montpellier).

Les Héraultais à l’heure de la Libération

Dès le début de 1944, les Alliés accentuent la pression par le biais d’opérations aériennes (bombardements, mitraillages, largages de tracts). L’Hérault est bombardé à huit reprises de janvier à août : 27 janvier 1944 (Fréjorgues), 27 mai 1944 (Fréjorgues), 25 juin 1944 (gares et installations pétrochimiques de Sète, Frontignan, Balaruc-les-Bains), 5 juillet 1944 (gares de triage de Montpellier et Béziers), 12 août 1944 (Sète, Agde, Vias, Villeneuve-les-Béziers), 13 août 1944 (Sète), 17 août 1944 (Montpellier), Pont ferré de Pavie (manqué), Pont route de Castelnau, 24 août 1944 (Montpellier) Pont de Pavie (détruit). Au total, les huit bombardements du département de l’Hérault ont provoqué la mort de 205 civils et fait près de 350 blessés. L’armée allemande compte environ 200 tués pour quelque 430 blessés. Le nombre de morts civils et militaires atteint environ 405 et celui des blessés se porte à 780. Comparativement à d’autres départements, l’Hérault a été relativement épargné par les attaques alliées.

Le chemin de Maurin à Montpellier
après le bombardement du 5 juillet 1944.
(AM de Montpellier)

         Les troupes allemandes évacuent l’Hérault à compter du 18 août 1944. Consécutivement au débarquement de Normandie (opération Overlord, 6 juin 1944), et au débarquement de Provence (opération Anvil-Dragoon, 15 août 1944), elles risquent l’encerclement si une jonction se produit. En quelques heures, les villes occupées sont libérées. Dans le sillage des unités de la Wehrmacht se trouvent souvent les collaborationnistes les plus zélés, notamment les miliciens. Plusieurs colonnes venant du sud-ouest de la France traversent la plaine héraultaise jusqu’au 26 août, en direction de la vallée du Rhône :

La « colonne de Saint-Pons-de-Thomières »
La « colonne de Cahors »
La « colonne de Toulouse »
La « colonne de « Rodez »

          Elles sont régulièrement attaquées par des groupes de résistants mal armés, sauf de courage. Le combat le plus notable éclate au nord de Montpellier, à Montferrier-sur-Lez, le 25 août 1944. Malgré tout, il n’y a pas d’insurrection dans le département de l’Hérault, la population ne se soulève pas et la plupart des Héraultais sont spectateurs de l’évacuation allemande. Quelques civils perdent la vie au cours de fusillades qui éclatent à Mèze et Montpellier et qui témoignent que les préoccupations essentielles des habitants du départements au cœur de ce mois d’août 1944 sont le ravitaillement et les règlements de comptes entre Français. 

          L’Hérault est officiellement libéré le 26 août au soir. Les maquis entrent rapidement dans les villes évacuées. L’installation des nouveaux pouvoirs se fait aussitôt. Un Comité départemental de Libération (CDL) est instauré. Le résistant Jean Bène le préside. Le nouveau préfet de l’Hérault est André Weiss. Un Commissaire de la République (équivalent du préfet régional de Vichy) s’installe à Montpellier. Il s’agit de Jacques Bounin. Dans toutes les communes, les municipalités de Vichy sont remplacées par des Comités locaux de Libération (CLL). L’épuration débute rapidement avec l’instauration de cours martiales. Quatre-vingt-huit personnes sont condamnées à mort entre le 30 août et le 14 septembre 1944. Au début du mois de septembre 1944, le général de Lattre de Tassigny, ancien chef de la XVIe région militaire, alors commandant de l’Armée B française qui a débarqué en Provence, vient défiler à Montpellier devant une foule en liesse.

Défilé de l'Armée B, place de la Comédie
( 2 septembre 1944)
ECPAD

Conclusion

       Le département de l’Hérault sort exsangue de la guerre. Les habitants sont épuisés par des années de privations et d’angoisse. L’occupant a fait pourtant preuve d’une relative mansuétude devant une population obsédée par son ravitaillement qui ne lui opposait pas une résistance farouche. Il n’a pas écrasé de sa botte des Héraultais centrés sur leurs droits qui cherchaient sans cesse à négocier pour atténuer les contraintes qui pesaient sur leurs épaules, déniant une guerre qui se déroulait loin de chez eux. Les actes de répression sont peu nombreux tout au long de ces quelques vingt-deux mois d’occupation, excepté vis-à-vis de la Résistance et des minorités honnies par le nazisme, notamment les Juifs. Le commandement allemand a toujours sanctionné les débordements provoqués par les soldats dans les communes occupées. 
Entre 1942 et 1944, dans l’Hérault, un évident modus vivendi a existé entre les habitants et la troupe allemande afin de régir les relations quotidiennes et ne jamais envenimer les situations outre mesure. Malgré des intérêts divergents, malgré des mésententes, malgré des animosités, malgré des frictions, malgré une antipathie réciproque, les forces allemandes se sont évertuées à ne jamais écraser de leurs bottes des Héraultais résignés, mais tatillons. Sans s’aimer, soldats allemands et Héraultais ont surtout cherché à ne pas se rendre mutuellement la vie intolérable. Il découle de cette accommodation mutuelle une tranquille évacuation en août 1944, plutôt qu’une violente Libération.

S’il est possible d’expliquer l’attitude de la population par les souffrances imposées par la faiblesse du ravitaillement général découlant de la monoculture de la vigne, plusieurs raisons semblent motiver les soldats allemands. D’abord des questions raciales, les Héraultais font partie d’une Europe de l’Ouest dont les peuples sont mieux considérés dans l’idéologie nazie que ceux de l’Europe du Sud et de l’Est. On trouve aussi des motivations liées au régime de Vichy. Les Héraultais sont intégrés dans le territoire administré par cet État français qui collabore ouvertement avec l’Allemagne pour garantir sa place dans un futur Reich européen. 
Mais ces facteurs, très généraux, se retrouvent partout en France. Il convient donc d’envisager aussi des facteurs locaux. La Résistance héraultaise ne représente pas une menace de taille, ce qui incline au compromis plus qu’à la répression. Enfin, beaucoup de militaires savent que la rotation des troupes est permanente et ont une crainte aiguë de quitter trop précipitamment la région. Tous les soldats allemands qui arrivent dans le département ont le sentiment d’une demi-permission : l’absence totale de combats, la douceur du climat, la beauté des paysages et des sites, les bains de mer, l’absence de bombardements aériens jusqu’au début de l’année 1944, la grande faiblesse de la Résistance, le calme de la population, tout est réuni pour susciter ce sentiment. Heureux de se trouver sur la côte héraultaise plutôt que dans les steppes d’URSS, ils se relâchent, profitent de la puissance du Reichsmark et recherchent avant tout les plaisirs faciles. Excepté de nombreux vols, des agressions, des rixes, ainsi que quelques viols et homicides – peu de choses comparativement au déchaînement de violence sur le front de l’Est – les occupants donnent l’impression de s’être « tenus à carreau » pour ne pas être sanctionnés et rester le plus longtemps possible à l’abri dans cette région préservée des désastres.

L’Hérault est-il un cas singulier ou bien est-il représentatif de l’état d’esprit de la France de Vichy non occupée jusqu’en novembre 1942 ? Il est difficile de répondre à cette question d’autant que les monographies départementales survolent très souvent la question des rapports franco-allemands qui est pourtant cruciale. Pour tenter d’apporter une réponse, selon nos conclusions, il semble que l’Hérault soit représentatif d’une France méridionale à l’écart des violences de la guerre, excepté une arrivée massive de réfugiés lors de la débâcle de 1940. Cette hypothèse « méridionale » appelle toutefois nuances et limites. Ainsi, la Provence et la vallée du Rhône voisines souffrent durement des combats à l’été 1944, de même que certaines parties des Alpes ou les franges occidentales du Massif central.

[1] Docteur en Histoire contemporaine, auteur d’une thèse consacrée à l’occupation allemande dans le département de l’Hérault (1942-1944), et chargé d’enseignements à l’Université Paul-Valéry Montpellier III.



                                      « Le déporté ADELANTADO Andreu Juan »
                                                 (1912 à Barcelone - 1966 à Montagnac)

                                                                                                                      Par Alain Garcia

                                                                                                      
En 1940, la guerre est perdue qui amène de terribles conséquences ; L’occupation du pays, au début en partie, puis en totalité.  Le régime de Vichy qui se compromet volontairement avec le régime nazi ; des millions de prisonniers, de déportés et de morts, dans toute l'Europe.
Pendant l'Occupation, l'angoisse des familles concernées par l'absence d'un des leurs devait être difficile à supporter. Pour ceux qui étaient dans les Stalags (camps de prisonniers) 
« Peut-être un peu moins » car les courriers et les colis étaient autorisés, quoique souvent censurés. Quel aurait été le niveau de l'angoisse si les familles avaient su ce qui se passait dans les camps d'extermination et de concentration ? Sans nouvelles, les familles concernées devaient être dans une inquiétude totale. 

Alain Garcia conférencier
(coll. Nadine Deboos) 


A des centaines de kilomètres ou milliers, les déportés pensaient aussi à leur famille, mais leur préoccupation première, vraiment, était de survivre un jour, une nuit, puis deux....
Avec l'univers concentrationnaire, nous rentrons là dans un monde d'une autre dimension voulue, ordonnée par des lois et décrets depuis 1933, et exécutée par le régime nazi.
Tout cela a été une dure et tragique réalité.
Sans vengeance mais pour ne pas oublier, il faut en parler, même 80 ans après. Concernant la déportation, les témoins qui ont vécu ce drame, sont de moins en moins nombreux pour raconter. C'est aux familles de prendre le relais.

Nous avons eu l'opportunité d'étudier et de travailler sur un cas concret, celui du déporté ADELANTADO Juan. Raconter son histoire, c'est vous raconter celles des autres déportés qui ne sont pas revenus et de ceux qui ont survécu comme lui. En vous parlant d'ADELANTADO Juan, c'est d'eux et de toutes nationalités envers qui nous avons une pensée.
Les écrits de son carnet, à vrai dire, ne nous ont pas suffi, bien que nous le croyions. Il fallait trouver les preuves de ce qu'il écrivait.

Cet article, sur la déportation d'ADELANTADO Juan, est nécessaire pour plusieurs raisons :
- D'abord, vous faire connaître son parcours.
- La famille ne savait pas les derniers mois de sa vie de déporté. Il faut dire, à sa décharge, qu'il n'a pas noté le nom du dernier Kommando où il fut détenu.
- Ensuite, comme il a passé la majorité du temps de sa déportation à Mauthausen (camp central) et à Gusen (camp annexe), situé à quelques kilomètres ; beaucoup de personnes pensaient qu'il avait été libéré à Mauthausen le 08 Mai 1945, dernier camp de concentration à être libéré. Ce qui n'est pas le cas.

- Autre raison, les historiens, spécialistes du KZ de Mauthausen, notamment David Pike,    ont écrit et citent souvent son nom en indiquant que son évasion avait réussi et qu'il avait combattu avec les partisans yougoslaves, ceci à cause d'un document des S.S, qui avaient perdu sa trace en supposant cette hypothèse. Ce qui est faux.
- Enfin, le document se rapprochant de la vérité est le Livre Mémorial des Déportés (Chaque pays concerné a le sien) de France et d'Espagne indiquant qu'ADELANTADO Juan a été libéré le 11 avril 1945 à Buchenwald, citant le nom du Kommando, Langensalza, un camp annexe. Ceci est vrai sauf la date. Nous en reparlerons plus loin.

Pour toutes ces raisons, il était donc indispensable de rétablir la réalité de son parcours. Nous avons pu arriver à ce résultat en cherchant, écrivant à toutes les sources possibles, notamment les archives de France basées à Caen, celles d'Autriche et d'Allemagne aux services concernés, la Croix Rouge Internationale basée à Genève, et enfin à l’I.T. S, service international de recherches, basé à Bad Arolsen, en Allemagne, le seul autorisé par l'UNESCO, à rassembler les documents originaux concernant un déporté.


SON PARCOURS

ADELANTADO Juan passe la frontière en Février 1939. C'est ce qu'on appelle la Retirada. Avec d'autres militaires, il va rester quelques jours au fort de Bellegarde, au-dessus du Perthus ; c'est là qu'il rend les armes.
A ce moment précis, il ne sait pas quel destin l'attend. Il ne sait pas non plus qu'il ne reverra plus son pays, l'Espagne.

Puis, il se retrouve au camp d'Argelès, au milieu de militaires républicains et de civils, femmes, enfants, personnes âgées. Cet internement va durer jusqu'en Octobre 1939. 
La déclaration de guerre a été faite entre la France et l'Allemagne.
L'Etat Major français considère que, dans ces camps, il y a un réservoir d'hommes déjà aguerris par 3 ans de combats et qu'ils peuvent être utiles à la Nation.
Deux motivations agitent les pensées des républicains espagnols ; d'une part, ils ne veulent pas rester sur une défaite face aux fascistes allemands et italiens qui ont aidé Franco. 

D’autre part, bien qu'ils aient des rancœurs contre le gouvernement français, pensant qu'il ne les a pas beaucoup aidés, ils admirent la République Française pour sa devise et sa lutte pour les droits de l'homme.
Plusieurs choix se proposent à eux ; certains s'évanouissent dans la nature et entrent en résistance dans les différents maquis. D'autres s'engagent dans les Compagnies de Travail, nouvellement créées pour renforcer la ligne Maginot et les côtes. Enfin, l'Etat-Major installe à Argelès et au Barcarès, des bureaux de recrutement dans l'armée pour créer des régiments prêts à combattre, le moment venu. C'est cette voie que choisit ADELANTADO Juan et d'autres espagnols.

Il va être crée 3 régiments (21,22,23ème), appelés Régiments de Marche de Volontaires Etrangers (R.M.V.E), avec des soldats de nationalité différente. A ce niveau, une mise au point est nécessaire. 

A la fin de la guerre, les archives de ces 3 régiments furent confiées à la Légion Etrangère, celle-ci s'emparant de l'action de ces 3 régiments    comme faisant partie de leur histoire. Or, ceci est inexact. Tout d'abord, si cela avait été le cas, les républicains espagnols auraient refusé de s'engager sous cette bannière, leur rappelant le rôle terrible qu'a joué El Tercio (Légion Etrangère Espagnole) aux côtés de Franco durant la guerre civile. D'autre part, même les hauts gradés de la Légion ne voulaient pas les intégrer dans leurs unités, les jugeant trop politisés. Même dans les règlements prévus à la constitution de ces régiments, il ne fallait pas plus d'un quart du total qui soit d'origine espagnole.


C'est ainsi, que ces 3 régiments furent incorporés dans la 7ème Armée, 19ème Division d'infanterie, avec uniformes de l'Armée.
Pendant la drôle de guerre, ces régiments s'installent au camp de Rivesaltes et s'entraînent avec le peu de matériel donné. Radio Stuttgart les a appelés « les régiments ficelles » et ce surnom leur est resté. L'anecdote vient du fait que ce sont les commerçants de Perpignan qui leur ont fourni des ficelles pour en faire des bandoulières que les fusils n'avaient pas. ADELANTADO Juan appartient au 22ème R.M.V.E.et va faire des manœuvres au camp du Larzac en Avril 1940.
La guerre approche et son régiment est envoyé en Alsace sur la ligne Maginot. Il y reste très peu de temps car le front et les combats se situent en Picardie. Passant par Paris, le régiment se retrouve en Picardie, dans la Somme. ADELANTADO Juan et son régiment sont soumis à de violents combats au sud de Péronne où ils tiennent avec héroïsme plusieurs petits villages face à une armée bien plus puissante, notamment les chars blindés de Guderian. 
Début Juin 1940, autour du village de Marchélepot, et des fermes environnantes, c'est un combat au corps à corps qui s'engage dans les rues, les maisons. Le 06 Juin, le régiment, encerclé, va lâcher prise et se rendra, mais il aura retardé l'avance allemande de quelques jours.

