LA FRANCE AU LENDEMAIN
DE LA SECONDE
GUERRE MONDIALE
Par Jean-Michel Abbes
I/RESTAURER L’ÉTAT :
Dès la libération de Paris le 25 aout 1944 le général de Gaulle qui est le chef du GPRF (Gouvernement provisoire de la République Française) entend restaurer « l’ordre républicain sous la seule autorité valable, celle de l’Etat ». La décomposition très rapide du régime de Vichy ne doit pas aboutir à une démarche révolutionnaire. L’heure n’est pas aux revanches intérieures, mais à la reconstruction du pays sous l’autorité de l’État républicain. Le Gouvernement Provisoire de la République Française formé le 3 juin 1944 dirige le retour à la légalité républicaine.
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| Le Gouvernement Provisoire de la République |
Cette réorganisation politique suppose la subordination des différents mouvements de la Résistance intérieure. Les comités locaux de Libération (CLL) et les comités départementaux de libération (CDL) qui ont participé à l’insurrection nationale ne doivent pas maintenir un pouvoir parallèle qui pourrait menacer l’État. Cette exigence est d’autant plus forte que l’influence communiste s’est étoffée au sein de la Résistance intérieure. Cela est particulièrement vrai dans certaines régions : Limousin, Auvergne et région toulousaine. Les commissaires de la République sont les clés de voute de cette stratégie politique et administrative. Remplaçant les préfets régionaux, nommés par Pétain, ils doivent installer, dans les délais les plus courts et par tous les moyens, le pouvoir légal face à tous les pouvoirs de fait.
Biographie de Jacques Bounin.
De Gaulle, chef du gouvernement provisoire, multiplie les tournées et les visites en province. L’enthousiasme populaire qu’il reçoit lui permet de renforcer l’autorité des représentants de l’État et de réduire l’activisme des CDL. Le 9 septembre 1944 un nouveau gouvernement provisoire qualifié de « gouvernement d’unanimité nationale » est installé. Sous la direction de Charles de Gaulle, il comprend 13 représentants des grands partis (2 communistes, 4 socialistes, 3 démocrates-chrétiens, 3 radicaux et 1 modéré) et 9 membres de la Résistance. Les plus connus sont :
- aux Affaires étrangères : Georges Bidault (démocrate-chrétien)
- à l’intérieur : Adrien Tixier (socialiste)
- à l’économie nationale : Pierre Mendes France (radical)
- à l’air : Charles Tillon (communiste)
- à la réorganisation des pouvoirs publics : Jules Jeanneney (ancien président du Sénat de la IIIème République).
La restauration de l’État s’opère assez rapidement même si les tensions persistent pendant quelques mois. En cette fin 1944, le Parti Communiste Français représente une grande force politique omniprésente. Il a largement participé à l’action de la Résistance, il contrôle le Front National, la CGT et des organisations nouvelles comme l’Union des Femmes Françaises.
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| Parti communiste français en 1936 |
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| Parti communiste français en 1946 |
Si le
PCF participe au gouvernement provisoire, il maintient dans le même temps une
grande activité au sein des CDL et des milices patriotiques.
Les milices patriotiques tendent à se transformer en une force policière parallèle qui, illégalement, procède à des perquisitions, des arrestations et, dans certains cas, à des exécutions. Le 28 octobre 1944, le gouvernement provisoire ordonne le désarmement des milices comme prélude à leur dissolution. Le PCF refuse et engage une vigoureuse campagne d’opinion dans l’ensemble du pays. L’affaire ne trouve sa solution qu’au début de l’année 1945.
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| Maurice Thorez |
II/ LES CADRES DE LA RESTAURATION ECONOMIQUE :
L’impératif martelé par tous – hommes politiques, journalistes – est de produire. La restauration économique est assimilée à une nouvelle « bataille de France » qu’il importe de gagner rapidement. Le bilan économique est lourd. Dans le 3ème tome de ses Mémoires de guerre, De Gaulle parle du « corps bouleversé de la France ». Les prélèvements allemands entre 1940 et 1944, les bombardements alliés lors des combats de la Libération et les multiples sabotages organisés par la Résistance ont considérablement affaibli l’appareil de production (usines, voies de communication, moyens de transport).
A la
fin de l’année 1944, la production industrielle représente 40 % de celle
de 1938, l’état de l’agriculture n’est pas bien meilleur : la production a
baissé de 20 % par rapport à 1938.
- Au niveau des salaires : Entre 1940 et
1944, les salaires réels ont baissé. Le GPRF décide de les augmenter (+50%)
pour éviter les revendications et les troubles sociaux.
- Au niveau des prix : La pénurie engendre
comme dans d’autres Etats européens l’inflation. Le gouvernement dans un 1er
temps fait bloquer les prix mais cette politique dure peu de temps car les
producteurs renâclent.
De
Gaulle désavoue le programme de rigueur qui lui est proposé par son ministre de
l’Economie nationale, Pierre Mendès France qui démissionne. L’inflation qui
atteint + 40 % en 1945 est le résultat de ce choix… La France s’installe,
pour longtemps, dans la spirale inflationniste puisque les salaires courent
pour rattraper les prix.
Il n’est cependant pas question de nationaliser ou de collectiviser toutes les sources de richesse : le socialisme n’est pas à l’ordre du jour. De même si l’on imagine la nécessité du plan, il n’est pas question de construire une planification autoritaire, obligatoire et générale comme en URSS.
- les nationalisations Au cours de l’automne 1944 et de l’hiver 1944-45, l’État nationalise les Houillères du Nord-Pas-de Calais, les usines Renault et l’entreprise de moteurs d’avions Gnome et Rhône. En 1945/46, l’État afin de se donner les moyens d’engager une action économique efficace pour accélérer la reconstruction et la modernisation décide de nationaliser :
- le
secteur bancaire : Banque de France et les quatre principales banques de
dépôt (Crédit Lyonnais, Société Générale, BNCI et Comptoir National d’escompte
de Paris).
- les assurances.
- les ressources énergétiques : toutes les compagnies charbonnières, l’électricité et le gaz.
Une 3ème vague de nationalisations intervient au cours du 1er semestre 1948 avec la création de sociétés d’économie mixte dans les transports (Air France, RATP, Marine marchande).
C’est le 3 janvier 1946 que le 1er plan d’ensemble pour la modernisation et l’équipement économique de la métropole et des territoires d’outre-mer est lancé. Sa direction est confiée à un commissaire, Jean Monnet qui est un homme d’affaires impliqué dans le commerce international (Cognac). Celui-ci définit une planification comme expérimentale et pragmatique. Selon lui, la planification doit permettre à l’économie de marché de mieux fonctionner. L’objectif principal de J. Monnet, des techniciens brillants et des experts économiques qui l’entourent est de retrouver dès 1949 le niveau de production atteint en 1929. Le plan impose ses contraintes dans les entreprises nationalisées et le secteur public mais il n’est qu’incitatif pour les entreprises du secteur privé.
III/SUR LE PLAN SOCIAL : VERS L’ETAT-PROVIDENCE.
Au
sortir de la guerre on observe un contexte favorable à l’adoption de réformes
profondes modifiant les rapports sociaux dans la vie quotidienne comme dans
l’organisation du travail.
- les salariés d’abord espèrent des changements
importants.
- les engagements de la Résistance et le
programme du CNR.
- la volonté du général de Gaulle d’atténuer
les conflits sociaux.
- la force politique du PCF et du parti
socialiste.
- la pression des syndicats réorganisés.
- la marginalisation du patronat et des milieux
conservateurs.
Les salariés et l’entreprise :
Une ordonnance du 22 février 1945 impose la création de comités d’entreprises dans les établissements qui emploient plus de 100 salariés. Elle complète la loi de 1936 sur les délégués du personnel et reprend certaines dispositions mises en œuvre à l’époque du gouvernement de Vichy. L’ordonnance de 1945 ne met pas en cause l’autorité du chef d’entreprise ni sa fonction de direction. Celui-ci est libre de retenir ou de refuser les avis du comité d’entreprise. Le comité d’entreprise a un rôle consultatif sauf en ce qui concerne les affaires sociales qu’il gère. Le 16 mai 1946 une loi élargit les effets de l’ordonnance à tous les établissements de plus de 50 salariés. Enfin, la loi du 23 décembre 1946 rétablit les conventions collectives et celle du 30 octobre 1946 porte sur la prévention des accidents du travail. Ces réformes tendent à établir un meilleur équilibre entre les chefs d’entreprise et les employés. Elles visent à remplacer les conflits par la négociation et la coopération.
La
Sécurité sociale
L’idée de mettre en place un système qui a pour fonction d’assurer la protection sociale des individus des conséquences d’évènements ou de situations diverses (maladie, vieillesse, famille, autonomie) généralement qualifiés de risques sociaux va se concrétiser au lendemain de la Guerre.
La
mise en place de cette politique sociale s’effectue en plusieurs étapes :
- des ordonnances du 30 décembre 1944 augmentent
les cotisations des assurances sociales.
- les ordonnances d’octobre 1945 rattachent les
assurances à un organisme unique et inscrivent tous les salariés à la Sécurité
sociale. Le financement de cet organisme est assuré par les cotisations des
employés et des employeurs.
- la gestion des caisses régionales et
nationales de la Sécurité sociale est assurée par les salariés qui élisent
leurs administrations sur listes syndicales.
La Sécurité sociale couvre les risques de la maladie, de l’invalidité et de la vieillesse et gère les prestations familiales. L’État garde à sa charge les risque du chômage, tandis que les entreprises doivent couvrir les risques des accidents du travail. Le principe d’une généralisation de la Sécurité sociale à tous les français est acquis dès 1946 mais l’application de cette ambition va tarder une vingtaine d’années. Très vite la population va manifester son attachement à cette politique sociale qui permet de s’affranchir des inquiétudes du lendemain. C’est ce qu’on a pris l’habitude d’appeler l’Etat-providence.
Le GPRF rétablit les syndicats dans leurs droits, leurs attributions et leurs biens de 1939. La Charte du travail est abolie. Dès 1945, les syndicats deviennent des « acteurs » majeurs dans l’application des mesures sociales. Dans cet après-guerre, le syndicalisme ouvrier bénéficie d’une forte poussée : ses effectifs s’élèvent à plus de 6 millions de salariés. Les cadres et les techniciens fondent la CGC (Confédération Générale des Cadres) en 1944 avec l’ambition de définir une voie intermédiaire entre les revendications ouvrières et les exigences patronales.
Dans le monde paysan, les anciens syndicats fusionnent dans une Confédération Générale de l’Agriculture et en 1946 est constituée la FNSEA (Fédération Nationale des Exploitants Agricoles), ce syndicat qui es une des branches de la CGA en devient très vite l’organisation dominante. (La CGA minée par ses divisions entre socialistes et communistes va être mise en sommeil en 1953). Les tensions et les discordes persistent cependant entre les différents syndicats : la CFTC qui a sensiblement progressé depuis les années 30 continue de défendre ses références chrétiennes dans le monde du travail, quant à la CGT forte de près de 5 millions d’adhérents, elle est désormais majoritairement sous le contrôle des communistes et cela va un peu plus tard (1947-47) conduire à un éclatement et à la naissance de FO.