Le régiment a subi de grosses pertes ; il ne reste que 800 hommes sur 2500. Parmi les morts, beaucoup d'espagnols. ADELANTADO Juan sera blessé au bras et à l'épaule.
Le régiment, pour sa bravoure, sera un des rares à recevoir la Croix de Guerre avec palme. Depuis 1945, les villages de cette zone rendent hommage à ces régiments tous les ans.
Les combattants, dont ADELANTADO Juan, auront le droit de porter la médaille du combattant, délivrée par l'Etat français.
Et à partir de cette défaite, les régiments sont dissous, bien sûr.
C'est la longue captivité qui commence. Traversant la Belgique, ADELANTADO Juan, avec des milliers de prisonniers, va être dirigé vers le Stalag VII A, à Moosburg, une ville au Nord de Munich. Dans ce camp, il va se remettre de ses blessures. Il va être employé dans une ferme puis dans un atelier de forge. ADELANTADO Juan va rester dans ce stalag jusqu'à fin Août 1941.

Ce qu'il faut noter, c'est les renseignements qu'il fournit sur sa fiche d'entrée dans le Stalag.
En effet, il se déclare né à Barcelone et indique que son domicile est à Pézenas, chez la famille Melchior, ce qui est en partie vrai puisque cette famille existe et que ce sont ses cousins. 
Il jette un doute sur son origine et son passé. Il a fait de même lorsqu'il s'est engagé dans le 22ème R.M.V.E. En se déclarant simple soldat alors qu'il est gradé. Il fera de même durant sa déportation. On comprend mieux cette attitude grâce à l'expérience acquise au sein du syndicat C.N.T. plus ou moins clandestin avant 1936, les 3 années de guerre civile et les deux dernières années passées en dehors de son pays. En dire le moins possible, mentir par omission, dire la vérité mais pas toute. C'est une position délicate mais qui permet de retarder des échéances qui pouvaient être terribles et définitives.

Cette attitude permet à ADELANTADO Juan de rester un an dans ce Stalag alors que déjà depuis plusieurs mois avant, des convois d'Espagnols sont partis vers Mauthausen.
Mais l'étau se resserre. Suite aux accords passés entre Hitler et Franco, la police allemande et la Gestapo possèdent les listings de tous les militaires républicains espagnols et tout leur pedigree, ayant combattu contre Franco.
Et ce jour-là, le 31 Août 1941, la Gestapo de Munich arrive dans le Stalag VII A, bien décidée à arrêter ces Rotspanier.
108 Espagnols, dont ADELANTADO Juan, sont ainsi découverts, arrêtés et immédiatement envoyés vers le camp de concentration de Mauthausen, situé en Autriche. Plus de 50% de ces 108 Espagnols ne survivront pas à l'enfer qu'ils allaient rencontrer.

DE LA DEPORTATION A LA LIBERATION

Comment décrire Mauthausen ? Beaucoup de livres ont été écrits sur ce camp, encore mal connu du citoyen lambda, situé en Autriche, pas loin de Linz.
Mauthausen, c'est d'abord le nom d'un petit village, longeant le Danube. Mais ce nom est surtout tristement célèbre pour son camp de concentration en haut d'une colline qui domine le village.
C'est une immense forteresse en granit, au milieu de laquelle se trouvent les baraques de déportés. Avec l'arrivée massive de prisonniers, des baraques seront construites en dehors de la forteresse. Celle-ci est bâtie au bord d'une carrière de granit qui appartenait à la ville de Vienne, rachetée par la D.E.S.T, organisme nazi. Le camp ouvre en 1938, sur l'ordre d'Himmler, les premiers déportés seront les opposants politiques et les droits communs, ces derniers devenant plus tard des Kapos.

Mauthausen est le camp qui a reçu le plus d'Espagnols, les premiers arrivant en 1940 et finissant de bâtir la forteresse et même les villas des haut gradés S.S, gardant le camp. Classé en catégorie III par les nazis (la plus haute), Mauthausen, c'est l'élimination et la mort par suite d'un travail de bagnards mal nourris et devenant squelettiques.
Tout l'attirail du système concentrationnaire nazi existe à Mauthausen ; châtiments, punitions, tortures souvent suivis de mort, pendaisons, salle de dissection, salle action K, salle de douches factices où les déportés mouraient par projection du gaz Zyklon B, fours crématoires, expériences médicales au château de Hartheim, et même les assassinats par plaisir ou sadisme comme les pousser d'en haut de la carrière (ils appelaient cet endroit le mur des parachutistes), ou comme le fils du commandant, qui, pour son anniversaire, avec une mitrailleuse, tua plusieurs déportés.

Le travail principal, pour les déportés, était de casser le granit en bas de la carrière puis de remonter les blocs, parfois de 40 kg, par les 186 marches inégales jusqu'à la forteresse.

Tout le long de la montée, ils étaient encadrés par les S.S et leurs chiens. Gare à celui qui trébuchait ou montait trop doucement. Ils étaient souvent frappés et mordus.
On n'a jamais su le nombre exact de morts à Mauthausen. En Mai 1945, les nazis ont brûlé     la plupart des archives, avant que les Américains arrivent ; il arrivait aussi qu'ils attribuaient le même numéro, plusieurs fois, à différents déportés. Les plus sérieux historiens estiment les morts dans ce camp entre 250000 et 300000. Dans le langage des déportés, Mauthausen avait reçu le surnom de « broyeur d’os ».

Revenons à ADELANTADO Juan ; comme tous les déportés, après les fiches administratives, c'est la douche, le rasage intégral, même dans les parties intimes, l'attribution de son numéro 3195, porté sur la tenue rayée et sur un bracelet. Sur la chemise, le triangle bleu pour les Espagnols (apatrides) avec le S à l'intérieur.
Puis, c'est directement la carrière, les marches, 6 jours sur 7, les appels sur la place, parfois tout nus, les brimades et plus. Tous les jours, la mort était présente.
Au début de l'hiver 1941, les S.S décident d'envoyer un kommando à Vöcklabruck, à 60km au nord-ouest de Mauthausen. Le convoi est uniquement composé d'Espagnols, environ 400.  ADELANTADO Juan en fait partie. Ils sont envoyés pour construire une route et réparer un pont.


Ce camp annexe est construit en bois avec barrières et barbelés et des miradors tout le tour, gardé par les S.S et leurs chiens, bien sûr. Mais ce n'est pas l'enfer de Mauthausen. La volonté de vouloir être libre va grandir dans l'esprit d'ADELANTADO Juan et, avec deux autres compagnons, ils vont mûrir un plan d'évasion. Après un premier échec en Décembre 1941, ils attendent le printemps. Le 05 Avril 1942, les trois Espagnols réussissent ce qui paraissait impossible. Bien que réussie, l'évasion va durer une vingtaine de jours parmi les montagnes du Tyrol.
Un des 3, Santos Fernandez Agustín, survivant, racontera plus tard cet épisode dans un livre de souvenirs. 

En 2017, sa région d'origine, l'Extrémadure, par l'intermédiaire de ses services culturels, en fera un film documentaire.

En voici un extrait : « Le printemps arriva et les neiges commencèrent à fondre. Le moment de préparer l'évasion était arrivé. Le camp était dominé par quatre tours miradors. Seul, un espace d'un mètre, dessous l'un des miradors, n'était pas visible depuis les trois autres, dû à la proximité de la baraque des toilettes. Il fallait ouvrir ce petit passage dessous même le mirador et espérer que la sentinelle n'ait l'idée, à ce moment-là, de jeter un regard sur les barbelés. Tout était prêt pour le 05 Avril 1942.

Ce jour-là, quand sonna le premier coup de sifflet pour que chacun se mette dans sa baraque, ADELANTADO Juan, le vieux et moi, nous nous sommes cachés dans la baraque des toilettes.  Il nous restait dix minutes de marge avant que le chef du Kommando passe sa revue quotidienne. Nous avons attendu jusqu'à ce que les portes et les fenêtres de toutes les baraques se ferment. Alors je me faufilai en rampant sur le sol, jusqu'aux barbelés. Je coupai les trois premiers fils, à partir d'en bas, de telle façon qu'un corps humain pouvait s'y glisser dessous.
Je fis un signe à mes deux compagnons. Et, un derrière l'autre, entre les touffes d'herbe, nous sommes parvenus à l’extérieur. Quand nous avons parcouru environ 500 mètres, on commença à entendre les coups de sifflet et des cris en allemand. Notre évasion avait été découverte et commença, pour nous, la partie la plus dure et la plus dangereuse de notre entreprise.

Tout de suite, les projecteurs se mirent en marche et à balayer le terrain qui entourait le camp.  Alors que les coups de sifflet, les cris et les ordres se faisaient de plus en plus intenses, calculant que nous nous étions assez éloignés, nous nous levâmes enfin. Nous nous mîmes à courir jusqu'au bois. Notre uniforme rayé nous empêchait d'établir des contacts avec quiconque, sous peine d'être dénoncés. Il nous fallait attendre la première nuit pour espérer arriver jusqu'aux montagnes du Tyrol. Dans les jours qui suivirent, nous mangions ce que l'on trouvait dans les granges et, de la même façon, nous nous sommes débrouillés de trouver de vieux habits pour abandonner nos costumes de condamnés. Et, ainsi, nous pûmes marcher un peu plus, même au début de l'aube. Une nuit, aux alentours de 9h du soir, nous arrivons à proximité d'une grange où nous espérions trouver quelque chose à manger. Nous nous sommes approchés de la partie arrière de la bâtisse et quelle fut notre surprise de trouver devant la porte un grand plat de patates frites et quelques morceaux de lard. Ceci, avons-nous pensé, a été placé là pour nous empoisonner. Mais, peut-être aussi, cela a pu être déposé ici par une main charitable.

Malgré la faim qui nous tenaillait, ni ADELANTADO Juan, ni moi, ne voulurent goûter cette nourriture qui paraissait excellente. Le vieux, notre compagnon, Lopez Bermudez, ne put résister à la tentation et mangea tout le plat. En moins de temps qu'il ne faut pour le dire, le vieux laissa le plat plus propre qu'un sou. Il eut bon nez, notre ami, c'est vrai. Et nous autres, nous nous sommes réjouis de voir le vieux récupérer sa forme physique.
Le 25 Avril, c'est à dire 20 jours après notre évasion, nous nous rencontrons face à face avec un homme vêtu en uniforme, avec la croix gammée sur le bras. Il questionna qui nous étions et nous demanda de le suivre. Nous essayons de lui expliquer que nous allions par ce chemin à un lieu bien déterminé, mais l'homme ne nous crût pas et je me vis obligé de lui asséner un coup de poing en pleine mâchoire, tellement fort qu'il resta un moment sans connaissance.
Si nous avions eu l'esprit criminel, nous l'aurions achevé sur place. Mais nous nous mîmes à courir et, presque de suite, l'homme recouvra ses esprits et se mit à crier en partant en direction du village qu'on ne devinait pas très loin de notre rencontre au pied d'une montagne.
Notre fuite, comme la nuit tombait, fut une authentique débandade et nous perdîmes de vue ADELANTADO       Juan qui aurait été détenu en un petit village de cette région. »

Santos Fernandez Agustín raconte ensuite son propre parcours et il termine en disant :
« C’est ce qui arriva aux 3 évadés du kommando de Vöcklabruck, le 05 Avril1942. Si l'histoire n'a pas été racontée avec art comme l'aurait écrit une main adroite, elle a la vertu d'être l'exacte vérité, sans ajouter ou enlever une virgule. »
Un deuxième témoignage de cette évasion, vécu de l'intérieur du camp, a été écrit par un autre compagnon, Ramon Martret, que vous lirez à la fin de cet article. Des 3 compagnons, seul Lopez Bermudez Francisco, le plus âgé, finira sa vie gazé et brûlé dans le four crématoire de Gusen, comme l'a été Blas Sarroca.
ADELANTADO Juan est capturé après le 20 Avril 1942, près du village d'Oberau, pas loin de la Suisse. Voulant retarder les recherches sur son lieu de détention, il dit qu'il s'est évadé du              Stalag VII A de Moosburg. S'en suit une enquête de la Gestapo et des courriers avec le Stalag. La réponse est sans surprise, ADELANTADO Juan a été transféré à Mauthausen depuis le 31 Août 1941.
De retour dans l'enfer, sa situation personnelle va empirer.
D'abord, ADELANTADO Juan va subir le châtiment de la schlague ; accroupi sur un tabouret, on lui inflige 75 coups sur le cul et les fesses qu'il doit compter en allemand sans se tromper, sinon la punition recommence. Ensuite, c'est l'isolement dans une cellule de la prison du camp où les uniques positions étaient debout ou accroupies, ceci pendant 13 jours.

A sa sortie, le calvaire va continuer. Dans l'organisation nazie des camps, il existait, entre autres, une section politique et une section de sécurité (la Schutzhaft). Ces deux sections avaient une importance prédominante ; elles considèrent ADELANTADO Juan comme un ennemi irréductible du Reich et vont le prendre sous leur surveillance. Même le chef du camp n'a plus son mot à dire sur ce genre de prisonnier.
Et son statut de déporté va changer. ADELANTADO Juan est placé dans la compagnie disciplinaire. La majorité de ces punis y restent 1,2,3 semaines, quelques mois. Lui y est placé de façon définitive. Cette compagnie travaille à la carrière 7 jours sur 7, sans arrêt sous les brimades et les châtiments, avec la montée des 186 marches.

ADELANTADO Juan est placé sous ce fameux régime de la Schutzhaft (détention pour raison de sécurité). Enfin, considéré comme dangereux en tant qu'évadé, il portera sur sa tenue un cercle rouge avec au centre un point rouge aussi, sur le devant et le derrière. Ainsi facilement repérable au moindre geste suspect. Il va porter aussi le triangle rouge, celui affecté         aux politiques.
Le 21 Octobre 1942, toujours puni, ADELANTADO Juan est transféré dans le camp annexe de Gusen, encore plus mortifère que le camp central. La vocation de ce camp était de fournir de la main d'œuvre nécessaire à la construction d'une usine souterraine pour la production d'avions par la société Messerschmitt, notamment le M 262         premier avion à réaction.
Des milliers de déportés sont morts en creusant des galeries immenses, mais aussi par un grand nombre d'assassinats. Il y eut beaucoup de témoignages mais un seul suffira à faire comprendre l'horreur de ce camp. 

Le déporté français, Georges Parouty a écrit : « Parfois les arrivages étaient si importants, que, devant l'impossibilité de loger tout le monde, les chefs de blocks, les kapos, tout l'appareil répressif du camp recevait l'ordre de supprimer un certain nombre de détenus. Les exterminations avaient lieu la nuit quand tout le monde était couché. Les allées et venues des responsables du camp, les conciliabules entre les chefs de blocks, les kapos, leur nervosité et puis, soudain, ce calme inhabituel, l'atmosphère plus lourde, enfin un je ne sais quoi, qui nous tenait la plupart éveillés, n'osant plus bouger, retenant notre respiration. 
Et puis, coups de tonnerre, tous les tueurs, armés de barres de fer, envahissaient les baraques et le carnage commençait. »
ADELANTADO Juan passera presque deux ans dans cet enfer.

Nous sommes fin 1944. Et puisqu'il est toujours vivant, ADELANTADO Juan se dit qu'il faut tenir, physiquement et moralement, pensant comme tous les déportés, que la fin de la guerre est proche, et que Mauthausen serait son dernier camp. Il se trompait.
Il ne sait pas encore pourquoi, mais en cette fin du mois de Novembre 1944, de Gusen, il est renvoyé au camp central de Mauthausen.
Quelques jours d'attente, puis avec une centaine d'autres déportés, ADELANTADO Juan descend vers la gare de Mauthausen où les attend un convoi. En montant dans ce train, il remarque que tous portent le triangle rouge, et surtout ce point rouge sur la poitrine et dans le dos. Ce sont tous des détenus punis. ADELANTADO Juan a certainement peur, pensant qu'il est en train de vivre peut-être ses derniers jours. Surtout qu'il ne connaît pas la destination.

Le voyage va durer quelques jours pour arriver au camp de concentration de Buchenwald. Là, même procédure qu'à l'entrée de Mauthausen. Les fiches administratives sont remplies avec les dossiers des S.S de Mauthausen que ceux-ci ont transmis. La liste de ces nouveaux entrants est effectuée par nationalité. Sur les 100 déportés, il n'y a que deux Espagnols.
ADELANTADO Juan reçoit le N° 96635 et le suivant est un nommé Arnaud Vima Luis catalan lui aussi qui vivait à Barcelone. ADELANTADO Juan a noté sur son carnet son adresse d'avant la guerre, s'ils avaient la chance de se revoir.