IV/LA MISE EN PLACE D’UN NOUVEAU REGIME CONSTITUTIONNEL :
Entre
1944 et 1946, la France est dirigée par le GPRF. Mais l’ordonnance du 17 août
1945 prévoit l’organisation d’un référendum et l’élection d’une Assemblée
constituante.
Le renouvellement du personnel politique et ses limites.
Beaucoup
de parlementaires qui ont abdiqué leurs pouvoirs entre les mains du maréchal
Pétain en juillet 1940, sont exclus de leur parti ou sont frappés
d’inéligibilité. Cette circonstance impose un véritable renouvellement du
personnel politique et la promotion d’une génération de la Résistance.
Qui
sont ces nouveaux venus qui ont fait leurs armes dans la Résistance ?
- Chez les communistes : Charles Tillon
(fondateur et chef des FTPF)
- Chez les socialistes : Daniel Mayer
- Chez les démocrates-chrétiens :
Christian Pineau, Georges Bidault et Maurice Schumann.
- Chez les modérés : Joseph Laniel
- Chez les radicaux : Jacques Chaban-Delmas
et Maurice Bourgès-Maunoury.
Peu à peu cependant réapparaissent des hommes qui ont joué un grand rôle avant 1939 : Léon Blum, Edouard Herriot, Edouard Daladier, Paul Reynaud et Maurice Thorez. Très vite l’amalgame permet la fusion entre les deux groupes au point que la distinction devient difficile à faire.
Au lendemain de la guerre, les forces politiques cherchent à se rénover avec plus ou moins de succès. A la SFIO Daniel Mayer entreprend une épuration vigoureuse au sein du parti vis à vis de tous ceux qui ont appuyé le régime de Vichy. Le parti radical a du mal à renaître car il est identifié aux échecs de la IIIème République et son image est très dégradée. Les modérés cherchent à réapparaître mais ils sont souvent compromis avec Vichy et se montrent discrets.
Le Parti communiste bénéficie au contraire d’une influence croissante, il accueille de nombreux hommes nouveaux qui ont été séduits par l’efficacité des communistes après 1941 et par sa propagande. Un nouveau parti s’organise à l’automne 1944, le MRP (Mouvement Républicain Populaire). S’il se défend d’être un parti confessionnel, le MRP recrute surtout parmi les catholiques sociaux et les syndicalistes chrétiens. Enfin, au début 1945 une force politique représentant effectivement la Résistance cherche à naître mais cela va aboutir à la constitution d’un parti composite, l’UDSR (Union démocratique et socialiste de la Résistance) qui occupe une place marginale même si ses leaders exercent une influence notable (René Pléven, François Mitterrand). Par-delà ces efforts de renouvellement, persistent des lignes de clivage plus classiques comme celle qui oppose le MRP et la SFIO à propos du principe de laïcité et du financement des écoles privées.
Au
printemps 1945 les électeurs sont appelés à renouveler les municipalités, cette
première consultation permet d’évaluer l’importance des changements politiques
depuis l’avant-guerre.
Radicaux
et modérés, fort influents en 1935, subissent un échec sensible. En revanche,
les partis de gauche progressent, mais cette poussée profite plus aux
communistes qu’aux socialistes qui éprouvent un net tassement. Le MRP réalise
une percée honorable mais dans bien des régions, les électeurs d’une droite
désorientée y ont trouvé une excellente structure d’accueil (« Machine à
recycler les Pétainistes » : MRP)
Radicaux et modérés se maintiennent à un niveau modeste (9,3 % et 14,4%). Avec 26,1%des suffrages exprimés le PCF confirme sa prééminence, mais le MRP avec 25,6 % le talonne de près. Quant à la SFIO, elle obtient un résultat décevant car elle est devancée et arrive en 3ème position.
Plusieurs
majorités politiques sont possibles : construire un nouveau « Front
Populaire » dans lequel les radicaux marginalisés ne sont plus
indispensables puisque communistes et socialistes ont obtenu une courte
majorité absolue mais les socialistes ne veulent pas d’un tête-à-tête permanent
avec un parti communiste plus puissant qu’eux.
La raison impose l’union des partis et des hommes issus de la Résistance derrière de Gaulle mais les germes de division ne manquent pas : la laïcité, la place des communistes, les problèmes constitutionnels. Au cours de l’automne 1945, les rapports entre de Gaulle qui a été reconduit au poste de chef du GPRF et les députés des trois grands partis (PCF, SFIO, MRP) se dégradent. En fait, de Gaulle et les partis ont du mal à s’entendre parce que les projets et les ambitions sont de moins en moins communs.
Le 20 janvier 1946 Charles de Gaulle donne sa démission. Dans un message au pays, il expose des raisons officielles : sa mission est remplie puisque la libération est faite et que la reconstruction s’engage. Si les motifs de la démission sont clairs, ses objectifs le sont moins. Selon l’historien Jean Charlot ce départ n’est pas une retraite mais une tactique mûrie, en effet de Gaulle veut un sursaut de ses partisans et particulièrement du MRP, il attend donc un rappel très rapide. Or cette tactique va échouer… Le MRP n’effectue aucune démarche auprès de lui et ne manifeste aucun regret public. Il confirme très vite son alliance politique et gouvernementale avec les socialistes et les communistes. Ces derniers se gardant de toute intervention. Le 23 janvier 1946 les trois partis de la majorité (PCF, SFIO et MRP) signent une « charte de collaboration », c’est ce qu’on a appelé le « tripartisme ». Il s’agit plus d’un pacte de non-agression que d’un programme de gouvernement. Le 1er successeur de de Gaulle, le socialiste Félix Gouin, se borne à partager les ministères avec équité, mais se garde bien de construire une véritable équipe ministérielle…
Les
discussions et l’élaboration de la nouvelle Constitution vont connaître plusieurs
phases.
Au cours du premier semestre 1946 socialistes et communistes essayent d’imposer un projet qui repose sur une assemblée élue pour cinq ans disposant de très larges pouvoirs . Cette assemblée élirait le président de la République et le président du Conseil (1er ministre) que, par ailleurs, elle pourrait renverser par un vote de censure. Ce 1er projet soulève une double opposition : celle des radicaux et des modérés et celle du MRP. Le 5 mai 1946 par référendum, les français repoussent ce projet de constitution (53 % de NON).
La 1ère assemblée constituante est dissoute et une nouvelle assemblée constituante est élue le 2 juin 1946. Sa composition a un peu varié (MRP : 28,2 %, PCF : 26,4 %, SFIO : 21,3 %, Radicaux : 11,1 %, Modérés : 13 %) désormais la gauche a perdu la majorité absolue. Un 2ème projet constitutionnel est mis en chantier, il ressuscite une 2ème assemblée, le Conseil de la République (Sénat) et redonne au président de la République les compétences qu’il avait sous la IIIème république.
Au cours des discussions autour du nouveau projet Charles de Gaulle intervient publiquement le 16 juin lors du discours tenu à Bayeux (1ère ville libérée en juin 1944). De Gaulle critique sévèrement le nouveau projet et soumet au pays ses propositions : selon lui, le président de la République doit être élu par un collège électoral élargi et il a pour mission d’être le gardien de l’intérêt national et l’arbitre suprême. Le discours de Bayeux cherche à obliger le MRP à se séparer des socialistes et des communistes , pourtant loin de contribuer à rapprocher le MRP de De Gaulle, le discours de Bayeux l’éloigne encore plus. Le discours de Bayeux a un effet inattendu, il ressoude les partis au pouvoir. Désormais la rupture est consommée entre de Gaulle et les partis politiques. Le 13 octobre 1946 la Constitution est soumise à référendum : un tiers des électeurs s’abstiennent, le OUI obtient 53 % et le NON 47 %.
La
Constitution de 1946 qui donne naissance à la IVème République est un compromis
entre les partis attachés à la prépondérance du Parlement.
La mise en route de la IVème République.
Elle
se déroule en 4 étapes :
- 10 novembre 1946 : Elections
législatives.
Les
trois principaux partis (PCF, MRP et SFIO) gardent leur primauté.
- 24 novembre 1946 : Election des membres
du Conseil de la République (Sénat).
- 16 janvier 1947 : Les deux assemblées
réunies en Congrès procèdent à l’élection du président de la République :
Vincent Auriol. Avocat de 63 ans membre de la SFIO. Ministre des finances de
Léon Blum en 1936. Refuse les pleins pouvoirs à Pétain en 1940. S’engage dans
la Résistance. C’est un homme d’État convaincu de la prééminence de la fonction
présidentielle, il va exercer une présidence fort active…
- 21 janvier 1947 : Le nouveau président
de la République propose à l’investiture de l’Assemblée, comme président du
Conseil (1er ministre), Paul Ramadier, membre de la SFIO. Celui-ci
est investi à l’unanimité. Avocat lui aussi et âgé de 59 ans, Paul Ramadier est
membre de la SFIO. C’est un homme intègre, estimé de tous les parlementaires.
Socialiste pragmatique, gestionnaire sérieux, Paul Ramadier est confronté dès
son arrivée à l’Hôtel Matignon à une conjoncture politique intérieure et
internationale qui évolue rapidement.
Paul Ramadier compose un gouvernement qui, par certains aspects, peut paraître d’union nationale. En effet, aux côtés des ministres issus du tripartisme (MRP, SFIO et PCF) et qui assument les responsabilités principales, le président du Conseil fait appel à des modérés et à des radicaux. En ce printemps 1947, la situation de la France est très problématique : La situation économique est désastreuse : la reprise industrielle se fait attendre et le ravitaillement demeure très difficile. La France dépend toujours de l’étranger, elle doit importer blé, charbon, matières premières, machines, etc. Elle doit emprunter auprès des Etats-Unis. L’inflation, loin de s’atténuer s’aggrave et maintient un pouvoir d’achat médiocre.
Sur le plan social : La lassitude et le découragement gagnent la population et des grèves spontanées éclatent un peu partout et débordent les organisations syndicales à la fin de l’hiver 1946-47. Sur le plan international, on assiste à une montée des tensions. La mainmise de l’URSS sur les pays de l’Europe centrale qu’elle a libérés, le maintien d’une armée soviétique nombreuse et mobilisée dégradent le climat international. En mars 1946, l’ex-1er ministre anglais W. Churchill a évoqué pour la 1ère fois le « rideau de fer » qui coupe l’Europe en deux. En mars 1947, les USA définissent une doctrine visant à endiguer le communisme en Europe et dans le monde, c’est la doctrine Truman.
Enfin, on observe dans l’empire colonial des incidents sérieux en Indochine et une insurrection généralisée à Madagascar. Le gouvernement de Paul Ramadier mène une politique d’austérité qui se traduit par le blocage des prix et des salaires. Cette politique soulève le mécontentement des salariés et on voit se multiplier les grèves. La CGT hésite et finalement se rallie au mouvement de contestation à la fin avril.
A l’Assemblée, le 4 mai les communistes (ministres et députés) refusent d’approuver la politique de rigueur économique du gouvernement. Paul Ramadier, le président du Conseil, plutôt que de démissionner, préfère révoquer les ministres communistes le 5 mai et décide de reconstituer un gouvernement axé un peu plus à droite. Sur le moment, les français ne prennent pas la mesure de cet évènement politique mais il marque d’ores et déjà la fin du tripartisme.