Le 02 Décembre 1944, ils sont envoyés à un camp annexe de Buchenwald, Langensalza


LE DERNIER KOMMANDO

Langensalza est une ville moyenne de la province de Thuringe, dans le centre Nord de l'Allemagne. La ville, très ancienne, tirait sa richesse du trafic et commerce de la guède (plante pour le pastel). Il y avait beaucoup de filatures jusqu'à la moitié du XXème siècle. Il faut retenir que Langensalza fut un important camp de prisonniers pendant la guerre de 1914-1918. Prisonniers de toutes nationalités, mais surtout des Français et des Russes.
L'histoire de ce camp est connue par une épidémie de typhus en 1915 qui fit des milliers de morts mais surtout par une fusillade sanglante des prisonniers par les gardes allemands du camp le 27 Novembre 1918, 16 jours après l'armistice. Il y eut 16 morts dont 10 Français et une trentaine de blessés. L'incident provoqua un scandale d'indignation dans toute l'Europe. Pendant la deuxième guerre mondiale, le 20 Décembre 1943, le Reich approuve une relocalisation partielle des usines des avions Junkers. Plusieurs sites sont choisis dont Langensalza. Il fallait assembler l'avion JU88 chasseur de nuit et le FW 190, chasseur bombardier. Ces deux avions étaient plus rapides que les fameux Stuka.
L'endroit choisi pour cette opération était une ancienne filature appartenant à une société belge AG Eupen qui fournissait des habits de laine à la Wehrmacht depuis 1936. Le parc est démantelé et les machines stockées dans une briqueterie proche. Les hangars sont immenses et la société Junkers peut s'installer.

La production débute au printemps 1944 ; le Reich enverra d'abord des travailleurs forcés jusqu’en Octobre 1944. Mais le besoin d'un plus grand nombre d'ouvriers devient nécessaire.
C'est à ce moment-là que Langensalza, devenue une annexe de Buchenwald, va recevoir des déportés et se transformera en un petit camp de concentration car le nombre ne dépassera jamais les 1500 détenus.
Ce camp de Langensalza, par l'ordre d'Himmler, va recevoir un statut spécial en tant que camp punitif central pour les déportés qui s'étaient évadés puis repris. Ces derniers, considérés comme des ennemis irréductibles du régime, portaient tous le triangle rouge des politiques. En tant qu'anciens évadés, ils avaient sur leur tenue, sur la poitrine et dans le dos, un point rouge entouré d'un cercle, appelé « fluchtpunkt », traduit par point de fuite.        Les premiers déportés punis arrivent du camp central de Buchenwald, le 21 Octobre 1944.            Certains sont renvoyés par manque de capacités physiques, trop faibles.

Les convois vont arriver de pratiquement tous les camps de concentration, le dernier étant celui de Mauthausen, début Décembre 1944, avec ADELANTADO Juan dedans.
La majorité de ces déportés était des Russes ayant appartenu à l'Armée Rouge, et des Polonais ayant combattu dans le ghetto de Varsovie. Les Français étaient, à peu près une cinquantaine. Puis, en moins grand nombre, des Belges, des Yougoslaves, des Allemands, quelques Juifs venant d'Auschwitz et quelques Gitans, considérés comme des races inférieures.
Enfin, de tous les convois arrivés à Langensalza, il n'y eut que 3 Espagnols :  
    -  ADELANTADO Juan, de Barcelone.
    -  Arnaud-Vilma Luis, aussi de Barcelone. Il mourra à Dachau, quelques jours avant la libération
     -  Parras Raphael de Hellin. Il sera libéré à Dachau. Il passera en Suisse avec un convoi de la Croix Rouge pour y travailler quelques années puis demandera un passeport pour le Mexique.

La société Junkers avait logé les déportés et les travailleurs forcés dans un bâtiment de 2 étages, situé juste à côté des halls d'usine d 'avions. Les quartiers des déportés étaient protégés contre toute évasion par une clôture haute en fils de fer barbelés. Les gardes S.S avec les chiens surveillaient la zone. Dans les couloirs, il y avait des cadres de lit à 2 niveaux avec des matelas en paille et des couvertures grises.
Les déportés étaient principalement utilisés pour construire les fuselages et les ailes pour les assembler.
Bien qu'il s’agisse d'un kommando punitif, le taux de mortalité était inférieur à celui des autres camps annexes de Buchenwald. A cela, plusieurs raisons.
D'abord, l'entreprise était dépendante de ces détenus formés et spécialisés dans le travail qu'on leur demandait. Ensuite, malgré la brutalité des S.S ces déportés, ayant vécu déjà 4 ans de déportation, se tenaient tranquilles. Déjà punis sévèrement, ils ne voulaient plus risquer leur vie par des gestes inconsidérés. D'autant plus, que nous sommes fin 1944, et les nouvelles circulent de l'avancée des troupes alliées.
Malgré ce, il y eut des incidents et un certain nombre de morts, parmi lesquels deux Français. La liste administrative des S.S, au sujet de ces morts, invoque différentes maladies, n'ayant aucun rapport avec les conditions inhumaines des déportés. Ces morts étaient ensuite brûlés dans le four crématoire du camp, et, normalement, les urnes envoyées à Buchenwald. Ces urnes n’ont jamais été retrouvées.
Fin Mars 1945 ; les travaux dans l'usine furent arrêtés, devant l'approche des armées alliées et le commandant du camp ordonna le transfert des détenus vers Buchenwald.

C'est ainsi que le kommando de Langensalza fut supprimé. Les Américains entreront dans ce camp, le 05 Avril 1945.
20 ans après la guerre, en Avril 1965, des employés de la filature ont érigé une stèle commémorative, à la mémoire des déportés morts dans ces lieux, à l'entrée du camp. L'inscription comporte une faute regrettable, car, au lieu d'écrire « assassinés par les fascistes », on peut lire « des fascistes assassinés ». La stèle, avec cette erreur, existe encore aujourd’hui.
Bien plus tard, en 1966, l'Etat allemand a ouvert une enquête criminelle contre le chef du camp et les gardiens S.S.
L'enquête dura des années et s'arrêta en 1975 car les auteurs des meurtres décrits par les témoins, n'ont pu être identifiés. Le commandant du camp, qui s'appelait Josef Ebenhoh, était décédé depuis des années. Selon le dossier d'enquête, il est mort le 22 Mars 1951 dans un camp d'internement dans le district de Meiningen.

LES MARCHES DE LA MORT

ADELANTADO Juan est toujours vivant, en cette fin de mois de Mars 1945.
Dans son carnet, il écrit : « Dans ce dernier kommando, et à cause de la pression américaine, nous fûmes évacués au camp de concentration de Buchenwald. »
La phrase est brève.
Grâce aux documents de l’I.T. S, et de quelques témoignages rares, nous pouvons reconstituer cette première marche.
Le 01 Avril 1945, tout est prêt. La longue file de prisonniers s'ébranle, à pied, entourée par les S.S et leurs chiens.

Il existe plusieurs routes pour rejoindre le camp de Buchenwald, qui est à côté de Weimar. La route principale qui rejoint les deux camps, est la plus courte, représentant tout de même presque 70 km. Mais le commandant S.S l’estime trop dangereuse ; il veut éviter les bombardements sur des cibles trop voyantes. La colonne passera donc par des routes de campagne, plus sûres. De ce fait, la marche va dépasser les 100 km. Le convoi passe par de petits villages. Au moins 6 déportés dont 4 Russes vont être abattus en chemin pour avoir tenté de s'échapper ou de ne pouvoir marcher. Gleb Rahr, déporté russe qui a survécu, devenant journaliste après la guerre, raconte : « Les prisonniers ont été évacués du 01 Avril au 03 Avril au soir, avec deux interruptions pour les deux nuits. La première nuit, nous l'avons passée en plein champ, sous la pluie, entourés des gardes S.S avec leurs chiens. La deuxième nuit, nous avons été entassés dans une église du village. »
Un autre prisonnier témoin, participant à la marche, raconta « la première nuit a été terrible, mon groupe a dû rester dans une grange de campagne. L'eau atteignait les chevilles. Vous ne pouviez pas vous asseoir et, bien sûr, encore moins dormir. Nous avons passé la nuit dos à dos, très courbés. A la fin du deuxième jour, nous avons passé la nuit assez confortablement dans une église, au chaud et au sec. 
Quelques détenus ont fui pendant la nuit. Le matin, les gardes S.S étaient en colère et ont précipité leurs chiens contre nous. »
Au total, 17 déportés du convoi ont profité de l'occasion pour fuir de cette église. Deux autres avaient essayé de se cacher dans le clocher. Ayant été découverts, les gardes les ont repris, puis abattus sur place. Ensuite, ils les ont enterrés dans un champ derrière le village.

Le 03 Avril 1945, le kommando de Langensalza avec ses détenus, dont ADELANTADO Juan, arrive sur le soir au camp central de Buchenwald. Ce dernier commençait à être démantelé et tous les déportés se préparaient à d'autres marches forcées.
Au total, sur les 1240 déportés du kommando, selon les documents de l'administration nazie, 1135 sont arrivés à Buchenwald. Si l'on tient compte des 17 évasions, c'est 88 déportés qui ne sont plus, soit assassinés, soit morts d'épuisement.
ADELANTADO Juan est toujours parmi les survivants.

LA MARCHE DE BUCHENWALD A FLOSSENBURG

Les détenus déportés de Langensalza vont rester 4 jours à Buchenwald. Ils vont être mêlés aux autres déportés qui venaient de tous les kommandos annexes et même d'autres camps de concentration.
Buchenwald était en ébullition. Des milliers de déportés étaient entassés. Beaucoup mouraient d'épuisement, de maladie ou assassinés, car les nazis étaient aux abois, face à l'avancée des troupes russes d'un côté, et américaines et alliées de l'autre côté.
Durant la première quinzaine d'Avril, tous les jours, des convois de trains remplis de déportés partaient par des voies différentes vers Dachau, principalement. Certains n'y arriveront pas.
Le 07 Avril 1945, ADELANTADO Juan part dans un convoi qui comprend 2400 prisonniers. L’I.T. S a rassemblé tous les documents concernant les marches de la mort, notamment celle qu'a subi ADELANTADO Juan. Quelques témoignages de déportés survivants ont été rapportés.

Un déporté français écrit ;
« Nous partîmes le 07 Avril en direction de l'Est, fuyant devant l'avance américaine. Nous étions entassés dans des wagons de marchandises découverts, de type minéralier. Sans manger   et sans boire, serrés les uns contre les autres, sans pouvoir nous asseoir, et encore moins nous coucher. Nous roulions jour et nuit. Je me souviens de la joie vengeresse qui nous étreignit en traversant Chemnitz, complètement détruite par les bombardements. De temps à autre, le convoi s'arrêtait en raison des bombes et les S.S s'abritaient sous les wagons.
Puis nous repartions ; un jour, le convoi bifurqua pour prendre la direction du Sud afin de ne pas se retrouver face à l'Armée Rouge. Puis, dans la petite gare de Tachau, le train s'arrêta. Les S.S       nous dirent que nous allions continuer à pied. Ils demandèrent que ceux qui se sentaient incapables de marcher, sortent des rangs. Nous ne devions plus jamais revoir nos camarades qui avaient déclaré ne pouvoir marcher. Ils furent abattus et leurs restes enterrés avec d'autres victimes de la marche de la mort. Leur fosse commune fut surmontée d'un tertre et d'un modeste monument.
Il fallait marcher et franchir la montagne, culminant environ à 1000 mètres. Une trentaine de kilomètres fut parcourue. Des milliers d'hommes, de tous âges, de toutes nationalités, affaiblis par des mois et des années de mauvais traitements, de sous-alimentation, de coups, d'humiliations, ne purent supporter ces nouvelles épreuves. Ils s'arrêtaient ou tombaient sur la route et étaient immédiatement achevés d'une balle dans la tête.
Cela dura plusieurs jours, sans nourriture et sans boisson. Nous couchions la nuit, au bord du chemin, après avoir bu l'eau des fossés et mangé quelques herbes ou pissenlits. Beaucoup d'entre nous, étaient malades ; dysenterie, érysipèle, diarrhées...
Le jour, nous traversions quelques villages. Un jour, un couple avec un bébé, nous a regardé, apitoyés. Le jour suivant, des enfants nous ont jeté des cailloux, nous traitant de criminels.

« La nuit était tombée lorsque nous sommes parvenus à Flossenburg. Arrivée lugubre et sinistre. Les S.S criaient et frappaient, les chiens aboyaient. On nous parqua dans un grand hall pour avions. Il y avait des flaques de sang partout, une sorte d'abattoir infernal. Epuisés, nous avons sombré dans le sommeil, écroulés sur le ciment.
Nous sommes restés quelques jours à Flossenburg et on nous a remis au travail forcé. Tous les matins, nous trouvions dans les latrines les morts de la nuit qui nous regardaient fixement, les yeux grands ouverts.
Au bout de quelques jours, une canonnade fut entendue au loin. Le bruit courut que le camp allait se rendre mais les S.S reprirent en main tout le monde, et, dans un affolement organisé, ils décidèrent à nouveau, l'évacuation de Flossenburg. »

ADELANTADO Juan est là, parmi ces milliers de déportés. Sur son carnet, il a noté cette marche, plus brièvement que ce que nous venons de lire.
Il écrit : « A cause de la pression américaine, nous fûmes évacués au camp de Buchenwald. J’y suis resté quelques jours pour nous évacuer à nouveau vers Flossenburg. Arrivant à ce camp après 5 jours de voyage, sans n’avoir mangé ni dormi, absolument rien. »
Il continue, en donnant un peu plus de détails : « Wagons, wagons découverts… Au second jour de voyage, le convoi est arrêté dans une gare assez importante. Dans cette gare, le convoi subit une attaque de la chasse américaine, occasionnant parmi les prisonniers, 128 morts. En dehors de ces derniers, il faut dire que les S.S tuèrent plus de 100 qui tentaient de s’échapper. Pour leur part, les S.S eurent 28 morts. Au matin suivant, le convoi reprit son voyage et continua un peu plus de 2 jours pour arriver dans un village qu’on appelle Iachau.
Ici, nous débarquons du train et avons continué la marche à pied. Nous fîmes halte pour la nuit, près d’une ferme ou enclos. Nous avons continué la marche le matin suivant jusqu’à Flossenburg arrivant dans ce camp après une marche de 40 km, à 9 heures du soir. » 

LA MARCHE DE FLOSSENBURG VERS CHAM

ADELANTADO Juan va rester quelques jours à Flossenburg. Puis, vers le 20 Avril 1945, tout recommence.
Plusieurs témoignages ont été écrits sur cette marche. Nous ne les citerons pas, se contentant de lire ADELANTADO Juan :
« Nous sommes restés dans le camp de Flossenburg 3 jours au bout desquels, nous fûmes évacués, une nouvelle fois à pied, d’un pas très rapide en direction de Munich ou plutôt du camp de Dachau.
Nous avons marché pendant quatre jours jusqu’à une nuit pour arriver à un village, appelé Penting. C’était le matin du 22 Avril. Aux alentours de ce village, nous fîmes une halte. Là ils nous donnèrent un morceau de pain et nous passâmes la nuit. Le matin suivant, vers les 10 heures, nous commençons à entendre les détonations des canons et des rafales de mitrailleuses. Immédiatement, les S.S firent reprendre la marche à pas forcés. Mais nous ne les avons pas écoutés. De sorte qu’au bout de quelques kilomètres, les Américains nous rattrapèrent. Les S.S se dispersèrent et fuient.
A cette date du 23 Avril 1945, à 11 heures plus ou moins du matin, nous sommes libérés des griffes du pouvoir national socialiste.


Les Américains nous donnent à manger et des petits cigares et tout ce qu’ils avaient dans leurs mains. Ils nous disent de rester dans les cases du camp et de manger tout ce dont nous avions besoin.

C’est ainsi, que nous nous retrouvons plus de 10 000 prisonniers à manger et dormir dans les baraques du camp allemand de ce secteur.
Il faut noter que, durant tous ces jours, qui vont du 5 Avril au 23 Avril, nous n’avons mangé que quelques morceaux.    

Voilà donc le 23 Avril 1945 ; ADELANTADO Juan vivant et libre, mais dans un état physique déplorable. Et pourtant, la situation va se compliquer.
Durant cette fin d'Avril 1945 et la fin du mois de Mai 1945, l'attente va être très longue. Il voit partir les prisonniers d'autres nationalités rentrer dans leur pays. Pour les Espagnols     comme lui, ce n'est pas le cas. Les pays occidentaux ont reconnu le régime de Franco comme légal. Les Américains veulent garder les Espagnols plus longtemps dans les camps en Allemagne. Ils sont considérés comme apatrides et personne n'en veut. A force de négociations avec les associations humanitaires et accord entre pays, la France acceptera de recevoir la majorité des Espagnols républicains. Durant cette attente, ADELANTADO Juan va écrire son carnet, son histoire. Et après le 23 Avril, il va noter chaque jour, ses impressions. En voici quelques extraits :

          Dimanche 29 Avril

Aujourd’hui, j’ai passé toute la journée au lit en raison d’un gros rhume qui m’indispose depuis quelques jours. Cet après-midi, je me trouve légèrement mieux. J’espère que cela n’aura pas de graves conséquences.  
Demain, si je me sens mieux, et s’il fait beau temps, j’ai l’intention d’aller au village voisin pour tâcher de m’informer sur la situation et s’il y a un moyen de partir vers la France.
Bien que tout semble pour le mieux, je ne suis pas tranquille … 

          Mercredi 02 Mai

Aujourd’hui, le jour s’est levé avec la neige qui tombe. Ma tête me fait terriblement mal. Le fort rhume est toujours là et en aucune manière, il ne veut guérir. Si encore, il faisait beau temps. Depuis que je suis sorti de Buchenwald, je me retrouve seul comme espagnol.
Cependant, j’ai, quand même, des bons camarades parmi les Polonais et les Russes. Bien sûr, j’aimerai mieux avoir quelques Espagnols avec moi ; les choses iraient beaucoup mieux. De toute manière, je suis relativement assez libre de mes mouvements et, depuis ces cinq dernières années, c’est le plus important.

          Jeudi 03 Mai

Rien à signaler d’important. Nous continuons à attendre pour voir ce qui se passe. Ce matin, il y eu un regroupement et un défilé de Polonais dans le village. Certainement que la semaine prochaine, commencera le rapatriement des prisonniers. En Allemagne, on s’attend à de grandes périodes de misère et de faim.

          Samedi 05 Mai

La situation n’a pas varié le moins du monde. La tête continue à me faire souffrir. Je ne suis pas bien du tout. Je suis malade. Peut-être, que commence à sortir le mal de tant d’années de souffrance. J’ai le pied gauche inutilisable des conséquences d’une entorse ; il est assez enflammé.
Une fois de plus, on parle d’un rapatriement possible pour la semaine prochaine. Nous espérons que cette fois, c’est la vérité car j’ai réellement envie de sortir et de quitter ce pays maudit. Le temps continue, toujours le même ; mauvais comme tout ce qui est dans ce pays maudit. En quinze jours, nous n’avons pas aperçu le soleil. C’est un mois de mai qui ressemble au mois de janvier à Barcelone.

          Mercredi 09 Mai

Aujourd’hui, mon ami Michel est parti. Capitulation de l’Armée Allemande.
Il paraît qu’hier, les Français sont partis vers Francfort. Moi aussi, je devrais partir mais je n’ose pas, de peur que l’on me remette à nouveau dans le camp de concentration en attendant que les commissions décident.

          Jeudi 10 Mai

Le temps a vraiment changé. Il fait un temps excellent. Hier, pour la première fois, depuis l’arrivée des Américains, dans ce secteur, je peux écouter la radio. Les informations sont bonnes. D’après ce qu’on dit, quelques groupes de SS résistent en Tchécoslovaquie. Mais ce n’est qu’une question de jours. Je crois pouvoir dire que tout est terminé et que la Paix est bienvenue en Europe.

          Vendredi 11 Mai

Je suis dans la même situation d’attente et disposé à me reposer tout ce que je peux. Le temps est admirable. Le fort rhume que j’avais, disparaît peu à peu. Je suis beaucoup mieux. Cependant, ces derniers jours, j’ai eu les jambes enflées. Je ne sais pas à quoi c’est dû mais j’espère que cela ne sera pas plus grave.
Presque tous les prisonniers sont partis et nous restons quelques-uns. Hier, j’ai écouté la radio qui annonçait que les persécutions persistent en Espagne.
Aussi, j’ai pris la résolution de ne pas partir d’ici, tant que la situation en Espagne ne reviendra pas à la normale. Je profiterai de ce temps pour me remettre car j’en ai besoin. Ainsi, il ne me reste plus qu’à calmer mes nerfs et suivre la consigne habituelle :
                               Résister, Résister, Résister.

Ce sont les derniers mots d’ADELANTADO Juan de son carnet. Ces trois derniers mots démontrent, après ce qu’il venait de subir, sa force morale restée intacte.


EPILOGUE                                                                                                                                                 

ADELANTADO Juan est enfin recensé et le rapatriement va commencer vers la fin du mois         de Mai 1945.
On lui donne une carte de rapatrié qui vaudra comme carte d'identité.
Après le départ du camp, à chaque arrêt, vers le retour en France, la Croix Rouge Anglaise ou Américaine lui donne quelques reichsmarks et quelques habits. Sur sa carte, sont écrits les seuls biens qu'il possédait : un pyjama (la tenue du déporté), une chemise, une paire de chaussettes, un chandail et son petit carnet.
Vers la mi-juin 1945, ADELANTADO Juan passe la frontière avec d'autres milliers de déportés.
Il est recensé au grand centre de rapatriement de Longuyon, en Moselle.
Il est dirigé sur Paris où il doit se recenser à nouveau à l'hôtel Lutétia. Il en profite aussi pour      aller voir l'Amicale du 22ème R.M.V.E qui venait d'être créée. Cette dernière lui fera une attestation de combattant de ce régiment.
De ces épreuves endurées, il aura droit à porter la médaille du combattant et la médaille de la déportation.
Une partie du gouvernement républicain espagnol est en exil à Toulouse. Il est entouré d'anciens hauts gradés de l'Armée. ADELANTADO Juan, fort de ses convictions, décide d'aller à Toulouse pour voir quels sont les projets de ce milieu en exil. Il va habiter quelques temps dans cette ville, côtoyant les émigrés comme lui. Un regroupement d'anciens militaires se crée : l'Agrupacion Militar. Son but est de soutenir le gouvernement en exil, et, s'il le faut, reprendre la guerre en Espagne pour renverser Franco. ADELANTADO Juan va adhérer à cette entreprise avec le grade qu'il avait dans la guerre civile ; commissaire de compagnie de D.C.A.
Il assiste aux réunions, plein d'espoir. Rien ne va aller dans le sens qu'il voudrait.
Les pays occidentaux reconnaissent le régime de Franco dès le milieu de 1945 et en 1946. D'autre part, dans l'Agrupacion Militar, des dissensions se font jour sur la stratégie à mettre en place, sans compter les divergences politiques.
ADELANTADO Juan voit ses dernières illusions s'envoler pour longtemps.
Suite à cette expérience qui échoue, ADELANTADO Juan décide de partir vers le seul endroit en France où il a une chance de se créer une autre vie ; rejoindre ses cousins installés à Pézenas, dans l'Hérault.
C'est ce qu'il fait au printemps de 1946. Il trouve vite un travail correspondant à son métier. Il va travailler dans une petite usine métallurgique, « La Fournaise ». Son premier bulletin de salaire est de fin Mai 1946.
Dans cette ville de Pézenas, il y a beaucoup de réfugiés espagnols à cette époque. Notamment un refuge basque qui avait été créé en 1939. D'autres émigrés sont installés en ville. Dans cette communauté, il va rencontrer une jeune veuve avec une fille ; Isabel AGUIRRE GIL. Le couple, un moment à Pézenas, ira s'installer à Aumes. Ils vont se marier en 1947 dans ce village, où habitait déjà la famille Pinol dont le mari, Manuel, avait été aussi à Mauthausen.
En 1948, ADELANTADO Juan décide d'aller habiter Montagnac avec sa petite famille.

Ils vont habiter, tour à tour dans l'impasse Saint-Jacques, puis la rue Lafayette pour s'installer définitivement dans la rue de l'Hospice. Deux enfants vont naître ; Joachim et        Nelida.
ADELANTADO Juan continue à travailler à La Fournaise et devient chef d'équipe. En 1961, les séquelles de la déportation et la maladie l'obligent à s'arrêter de travailler.
ADELANTADO Juan est toujours apatride et sa famille étrangère. Il décide donc, parce que la France l'a accueilli, et qu'il veut garantir la sécurité à toute sa famille, de remplir les dossiers de naturalisation française. Ce qu'il va obtenir en 1963.
L'année suivante, parce qu'il veut aller voir ses parents en Espagne et ses frères et sœur, il entreprend les démarches pour un passeport. Il obtiendra aussi ce document mais sera extrêmement déçu car, en marge, il sera écrit qu'il peut aller partout dans le Monde sauf en Espagne.
La maladie finira par le rattraper. Plusieurs hospitalisations à Montpellier puis à la dernière en Juin 1966, il demande à rentrer à Montagnac pour s'en aller, entouré de tous les siens. Il décèdera début juin 1966 et sera enterré au cimetière de Montagnac.

Pour terminer cet article, avant la conclusion, nous allons lire un hommage qui lui a été dédié par un ancien déporté. Ramon Martret, déporté à Mauthausen, au camp annexe de Vöcklabruck comme ADELANTADO Juan, a survécu. Il a fait partie du Conseil National de la F.E.DI.P (Fédération Espagnole des Déportés et Internés Politiques) créée après la guerre.
Cette association éditait un bulletin important « Hispania ».
Voici le texte de l'hommage à ADELANTADO Juan, écrit par Ramon Martret, en Octobre 1966 :

« Juan ADELANTADO, né le 21 Janvier 1912 à Barcelone, ne compte plus parmi nous. Il est décédé au mois de Juin passé, à Montagnac, dans l'Hérault, des conséquences directes des séquelles de la déportation. Nous venons de le savoir, il y a très peu de temps. Voilà la raison pour laquelle nous ne pûmes l'accompagner dans ses derniers instants pour lui témoigner toute l'estime qu'il savait que nous lui portions en le suivant jusqu'à sa dernière demeure.
L'odyssée de notre malheureux compagnon, affilié depuis les premiers moments à la F.E.D.I.P est digne d'être racontée. C'est tout un poème vécu avec courage, dignité et beaucoup mais beaucoup de souffrances. Militant actif et dynamique de la C.N.T, il participa à toutes les actions que cette organisation syndicale développa dans Barcelone. 

Volontaire, dès le premier jour, sur le front d'Aragon, il fut commissaire d'un bataillon d'artillerie et était estimé de tous. Il passa en France en Février 1939, et, après avoir connu les sables inhospitaliers d'Argelès sur Mer, il est incorporé dans un régiment de Volontaires Etrangers, aux côtés de l'Armée Française. Fait prisonnier en Juin 1940, par les troupes hitlériennes, après avoir souffert quelques mois dans un stalag, il est déporté au camp de Mauthausen. Il fait partie du groupe d'Espagnols qui composèrent le Kommando César à Vöcklabruck d'où il s'évada en compagnie d'Agustin Santos Femandez et du vieux Francisco Lopez Bermudez, ce dernier mort à la Strafkompania (commando disciplinaire) de Gusen le 30 Décembre 1942. Cette évasion se déroula une nuit du mois d'Avril 1942. Les S.S finissaient d'effectuer le comptage dans les chambres quand nous entendîmes les sifflets du chef de camp et les cris des soldats S.S, accompagnés des aboiements des chiens du commandant « alles raus, alles raus ». A coups de pieds et de gummi, ils nous rassemblèrent sur l'Appelplatz où le commandant nous attendait, rugissant des cris que nous n'arrivions pas à comprendre. Qu'allait-il se passer ? Cette question que nous nous posions tous, elle eut vite sa réponse ;

« Quelqu’un s'est échappé ». Le commandant comptait et recomptait les files de prisonniers, et, chaque fois qu'il terminait, nous pouvions comprendre « drai, drai ». Il n'y avait plus aucun doute ; trois déportés s'étaient échappés et ceci signifiait pour ceux qui restaient, que nous allions passer un mauvais moment. L'intuition que tous, nous allions avoir la même sentence. Nous savions que des heures difficiles nous attendaient mais, au fond de nous-mêmes, nous avions le ferme désir que ceux qui s'étaient échappés auraient eu la chance d'arriver au lieu qu'ils avaient choisi ; ainsi, ils pourraient alerter le monde de ce qui se passait dans les camps.
Nous passâmes une partie de la nuit, alignés, debout, supportant la pluie fine et le froid de ce mois d'avril. Finalement, ils nous firent rentrer dans les baraques et, durant trois jours, le commandant attendit les ordres pour voir ce qu'il pourrait faire de nous. La prolongation de la guerre et l'importance des travaux que nous étions en train de réaliser firent que la balance pencha en notre faveur et notre châtiment se termina ainsi. C'est à cet instant que nous apprîmes que les trois échappés étaient des Espagnols.
Qui ne se rappelle l'arrivée, à nouveau à Mauthausen, de nos trois compagnons qui avaient été repris, fortement attachés, et très surveillés par les sbires de la S.S. Et les interrogatoires qu'ils durent subir ? Et l'infâme spectacle public des 25 coups de schlague que « El Chicaine » un kapo, leur donna. Et qu'ils supportèrent avec un courage qui ne peut s'oublier.
Puni à la Strafkompanie, ADELANTADO Juan put apprécier l'estime dans laquelle tous les déportés le portaient. La solidarité se manifesta pour qu'il ait le moins de souffrances possible. Il supporta, stoïque, les quarante jours de travail forcé, montant et descendant les pierres des 186 marches de l'escalier de la carrière du camp de Mauthausen.
Habillé de son veston, du pantalon rayé et du fameux et visible point rouge, il sortit à nouveau dans un kommando vers le Tyrol, en compagnie d'un autre déporté catalan dont je ne me souviens plus le nom. Nous supposons que le groupe était composé de déportés condamnés à mort.
Avant qu'ADELANTADO Juan parte dans ce nouveau kommando, nous pûmes nous informer près de lui. Avec la sérénité qui le caractérisait, au moment de nous quitter, il nous répondit :
« A mon compagnon et moi-même, les S.S nous tueront en courant à la recherche de la liberté, ils n'auront pas l'occasion de nous tuer petit à petit ».

Nous les avons aidés en leur procurant du manger et même quelques tickets allemands que le malheureux compagnon Alfaro nous avait fournis.
Nous savions que l'idée d'une nouvelle évasion était dans leur esprit dès l'instant où ils franchirent la porte du camp de Mauthausen. Dans la même nuit de leur arrivée dans ce nouveau kommando, ils tentèrent leur chance. Criblés de balles de fusils mitrailleurs, son compagnon tomba pour toujours.
ADELANTADO Juan continua à échapper aux balles et aux S.S qui le poursuivaient. Après plusieurs jours et nuits passés dans les chemins inconnus et d'altitude de ces montagnes du Tyrol, il fut capturé par les maquisards de Tito. Ayant déclaré sa personnalité d'Espagnol anti¬ franquiste, et de sa provenance, il se joignit aux forces de libération de la Yougoslavie.
Nous savons qu'en tout moment, et dans tous les combats, il se comporta comme ce qu'il était, un vrai homme.
ADELANTADO Juan revint en France, malade. En Août 1947, il forma un foyer avec sa compagne Isabel Aguirre Gil, qui, en plus d'être une épouse modèle, lui donna plusieurs enfants et lui prodigua les soins que sa santé nécessitait.
Compagnon ADELANATDO Juan, ami et frère, que la terre te soit douce, et que ces modestes lignes possèdent la force et la vertu de les transformer en fleurs rouges, celles que j’aurais pu déposer sur ta tombe si j'avais connu à temps le triste dénouement ».

                                                                     Ramon Martret, Secrétaire de la Zone n° 6


Quelques remarques sur ce témoignage ;

Ramon Martret évoque une évasion réussie vers la Yougoslavie. Evidemment, c'est faux. Tout comme les S.S qui le recherchaient, Ramon Martret ne savait pas la fin de la déportation d’ADELANTADO Juan. 

Deuxième remarque ; il parle d'une deuxième évasion. D’autres compagnons ont relaté ce fait, peut-être est-ce pour cela qu'il portait le point rouge, indéfiniment. Mais nous n’avons pas la preuve de cette dernière évasion ; donc nous considérons comme incertaine cette supposition.