La
situation internationale en ce début 1947 ne va faire qu’accentuer le clivage
entre les communistes et les autres forces politiques : En juin 1947, les
USA annoncent un plan d’aide économique et financière à l’Europe, c’est le Plan
Marshall. Celui-ci est refusé par l’URSS et ses alliés, en l’acceptant le
gouvernement français espère bénéficier des moyens de poursuivre sa politique
économique de modernisation et d’équipement mais par ce choix il s’aligne sur
les positions américaines et choisit le camp occidental dont il est le plus
proche idéologiquement. En contrepartie, il rompt avec le PCF qui s’aligne sur
l’URSS de Staline.
A l’automne 1947 une crise sociale d’une exceptionnelle gravité va se produire en France. La flambée des prix et le mécontentement profond qu’elle suscite sont à l’origine du mouvement. Ce sont d’abord les fonctionnaires qui réclament un « rattrapage des salaires » avant que les mineurs et les ouvriers métallurgistes prennent le relais en novembre. Dans certaines villes (Marseille, Valence) l’agitation prend des formes proches de l’émeute. Partout, le mouvement a le soutien de la CGT (centrale syndicale entièrement contrôlée par les communistes) et du PCF qui invitent les salariés à intensifier la lutte et à combattre avec fermeté le Plan Marshall comme le préconise l’URSS.
Le mouvement atteint son paroxysme au début décembre avec le déraillement du Paris-Tourcoing qui fait 21 victimes…Face à ce mouvement social de grande ampleur, le gouvernement dirigé par P. Ramadier puis par R. Schuman à partir du 19 novembre utilise la force sous l’action énergique du ministre de l’intérieur J. Moch (SFIO).
Cette crise sociale va avoir de profondes conséquences sur la vie politique des années ultérieures :
- Le Parti communiste perd, en quelques semaines, la respectabilité acquise depuis la guerre. Le choix fait en 1947 de prendre parti pour les grévistes et de dénoncer la politique gouvernementale va conduire à l’exclusion du PCF de la vie politique nationale pendant plus de 30 ans.
- Une vague d’anticommunisme déferle et
s’amplifie dans le pays. Elle affecte le personnel politique et l’électorat.
Elle touche aussi le syndicalisme avec la création à la fin de l ‘année
1947 de la CGT-FO qui regroupe les non-communistes et de la FEN (Fédération de
l’Education Nationale) dans laquelle les communistes sont minoritaires.
- Le centre de gravité des majorités gouvernementales glisse vers la droite. Ces majorités reposent sur une coalition des socialistes, du MRP et des modérés ou radicaux. L’unité de la Résistance est donc rompue au profit d’équilibres politiques renouvelés jusqu’en 1951 : la « Troisième Force ».
CONCLUSION :
Entre la fin de l ‘année 1947 et les élections législatives de 1951, ce sont des gouvernements dits de Troisième Force qui vont diriger la France. Entre les partis qui constituent cette Troisième Force existent des tensions nombreuses : Les problèmes économiques et sociaux peuvent rapprocher SFIO et MRP mais les séparent des radicaux et des modérés. En revanche, l’école et la laïcité continuent à rapprocher les socialistes et les radicaux tandis que le MRP doit prendre ses distances. Enfin, les problèmes de l’outre-mer (Indochine) contribuent à émietter les majorités.
Les différents gouvernements de la Troisième Force malgré leur faiblesse politique ont réussi à diriger le pays. Ils se sont pourtant heurté à deux fortes oppositions, celle des communistes et celle des gaullistes (RPF). Dans le domaine économique, ils ont poursuivi la politique élaborée par le tripartisme et à partir de 1948/49 les 1ers effets du Plan Marshall se font sentir : la production industrielle retrouve son niveau de 1939 et dès 1949 le commerce extérieur redevient excédentaire. En politique étrangère, ils participent à la construction d’un camp occidental contre l’URSS et les démocraties populaires (1949 : adhésion à l’OTAN) et sous l’impulsion du MRP ils prennent des initiatives européennes d’avenir (Conseil de l’Europe en 1949, CECA en 1950 et projet de CED en 1951/52)
LA VIE QUOTIDIENNE À MONTAGNAC
DE 1945 A 1958
Par Claude Pradeilles
І CADRE GÉNÉRAL-POPULATION
D’abord il semble nécessaire de faire un rapide portrait du village au sortir de la guerre. Au cours de la guerre Montagnac n’a pas subi des dégâts comme Béziers, Agde ou Montpellier dont les gares et leurs quartiers périphériques ont été sévèrement bombardés par l’aviation américaine à l’été 44. Il s’agissait d’anéantir les convois allemands qui se dirigeaient vers la Vallée du Rhône. Les pertes humaines et les dégâts matériels furent importants. Le village a cependant été affecté par la perte de soldats Morts pour la France et l’éloignement vers l’Allemagne de prisonniers de guerre.
Le
recensement de 1946 fait état d’une population qui s’élève à 3144 habitants. Le
précédent recensement qui date de 1936 – pas de recensement pendant la guerre
– mentionne 3410 habitants soit une
baisse de presque 300 habitants qu’on peut attribuer soit à une baisse générale
de la population française avec les classes creuses de la guerre soit au départ
de certains espagnols qui avaient fui la guerre civile espagnole et sont
retournés alors dans leur pays.
En
1944, après le départ des allemands, le Comité Local de la Libération avait mis
à la tête de la Mairie le docteur Granal qui avait déjà été maire dans les
années 30. Il y restera jusqu’en 1945 date à laquelle lui succèdera Raymond
Ruan, élu avec une équipe de gauche. Cette municipalité restera en place
jusqu’en 1965.
Montagnac, gros village de la plaine languedocienne, était bien doté en services publics et privés : mairie, perception, gendarmerie, écoles publiques et privées, collège public, gare de chemin de fer d’intérêt local, caserne de pompiers, abattoirs, cave coopérative, distillerie, tuilerie, médecins, pharmaciens, sœurs infirmières et garde-malades, paroisse catholique, paroisse protestante.
La population était concentrée dans le centre historique et les premiers abords. On parlait de " quartier haut ʺ et de " quartier bas ʺ
Dans les rues passaient les chevaux (500 en 45) et charrettes. Sur la route de rares voitures, parfois en 46 des voitures américaines avec des soldats qui distribuaient des bonbons aux enfants. (c’est un souvenir d’André Nos). Les engins à moteur : voitures, tracteurs, vélomoteurs viendront plus tard, timidement d’abord, en plus grand nombre dans les années 50.
II L’ALIMENTATION
C’était le problème majeur depuis 1940, début de l’occupation allemande en France.
Pour faire face à la pénurie alimentaire et aux autres pénuries dues au pillage de l’économie de la France par l’armée allemande, le gouvernement de Vichy avait mis en place un système de rationnement de denrées et produits de première nécessité. Dès septembre 40 des cartes d’alimentation avaient été instituées dans toute la France, cartes qui vont durer jusqu’au 1er décembre 1949. En effet en 1945 avec la paix retrouvée, on avait cru pendant quelques mois que le rationnement n’était plus nécessaire. Erreur fatale. Le 1er décembre les cartes d’alimentation reprennent du service et ce jusqu’en 1949. On venait de s’apercevoir qu’en partant les allemands avaient tout raflé : farine, sucre, café, essence ….. Bref on était démunis, réduits un temps au pain de maïs.
En 46
les queues de ménagères devant les boutiques de commerçants ne cessaient de
s’allonger car au manque de denrées, s’ajoutait souvent une rupture
d’approvisionnement plus ou moins longue. En attendant on se rattrapait comme
on pouvait : haricots, topinambours, rutabagas, salade des champs …. Comment
se présentaient ces cartes d’alimentation ou plus exactement d’identité
alimentaire ? Elles
donnaient droit à un contingent de coupons (pour les rations mensuelles comme
le sucre ou le café) et à des tickets (pour les rations hebdomadaires ou
journalières) à remettre aux commerçants, en plus du paiement des produits. Elles étaient distribuées à la mairie. La quantité dévolue à chacun
étaient définie selon l’âge et la profession.
À cet effet la population était classée en différentes catégories dont les principales étaient : E (enfants), J (jeunes et adolescents), A (adultes), T (travailleurs de force), C (travailleurs agricoles), V (personnes âgées). Ces jeunes étaient classés de la façon suivante : J1 (3 à 6 ans), J2 (6 à 12 ans), J3 (13 à 25 ans). Les jeunes en pleine croissance (J3) et les travailleurs manuels bénéficiaient de quantités plus importantes. Le principe des cartes d’alimentation était étendu aussi à toute une série de produits de première nécessité comme le charbon, les chaussures, l’essence. Dans le village on essaie de survivre avec moins de difficultés qu’en milieu urbain, mais le vin, produit de la monoculture ne nourrit pas la population. Ceux qui ont un jardin ou un morceau de terre vont semer des pommes de terre, des pois chiches, des rutabagas, des topinambours base populaire de l’alimentation. On plante du tabac, on grille de l’orge pour faire du café.
Certains se groupent en famille pour élever un cochon, essayer de l’engraisser avec farine, topinambours, épluchures et restes de repas, s’il y en a. Quand on arrivait à obtenir un poids confortable (de 50 à 150 kg) la famille avait de quoi se nourrir pendant longtemps, car comme dit l’adage « tout est bon dans le cochon ». Après avoir tué le cochon commençait le travail de transformation qu’on appelait "la fatigue" qui portait bien son nom et prenait du temps et de l’énergie. On salait les jambons pour qu’ils se conservent, on préparait les terrines de pâtés, le boudin, les saucisses, les abats, le lard et le sang qu’on faisait frire et qu’on appelait le « sanquet ». D’autres élevaient des lapins, faciles à élever avec les plantes, les herbes de campagne, une pâtée de son, des restes divers. Les lapinières étaient légions dans le village. La chasse avait été interdite pendant l’occupation, la paix revenue les chasseurs pouvaient compter sur une certaine abondance du gibier.
III COMMERCE ET ARTISANAT
Quelques années encore, après la guerre, le village vivait replié sur lui-même, mais il possédait bon nombre de commerces et d’artisans qui lui permettaient de se suffire et qui resteront en place dans les années 50.
Les commerces de bouche
- 14 épiceries parmi lesquelles 2 docks, la
coop, Marie Perez rue du commerce, Jules Arnaud, Aïdée Valette, Élodie Chabert,
épicerie Rouquette, épicerie Tardieu.
- 5 boulangeries : Coulet, Pinchard,
Julette, Arnal, Del Rey, Sanjuan, dont les fours cuisaient le pain au feu de
bois. Chez Arnal on pouvait apporter les plats de gratin à cuire dans le four.
Une chaise était toujours à disposition pour ceux qui attendaient ou voulaient
parler.
- 6 boucheries : Cavallès, Poulain,
Delfo, Malzac, Rigaud. Boucher chevalin : Bonnafous.
- 4 laitiers dont 2 possédaient une étable avec des vaches qui fournissaient le lait frais aux montagnacois : M. Sicard rue Lafayette et M. Gavalda au pont St Thomas ; Celui-ci possédait 4 ou 5 vaches qu’il avait achetées à M. Pouget et qu’il a conservées jusqu’en 1958-1959. Comme l’étable était près du pont de l’Ensigaud et qu’il débordait parfois lors des grandes pluies, il fallait déménager les vaches chez les voisins, M. Pauzier ou chez Mme Salvaing un peu plus haut. On allait chercher le lait frais avec un pot au lait tous les jours.