CONCLUSION

ADELANTADO Juan est mort le 10 Juin 1966. Il avait 54 ans. Sa fille, Nelida, qui deviendra mon épouse, n'avait que 15 ans.
Malgré la guerre civile en Espagne, la guerre en France, la déportation, ADELANTADO Juan a pu vivre vingt ans de plus que beaucoup de ses compagnons morts dans l'horreur.
Etrangement, c'est un sentiment de culpabilité qu'ont eu à gérer tous les déportés survivants. Pourquoi lui et pas moi ? Même ceux qui les ont vus arriver squelettiques en 1945, le leur ont reproché. Cette question a hanté longtemps leur esprit.

Que ce soit clair. Ils n'étaient coupables de rien. Ils ont simplement lutté pour leur vie, leur famille, la liberté face à la barbarie. Qu'aurions nous fait à leur place, et que sommes-nous aujourd'hui, installés dans notre confort relatif ?
Toute la richesse de la langue française ne peut exprimer ce drame. On ne peut pas expliquer et comprendre parce que nous n'avons pas connu la faim, la guerre et la mort brutale qui entourait tous les jours, les déportés.
Aucun des enfants d'ADELANTADO Juan n'ont connu ce grand-père qu'il aurait pu être. Moi-même, je l'ai très peu connu. Je me souviens simplement de la silhouette d'un homme qui imposait le respect.

Dix ans de guerre et de déportation (si on ajoute la guerre civile d'Espagne) ont dû marquer cet homme pour toujours, physiquement et moralement.
Nos amis Claudine et Bernard (à qui on doit beaucoup) ont proposé plusieurs fois à Nelida et moi-même, d'aller à Mauthausen. Ma femme refusait toujours. 
En 2003, pourquoi a-t-elle accepté ? Seule, l'intimité de son cœur peut répondre. Toujours est-il, que cette année-là, nous sommes partis et avons gravi cette colline maudite amenant au camp. Je me rappellerai toujours, qu'au milieu de l'Appelplatz, Nelida m'a interdit de prendre des photos, comme si ces morceaux de papier chromé souillaient la mémoire de son père qui avait marché, souffert, vécu comme un animal sur ces pavés de granit gris pendant de longues années. Souvent, loin de moi, au cours de cette visite, elle demeurait silencieuse. Et je crus comprendre alors, qu'elle revivait la mort de son père. Quand nous avons descendu les 186 marches qui mènent au fond de la carrière, que son père avait tant de fois monté et descendu, Nelida m'a uniquement autorisé à prendre trois petits morceaux de granit (un pour chaque enfant). Depuis, le nôtre côtoie, dans notre maison, une valise pleine de photos et de souvenirs.


Si ADELANTADO Juan et Isabel AGUIRRE GIL, tous deux exilés, ne s'étaient pas mariés, je n'aurais pas connu Nelida et je n'aurai pas pu vous raconter cette histoire.

Ce que vous venez de lire est un résumé d'un livre non édité, dédié à la famille de ADELANTADO Juan.

Cet article est d'abord un devoir de mémoire.
Mémoire pour ceux qui ont connu ADELANTADO Juan. 
Mémoire pour tous ceux et celles qui ne l'ont pas connu. 
Mémoire en souvenir de tous les déportés.
Mémoire parce que sa vie a été mêlée à des évènements historiques importants, comme beaucoup d'autres hommes de sa génération.
L'oubli est un poison inoculé à petites doses, pernicieux. La mémoire est un antipoison, inoculé à petites doses, apaisante. Elle nous interdit l’oubli et nous apprend le respect, la tolérance, l'humilité, des valeurs nécessaires, même encore aujourd'hui.

                                        Par les camps et les marches forcées,
                                        J'ai suivi son tracé.
                                        J'ai lu le fil qu'il a déroulé
                                        Sur les pages d'un vieux carnet,
                                        D'une main fébrile et une écriture serrée. 
                                        Mémoire d'un homme, au creux de ma main,
                                        Que ses enfants gardent, comme un précieux parchemin.
                                        C'était le temps où vivait ADELANTADO Juan.
                                                                                                                                                                                                    L'Espagne était en feu et coulait le sang.
                                        Vers le front, s'avançaient des colonnes de Catalans, 
                                        Nombreux et courageux, et lui dedans.
                                        Sur les barricades, les tranchées, par tous les temps, 
                                        Les hommes mouraient, souffraient et lui dedans.
                                        Sur l'Ebre et le Segre, ils tombaient dignement. 
                                        D'autres reculaient, battus, et lui dedans.
                                        Les justes, vaincus après quelques ans, 
                                        Ont marché vers Perpignan, et lui dedans.
                                        A Barcarès, des milliers continuent vers l'avant. 
                                        Sur la Somme, ont combattu et lui dedans.
                                        Toujours combattant, le pire était devant
                                        Quand les convois de trains s'en vont et lui dedans. 
                                        Loin de l'Espagne, et l'Allemagne traversant,
                                        Ils sont entrés dans l'enfer et lui dedans. 
                                        A Mauthausen, par mille et des cents,
                                        Ils devaient mourir, d'abord en travaillant, 
                                        Sinon autrement et lui dedans.
                                        C'est ce qu'il dit dans son carnet, jauni par le temps, 
                                        En écrivant !'Histoire et lui dedans.

                                                                        Alain Garcia, époux de ADELANTADO Nelida.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                              

REMERCIEMENTS.

- Nos amis Claudine et Bernard (ils savent pourquoi)
- David Pike, pour ses précieux conseils.
- Jules Roiz (pour des papiers inédits sur l'Agrupacion Militar)
- José Delgado (pour avoir traduit le carnet d 'ADELANTADO Juan).


SOURCES D'ARCHIVES

- Carnet et papiers personnels de ADELANTADO Juan.
- Amicale des Anciens Combattants du 22 ème R.M.V.E ; livre d'or. 
- Revue Hispania Octobre 1966.
- Amicale de Mauthausen France. 
- Amicale de Mauthausen Barcelone. 
- C.I.C.R Croix Rouge de Suisse. 
- Archives Autriche sur Mauthausen. 
- Archives Allemagne sur les camps.
- I.T.S Archives basées à Bad Arolsen -Allemagne. 
- Livre Mémorial des déportés (France et Espagne)

LIVRES ET AUTEURS

- El sol se extinguio en Mauthausen de BAILA Batiste Francisco.
- La libération des camps de BERNADAC Christian.
- Histoire de Mauthausen de BORRAS José.
- Exils et témoignages de MARIN Progreso.
- Les Espagnols et la guerre civile de PAPY Michel.
- Mauthausen, l'enfer nazi en Autriche de PIKE Wingate David.
- Les Républicains Espagnols dans le camp de concentration nazi de Mauthausen de          
- SALOU OLIVARES Pierre et Véronique


A 12h30 interruption de séance pour l'apéro et le repas pris au VVF de Bessilles à Montagnac.



A 15h reprise avec Jean-Claude Richard 



                                              « La Milice dans l’Hérault »

                                                                      Par Jean-Claude Richard Ralite *


La Milice a été créée par la loi du 30 janvier 1943, à partir du Service d’Ordre Légionnaire. Liée au Maréchal Pétain, la Milice de l’Hérault a son siège à Montpellier et occupera en dernier lieu la caserne de Lauwe.

Jean-Claude Richard Ralite conférencier
(coll. Nadine Deboos)
Elle a un chef départemental, le docteur René Hoareau, un secrétaire, des chefs de service, des inspecteurs, et, lorsque cela est nécessaire, elle organise des Cours Martiales de la Justice.
Les effectifs en juin 1944 sont les suivants : Francs-Gardes (553 + 43 stagiaires), Miliciens (385). A Montpellier, il y a 83 Francs-Gardes, 35 Miliciens et 10 Miliciennes. A Béziers, 128 Francs-gardes. Leurs actions ont pour cadre l’Hérault et, exceptionnellement, des renforts peuvent être envoyés à d’autres Milices comme lors des combats du Vercors.
Les Miliciens de Montpellier sont les plus nombreux mais les communes rurales peuvent avoir de 1 à 8 miliciens qui sont des relais et qui peuvent être à l’origine de l’action départementale.
A partir du printemps 1944, les Miliciens, en particulier ceux de la région montpelliéraine, sont appelés à rejoindre la caserne de Lauwe qui devient une sorte de château-fort, à proximité des services de la Gestapo.

Le recrutement des Miliciens est éclectique. Ils appartiennent souvent à des familles dont les ainés ont combattu en 1914-1918. Le Service du Travail Obligatoire a entraîné deux sortes de fuite des jeunes gens qui lui était soumis. D’une part, certains ont rejoint la Milice ce qui leur évitait un départ vers l’Allemagne, d’autres ont gagné les maquis. La plupart des Miliciens sont d’origine modeste, souvent liés au milieu agricole, et trouvent dans la Milice des moyens de vie largement supérieurs.
Les turpitudes de la Milice ont déterminé, à la Libération du mois d’août 1944, des réactions spontanées et la première vague des nouveaux tribunaux a été implacable en condamnant à mort de nombreux miliciens. (1)


*J.-C. Richard Ralite, directeur de recherche(es) au CNRS, 34jcr@orange.fr
(1). On peut consulter : J.-C. Richard Ralite, La Milice de l’Hérault 1943-1944, Cahiers d’Arts et Traditions Rurales, 31, 2020, p. 159-176 ; La Gestapo de Montpellier (11 novembre 1942-19 août 1944), étude préliminaire, Etudes héraultaises, 52, 2019, p. 129-155.


Les deux articles qui suivent n'étaient pas au programme du colloque mais nous vous les proposons ici car ils sont sur le même thème.



                                                 « Histoire d'un héros peu connu »
                                                                           
                                                                                  Par Djilali Benhadia et Katia

Quand on parle de la dernière guerre on oublie souvent certains chapitres, voici donc une histoire toute simple d'un combattant, parmi tant d’autres, qui nous replonge dans les années trente et surtout dans l'histoire de la deuxième guerre mondiale.

Tout près de Clamart existe un petit cimetière militaire, aménagé et soigneusement entretenu par le Souvenir Français, nous allons voir qu'il nous intéresse même s'il ne nous touche pas directement.



Quatre-vingts ans après, une petite histoire individuelle est là pour qu'on se souvienne que des hommes et des femmes de tous les horizons, ont combattu pour que nous puissions aujourd'hui vivre librement.

Dans une famille  très modeste  de l'Algérie d'avant,  l'un des fils s'engage dans l'armée française, rien que de très banal, il a dix-sept ans, c'est pour lui la possibilité d'échapper à la misère et peut être de voir du pays, nous sommes en 1937, la guerre éclate deux ans plus tard et notre soldat, va connaître toutes les péripéties non seulement de la défaite mais heureusement pour lui, les joies de la reconquête qui passent par la guerre de libération en Tunisie, en Italie, en France et en Allemagne. Histoire bien banale à ceci près qu'il s'agit d'un soldat d'origine algérienne, Benhadia Larbi ben Abdelkader, né dans le douar de Hassaïnia, commune mixte de Mira, près de Constantine, l'Algérie c'est alors la France prolongée en Afrique du nord, où vivent plus d'un million de Pieds noirs...



Plus tard sa famille s'est installée en France où elle a fait souche. Les parents savent que leur fils, militaire, est décédé mais, jusqu'à leur mort ils ignoreront où il est enterré, toute la famille aimerait pourtant connaître l’histoire de ce parent qu'elle a perdu de vue depuis longtemps.
Heureusement son neveu, Djilali -il n'a jamais vu ou connu son oncle- aidé de Katia, qui connaissent ces questions sans réponses, décident de faire des recherches, ils vont multiplier les mails dans toutes les directions, en particulier auprès de l'association du « Souvenir français » qui s'occupe activement de l'entretien des tombes des soldats morts pour la France, de là viendra leur première découverte : 
Le lieu où leur oncle est inhumé, près de Clamart. 

A partir de ce premier détail la vie du soldat disparu se précise. D'abord où l'on peut se recueillir sur la tombe du soldat, ce qui va décider Djilali d'aller jusqu'à Clamart, dès que possible et dès la fin de la pandémie. 
Son oncle est inhumé dans un petit cimetière - inauguré le 11 novembre 1978 - de 72 tombes de militaires Nord-africains morts pour la France à la suite de blessures ou de maladie contractées au combat pendant la dernière guerre mondiale.
Ces précisions sont accompagnées de photos qui montrent avec quel soin on a organisé ce lieu du souvenir.
Au centre un ossuaire « au sol 72 plaquettes avec tous les noms et un cube noir de 60x60 cm représentant la Kaaba (réplique du monument de la Mecque) avec un croissant de lune et une étoile à cinq branches dorées, ainsi que « Ici repose (le nom du soldat) que Dieu ait son âme », (formule qui peut convenir à toutes les religions,) et les noms des 72 soldats dont 70 restes mortels (ce qui indique qu'on n'a pas tous les corps des soldats mentionnés) dans l'ossuaire Nord-africain de Percy. La médiane est dirigée vers le nord à 62°, alors qu'elle devrait être vers la Mecque, au nord est à 120°nord magnétique. Mais il fallait au mieux utiliser l’espace » Le cimetière se trouve « sur la départementale 906, dans l'allée du souvenir Français du cimetière communal (de Clamart) »





Ces détails sur la sépulture étaient accompagnés de précisions sur le soldat Benhadia. Sa dernière affectation était à l'Ecole des Cadres à Koll en Allemagne, il appartenait donc aux troupes d'occupation et faisait certainement un stage pour devenir sous-officier.
On ne sait pas encore pourquoi il a été rapatrié en France à l'hôpital militaire de Percy où il est décédé, inhumé provisoirement dans un lieu qui n'est pas précisé, sa dépouille a été ensuite transférée dans le petit cimetière militaire de Clamart.
Quel chemin a pu suivre ce garçon originaire de ce qu'on appelait les Colonies françaises ? 

A 17 ans il s'engage et il est affecté au 2° régiment des Tirailleurs algériens (2° RTA), basé avant la guerre à Mostaganem, Tiaret, Mascara.
Les régiments algériens ont déjà participé à la guerre de 1914 et quand éclate celle de 1940 on fait encore appel à eux, c’est la mobilisation de l'armée d'Afrique, à laquelle participe Larbi Benhadia, pendant la drôle de guerre, l'ensemble des troupes de cette origine aura 5400 tués et 65 000 partiront en captivité. Il est de ceux qui retourneront en Algérie après l'Armistice et on retrouve son régiment à Oran...

A cette époque, en Afrique du Nord le général Juin prépare discrètement la reprise des combats avec les unités Nords africaines parmi lesquelles le 2° RIA, et la Légion Etrangère, en dissimulant troupes et matériel.
Certaines de ces unités participeront à la formation des troupes des Forces Françaises Libres qui s'illustreront à Bir Hakeim et à El Alamen.
Le 8 novembre 1942 les américains débarquent en Afrique du Nord, une armée d'Afrique officielle est constituée et reprend la lutte pour effacer la défaite de 1940.
Le 2° RTA fait alors campagne en Tunisie pour en chasser d'abord les italiens ensuite les allemands, et il se distingue au col de Faid. L'armée d'Afrique perd dans ces combats meurtriers, 20 000 tués, blessés ou disparus.

En septembre 1943 ces forces libèrent la Corse. La fusion est alors réalisée entre les Forces Françaises libres et l'armée d'Afrique, constituant ainsi la France combattante.
La mobilisation générale permet alors de fournir 118 000 européens et 116 000 Nord-africains rappelés qui s'ajoutent aux 224 000 hommes déjà sous les drapeaux, sous le commandement du général Juin (il ne sera maréchal qu'après la guerre)
En 1943, lors de la campagne d'Italie le 2° RIA vient renforcer la 2° Division d’infanterie Marocaine du corps expéditionnaire français commandé par le général Juin, ces troupes mèneront la rude et meurtrière bataille du Mont Cassino (janvier-printemps 1944) où les allemands se sont défendus farouchement, et les troupes françaises entreront dans Rome le 6 juin 1944.

Après ces rudes combats toutes ces troupes sont retirées du front italien pour constituer l'armée B commandée par le général de Lattre de Tassigny, elle compte 260 000 militaires, dont la moitié issue des colonies.
Certains vont s'illustrer en Normandie et à Paris avec la 2° DB, d'autres au contraire vont participer au débarquement en Provence, le 15 août 1944 entre Sainte Maxime et Cavalaire, suivi de la libération de Toulon, Marseille, Montpellier, puis Lyon et Dijon.
Puis c'est la campagne d'Alsace au cours d'un hiver très froid, la libération de Strasbourg, Mulhouse et Colmar, début février 1945, le Rhin franchi et la prise de Stuttgart et de l'Autriche, la capitulation allemande marque un point final à cette progression.
Le 2° RIA a participé à tous ces combats.
Durant cette dernière campagne les pertes sont élevées, 13000 tués parmi les troupes françaises, dont les deux tiers de nord africains.
 
Comme en 1919 les troupes de l'Empire participent aux cérémonies de la Libération en 1944 et de la victoire en 1945.
Les citations militaires donnent une idée de la marche pénible de ce 2° RTA durant cette période de guerre.
Magnifique régiment de tirailleurs algériens qui a su maintenir brillamment au cours de la campagne de Tunisie et de France de 1942 à 1945, les plus glorieuses traditions d’un prestigieux passé.
Les citations (7) à l'ordre de l’armée, les distinctions, « Fourragère avec olive aux couleurs du ruban de la médaille militaire et de la croix de guerre 1939-1945 » rappellent le comportement héroïque de ces soldats algériens. L'accent est mis sur l'action déterminante de ces troupes tout au long de la guerre de Bir Hakeim à la campagne d'Allemagne après la conquête du Mont Cassino, position forte des allemands, lors de la campagne d'Italie, ouvrant aux troupes alliées la route de Rome.
Larbi Benhadia était parmi ces troupes libératrices, engagées dans les Corps francs, ces troupes d'élite exposées aux pires dangers, malheureusement on a peu de détails sur ce qu'ont été sa vie et ses combats mais on peut penser que sa mort est liée à ses six ans de guerre qu'il a connues de dix-sept à vingt-trois ans, récompensés par la médaille militaire.

Pourquoi raconter une histoire aussi banale, celle de millions d'hommes de toutes nationalités qui ont permis à notre pays de retrouver sa liberté ? Parce qu'elle souligne le rôle que les peuples de ce qu'on appelait l'Empire colonial Français, ont joué dans cette Libération.
Peuples éloignés de la France ils ont pris, fait et cause pour un pays lointain qu'ils n'avaient jamais vu pour la plupart, nombreux ont été ceux qui n'ont jamais revu leur village, en Afrique du nord, à Madagascar, en Indochine, et dont le corps de certains, repose au mieux, dans une tombe anonyme.
Ceux qui sont inhumés dans le petit cimetière de Clamart ont eu droit à un hommage et à un rappel à notre souvenir et surtout à celui de leur famille, combien sont-ils dans ce cas ?
On pense alors à ce que chantait Maurice Chevalier en 1940 pour mobiliser les énergies :
« Et, tout ça, ça fait d'excellents français qui marchent au pas. »

Il faut souligner ici le travail de mémoire effectué d'une manière permanente et méticuleuse par l'association Le Souvenir français et les services du Ministère des Anciens combattants.
Mais on doit surtout féliciter Djilali Benhadia et Katia pour les recherches qu’ils ont menées avec constance, la tâche n'était pas facile mais ils ont rendu à sa famille le souvenir d'un oncle et la fierté de ce que ce soldat anonyme a fait pour notre pays qu'il considérait comme le sien.


                             « Centenaire de la naissance de Pierre Azéma. »
                                                                                   
                                                                                               Par Simone Arnavielhe







C’est une avenue qui traverse le village, et comme toutes les rues elle porte un nom. Successivement nommée, selon l’époque avenue Royale, avenue impériale (mai 1864 selon acte notarié), et durant la guerre, avenue Pétain par délibération du conseil municipal le 05-04-1941. 


En 1944, après la guerre, suite à une proposition d’un membre de la commission municipale le 12 Novembre 1944, il est décidé de renommer la route Avenue Pierre Azéma.



Qui était Pierre AZEMA ?

Pierre Azéma est né le 12 Septembre 1921 à Montagnac. 2021 était donc le centenaire de sa naissance.



Ses parents Monsieur Azéma Germain et Rosalie Pages, originaires de Lacaune, sont arrivés à Montagnac en 1920. Ancien élève de l’école chrétienne du séminaire du diocèse de Decazeville, Monsieur Azéma a été nommé directeur de l’école privée de garçons, l’école du révérend père Emmanuel d’Alzon. Le 10 octobre 1924, un deuxième enfant, Jean viendra agrandir la famille.

Pierre fait sa scolarité à l’école d’Alzon, il intègre ensuite le pensionnat du Lycée de l’immaculée conception à Béziers (le PIC), il y restera d’octobre 1932 à juillet 1939. Il obtiendra un baccalauréat section mathématique. 
Il parle couramment anglais et allemand. 





Brillant élève, il présente en 1941, l’école de Saint CYR, il sera reçu. L’école a alors émigré à Aix en Provence, en zone libre à cause de la Guerre 1939-1945.



Charmant jeune homme, il revient lors de ses permissions, et souvent va travailler quelques jours au domaine de Bessilles. Son salaire alors aidait la famille. Il retrouvait ses copains, Louis Vinas et Joseph Vidal. Il jouait aussi quelquefois dans l’équipe de football de Montagnac et bon joueur, selon le témoignage de Louis Vinas il est quelquefois sollicité par les responsables du club sétois.
En 1943, il rejoint les Chantiers de jeunesse (l’armée étant alors dissoute) suite à l’Armistice du 22 Juin1940, le service militaire obligatoire a été supprimé, les chantiers de jeunesse sont créés comme une sorte de substitut (30Juillet 1940) à l’Age de 20 ans et six mois. Il est alors envoyé à Villeneuve du Paréage (dans l’Ariège) Il est à la tête d’un groupe d’une centaine de jeunes gens dont la mission était de démonter la voie ferrée Montaut- Pamiers et d’entretenir le cantonnement. Il entre alors en relation avec le Corps Franc Pommiers.  Menacé d’arrestation pour ses activités clandestines, il rejoint le maquis dans la région d’Aire sur Adour.

C’est à Portet petit village des Pyrénées Atlantiques (260 habitants à ce moment-là), qu’il rejoint le P.C mobile de la brigade commandée par Jean Milleret, plus connu sous le nom de Carnot. C’est un groupe de 180 hommes.
Pierre Azéma, nom de résistance, capitaine Aubert, est alors adjoint au Chef Charles Pécastaing, lui-même baptisé (Pinder) qui commande les éléments du P.C.
En tout une soixantaine de cadres et de chasseurs.
Il y a aussi la section autonome chargée de la protection du P.C. (40 hommes environ et ensuite arrivent à Portet d’autres compagnies, 80 hommes).
Milleret est informé le 2 Juillet 1944, qu’une importante opération va être déclenchée contre Portet, il lui est alors conseillé de changer de cantonnement et de répartir les hommes trop nombreux sur place. Sans doute ont-ils été dénoncés. Un jeune homme de 16 ans est soupçonné, il posait beaucoup de questions. Il y a eu aussi ces deux jeunes filles qu’un témoin appelle Grisettes (on les appelait ainsi car elles portaient un uniforme gris, elles étaient occupées dans les bureaux de la gestapo, elles parlaient parfaitement le français). Dans la campagne elles interrogeaient de jeunes maquisards qui éblouis par ces belles, sans méfiance, essayaient de les renseigner sur les éventuels chemins secondaires autour de Portet, elles prétendaient être employées des ponts et chaussées. Les allemands sont donc au courant, ils connaissent l’importance du maquis de Portet.

Prévenu d’une attaque imminente, d’une opération de grande envergure Milleret décide alors dans la soirée du 2 juillet 1944, d’envoyer un détachement avec F M et bazooka, sur la route de Pau-Lembeye-Aire pour tendre une embuscade afin de retarder les troupes allemandes et il double les gardes aux sorties du village.
Pour les maquisards, peu de solution de repli. Certains se cachent dans les bois, les granges, d’autres ripostent. L’attaque a été très violente et le bilan matériel et humain très lourd. (9 maisons incendiées, 5 habitants du village fusillés, 14 résistants tués).
Selon divers témoignages de personnes ayant vécu ces événements meurtriers, La colonne ennemie venant de Pau, environ 1000 hommes, se dirige le 3 juillet 1944 vers Portet par la nationale 134. Elle est dotée d’armes lourdes, mitrailleuses, mortiers, canons et quelques autos mitrailleuses.

A hauteur de Garlin, elle se scinde en deux parties, une va aborder le village par le nord, et l’autre partie divisée en 3, va encercler Portet par l’ouest au pont sur la Lee, au sud en venant de Diusse et le reste plus important va arriver par la route de Lembeye- Aire par l’est.
Le commandant Milleret est prévenu très tôt vers 5 heures, il met en place quelques éléments. Lavage de la compagnie Malvaux s’installe au sud du village.
Pierre Azéma, (capitaine Aubert) assure le commandement des éléments du P.C. Avec un groupe d’une dizaine d’hommes, il s’installe à l’est de Portet, sur la départementale 130, menant à la route de Lembeye. Très décidé à s’opposer à la progression ennemie, donnant ainsi la possibilité à un maximum de camarades de s’échapper du village.
Au nord un groupe de maquisards est parti prendre position et sur le versant ouest une patrouille de la section de protection, se porte en observation. Au centre du village le commandant Milleret, son frère et quelques hommes.
Les hostilités commencent à 6heures 30.

La résistance s’organise, mais les allemands en grand nombre viennent rapidement à vaincre.                
Devant la situation, Pierre Azéma et ses compagnons trouvent refuge dans les haies environnantes. Ils vont y rester jusqu'à 16 heures croyant avoir ainsi échappés à la tuerie. Mais les allemands ratissent à nouveau les lieux en se retirant et découvrent un blessé qu’ils achèvent sur place.
Pierre Azéma, muni d’une mitraillette, ouvre alors le feu et abat quelques ennemis, libère ainsi la mitrailleuse ennemie, mais hélas alors qu’il tentait de s’en emparer il est lui aussi abattu. Quelques hommes sont faits prisonniers et d’autres seront fusillés sur place. Le poste se trouvait devant une ferme elle sera incendiée.

Pierre Azéma selon certains témoignages des habitants du village laisse le souvenir d’un homme gentil, qui parle peu (témoignage d’une dame l’ayant connu, il était hébergé chez ses parents,) la discrétion étant recommandée. La dame dit encore : « La veille de la bataille il avait demandé à ma cousine de lui recoudre ses galons de lieutenant sur sa veste. Le soir, Il revient la chercher. »
 « C’est la dernière fois que nous le verrons dit la dame, qui avait 16 ans à ce moment-là ».
Il sera inhumé provisoirement sur place. En Octobre 1944, Monsieur Azéma Jean son frère, âgé alors de 20 ans à peine, devra venir le reconnaitre. Le corps est alors exhumé. Ce fut alors très difficile. Que c’était-il passé ? Il avait le visage très abimé, il lui manquait sa montre, son bracelet, sa chevalière et sa sacoche de saint-Cyrien. Une ambulance ramènera alors le corps à Montagnac où il sera veillé par ses parents et amis, avant d’être inhumé dans le caveau familial. Jean a aussi ramené un chien qui appartenait à son frère et que les habitants de Portet avaient gardé fidèlement. Jean Azéma et sa maman ont toujours maintenue vivante, la mémoire de Pierre. Monsieur Azéma père est décédé en 1946. Madame Azéma a souhaité être inhumée, enveloppée du vêtement militaire de son fils.
C’est en 1997 que Monsieur Jean Azéma, a été contacté par une dame de Portet.
Après quelques recherches et grâce à un monsieur qui se souvenait que Pierre Azéma était originaire de l’Hérault, elle a pu retrouver la famille. En 1999 la famille entière frère, belle-sœur, neveux, nièces, arrière-neveux et arrière nièce, s’est rendu à Portet, ayant été invitée à assister à l’inauguration de la « rue des Chantiers de la jeunesse » et de la plaque souvenir à la mémoire de Pierre Azéma.



C’est avec beaucoup d’émotion que Jean a pu rencontrer des personnes au souvenir encore vivace de cette terrible bataille et du souvenir de son frère. La stèle de Pierre était fleurie deux fois par an par une dame de Portet qui se souvenait bien de ce charmant jeune homme.
Ensuite la famille retournera à Portet, le 3 juillet 2004 pour assister à la cérémonie marquant les 60 ans de cette terrible bataille du 3 juillet 1944.

Jean Azéma devant la stèle de son frère Pierre


                                                          Pierre AZEMA
Lieutenant (capitaine AUBERT dans la résistance)
Au Corps Francs POMMIERS
         Mort pour la France à Portet (Landes) le 3 Juillet 1944
  Chevalier de la légion d’honneur-Croix de Guerre 1939-1945
                             Compagnie CRAPLET, Fine de la section TROUYET


« Jeune officier d’exceptionnelle valeur, joignant à un imperturbable sang-froid le plus parfait mépris du danger ; au combat de PORTET le 3 juillet 1944, a donné le plus bel exemple de bravoure ; avec sa section, à peu près uniquement armée de mitraillettes, mais galvanisée par son exemple, a tenu pendant plus de trois heures en échec un ennemi très supérieur en nombre et en armement. »






Texte de Simone Arnavielhe
Travail sur photos et illustration Nadine Deboos
Merci à la famille Azéma pour avoir mis à notre disposition photos et documents et un merci particulier à Clément qui nous a fait partager ses recherches.
Le récit de la bataille de Portet est extrait du tome 2 de la « Lutte ouverte » écrit par le Général    CERONI sur l’épopée du Corps Francs POMMIERS.
 
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2020  colloque annulé pour cause de COVID




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2019


12 octobre 2019


Programme de notre colloque en partenariat avec la mairie de Montagnac, le département et la région


«   Les conséquences de la Révocation de l'Edit de Nantes. »
                                   Non pour juger mais pour comprendre


Francis Médina notre Président de séance
et André Nos Président de l'association


Les Amis de Montagnac ont abordé cette année la difficile question de la Révocation de l'Edit de Nantes, un sujet qui paraît lointain mais qui, par certains côtés, ne manque pas d'actualité. Il s'agit d'un moment douloureux pour notre région et particulièrement pour Montagnac.
D'un seul trait de plume d'oie Louis XIV décide en 1685 que seule la religion catholique aura droit de cité dans son royaume, pour ceux qui croient différemment, il reste trois possibilités : s’exiler, se révolter ou courber l'échine.
La journée présidée d'une façon magistrale par M. Francis Médina, agrégé de l'université, avait pour but d'étudier les divers aspects de la question pour essayer de comprendre ce qui fut une grave erreur politique pour la France et une calamité pour notre région.


M. Jean Claude Richard, Directeur de recherches au CNRS ouvrait le débat en posant la question 

Jean-Claude Richard
« Par qui et pourquoi les protestants ont été éliminés. »
Venait à la suite l'exposé préparé par M. Alain Garcia, Vice-Président des Amis de Montagnac qui, empêché, avait trouvé le porte-parole adéquat en la personne de M. Claude Pradeilles, l'autre vice- Président, et traitait de tous ceux qui avaient choisi, le Refuge, l'exil, où les attendait pendant de longs mois un sort souvent misérable.
La matinée se terminait avec l'intervention de M. Albert Arnaud, historien et occitaniste qui traitait 
du problème le plus connu et le plus douloureux, l'épisode des camisards dans les Cévennes.
Albert Arnaud


Un temps de repos était prévu pour un apéritif agréable, malgré le temps maussade bien différent de celui des autres années, poursuivi par un excellent repas au restaurant du VVF de Bessilles.
L'après-midi ne comportait qu'un exposé présenté par le Président des Amis de Montagnac André Nos dont le thème « Les conséquences de la Révocation à Montagnac et dans la région : soumission ou résistance »  tentait de faire le lien entre l'histoire en général et celle de notre ville qui a conservé une forte minorité de protestants jusqu'au XX° s.

La conclusion revenait à M. Médina, Président de séance, qui a souligné avec justesse l'intérêt des réponses apportées avec brio par les divers intervenants à une série de questions aux échos très modernes, qui annonçaient aussi bien, la Révolution française, que la Résistance, ou l'actuel nettoyage ethnique.
Cette journée était aussi  l'occasion de la sortie du deuxième tome de la nouvelle histoire de Montagnac « La vie communale à Montagnac (1790-2018 ».