À la libération l’abattoir communal de Montagnac, ouvert depuis 1877, reprend progressivement du service. Les bouchers d’abattoir se chargeaient de tout. Du service d’inspection vétérinaire contrôlant la qualité sanitaire. La population ainsi était rassurée en boucherie. La commune percevait des taxes d’abattage et tirait profit des revenus liés à la vente des peaux. L’abattoir fermera en 1967, plus tard, après des travaux il deviendra " Maison des Associations ."
Les commerces
d’habillement
- Lingerie-mode : Mercerie de Babeth
place de la mairie, de Rose Rouzier et de Mme Rességuier grand-rue.
- Les Galeries commerciales de Maria Malamenède dans la rue Malirat où on pouvait s’habiller et trouver pour coudre, tricoter et même, éventuellement, des fournitures scolaires pour la rentrée des classes. Les mères de famille et les jeunes filles de la maison réalisaient elles-mêmes leurs vêtements en tricotant la laine ou le coton, en cousant, en brodant. Elles tricotaient même des maillots pour les enfants, s’ils avaient l’occasion de se baigner dans l’Hérault, ou plus tard à la mer, maillots difficiles à porter quand ils étaient mouillés.
- 4 cordonniers pour réparer les chaussures qui
devaient durer très longtemps : les galoches
Commerces
et artisans pour l’entretien de l’habitat et des chevaux
- 2
drogueries, peinture, quincaillerie : M. Pradel et M. Gars
- 4
serruriers dont M. Calas
- 5
marchands de bois et charbon dont MM. Cayrol et Carminati
- 1
tonnelier
- 1
marchand de cycles
- 2
forgerons, charrons pour réparer les roues et les charrettes
- 1
maréchal ferrant pour ferrer les chevaux.
Les chevaux en effet étaient très nombreux à Montagnac (500 à 560 en 1944) pour les travaux agricoles : labours, vendanges, moissons (avoine principalement mais aussi orge) et fermes dans la plaine. On attelait le cheval à la grosse charrette qui servait à transporter les outils agricoles, les comportes de vendanges ou le foin. On se servait d’une charrette légère, la " jardinière " pour les déplacements dans la commune ou vers les communes proches pour faire des courses. Les chevaux étaient également utilisés dans les services publics de la mairie depuis le début du 19e siècle : Le corbillard était tiré par des chevaux pour les enterrements. La " tonne ", plus généralement appelée la " tinette " était une citerne destinée à prélever le contenu puant des seaux hygiéniques que vidaient les ménagères. Un cheval la promenait dans les rues du village tous les jours. Odeurs et propreté garanties !!!
- 2 commerces de fourrage pour alimenter les
chevaux : celui de M. Fave et celui de M. Pouget.
IV L’EAU ET L’HYGIÈNE
Montagnac avait :
- 2 médecins pour soigner la population :
le docteur Roger Salvaing et le docteur Jean Granal, ancien maire du village.
- 2 sage-femmes : Rosette ? et Mme
Puech qui ont aidé à mettre au monde de nombreux enfants montagnacois. Le baby
boum est arrivé après-guerre et a comblé le vide laissé par la guerre.
- des sœurs garde-malades et infirmières.
En 1953 la mairie se préoccupe de l’assainissement des rues qui sont en fort mauvais état : les eaux usées stagnent et répandent de mauvaises odeurs préjudiciables à la salubrité publique. Il convient d’envisager la réfection ou la construction de caniveaux dans certaines rues du village. Ce sera fait à l’aide de la main d’œuvre locale, notamment de nombreux chômeurs générés par la mévente du vin (60 selon les estimations). Un autre problème sera réglé : celui de l’eau. L’eau courante n’était pas installée dans les immeubles, elle était disponible aux fontaines comme celle de la place de l’église ou celle du griffe dans la grand-rue ou des fontaines en fonte qu’on trouvait au coin des rues.
Il y
avait un abreuvoir pour les chevaux au fond de la grand-rue et un autre au bas
de l’esplanade (face au monument aux morts).
2 lavoirs : 1 rue de la tour constance, 1 chemin de la piboule (lavoir des frères). Le petit linge de famille se lavait directement au lavoir où on le savonnait avec la pierre à savon de Marseille, puis on le rinçait dans le deuxième bassin. Concernant les draps, les femmes utilisaient une lessiveuse, sorte de grande cuve en zinc avec un couvercle qu’on posait sur un trépied pour chauffer l’eau au feu de sarments ou de ceps de vignes. Elles ajoutaient des cendres de bois riche en potasse pour blanchir le linge. C’était l’unique marque de lessive et elle était écologique. On faisait la " Bugadoʺ mot occitan désignant la lessive et c’était la machine à laver naturelle dont la seule énergie résidait dans les bras de la ménagère. C’était aussi, éventuellement, le récipient idéal pour prendre un bain, à défaut de baignoire. La toilette, il est vrai, restait un élément mineur de la vie quotidienne.
Les Bains Douches
C’est vers 1936 que les montagnacois vont pouvoir profiter avec bonheur des Bains Douches qui seront ouverts toutes les semaines (jusqu’en 1979) avec une interruption pendant la guerre. L’établissement était ouvert 3 jours par semaine : le jeudi pour les enfants, le samedi et le dimanche matin pour les adultes. Un responsable avait été nommé en 1945, M. François Philippy pour la bonne marche et l’entretien du bâtiment. Il sera préposé également à la perception des recettes car l’entrée était payante pour les adultes. Les enfants y avaient accès gratuitement le jeudi, jour de fermeture des écoles. C’est le 15 mars 1945 qu’a lieu la remise en marche des Bains Douches, avec le changement de la chaudière à charbon.
Le tout à l’égout
Il en fut question à la réunion du conseil municipal le 2 décembre 1947. Ce projet ne verra le jour qu’en 1965, travaux achevés en 1971. On verra encore la " tinette " malodorante, modernisée en 1954 avec un véhicule à moteur neuf qu’on appelait " la tonne " pour son volume, conduite par M. Roques, faire le tour du village tous les jours. Et on voyait une scène assez typique de ce temps : Les ménagères, encore en toilette de nuit qui attendaient devant leur maison pour vider dans le véhicule leur seau hygiénique qu’elles rinçaient ensuite dans le ruisseau sans souci des règles d’hygiène !!!! Dans les années 54-55 fut construit un WC public à l’emplacement du SPAR actuel.
V LA VIGNE – PROBLÈME ECONOMIQUE
À partir de 1945, avec la paix revenue, la reconstruction du pays et la remise en marche de l’économie étaient urgentes. La population de Montagnac, depuis longtemps, vivait essentiellement de la culture de la vigne. Sont arrivés selon André Nos, un millier et demi d’hommes, prisonniers ou astreints au S.T.O (Service du travail obligatoire en Allemagne) qui ont manqué pendant cinq ans.
Les vignes ont été entretenues comme on pouvait le faire, souvent par des femmes, pendant la durée de la guerre et souvent négligées.
On retrousse les manches comme le demandait une affiche rédigée par
Marcel Paul Ministre communiste de l’industrie, apposée dans rue Malirat. Elle
représentait un ouvrier les manches retroussées, qui proclamait : « Retroussons nos manches et ça ira
mieux » Donc on y va.
On repartait sur les bases de 1940 avec les méthodes d’alors : matériel, chevaux …. Et le souci de produire abondamment. Chacun retrouvant ses habitudes. Au bout de quelques années le progrès arriva lentement. Le cheval progressivement céda la place aux engins mécanisés : tracteurs, voitures, camionnettes particulièrement. Le matériel d’occasion acheté au départ fût remplacé dans les 50 par du matériel neuf. En 1937 la cave coopérative avait été créée, après-guerre de nombreux petits et moyens propriétaires la rejoignent et le volume de vin mis en vente augmentait.
En 1955 le Maire fait adopter par le Conseil Municipal le projet : « curage et bétonnage de l’Ensigaud en le faisant exécuter par des chômeurs. » On parle de 60 chômeurs à Montagnac. De nombreuses petites exploitations viticoles vont être condamnées à fermer. Avec 8000 pieds de vigne en 1939 un petit viticulteur vivait à l’aise. Ce n’était plus le cas alors. « Les années 50 ont porté un coup mortel à la viticulture populaire languedocienne » dit Geneviève Gavignaud-Fontaine professeure à l’Université de Montpellier. Le terrible hiver de 1956 n’a pas aidé les petits viticulteurs à préserver leur bien.
Les écoles publiques
En
1945 des réparations sont effectuées à
- l’école de garçons, Jules Ferry, qui est
aussi le collège face à l’ancienne gendarmerie, école occupée par l’armée
allemande pendant la guerre, située rue Roquelieu. Le 2 juillet 19345, le
maire, Raymond Ruan remet au conseil la proposition d’un de ses membres, de
donner à la rue le nom du gendarme Lebaron assassiné par les allemands le 21
août 1944.
- L’École maternelle et primaire de filles, rue
Jean Jaurès.
- Le cours complémentaire qui préparait au brevet, au brevet élémentaire, au concours de l’école normale, des PTT, de la perception et de la gendarmerie. Il accueille les élèves qui continuent leurs études après le certificat. Un agrandissement est demandé, il ouvre une classe de centre ménager pour les élèves qui abandonnent leurs études. La scolarité était obligatoire jusqu’à 14 ans, la règle n’était pas toujours respectée. Pour les travaux des vendanges, des dérogations pouvaient être accordées du 1er au 15 octobre. La rentrée des classe avait lieu le 1er octobre après les vacances d’été qui duraient du 14 juillet au 1er octobre. Vacances de Noël – Vacances de Pâques. En semaine, jours de classe du lundi au samedi compris – jeudi congé – 7heures de cours par jour.
- École d’Alzon pour les garçons
- École Puységur pour les filles
Dans
le public comme dans le privé un certain nombre d’élèves abandonnent leurs
études après le certificat pour aller travailler à la vigne.
- 5 bars où les hommes se retrouvaient après la
journée de travail ou le dimanche : café Marcélou, près du cinéma
Bringuier, café du progrès, le lyrique…
Le
cinéma tenait une place importante dans la vie du village, il ouvrait le samedi
et le dimanche et il était très fréquenté. Outre les films qui y étaient
projetés, les actualités de la semaine y étaient rapportées avant l’entracte.
Celles-ci étaient un complément aux informations que les gens pouvaient avoir à
la maison par le biais du poste de radio ou du journal. C’était surtout un
complément visuel.
- 2 cinémas, le Kursaal créé en 1931 par Aloïs
Bringuier, pris en charge par la suite par son fils André, jusqu’en 1970 sous
le nom de Lynx et le Rex créé en 1947 par M. Roux qui sert actuellement de
salle de rencontres sous le nom d’André Sambussy. Cet immeuble qui
appartenait à M. Louis Fave a été acheté par la Mairie en 1954. Il consistait
en un rez-de-chaussée anciennement à usage de cinéma et deux appartements à
l’étage qui vont servir au logement du percepteur.