Encore une belle réussite à l'actif  des Amis de Montagnac.

                                                                         
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2018


13 octobre


« 1919-1939, Espoir et désillusions »


Mme Médina Présidente de séance

Un nombreux public intéressé a assisté au dernier colloque des Amis de Montagnac ayant pour thème « 1919-1939 : Espoir et désillusions » une brève période de notre histoire, commencée sur l’air de la victoire et terminée par la guerre de 1939-1945, avec des conférenciers de valeur pour découvrir ou redécouvrir cette période riche en événements dramatiques. Au départ,la Présidente de séance Madame Yvette Médina, Professeur agrégée,a donné un judicieux panorama de la période, en insistant sur les événements les plus marquants, la crise de 1930, la Guerre d’Espagne, la situation économique et sociale de notre région, qui permettait à l’assemblée de retrouver certains repères.     
Jean Michel Abbes
Le premier intervenant, M. Jean Michel Abbes, Professeur agrégé  a présenté un habile panorama de l’évolution de la population d’abord au travers des témoignages de sa famille appartenant à la classe  moyenne,  de génération en génération et ses réactions devant les grands événements. Ensuite il est passé au niveau  d’un petit village pour aboutir à une vision de l’histoire nationale au travers de la vie des gens.
Alain Garcia
Plus personnelle était l’intervention de notre ami Alain Garcia, fondée sur le cas particulier de Jean  Adelantado combattant catalan qui connut les mêmes difficultés que certains de ses compatriotes, soldats de la République espagnole, lors de la guerre civile et combattants du nazisme sous le drapeau français, avec les conséquences douloureuses de la Déportation. Alain Garcia nous a fait suivre l’itinéraire d’un homme toujours fidèle jusqu’à sa mort, à ses convictions généreuses de défense de la véritable liberté, à partir d’un modeste quartier de Barcelone généreux mais désargenté où il avait appris que la démocratie doit être défendue à tout prix, dut-on connaître les conséquences dramatiques comme il l’a vérifié sa vie durant.
Après ces deux exposés denses et documentés le diaporama « C’est mon passé » a réveillé beaucoup de souvenirs chez les plus anciens, aspects rustiques de la vie d’antan  mais aussi rappel imagé de principes qui paraissaient banals et qui ont disparu aujourd’hui.
Jean-Jacques Vidal
Après un apéritif et un bon repas au soleil, animés de souvenirs, à 15 heures les participants se retrouvaient pour la dernière conférence de la journée présentée par :
M. Jean-Jacques Vidal, Inspecteur d’Académie honoraire, «Pierre Cot, Témoin privilégié de cette période ». La matière, résultat d’un long travail de recherches, était abondante et aurait mérité, à  elle seule l’étude d’une journée, tant la personnalité de Pierre Cot parait complexe et contradictoire au premier abord. Il ne s’agissait pas d’une simple biographie mais de l’évolution d’un homme catholique et patriote passant progressivement  d’idées conservatrices à l’extrême gauche, mais là n’était pas l’essentiel, on a découvert un homme qui a tous moments a manifesté sa liberté  mettant ses grandes possibilités au service  des  idées généreuses, de quelque bord qu’elles viennent.


            
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2017
le 7 octobre 

« Arts profane et religieux au Moyen-Âge»   


Albert ARNAUD
Président de séance

En présence de M. le Maire et sous la présidence de M. Albert Arnaud, historien, le colloque annuel des Amis de Montagnac s’est déroulé à la satisfaction de tous, auditeurs et intervenants. Il avait pour thème «Arts profane et religieux au Moyen-Âge» à Montagnac et dans sa région, un sujet de choix qui devait être traité par des conférenciers compétents, ce fut le cas.   

Venait ensuite M. Henri Barthès, Président de la Société Archéologique, littéraire et scientifique de Béziers que l’on n’a pas besoin de présenter. Après de longues années de travaux de traductions et de mises au clair, il publie le texte du  Cartulaire de Valmagne, document important mais difficilement abordable, qu’il a présenté avec brio et clarté à un
Henri BARTHES
auditoire pourtant peu préparé à un tel travail d’érudition. Le conférencier a su tout d’abord sensibiliser son public au difficile décryptage d’un document qui demande un grand effort de la part du paléographe, mais aussi parce que l’original est souvent difficile à retrouver. Avec maîtrise  il a transporté son public aux 12-13°s, période de construction et moment de gloire de l’abbaye, rectifiant au passage quelques erreurs, transmises de génération en génération.
La matinée se terminait par un temps splendide, sur cette note agréable; un apéritif et un excellent déjeuner nous attendaient.
L’après-midi a été aussi passionnante, animée par Madame Monique Bourin,  professeur émérite de Paris Sorbonne et Présidente de l’Association des Plafonds peints du Midi de la France. En préambule a été projetée la dernière création des Amis de Montagnac, un DVD sur les Plafonds peints de l’Hôtel de Brignac à
Monique BOURIN
Montagnac. Il s’agissait d’un point de départ à partir duquel Madame Monique Bourin a présenté avec aisance, une étude des plafonds peints médiévaux du Midi de la France et même de pays étrangers. Ces témoignages à la fois significatifs et colorés longtemps négligés, sont aujourd’hui pleins d’enseignements pour les chercheurs. Là encore, malgré un sujet très spécial, la conférencière a passionné son auditoire par la façon claire et  attrayante de sa présentation.
Le Président de séance, M. Albert Arnaud a été à la hauteur de l’évènement, dirigeant les débats avec souplesse et intervenant avec à-propos, avançant une précision ou un commentaire adapté et intéressant pour le public, qu’il en soit remercié.
Ainsi se terminait une journée très agréable servie par des conférenciers passionnants que nous tenons à remercier ici.




En marge du Colloque, signalons la sortie du numéro 100 de la revue des Amis de Montagnac, à la fois inventaire des nombreuses publications de notre association pendant trente-six ans et matérialisation des efforts que nous avons faits pour la connaissance et la défense du riche patrimoine de notre cit

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2016
le 15 octobre                                                                      



« De la plume sergent-major au stylo à bille »                                                                                          





Encore une fois la journée des Amis de Montagnac a été une réussite. Elle avait lieu dans les locaux du VVF de Bessilles particulièrement accueillants, en présence de M. Yann Llopis, maire de notre ville et de Mme Marie-Claude Barattini adjointe à la culture. Le sujet « de la plume sergent-major au stylo à bille » abordait le thème de l'école dans une perspective historique introduite par un diaporama de M. André Puig qui retraçait, au travers de vues bien choisies, l'histoire des lieux, des objets et de la vie des enfants, ce que pouvait être l'école d'autrefois.



Charles Guiraudon, conférencier et J-Jacques Vidal président de séance
Après ce début bien illustré, ont suivi de belles interventions qui abordaient des sujets divers et complémentaires, sous la présidence de M. Jean-Jacques Vidal, inspecteur d'académie honoraire.


Charles Guiraudon ouvrait le cycle par l'évocation d'une année scolaire dans les années trente, à la fois technique et amusante puisqu'elle rappelait aux nostalgiques de la vie d'autrefois comment vivaient les enfants de cette époque, le tout émaillé d'anecdotes savoureuses qui donnaient à cet exposé une tonalité particulière. Le ton désormais était donné mais il fallait continuer et varier les sujets.


Mme Évelyne Tschirhart, ancienne enseignante et auteure d'ouvrages sur l'éducation, 
Evelyne Tschirhart, conférencière 
prenait la suite avec un sujet tout à fait différent, il s'agissait pour elle, à partir d'un livre de souvenirs retraçant la vie d'un instituteur lozérien, de donner une autre vision de l'enseignement dans un département très proche du nôtre et en même temps bien différent par les conséquences sociales et l'état d'esprit qui pouvait en découler pour la population.


Marc de Velder, conférencier 
A midi, lors d'un moment de détente favorisé par une très belle journée et un excellent repas, les discussions se sont poursuivies dans le cadre plus intime des tables du restaurant.L'après-midi le thème de la nouvelle conférence apportait un élément nouveau à la réflexion collective. M. Marc de Velder, professeur agrégé de lycée et de l'enseignement supérieur, exposait alors les résultats de ses réflexions sur ses expériences faites au cours de vingt deux ans d'enseignement, exposé dense, présenté avec clarté et aisance, qui a tenu en haleine un auditoire intéressé. Un échange avec le public a suivi chacune de ces interventions, particulièrement passionné pour la dernière. Il restait au président de séance M. Jean-Jacques Vidal, non seulement de tirer les enseignements de cette réflexion mais aussi d'apporter son propre point de vue d'enseignant et d’administrateur, ce qu'il fit avec netteté et originalité.

Ajoutons que la journée était complétée par une belle exposition sur les écoles de Montagnac magnifiquement préparée par le groupe généalogie des Amis de Montagnac, regardée avec passion par le public, elle sera présentée une nouvelle fois lors du marché de Noël.


Une bien belle journée qui a abordé un sujet d'actualité en se tournant vers le passé pour mieux comprendre le présent, merci à tous ceux qui ont contribué à cette réussite, intervenants, public fidèle et organisateurs.





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     2015                                                                                    
17 octobre                                                                    


"REGARD SUR LE PASSE MONTAGNACOIS"



Le 17 octobre dernier, les Amis de Montagnac ont tenu leur colloque annuel sous la présidence d’honneur de M. Yann Llopis, maire et de Mme Audrey Imbert, conseillère départementale. Le président effectif, animateur des débats était M. Jean-Claude Séguéla, historien.

Après les souhaits de bienvenue prononcés par le président de notre association André Nos, Jean-Claude Séguéla a présenté les trois conférenciers et les titres des trois exposés. Dans la première communication, M. Alain Garcia a brossé le tableau d’une famille qui a beaucoup compté à Montagnac, les Rey de la Croix. Cités dès le XVIe siècle, les Rey, gens d’épée et de robe, possédaient un beau patrimoine à Montagnac dont le domaine de la Clapière. Le plus célèbre de tous est le fameux François-Joseph, auteur de la première histoire de notre cité mais aussi père de six enfants dont l’aînée Marie-Catherine était sourde et muette. François-Joseph a consacré toute sa vie à l’éducation de sa fille en perfectionnant les méthodes de l’Abbé de l’Epée et de l’Abbé Sicard. Après avoir doté sa fille, confiée à son frère, Michel-François, M. Rey de la Croix termina son existence dont le bilan peut être considéré comme celui d’un humaniste.

Après une petite récréation, M. Charles Guiraudon a présenté un travail de groupe réalisé sous l’égide de Mme Marie-Claude Rouger et portant sur la communication orale et écrite à Montagnac. Des cloches rythmant la vie quotidienne ou annonçant les dangers, aux panneaux électroniques du XXIe siècle, complétés par les bulletins municipaux, en passant par le tambour ou la corne des précons sans oublier la sirène et les annonces au micro, c’est toute l’histoire locale des moyens d’information qui a été passée en revue et illustrée de quelques anecdotes croustillantes.

Après cette matinée bien remplie, un excellent repas servi dans la salle André Sambussy a permis aux participants de reprendre des forces tout en échangeant des nouvelles personnelles.

Il appartenait au président André Nos de clore la journée avec une communication sur la transformation de la viticulture à Montagnac et en Languedoc. Au départ voici le vigneron qui cultive sa vigne, fait son vin et le vend. Aujourd’hui le viticulteur cultive mais ne s’occupe plus de rien. André Nos nous brosse alors un tableau complet de ce qu’était la viticulture au XXe siècle : catégorie d’employés à la vigne, façons et traitements selon les saisons, habillement et outillage définis en occitan puisque c’était naguère la langue des gens de la vigne. Il terminera par les vendanges et la vente du vin en évoquant l’odeur de mout et le clic clac des pressoirs. De nombreuses diapositives présentées par Mme Nadine Deboos ont illustré magnifiquement la conférence du président.

De nombreuses questions posées par les auditeurs prouvent une fois de plus que le colloque d’octobre des Amis de Montagnac est une véritable réussite didactique et culturelle.

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2014
18 octobre 
     
           Centenaire de la guerre 1914/1918

"Quelque part en Europe en août 1914"

 

 Dernièrement notre association a commémoré à sa façon le centenaire du début de la Grande Guerre. Après avoir salué M. le Conseiller Général, M. le Maire, les cinq conférenciers et le nombreux public, le président André Nos a donné la parole à Mme Yvette Médina, présidente  du colloque. Celle-ci nous a présenté la journée et le premier intervenant, le Professeur Rémy Pech de l' Université de Toulouse.

"Pourquoi a t-on tué Jaurès ??"
 A cette question l' universitaire répond " parce que cet homme du Midi était le dernier obstacle à la déclaration de guerre" Jaurès savait depuis 1887 que " le capitalisme porte la guerre comme la nuée porte l'orage", il était l'adversaire résolu d'une solution militaire à la question de l'Alsace. Pour autant M. Pech ne le voit pas victime d'un complot : Ni la Russie ni les jésuites ne sont pour quoi que ce soit dans son assassinat qui est donc l'œuvre d'un isolé, un ingénieur agricole, Raoul Villain, nationaliste déséquilibré. L'assassin acquitté en mars 1919, en pleine période bleu horizon, périra misérablement en 1936, assassiné à son tour sur l'île d'Ibiza par des républicains espagnols, peut-être anarchistes en tous cas plus expéditifs que les jurés de la République Française. Après les remerciements de Mme Médina, le professeur Michel Fournier, agrégé d'histoire nous a peint le tableau de :

" L'année 1914 à Béziers et dans le Biterrois"



Cette année là, Béziers compte 50 000 habitants et vend le vin entre 30 et 40 f l'hecto. La ville possède un hôpital, une poste et un hôtel de ville neufs et deux familles radicales s'en partagent l'hégémonie. la garnison est tenue par le 96e d'infanterie et le 1er hussards. L'opinion est calme, aucun problème local n'a été soulevé par la loi des 3 ans mais l'affaire du Maroc a excité certains revanchards. L'éclair, journal royaliste du 27 juillet titre : "Aurons-nous la guerre??" Le 3 août tocsin et tambours annoncent sa déclaration. Elle va apporter la paix dans les familles divisées en politique. Mais se pose aussitôt la question des vendanges sans hommes ! Les institutions sont unies dans la cause sacrée : Conseil général, Evêché, Mairie, Parti radical, Parti socialiste et Elus nationaux. La gare de Béziers voit partir 5000 hommes. Une lettre inédite d'un soldat de Saint Geniès le bas montre son auteur résolu, confiant et exhortant son entourage au courage et à la patience. Avec un courrier irrégulier et censuré les nouvelles revêtent une importance capitale. La vie civile est bouleversée avec la fermeture des salles de spectacles, cafés, hôtels et maisons de noce. Le rationnement de certaines denrées a commencé : blé, sucre, charbon, chevaux, mulets et voitures sont réquisitionnés et les prix commencent à monter. Les mairies organisent la vie civile : création de crèches permettant aux femmes de vendanger, allocations de femmes en couches, mise en place d'une garde civile dissoute ensuite par l'armée. Mais les déclarations de décès commencent à arriver : 350 à Béziers pour les cinq premiers mois de guerre. 70 blessés arrivent le 6 septembre et certaines écoles sont transformées en hôpitaux comme à Montagnac l'école Louis Pasteur. Une lassitude s'installe dès la fin de 1914 et elle va durer 4 ans. Seul rayon de soleil biterrois: le vin se vendra bien pendant quatre ans. Après les réponses aux questions posées à M. Fournier, Mme Médina a eu l'honneur d'une innovation dans nos colloques en donnant la parole à une étrangère, Mme Friederique Cornelsen, professeur d'histoire à Hambourg. Sa conférence :
" Politique et société sous Guillaume II "

a apporté l'éclairage allemand de l'avant première guerre mondiale. Dans l'Empire allemand de 1871 qui n'est pas un état fédéral mais une fédération d'états  indépendants, Bismarck exerce l'autorité prussienne dans le nord de l'Allemagne, la Prusse doit lutter contre les sociaux démocrates et le parti catholique. Il entreprend aussi la prussianisation des états du Sud. La noblesse et la bourgeoisie copient le style impérial, la société agraire s'industrialise au grand galop et pour les capitalistes étrangers l'empire germanique devient un partenaire intéressant.
Guillaume II veut se tailler une part du gâteau colonial soit par le troc soit par le chantage, soit par la guerre. En 1890 Bismarck est congédié donc le souverain paralysé du bras gauche, instable et nerveux devient le véritable décideur et sera le seul responsable.
La noblesse protestante est constituée de junkers, hobereaux, propriétaires terriens et officiers formant 69% des cadres de l'armée si bien que l'on dit que la Prusse est une armée avec un état. De plus Bismarck a soumis la bourgeoisie en détruisant le libéralisme politique. Ce sont les étudiants et les églises qui tant bien que mal incarnent un idéal démocratique. Or c'est l'église protestante luthérienne qui constitue la poutre maîtresse de l'édifice impérial. Seul maître à bord Guillaume II fait construire ou compléter sa flotte de guerre en 1907-1908, prépare ses futures campagnes et la propagande parle d'une guerre préventive contre la Russie, défensive contre la France et de lutte contre l'Angleterre avec la constitution d'un empire colonial. Tout le pays est derrière le kaiser qui croit en une victoire inéluctable. Seules de rares voix s'alarment contre la boucherie qui s'annonce, comme celle de d'Heinrich Mann, frère de Thomas, grand connaisseur de Latude et créateur du sulfureux " Ange Bleu " ou celle de Robert Musil. La guerre voulue aussi par Guillaume II apporte en Allemagne aussi son cortège funèbre de morts et de blessés. Elle provoque l'explosion des prix des denrées alimentaires et le chômage dans les premiers jours du mois d'août. Le plan Schlieffen d'invasion adopté sans discussion échoua devant la Marne mais la population avait accepté la guerre parce que les opérations se déroulaient hors d'Allemagne. Le peuple Allemand abasourdi par la défaite, avala sans discuter, la légende du coup de poignard dans le dos et se réfugia dans un nationalisme qui le conduisit à se donner à un étranger moustachu, provocateur de la deuxième guerre mondiale. Après les questions des participants et les remerciements chaleureux de Mme Médina, un bon repas servi dans la salle André Sambussy permit aux auditeurs de refaire leurs forces tout en suppléant les langues des conférenciers, eux aussi bavards à la table d'honneur. Après ce long entracte, Mme Médina a donné la parole à M. Jean Sagnes, Professeur à l'université de Perpignan et bien connu des Montagnacois. Ce spécialiste de l'histoire ouvrière a traité :