La grande salle ou salle des fêtes va connaître des soirées animées par les bals qui avaient beaucoup de succès auprès de la jeunesse, surtout pour la fête de Montagnac, en novembre. Comme ils n’avaient pas les moyens de se déplacer, les jeunes gens se retrouvaient le week-end sur l’esplanade haute et faisaient des : « mounto, dabalo » comme disaient les anciens, c’est à dire des allers-retours tout en discutant et riant. La promenade basse non éclairée, était plutôt fréquentée par les amoureux. Chaque année on pouvait assister : à la fête du carnaval, kermesse catholique, kermesse protestante, fêtes des écoles publiques. Lotos- jeux de cartes, chez soi ou dans les cafés, très appréciés, souvent en équipes constituées et fixes.
La radio, quand on possédait un poste, tenait une place importante dans la vie des gens : informations, distractions, jeux divers, musique, romans radiophoniques. Par exemple l’émission des chansonniers : Le grenier de Montmartre a tenu longtemps l’antenne. C’était un plaisir qui avait été longtemps contrôlé, interdit.. Et qu’on pouvait savourer « Radio Paris ment, Radio Paris est allemand, c’était bien fini.
Jeux d’enfants
Filles
: balles, marelle, saut à la corde, poupées, osselets…..
Garçons :
billes surtout, clots, cerceaux, traineaux, patins à roulettes…..
Les
déplacements étaient très limités, les voitures étaient rares, les vélos aussi.
Pour sortir du village et aller en ville, il y avait les cars Joulié, puis les
cars des courriers du Midi ou le tram, l’intérêt local avec sa gare au fond du
village. Le 30 octobre 1953 la municipalité demande à la SNCF le maintien de la
ligne ?... non pour les voyageurs mais pour le fret, le transport des vins
ce qui était important pour la vie de la coopérative.
Le 7 novembre 1946 le conseil municipal envisage, pour les jeunes, l’acquisition d’un terrain situé camp de Lacroix de 1 ha pour la création d’un terrain de sports. Il existait un terrain de foot aux " Coquilles "situé hors du village, route de Villeveyrac où se déroulaient les matches de foot. Ce terrain était trop loin pour les scolaires. Des clubs de vélo sont nés avec la carrière d’André Plautin qui court plusieurs tours de France et remporte quelques étapes en 1930.
Mais le sport qui a le plus rivalisé avec le foot c’est la pelote basque qui peu à peu disparaitra. André Nos se souvient « de matches de foot merveilleux sur le nouveau stade, l’USM avait ouvert une page glorieuse avec une génération de joueurs doués. Les matches Montagnac à Sète déplaçaient des foules » C’est l’époque également où la pétanque s’installera et l’emportera, sans la faire disparaitre, sur la lyonnaise (jeu de boules très présent avant-guerre.
Quelques souvenirs
d’André Nos
Recueillis par Simone Arnavielhe
le théâtre occitan
Dans cette après-guerre un fait que l’on doit signaler, un retour du théâtre occitan inattendu, la série de pièces de théâtre en occitan d’Henri Moulin : Catinou qui va faire le tour de notre région pendant de longs mois et soulever l’enthousiasme des foules en même temps qu’une bonne humeur bonne enfant à partir de notre langue. Un Français « matise » de nombreuses expressions caractéristiques. Pourquoi le succès de ce théâtre considéré alors comme rétrograde a eu autant de succès ?
Quoique l’on dise la langue d’oc qui n’est pas un simple patois est familière à la génération 1919-1940, on la parle, on la comprend avec ses nombreuses nuances, pour un tel spectacle non seulement la salle suit mais aussi participe. Il s’agit d’un théâtre bien ancré chez nous qui emprunte toute sa saveur à notre vie courante, les sujets sont familiers sans prétention, sans malice ou méchanceté, on rit parce qu’on rit de nous-même, de nos petites faiblesses.
Jouées sans relâche de Toulouse à Montagnac, les pièces déclenchent le rire libre, sans prétention, elles valent pour les deux personnages aux r bien roulés de Catinou (la petite Catherine) une grosse et courte femme aux rires anodins communicatifs, opposée à son mari Jacontin (le petit Jacques), un personnage grand et maigre qui a souvent un temps de retard. Le texte, une conversation familière qui soit, pour son quiproquo, ses naïvetés mais aussi pour son bon sens qui se moque des conversations ennuyeuses. Les personnages ont le temps et ils laissent au spectateur d’apprécier tout le sel de ces conversations, en apparence anodines. Les gens ne se lassent jamais et le succès dure des mois. Le succès est si populaire qu’il suscite des imitateurs dans le village.
Montagnac a sa Catinou (la vedette) et son Jacotin qu’on applaudit dans les fêtes d’associations et pourtant ce ne sont que de simples imitations (texte et personnages). Catinou est Antoine Sanchez qui se fabrique un duplicata de Catinou et Jacobin c’est André Ruan, personnage long et mince, et ça marche. Et pourtant tout cela a passé vite, vite célèbre, vite oublié et jamais repris.
Une
autre particularité ignorée, durant cette période, les fins d’après-midi d’été
étaient occupées par la pétanque, mais on oublie souvent qu’existait aussi un
autre jeu de boules « la longue » ou « Lyonnaise » qui
avait ses passionnés et ses concours.
Il se déroulait dans l’allée de l’abattoir à l’ombre des platanes, en bordure de l’Ensigaud, encadrant le grand urinoir, étaient aménagés des emplacements, limités par de grands madriers qui limitaient plusieurs terrains sur lesquels se déroulaient les parties. Contrairement à la pétanque (pieds immobiles) ici on pouvait prendre son élan. Les boules étaient faites de boule de bois plus grosses que celles de la pétanque, sur lesquelles étaient plantés des clous à tête se touchant. On prenait les boules à deux mains et son élan soit pour pointer, soit pour tirer. Les parties se succédaient en 13 points ( là je ne me souviens pas )
D’ailleurs
les principaux concours étaient à la lyonnaise et non à la pétanque, celui-ci
se développera par la suite pour être joué dans le monde entier.
CONCLUSION DU
COLLOQUE
- Immense satisfaction de la population avec la
paix retrouvée. Gratitude vis-à-vis des combattants de la Résistance et des
alliés de la France.
- Envie de tout reconstruire ensemble, en
nation.
Travail
énorme consenti avec des sacrifices et en même temps besoin de justice et
d’égalité, de promotion sociale.
par Alain GARCIA
Nous fêtons, cette année, les 80 ans de la libération de notre région, un des épisodes les plus importants de la 2ème Guerre Mondiale, événement qui a marqué le XXème siècle. Toute la région, villes et villages, ont célébré cet anniversaire de diverses manières. Notre association, les Amis de Montagnac, ne déroge pas à la règle en lui dédiant ce colloque. Le bureau m'a demandé d'en être le président de séance, ce que j'ai accepté, et j'en suis très honoré.
En introduction de ce colloque, je voudrais vous faire part de quelques réflexions générales et personnelles. La libération de notre région est arrivée après les débarquements des forces alliées en Normandie et en Provence, qui comprenait aussi des Français. Cette libération faisait suite à des années d'occupation du nazisme et des Allemands et du gouvernement de Vichy qui a collaboré activement avec eux. Toutes les guerres ont les mêmes effets : victoires, défaites, des soldats tués, des civils tués, des prisonniers, des déportés, des héros, des traîtres. C'est particulièrement vrai pour cette 2ème guerre mondiale. Il reste, aussi, et c'est souvent le cas, la majorité d'un peuple qui subit, reste plus ou moins silencieux, en attente de jours meilleurs. Les hommes absents, les femmes travaillent et s'occupent des enfants, des grands-parents, et vice-versa. Elles écrivent souvent des lettres à leur mari ou parent prisonnier. Au cours de cette libération de notre région, en août 1944, les anecdotes sont nombreuses sur ceux qui résistaient depuis des années, puis d'autres dont le comportement prêtait à confusion, soit par égoïsme, par intérêt ou opportunisme. Certains historiens ont parlé aussi des excès commis.
L'Histoire est ainsi faite d'anecdotes mais aussi de grands évènements. De la période que nous traitons aujourd'hui, il ne faut pas oublier l'essentiel : les vraies valeurs étaient du côté des forces alliées et de la Résistance. Notre République, avec sa devise (Liberté, Egalité, Fraternité) n'était pas du côté des nazis, et du gouvernement de Vichy et de ceux qui le soutenaient. Cette devise, c'était l'honneur de ceux qui ont combattu et résisté contre les dictatures et une théorie raciale, négationniste. Je ne comprends pas que l'on puisse salir cette vérité, même 80 ans après, par certains qui essayent de minimiser ou justifier les actions du gouvernement de Vichy ou même du nazisme. Les forces alliées, même si elles avaient de futurs objectifs stratégiques ou géo-politiques, ont été d'une importance capitale pour la libération de notre région et de notre pays.
Mais les réseaux de résistance, les maquis ont joué aussi un rôle déterminant. Ils l'ont payé très cher. Toutes les routes nationales, départementales, parfois des chemins, les villes les villages ont des stèles à divers endroits qui rendent hommage à ses résistants qui ont succombé dans des combats ou ont été fusillés. Certains ont survécu. Je ne sais pas comment s'est passé le départ des Allemands de Montagnac ; c' est une page qui reste à écrire. Mais parce que nous sommes à Montagnac, je citerai quelques-uns de ces hommes qui concernent notre village, certes à des degrés divers. Pierre Sirven et Elie Martin, le capitaine Azéma dont vous connaissez les histoires.
Le gendarme Lebaron, de la brigade de
Montagnac, tué sur la route entre Adissan et Fontès ; il était dans le maquis
de Bir-Hakeim. Compan Marcel, né à Montagnac. Lui aussi, du
maquis de Bir-Hakeim. Il fut tué par les Allemands, près de Montpeyroux, en
revenant de mission. Le gendarme Olive Léon, début
L’occupation allemande et la libération
dans le département de l’Hérault
novembre
1942-août 1944
Complément de l’article paru dans le bulletin N° 114 (colloque 2021)
par Alain Alquier
Docteur en Histoire contemporaine de l’Université Paul-Valéry Montpellier III, auteur d’une thèse consacrée à l’occupation allemande dans le département de l’Hérault (1942-1944).
Introduction
À la veille de la Seconde Guerre
mondiale l’Hérault est un département qui compte environ 500 000
habitants. La concentration de la population est avant tout côtière. Les trois
villes principales sont Montpellier (90 000 habitants), Béziers
(73 000 habitants) et Sète (37 000 habitants). L’économie du
département est essentiellement tournée vers la viticulture. L’Hérault, comme
en 1914, est le premier producteur de vin de table de France. On relève, par
ailleurs, une activité industrielle à Béziers (usines métallurgiques Fouga), à
Sète et Frontignan (usines pétrochimiques) ; et une activité minière dans
les hauts cantons (Graissessac, Le Bousquet d'Orb). Politiquement, le
département est ancré à gauche. Lors des élections législatives de 1936, la
Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO), les radicaux et
néo-socialistes ont obtenu quelque 75 % des suffrages. Le Parti communiste
français est à 13 %. Le village de Montagnac, quant à lui, compte près de
3 500 habitants. Le maire est André Bringuier, propriétaire-mécanicien âgé
de 40 ans. L’homme se réclame du radical-socialisme.
Le
3 septembre 1939, alors que la France et le Royaume-Uni déclarent la guerre à
l’Allemagne qui vient d’envahir la Pologne, les Héraultais sont mobilisés et
rejoignent leurs unités. Le 10 mai 1940, après une « drôle de
guerre » de plusieurs mois, la Wehrmacht attaque à l’ouest. En
quelques jours (percée de Sedan), la situation militaire est déjà désespérée.
Malgré des résistances farouches, les meilleures forces de l’Armée française et
le Corps expéditionnaire britannique se trouvent encerclés dans la « poche
de Dunkerque ». Après que les Alliés ont tant bien que mal réussi à
évacuer, l’Armée allemande poursuit la conquête du territoire métropolitain.
Devant l’avancée fulgurante des troupes de Hitler (Blitzkrieg), les
responsables français sont divisés entre partisans de la résistance (Paul
Reynaud, Charles de Gaulle, Édouard Daladier, Georges Mandel...) et partisans
de l’armistice (Pierre Laval, Maxime Weygand, Philippe Pétain...). Les
défaitistes parviennent finalement à emporter la décision. Le 17 juin 1940, le
maréchal Pétain, le « vainqueur de Verdun », prononce son célèbre
discours radiodiffusé dans lequel il demande aux Français de « cesser le
combat » et annonce faire le « don de sa personne » à la France.
Le lendemain, depuis Londres, le général de Gaulle lance son appel
historique : « Quoi qu’il arrive, la flamme de la résistance
française ne doit pas s'éteindre et ne s’éteindra pas ».
La
société française est sous le choc, traumatisée. Des millions de personnes se
trouvent encore sur les routes après avoir pris la fuite devant l’avancée des
armées allemandes (exode). Quelques jours après l’intervention radiodiffusée du
Maréchal, un armistice est signé dans la clairière de Rethondes, en forêt de
Compiègne, là où la Première Guerre mondiale avait victorieusement pris fin
pour la France en 1918. Ce court texte de 24 articles acte le partage de la
France en plusieurs zones, notamment une zone occupée et une zone libre,
séparées par une ligne de démarcation correspondant, peu ou prou, à l’avancée
ultime des troupes allemandes. La France devra régler de lourdes indemnités
d’occupation à l’Allemagne, mais pourra conserver ses possessions coloniales et
sa puissante flotte. Son armée sera cependant réduite à 100 000 hommes et
les prisonniers de guerre resteront en captivité jusqu’à la conclusion de la
paix.
Sur
le plan politique, les pleins pouvoirs sont votés au maréchal Pétain le 10
juillet 1940 par le Parlement réuni dans le Grand Casino de Vichy. Seuls 80
parlementaires sur 569 s’opposent à la fin de la République. Parmi eux se
trouvent trois Héraultais : Jules Moch (SFIO), Paul Boulet (Gauche
indépendante) et Vincent Badie (radical-socialisme). Le maréchal Pétain est
officiellement chargé de promulguer une nouvelle Constitution par un ou
plusieurs actes, et devient le chef d’un nouveau régime depuis Vichy :
l’État français. Aidé de son vice-président du Conseil Pierre Laval, il
souhaite instaurer une « Révolution nationale » en prônant les
valeurs du travail, de la famille et de la patrie.
L’Hérault
à l’heure allemande
Le
8 novembre 1942, alors que l’Hérault vit sous le régime de Vichy depuis plus de
deux ans, les Alliés débarquent dans les territoires français d’Afrique du Nord
(opération Torch). En quelques jours, le Maroc et l’Algérie passent dans
le camp anglo-américain, après des négociations entreprises avec l’amiral
Darlan, ancien vice-président du Conseil du maréchal Pétain (9 février 1941-18
avril 1942). Désormais, les Alliés menacent le littoral méditerranéen français.
En conséquence, Hitler ordonne à ses troupes de franchir la ligne de
démarcation et d’aller occuper la côte du sud de la France (opération Anton
II). Cette invasion s’opère le 11 novembre 1942, jour du vingt-quatrième
anniversaire de la signature de l’armistice de 1918. En quelques jours, Vichy
perd son Empire, sa souveraineté et sa flotte, qui choisit de se saborder à
Toulon pour éviter d’être prise par les Allemands.
Les premières troupes de la Wehrmacht arrivent
dans l’Hérault le 11 novembre 1942 en toute fin de soirée, en gare de Béziers.
Dix convois se succèdent dans la ville jusqu’au 13. L’invasion du département
s’opère d’ouest en est. Agde, Sète et Montpellier sont prises le 12, Montagnac
le 15. Le village reçoit 12 officiers et sous-officiers, 110 hommes, ainsi que
60 véhicules et 120 chevaux. L’administration de la commune est alors toujours confiée à André
Bringuier, reconduit dans ses fonctions par le régime de Vichy le 9 avril 1941
(avec tout le Conseil municipal élu en 1935, le cas est rare). Le premier
adjoint est Jules Cazes (président local de la Légion française des
combattants), le deuxième adjoint est Joseph Vidal. L’épineuse question du
logement des troupes se pose très vite partout dans le département. L’armée
allemande s’empare de nombreux bâtiments. Pour abriter la troupe, les écoles
sont des cibles de premier choix, tout comme les hôtels et les casernes militaires.
Les officiers et certains sous-officiers sont logés chez l’habitant. Les
particuliers touchés par des réquisitions allemandes sont indemnisés.
Ce n’est pas la première fois que des Héraultais rencontrent des éléments de l’Armée allemande. Des commissions d’armistice avaient parcouru quelques villes héraultaises à l’été 1940, notamment Montpellier, Béziers et Sète. L’occupation vise avant tout les communes comprises dans un bandeau de 20 kilomètres depuis la côte. Au-delà, l’occupation est ponctuelle et dépend de l’importance stratégique ou économique de la commune.
Conclusion
Le département de l’Hérault sort
exsangue de la guerre. Les habitants sont épuisés par des années de privations
et d’angoisse. L’occupant a fait pourtant preuve d’une relative mansuétude
devant une population obsédée par son ravitaillement qui ne lui opposait pas
une résistance farouche. Il n’a pas écrasé de sa botte des Héraultais centrés
sur leurs droits qui cherchaient sans cesse à négocier pour atténuer les
contraintes qui pesaient sur leurs épaules, déniant une guerre qui se déroulait
loin de chez eux. Les actes de répression sont peu nombreux tout au long de ces
quelque vingt-deux mois d’occupation, excepté vis-à-vis de la Résistance et des
minorités honnies par le nazisme, notamment les Juifs. Le commandement allemand
a toujours sanctionné les débordements provoqués par les soldats dans les
communes occupées.
Entre 1942 et 1944, dans l’Hérault,
un modus vivendi a existé entre les habitants et la troupe allemande
afin de régir les relations quotidiennes et ne jamais envenimer les situations
outre mesure. Malgré des intérêts divergents, malgré des mésententes, malgré
des animosités, malgré des frictions, malgré une antipathie réciproque, les
forces allemandes se sont évertuées à ne jamais écraser de leurs bottes des
Héraultais résignés, mais tatillons. Sans s’aimer, soldats allemands et
Héraultais ont surtout cherché à ne pas se rendre mutuellement la vie
intolérable. Il découle de cette accommodation réciproque une évacuation plutôt
calme en août 1944, à la place d’une violente libération.
S’il
est possible d’expliquer l’attitude de la population par les souffrances
imposées par les pénuries, et la crainte des représailles, plusieurs raisons
semblent motiver le comportement des soldats allemands. D’abord des questions
raciales, les Héraultais font partie d’une Europe de l’Ouest dont les peuples
sont mieux considérés dans l’idéologie nazie que ceux de l’Europe du Sud et de
l’Est. On trouve aussi des motivations liées au régime de Vichy. Les Héraultais
sont intégrés dans le territoire administré par cet État français qui collabore
ouvertement avec l’Allemagne pour garantir sa place dans un futur Reich
européen.
Mais ces facteurs, très généraux, se
retrouvent partout en France. Il convient donc d’envisager aussi des facteurs
locaux. La Résistance héraultaise ne représente pas une menace de taille, ce
qui incline au compromis plus qu’à la répression. Enfin, beaucoup de militaires
savent que la rotation des troupes est permanente et ont une crainte aiguë de
quitter trop précipitamment la région. Tous les soldats allemands qui arrivent
dans le département ont le sentiment d’une demi-permission. L’absence totale de
combats, la douceur du climat, la beauté des paysages et des sites, les bains
de mer, l’absence de bombardements aériens jusqu’au début de l’année 1944, le
calme de la population, tout est réuni pour susciter ce sentiment. Heureux de
se trouver sur la côte héraultaise plutôt que dans les steppes d’URSS, les
soldats allemands se relâchent, profitent de la puissance du Reichsmark
et recherchent avant tout les plaisirs faciles. Excepté de nombreux vols, des
agressions, des rixes, ainsi que quelques viols et homicides – peu de choses
comparativement au déchaînement de violence sur le front de l’Est – les
occupants donnent l’impression de s’être « tenus à carreau » pour ne pas être
sanctionnés et rester le plus longtemps possible à l’abri dans cette région
préservée des désastres.
L’Hérault
est-il un cas singulier ? Il est difficile de répondre à cette question,
d’autant plus que les monographies départementales survolent très souvent la
question des rapports franco-allemands qui est pourtant cruciale. Il semble que
l’Hérault soit représentatif d’une France méridionale à l’écart des violences
de la guerre, excepté une arrivée massive de réfugiés lors de la débâcle de
1940. Cette hypothèse « méridionale » appelle toutefois nuances et limites.
Ainsi, la Provence et la vallée du Rhône voisines souffrent durement des
combats à l’été 1944, de même que certaines parties des Alpes ou les franges
occidentales du Massif central.
LA LIBERATION SUR LA ZONE LITTORALE
par Jean-Michel Abbes
Le département de
l’Hérault à la veille de la Seconde Guerre Mondiale :
Sur le plan géographique, on peut distinguer trois ensembles distincts correspondant aux principaux gradins de ce qu’on a coutume d’appeler « l’amphithéâtre languedocien » :
le littoral, la plaine viticole et l’arrière-pays montagnard.
-La zone littorale :
-La plaine
viticole :
elle couvre une vaste bande de terres qui s’étirent de l’ouest (Capestang) à l’est du département (Lunel) dont les altitudes sont inférieures à 200m. C’est là que la vigne règne en maîtresse (même si à l’occasion de la crise du phylloxéra entre 1875 et 1890) le vignoble a investi les terres grasses et sablonneuses du littoral (ex : La C.S.M sur le lido entre Agde et Sète). Les densités humaines sont relativement fortes car la vigne est une culture peuplante :ex : 73hts/km² à Capestang, 72hts/km² à Servian, 121hts/km² à Pézenas,103hts/km² à Lunel. La vigne occupe une place prépondérante et on peut distinguer plusieurs formes de propriétés : les grands domaines isolés (châteaux, parcs) appartenant à de grands propriétaires absentéistes résidant en ville (Béziers, Montpellier), la moyenne et la petite propriété présente dans les communes rurales et une forte proportion d’ouvriers agricoles (souvent fermier ou propriétaire d’un ou deux lopins de terre). Depuis les années 1920 et surtout depuis 1936 le mouvement coopératif s’est imposé un peu partout…
Plusieurs pôles
urbains d’importance structurent cette plaine : Montpellier (93 000 hts)
et Béziers (64 500 hts). Les activités industrielles sont modestes dans cette
zone mais on trouve quelques entreprises de taille importante comme l’usine
métallurgique Fouga de Béziers.