" Socialisme et syndicalisme dans l'Hérault pendant la grande guerre "

En 1914 l'Hérault compte 480 000 habitants employés dans la culture de la vigne mais aussi dans l'industrie : mines, métallurgie, chimie et textile. Les ouvriers à forte tradition syndicale constituent 70% de la population. En politique on identifie trois couleurs : les blancs de droite, les bleus radicaux et les rouges socialistes qui ont obtenu deux députés sur six. Le département compte aussi plusieurs bourses du travail. Les socialistes sont contre la guerre mais après l'assassinat de Jaurès, tous les PS d'Europe sauf deux s'engagent dans l'Union Sacrée. L'Eclair, journal royaliste, réprouve l'attentat mais critique les idées de Jaurès. La censure salue les journaux, les syndicalistes sont mobilisés et seules trois bourses du travail se maintiennent qui se transformeront par solidarité ouvrière en coopératives d'alimentation.
La guerre sanctifie le travail mais l'entrée des femmes dans la vie active relance la revendication : " A travail égal, salaire égal !" La crise de 1917 et ses douze grèves provoque un frémissement de l'opinion en faveur de la paix. Au PS les effectifs s'effondrent et le congrès de 1915 ne compte que deux mandats contre la direction. Dans ses lettres à un parent de Saint Thibéry , Barthe redoute le développement de la vigne au Maroc, analyse les évènements de Russie en 1917 et se méfie de Clémenceau qui a fait arrêter Malvy et Caillaux. Le grand problème est maintenant posé par la deuxième révolution russe. La révolte de la flotte allemande en fin 1917 et les mutineries  en France annoncent les craquements qui vont bouleverser l'Europe. Pour la "vie sociale", Lénine a retardé la victoire mais fait avancé le socialisme. En 1919 la guerre est finie mais les grandes grèves poussent Clémenceau à accorder la journée de huit heures. Les élections législatives accordent deux députés aux socialistes héraultais. En 1920 la scission de Tours voit les communistes l'emporter au plan national mais le département de l'Hérault reste socialiste dans un pays où l'unité ouvrière réussie par Jaurès a volé en éclats.
Après les questions et les réponses données par M. Sagnes, Mme Médina a appelé M. Segondy docteur en histoire qui a exposé l'attitude de :

" L'église diocésaine dans la guerre de 14 "

A partir de 1880 éclate en France la guerre entre catholiques et laïques mais le début de la guerre mondiale va changer tout cela. Dès l'entame du conflit, le Cardinal de Cabrières fait allégeance à l'union sacrée et œuvrera pendant toute la durée en faveur de la victoire. En 1900 le diocèse compte 700 prêtres dont 650 sont en action pastorale. 250 sont mobilisés et la moitié d'entre eux seront des combattants ne bénéficiant d'aucun privilège. Dans les tranchées les non pratiquants se rendent compte que ces curés valent bien mieux qu'ils ne l'imaginaient et ces sentiments sont réciproques. En 1917 on célèbre en Allemagne le quatrième centenaire de la réforme, donc pour les français le guerre
serait le produit frelaté de la pensée de Luther, mais un autre courant de pensée rend à Luther sa valeur théologique. La peur de la mort et l'appréhension de l'au-delà suscitent un renouveau de l'esprit religieux. Au plan matériel le clergé lance les travaux de confection de colis et de vêtements. Le cardinal de Cabrières, ami du roi Albert 1er fait réserver un accueil excellent aux réfugiés belges dans son diocèse. On procède à la gravure de plaques en souvenir des morts et les blessés sont soignés dans les édifices religieux transformés en hôpitaux . Le père Cabanel aumônier de Montpellier prononce 74 discours en anglais aux Etats unis et l'abbé Marme donne du sang à un blessé considéré perdu. Malgré ce, les rumeurs les plus abjectes circulent sur le clergé qui aurait fourni des subsides au Kaiser. Tout ceci est faux et la polémique tourne à l'avantage des religieux. La desserte des paroisses est assurée par des prêtres âgés et par des permissionnaires. Les pèlerinages locaux , surtout dans le sud : Lourdes, Béziers, Sète attestent de la piété des pratiquants. Après les remerciements de Mme Médina aux conférenciers, aux participants et au public attentif, le mot de la fin sera pour André Nos : Après les affrontements et les secousses du début de la troisième république, l'union sacrée sera la reconnaissance officielle du régime né du désastre de 1870. C'est la conclusion d'une très belle journée à inscrire à l'actif des Amis de Montagnac.                       
                             
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2013
19 octobre 

"La Restauration et la terreur blanche"


André NOS le Président de l'association,
Charles GUIRAUDON vice-Président et Jean-Claude RICHARD Président de la journée


Le 19 octobre s'est tenu à Bessilles le colloque annuel des Amis de Montagnac sous la présidence d'honneur de Mr Roger Fages, maire de la cité.
Le premier intervenant, le Professeur Jean-Claude Richard, également président effectif de la journée, a brossé un rapide tableau de ce qu'a été la Restauration avant de présenter à l'auditoire la statistique du département de l'Hérault commandée par le Préfet de l'époque Creuzé de Lesser à son fils Hippolyte. Ce document d'un intérêt prodigieux nous offre un tableau complet, ville par ville, des richesses et des faiblesses de notre entité administrative. Cette statistique est un ouvrage de référence qui rend d'immenses services à celles et ceux qui s'intéressent au premier tiers du dix neuvième siècle.
          Claude PRADEILLES
Mais cette Restauration de la monarchie a suscité une réaction criminelle dirigée contre les tenants des régimes abolis après Waterloo, que nous a présentée Claude Pradeilles avec la Terreur blanche. Le Midi, région royaliste, fut le théâtre de nombreux massacres de républicains, de bonapartistes et de protestants. Les villes comme Marseille, Avignon, Toulon, Nîmes, Montpellier et Mende furent les témoins de désordres meurtriers contre lesquels les autorités légales ne purent ou ne voulurent pas intervenir. Montagnac aussi connut trois affaires criminelles : deux incendies volontaires et l'assassinat du percepteur Marc Brousse, bonapartiste notoire.



Alain GARCIA
Or cette période trépidante et glauque a vu la mise au rancart d' authentiques héros, tel le commandant Augustin Valat, demi-solde dont Alain Garcia nous a conté l'histoire. Issu d'une famille aisée comptant trois garçons, Valentin-Maurice s'engage en 1792, à vingt ans, comme simple soldat au deuxième bataillon de l'Hérault. Il sera blessé six fois sur cinq théâtres d'opérations différents : à
Toulon, à la main gauche en 1793, à Acre en Palestine à la tête en 1799, à Friedland en 1807, en Espagne à Almonacid en 1808, à côté de Pampelune d'un coup de feu à la main droite en 1813 et enfin à Orthez au bras gauche en 1814. Son dossier est clos en 1815 alors qu'il est chef de bataillon placé en demi-solde. Il se mariera à Clermont en 1818 et s'y éteindra en 1852 à quatre vingt ans. Chevalier de la légion d'honneur en 1807 il en fut nommé officié deux ans plus tard pour terminer titulaire de son ordre royal. 

Après une longue discussion sur les trois conférences, un bon repas pris sur place a permis au colloque de se parer de sa livrée d'amitié qui constitue l'un de ses attraits.
Mais si certains se couvrirent de sang et de gloire sur les champs de batailles, d'autres, à Montagnac, se couvrirent d'argent dans les champs agricoles. Ce fut le thème de l'après-midi présenté par le président André Nos.
Les registres des notaires nous apprennent que la Révolution à Montagnac a été douce et bourgeoise. On a construit sur le terrain des Augustins mais aussi à la sortie du village sur la route de Pézenas et sur celle de Villeveyrac. Le temple actuel a été édifié en deux ans, hors des remparts. La mairie a été logée dans l'hôtel de brignac, puis près de l'église, dans les lieux laissés par les Pénitents blancs déplacés chez les Augustins. Vingt cinq gros propriétaires ont participé à la curée réalisée sur les biens nationaux, les acquisitions de ces biens ont été réalisées en liquide, rarement en assignats. Enfin les grands bourgeois de Montagnac vont aménager les « folies » viticoles que sont les quarante grands domaines appelés ici : les campagnes. Le démenbrement en parcelles et appartements des grands hôtels particuliers débutera à ce moment là et au XXe ils seront les logements de gens très humbles. Dans la vie quotidienne la Restauration sera l'initiatrice des distilleries, des jeux de boules, des cafés avec leurs billards et de l'utilisation des rasoirs et des blaireaux. Les sobriquets fleurissent : lÒ grapau, lÒ racanet, lÒ baranel, lÒ berdinel. Une nouvelle époque commence.

A l'issue de cette brillante intervention qui a clôturé cette magnifique journée, nous laisserons au président Jean-Claude Richard le dernier mot de sa synthèse remarquable : « les révolutions passent, les intérêts privés demeurent ». Ce qui fut bien le cas à Montagnac.

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2012  
20 octobre                                                                          


"CROISADES ET CATHARISME "          


Alain GARCIA Président de séance
Dernièrement les « Amis de Montagnac » ont tenu leur colloque annuel au Mas de Cédat. Sous la présidence d'honneur de Mr Roger Fages, maire de la cité, quatre conférenciers présentés par Alain Garcia, président du colloque, ont apporté leur éclairage personnel sur un drame médiéval qui a ensanglanté notre Languedoc pendant près d'un siècle.


Albert ARNAUD
des Amis de Marseillan
Tout d'abord Mr Albert Arnaud des « Amis de Marseillan » a expliqué ce qu'étaient les cathares et le catharisme. En aucun cas une secte, le catharisme, enseigné par voie orale, est une révolte contre l'ignominie et l'incompétence des clercs qui achetaient leurs charges. Les cathares constatent la présence du mal mais ne l'expliquent pas dans un monde crée par Dieu. Ils ne croient ni en l'eucharistie, ni en la transsubstantiation mais récitent le Pater en occitan et gardent la bénédiction et le partage du pain. Leur seul sacrement, le consolamentum, à la fois baptême et extrême-onction, ne peut-être administré qu'à un mourant encore lucide. Leurs croyants habitaient du Biterrois à l'Agenais, étaient répartis en six évêchés et dans ce qui est l'Hérault, ils se trouvaient dans des villages autour de Béziers mais dépendaient de l'évêché de Carcassonne.


Après ce brillant exposé de la doctrine, Mr Jacques Chabert des « Amis de Puisserguier » a brossé un tableau vivant de Puisserguier avant et après la croisade contre les Albigeois. Vers 1146 la fille du seigneur du lieu épouse un vassal biterrois de Trencavel et en a 6 enfants mariés à Sauvian, Magalas, Conas, Bessan, Minerve et Roujan. Le cathare Arnaud de Puylaurens meurt à Puisserguier avant la croisade qui verra le château pris et repris plusieurs fois par Montfort et
Jacques CHABERT
des Amis de Puisserguier
le seigneur de Puisserguier acquis au catharisme. En 1226 les partisans des cathares font allégeance au roi mais en 1242 le comte de Toulouse se révolte et Béranger de Puisserguier fait partie de la coalition. Après la chute de Montségur en 1243 quatre évadés cathares se réfugient au château d'Usson. Enfin le fils aîné du vicomte de Narbonne enlève Tiburge de Son, promise au cadet et l'emmène à Puisserguier où il l'épouse. Le cadet recevra la seigneurie de ….. Montagnac.


Prenant la parole après cet exposé d'un aspect local de la croisade, le président Alain Garcia, décidément sur tous les fronts, nous en a offert un autre concernant Servian. Partant de faits généraux pour bien situer le cadre historique, Alain Garcia a cité des cas de seigneurs qui tolèrent les parfaits tout en se liant aux croisés ou qui se rangent tour à tour sous la bannière du catharisme puis sous celle de l'orthodoxie catholique. Le fils du seigneur Estève de Servian aura un tuteur: Bertrand de Saissac qui est un hérétique. Ce même fils d' Estève de Servian épousera plus tard Navarre de Laurac qui est une parfaite. Cette même Navarre se trouve à Toulouse en 1227 et mourra en 1235 à Montségur mais bien avant le bûcher final. 1205 avait vu la tenue à Servian d'un colloque organisé par les prédicateurs catholiques qui avaient pulvérisé les arguments des cathares protégés par Estève de Servian. Celui-ci qui luttera et perdra contre Amaury de Montfort écopera du faydiment qui équivaut au bannissement et à la confiscation de ses biens. C'est la sanction qui permettra au pouvoir central de grignoter entre 1220 et 1250 des territoires du Languedoc.


Après cette communication très documentée un excellent repas, apprécié par tous, à démontré une fois de plus, que la convivialité montagnacoise n'était pas lettre morte.
Claude ALBERGE
des Amis de Pézenas


Il appartenait à Claude Alberge, bien connu à Montagnac, de présenter ces croisades autrement, c'est à dire sous leur aspect politique et économique. Pour le conférencier les croisades relativement courtes ont été le prétexte d'une main mise systématique, des capétiens sur le comté de Toulouse qui était plus grand que le domaine des Rois de France. Les universités créées par le roi formeront les juristes du futur comté rattaché à la couronne. L'édification de cathédrales gothiques verra l'installation d'écoles. La création des foires développera le commerce et encouragera les industries. La coûteuse guerre de cent ans augmentera les besoins en devises des rois de France, ce qui les conduira à concéder des privilèges aux cités contre espèces sonnantes. La création des états provinciaux permettra la négociation du montant de l'impôt et de sa répartition. La croisade ne se résume donc pas à une extirpation de l'hérésie mais c'est une extension du domaine des rois de France jusqu'au futur Languedoc.


Après cette brillante communication, la discussion de clôture a permis à André Nos de rappeler qu'il y avait eu plusieurs croisades dirigées contre l'hérésie, que les croisés du nord n'étaient pas tous, hélas, des enfants du nord, qu'il existait des bibles cathares et qu'enfin malgré les tueries et les exactions commises par les croisés du nord pour imposer une politique de langue d’Oïl, la civilisation et la langue occitanes ont perduré jusqu'à nos jours.


Ce colloque a donc bien été une belle journée de culture, d'histoire et de convivialité qui a fait honneur aux « Amis de Montagnac ».


                                                    






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