-Les Avant-Monts et le
rebord méridional du Massif central :
Roger Olive : « En ce
jeudi 12 novembre 1942, jour de repos scolaire, avec quelques camarades de
classe, nous nous trouvions devant la gare d’Agde. Des tranchées avaient été
creusées pour abriter en cas de bombardement les habitants du quartier, pour
nous c’était une aire de jeux. Sur le chemin du retour, empruntant l’avenue
Victor Hugo, nous fîmes une étonnante rencontre. A la hauteur du pont d’Agde se
tenaient des motocyclistes allemands. Impressionnants : casqués, vêtus de
longs manteaux, portant un collier qui pendait sur leur torse qui indiquait
leur fonction. Il y avait écrit : « Feldgendarmerie », ce fut ma
première rencontre avec l’occupant ».
Albert Arnaud : « Quel fut mon étonnement lorsque je me trouvais face à ce feldgendarme qui venait vers moi qui me trouvais devant le magasin Tomas Sport, rue Richelieu ! Il me demanda, dans un bon français avec un fort accent, la direction du Cap d’Agde. Dès que je la lui indiquai, il enfourcha sa moto et s’arrêta à l’angle de la rue de Brescou. Là, il sortit des petits panneaux indiquant la direction au reste du convoi qui le suivait »
Pourtant nous savons que dès l’été 1940 avec la mise en place des commissions de contrôle de l’armistice des officiers de la Wehrmacht étaient apparus dans le département ce qui provoqua des manifestations d’hostilité à leur égard comme à Sète le 27 août 1940 où des individus tentèrent de pousser la voiture de la commission d’armistice dans le canal. En ce mois de novembre 1942, en quelques jours des milliers d’hommes prennent possession du département. Dans une zone de 20 kms de profondeur située en arrière de la côte, les Allemands installent une garnison dans chaque commune. Ces troupes appartiennent au 4ème corps d’armée de l’air dont le QG est situé à Capendu (Aude) et qui est lui-même partie intégrante de la 19ème armée allemande qui couvre une vaste zone allant de l’Océan Atlantique à l’Italie. A Montpellier, le général De Lattre qui commande la 16ème région militaire décide de regrouper ses troupes dans les Corbières afin de pouvoir gagner l’Afrique du nord par Port Vendres. L’opération va échouer car des troupes fidèles à Vichy interdisent le départ de ces unités tandis que De Lattre lui-même est arrêté par les gendarmes de St Pons. Cet échec de De Lattre provoque la perte de nombreux véhicules cachés qui passent aux mains des Allemands (54 voitures, 184 camionnettes, 54 camions, 11 tracteurs, 15 voitures sanitaires, 13 cuisines roulantes et 91 side-cars).
L’installation des Allemands dans le département entraîne la réquisition d’un certain nombre d’immeubles (écoles, châteaux, hôtels) transformés aussitôt en lieux de garnison désormais gardés jour et nuit par des sentinelles. La scolarité de nombreux jeunes héraultais est perturbée par l’arrivée des Allemands. A Agde, le commandement allemand s’installe dans les bâtiments les plus beaux et les plus grands de la ville : la Kommandantur réquisitionne l’hôtel du donjon, place de l’évêché et le Commandement d’Opération Guerre occupe le château de Trédos.
L’aspect des villes et des villages se modifie : des constructions d’un type nouveau se dressent à l’entrée de certaines agglomérations, ce sont des chicanes destinées à faciliter les contrôles ou des guérites en béton ou en briques afin d’abriter des sentinelles. Photos P. 81 du livre de J. Sagnes « L’Hérault dans la guerre » (1939-45) Sur le littoral, l’armée allemande va entreprendre la construction d’un second mur fortifié : le Sudwall (sur le modèle de l’Atlantikwall). Pour réaliser ce vaste programme de défense des côtes méditerranéennes l’état-major allemand détache sur place un grand nombre d’unités spécialisées dans la réalisation des édifices bétonnés : détachements de l’Organisation Todt, unités du Génie de forteresse et contingents de travailleurs du Reich. L’organisation Todt était un groupe de génie civil et militaire de l’Allemagne nazie. Elle portait le nom de son fondateur et dirigeant, Fritz Todt (ingénieur et figure nazie importante décédé en 1942).
Dans l’Hérault, l’organisation Todt a son état-major installé à Sète (8 hommes) et a dispersé ses pelotons au Grau d’Agde (17 hommes), à Sète (18 hommes), à Mireval (14 hommes), à Palavas (20 hommes) et Carnon-Plage (13 hommes) soit 90 hommes dirigeant une main d’œuvre française et étrangère abondante issue du S.T.O (Service du Travail Obligatoire mis en place en février 1943), aidés par des entreprises françaises, allemandes et belges. A Agde le camp de l’Organisation Todt s’étendait de la place de Notre-Dame de l’Agenouillade jusqu’au restaurant « Le lapin de Baluffe ». Ce camp avait une superficie de 7,5 hectares et une capacité d’hébergement de 800 ouvriers. Enfin, la pose de champs de mines, de réseaux de barbelés et des défenses de plage est assurée par des unités du génie provenant des divisions en place sur le littoral. Un certain nombre de villas construites sur le littoral sont rasées ainsi que les deux phares situés à l’embouchure de l’Hérault. Photos P. 30/31 et 80/81 du livre de D. Mallen « Agde sous l’occupation allemande » (1942-1944). Les premières évacuations, encore partielles, de population côtière datent du début 1943 notamment pour les immeubles situés en bord de mer (Grau d’Agde).
L’action de la
Résistance de novembre 1942 à la Libération :
Pour la résistance héraultaise, l’arrivée des troupes allemandes dans le département en novembre 1942 représente une augmentation très forte des risques encourus, en effet les résistants trouvent désormais en face d’eux non plus seulement la police de Vichy mais les forces de répression allemandes en particulier la Gestapo dont les méthodes brutales sont rapidement adoptées par les corps de police spéciaux de Vichy. En même temps, les illusions qu’un certain nombre de personnes entretenaient sur l’indépendance de Vichy à l’égard de l’Allemagne tendent à se dissiper et la résistance reçoit un renfort considérable tant en soutien moral de la part de la population que bientôt en nouvelles recrues. L’année 1943 est l’année de l’unification progressive des différents mouvements de Résistance. En mars, dans toute la zone sud, les mouvements Combat, Franc-Tireur et Libération se regroupent dans les M.U.R (Mouvements Unis de la Résistance). Ces derniers ainsi que le Front national* et diverses organisations politiques et syndicales constituent peu après le C.N.R (le Conseil National de la Résistance) sous le contrôle de J. Moulin, le délégué du général de Gaule dans la France occupée. Des structures correspondant au C.N.R apparaissent peu à peu dans le département et dans la région avec le Comité régional de Libération (C.R.L), le Comité départemental de Libération (C.D.L) et la Région 3.
Front national* : Mouvement de la Résistance intérieure française créé par le Parti Communiste Français en mai 1941.
Quelles sont les différentes actions menées par ces réseaux de résistance ?
Ils se livrent à un travail de propagande clandestine (Voir P. 107 du livre de Jean Sagnes) mais aussi de renseignement, par exemple à Sète les membres du mouvement Combat renseignent les alliés sur les installations portuaires, les déplacements de navires, de trains et de troupes.
Il y a ensuite
tout une action de Noyautage des Administrations Publiques (N.A.P) comme les
Ponts et Chaussées, les PTT, la police ou la préfecture. Ainsi sont fabriquées
des milliers de fausses cartes d’identité destinées à des juifs ou des
réfractaires du S.T.O.
Il y aussi un service social qui apporte une aide matérielle aux résistants emprisonnés. Enfin, on peut relever des actes de sabotage comme le déraillement de deux trains organisés par un groupe de F.T.P (Francs-Tireurs et Partisans) au Crès près de Montpellier en décembre 1942 ou l’assassinat du premier allemand à Montpellier au début de 1943 par Ange Alvarez.
La résistance recrute ses membres dans tous les milieux sociaux mais trois groupes s’individualisent cependant : les cheminots de Béziers, les employés des PTT de Montpellier et les mineurs du bassin houiller de Graissessac-Le Bousquet d’Orb. Les maquis sont principalement installés dans la partie montagneuse du département : ceux des F.T.P se situent principalement dans la zone de Lunas et dans le Saint-Ponais (Prémian), alors que ceux du C.D.L sont présents à Roqueredonde (Action ouvrière), près de Dio (Armée secrète), St Jean-de-Buèges, Olargues, Fournols près de Vailhan, Ferrières-Poussarou (maquis Latourette) et dans la région de Clermont-l’Hérault (maquis de Bir-Hakeim).Voir carte P. 122 du livre de G. Bouladou « L’Hérault dans la résistance » (1940-44)
Durant les premiers mois de 1944, à la veille du débarquement, les forces de répression vichystes et allemandes intensifient leurs actions et portent des coups très durs à la Résistance et notamment aux M.U.R. A la veille des combats de la Libération, les M.U.R de l’Hérault sont dirigés, pour le secteur de Montpellier par l’ingénieur montpellierain Jean Guizonnier qui sera arrêté en juillet et torturé à mort le 11 aout 1944. Pour l’ensemble du département les M.U.R sont dirigés par Jean Lanet (futur ministre UDSR) qui réside à Béziers.
On doit noter
qu’au cours du premier semestre de 1944 il y a eu une recrudescence des actions
résistantes en particulier dans l’ouest du département : incendies de
wagons, déraillements de trains, sabotages à l’explosif chez Fouga à Béziers et
dans le bassin minier.
Un rapport préfectoral pour le mois de juin 1944 sur le département de l’Hérault reconnaît « qu’une vive effervescence se manifesta dans la population » au moment du débarquement de Normandie. Depuis le début de 1944, toute la zone côtière a été évacuée car les occupants craignent un possible débarquement et en raison des fréquents bombardements alliés qui doivent faire diversion : 27 mai (Pérols-Mauguio), 25 juin (Sète-Balaruc-Frontignan), 5 juillet (Béziers). L’annonce du débarquement des alliés en Normandie provoque un afflux de nouvelles recrues dans les maquis mais ces déplacements plus ou moins importants d’hommes ne s’effectuent pas sans risque. Dans la nuit du 6 au 7 juin 1944 soixante-dix volontaires du Biterrois, de Capestang et de Montady essentiellement, décident de rejoindre la maquis Latourette installé près de Ferrières-Poussarou juchés sur deux camions précédés d’une voiture. Ils sont arrêtés entre Cébazan et St Chinian à Fontjun par des forces allemandes : cinq résistants sont tués, dix-sept faits prisonniers. Ces derniers sont fusillés le 7 juin dans l’après-midi au Champ de Mars à Béziers. Le 12 juin les maquis de Roqueredonde, de Fournols et de Bir-Hakeim (près de Liausson) sont attaqués par les soldats allemands et les forces de Vichy. Le 15 juin c’est au tour du maquis des Verreries de Moussan d’être attaqué, le 4 juillet c’est le maquis de Dio qui à son tour est attaqué, enfin des opérations de ratissage sont menées les 12 et 28 juillet dans le secteur de Faugères.
Depuis le 28 juin le C.D.L (Comité Départemental de Libération) dirigé par J. Bène, l’ancien maire de Pézenas, a décidé la création dans toutes les communes de Comités locaux de libération et de pousser la guérilla au maximum. Les résistants reçoivent un certain nombre de parachutages de la part des alliés de la fin juin au début du mois d’août, il s’agit d’armes mais aussi d’hommes (Anglais, Américains et Français spécialistes du sabotage). Ces parachutages se produisent près de Fontès, entre Villeveyrac et Plaissan, près du Bousquet d’Orb, de St Pons, d’Aniane et de Ganges. L’autorité de la résistance s’affirme de jour en jour au cours du mois de juillet et au début du mois d’août. Le 8 août un accord est conclu entre G. de Chambrun (chef du C.R.L), J. Bène (C.D.L) et Picard (« Sultan ») un des trois dirigeants des FFI de la région militaire n°3* d’une part et le colonel de gendarmerie Vernajou (révoqué par Vichy). D’après cet accord, les gendarmes du département doivent gagner les maquis ce qu’ils font du 12 au 14 août apportant ainsi un renfort de 550 hommes à la résistance armée. Les maquis à la veille du débarquement en Provence (15 aout 1944) comptent alors de 1100 à 1200 hommes. Voir P. 151 du livre de G. Bouladou « L’Hérault dans la résistance »
*Région n°3 : Aude, Aveyron, Hérault, Lozère et Pyrénées orientales.
Les résistants appliquent le « plan Tortue » qui doit paralyser le réseau routier (Voir P. 154 du livre de G. Bouladou), le « plan vert » qui doit interrompre les liaisons ferroviaires, le « plan violet » (sabotage des installations PTT) et le « plan bleu » (guérilla). Un peu partout des combats s’engagent tandis que l’aviation alliée multiplie les mitraillages des grands axes routiers obligeant les Allemands à utiliser les routes de l’intérieur plus propices aux embuscades. Par exemple du 21 au 25 août une puissante colonne allemande venant de Castres et forte de 5000 hommes est accrochée successivement à St Pons (21 août), à Colombières (le 22), au pont de la Mouline près de Castanet le haut (le 23), à Ganges (le 24) et près de Sommières (le 25). Au total, l’ensemble de ces combats s’est traduit par environ 200 Allemands et une soixantaine de résistants ou de civils tués et de nombreux Allemands faits prisonniers.
La stèle commémorant le combat du 21 août 1944 au col de Pétafy au-dessus de Faugères
BAPTISTE Irénée : 41 ans Vendres O.A
BOLOS Antoine : 19 ans Graissessac O.M
De BEAUREGARD Andrée : 28 ans Montpellier Infirmière
CAMILLERAPP Jean : 27 ans Lunas Industriel
DELES Lucien : 44 ans Hérépian Ajusteur
HUC Marcel : 30 ans Ceilhes Comptable
MARRES Louis : 18 ans Montpellier Etudiant
Quelques jours plus tard, le 2 septembre le général de Lattre fait son entrée dans Montpellier, il est à la tête d’un petit détachement de blindés de la 1ère armée française.
Conclusion :
Comme l’a dit M. Alquier dans son exposé, il est important de rappeler que les départements méridionaux n’ont pas été le théâtre d’une insurrection généralisée au cours de l’été 1944. Dès le 19 août, soit 4 jours seulement après le débarquement en Provence, les unités allemandes stationnées dans le sud et le sud-ouest de la France reçoivent l’ordre de Berlin de se replier vers la vallée du Rhône et le nord-est de la France. Il s’agit donc d’une évacuation qui s’est déroulée dans des conditions relativement convenables malgré les bombardements réalisés par les alliés sur les axes principaux et le long du littoral, même si des maquis de résistants souvent mal équipés ont pu se livrer à des combats sur les axes de transport empruntés par les convois allemands et leur infliger des pertes plus ou moins importantes. En cet été 1944, les héraultais dans leur immense majorité souhaitent la victoire des alliés et le retour de la paix mais ce qu’ils redoutent par-dessus tout ce sont les combats, les bombardements aériens en un mot la guerre et ses horreurs. Leur vie quotidienne reste dominée par les problèmes de ravitaillement…Au début du mois de septembre 1944 le tableau que l’on peut dresser du département de l’Hérault et de la France en général est désastreux : certaines régions ont subi des destructions matérielles considérables comme la Normandie alors que l’Hérault semble avoir été pratiquement épargné (bombardements de la gare de triage du Capiscol à Béziers, du quartier du Môle à Sète).
L’économie est sinistrée : la production industrielle et agricole sont tombées à un niveau très bas et cette situation est génératrice de multiples pénuries (alimentaires, énergie, textile, etc.) Au niveau local, les années 1940-44 avec la mobilisation des hommes valides (retenus en captivité en Allemagne), l’absence de produits phytosanitaires et la raréfaction des chevaux de labour ont provoqué un dépérissement du vignoble lié aussi à une sècheresse très marquée des étés durant l’occupation. La société héraultaise à l’image de la société française sort de cette période complètement traumatisée. Dès la fin août et le début septembre commence le temps de l’épuration. Plus tard au printemps 1945 auront lieu les premières élections auxquelles participeront les prisonniers de guerre rentrés au pays et pour la première fois les femmes. Une nouvelle page de l’Histoire de France s’ouvre alors...
G. Bouladou, « L’Hérault dans la résistance (1940-44). »
J. Sagnes, « L’Hérault dans la guerre (1939-45) »
D. Mallen, « Agde sous l’occupation allemande (1942-1944) »
Dossier des Archives départementales : 1944 : la libération dans l’Hérault.
par Jean-Claude Richard (CNRS)
Le 2 septembre, le Général de Lattre de Tassigny passe en revue les combattants résistants et reçoit des engagements dans la 1ère armée « pour la durée de la guerre ». Une partie des hommes de Bir Hakeim va s’engager et participer aux combats en Alsace et en Allemagne avec une suite en Indochine puis en Algérie. Bir Hakeim a été une école de formation militaire avec des pratiques démocratiques pour élire ses chefs successifs. A Douch ou à la Parade les « biraquins » n’ont pas démérité quel que soit leur infériorité en nombre ou en matériel devant les forces ennemies. Aujourd’hui, le souvenir de ce maquis est valorisé par l’Association des anciens et des amis du maquis Bir Hakeim (le siège est à la Mairie de Lacoste) qui, le 14 septembre, a réalisé une journée d’hommage, avec un grand succès (*)
● On trouvera les informations sur les publications concernant ce maquis et la Résistance en s’adressant au Groupe de Recherches du Clermontais (place de la Révolution, 34800 Clermont-l’Hérault) dont le Bulletin a déjà publié plusieurs articles à ces sujets. Les prochains articles sortiront le 5 décembre 2024 lors d’une conférence sur le thème.
● Sur l’histoire de ce maquis écrite par un de ses responsables : Chr. De Roquemaurel, Deux frères au maquis Bir Hakeim, témoignage d’une jeunesse dans la Résistance, Paris, 2024, 350p. en cours de diffusion.
Les Montmorency et les Conti Gouverneurs du Languedoc.
| De gauche à droite Mme Yvette Médina, présidente de séance, M. Jean Luc Lefranc, conférencier M. Claude Pradeilles, vice président et M. André Nos président de l'association. |
Le
thème choisi cette année est original,
découvrir le rôle joué par deux familles de la haute noblesse du
Languedoc, les Montmorency et les Conti dans la province du Languedoc aux XVIè et XVIIè siècles.
En présence de Yann Llopis maire de
Montagnac, de son adjointe à la culture
Marie Claude Baratini, et d'un public curieux et attentif, la journée était
placée sous la présidence éclairée et sympathique d' Yvette Médina, agrégée
d'Histoire qui a su mener les débats avec souplesse.
Sur ce sujet les documents ne manquent pas mais il fallait trouver des chercheurs compétents. La séance a débuté par l'exposé de Jean Luc Lefranc des Amis d'Agde et du GRAA qui, grâce à d'importantes recherches, nous a donné un large aperçu des Montmorency, familiers des rois de France, militaires actifs, gouverneurs du Languedoc, jouant un rôle de modérateur lors des évènements dramatiques des Guerres de religion. Notre région a longtemps conservé avec émotion la mémoire de la mort tragique de son dernier représentant Henri II de Montmorency décapité à Toulouse en 1637 sur ordre de Richelieu. C'est une petite partie de ses grandes connaissances que M. Lefranc nous a communiqué avec passion.
Le second intervenant était Alain Garcia Vice-Président des Amis de Montagnac
mais surtout chercheur passionné allant jusqu'au bout de ses recherches. Pour
des gens non avertis son sujet paraissait plus mince, il nous proposait de
découvrir le capitaine de Rosine important adjoint du Connétable Anne de
Montmorency et montagnacois d'adoption grâce à son mariage. L'exposé a valu non
seulement par l'évocation des dessous d'une guerre complexe mais aussi par sa
présentation traitée comme une véritable et minutieuse enquête policière, avec
une chute inattendue, en réalité M. de Rosine s'appelait M. de Durfort.
Après l'intermède d'un excellent repas, Francis Médina agrégé d'histoire, bien
connu des montagnacois, est venu apporter des lumières piscénoises sur les
Conti, descendants des Montmorency. Comme d'habitude il l'a fait avec aisance, clarté et précision, accompagné
d'une belle illustration. Après avoir précisé le lien entre les deux familles
et donné un nouvel éclairage sur le couple d'Armand de Conti, comte de
Pézenas, gouverneur du Languedoc,
protecteur de Molière, à la transformation étonnante du libertin en croyant
mystique. Mais lui aussi s'est signalé par son activité publique dans ses
fonctions officielles de Gouverneur du Languedoc.
Ce petit article ne peut donner qu'un aperçu approximatif d'une journée
passionnante sur ce riche retour sur la passé.
Merci a à nos trois conférenciers et à Madame la présidente de la journée qui
nous ont apporté d'une manière
différente la vision d'une période parfois dramatique mais toujours
passionnante. Merci aussi aux petites mains, du Conseil d'administration
des Amis de Montagnac, ces travailleurs(ses) de l'ombre qui modestement,
ont assuré la réussite matérielle de cette manifestation.
C'est devant une belle assistance de membres fidèles ou de curieux, que s'est déroulé le colloque annuel des Amis de Montagnac dont le sujet était inédit : l'Histoire et la vie de l'Eglise des Augustins, plus connue sous le nom de Chapelle des Pénitents blancs, c'est d'ailleurs sous ce double aspect que cette étude a été menée.
Le Président de la journée, Claude Pradeilles a donné le ton en présentant la question d'une manière richement documentée qui a montré le sérieux de ce travail. Alain Garcia a pris la relève, à partir, comme d'habitude, d'une minutieuse recherche, en rappelant tout d'abord qu'il s'agissait de l'église des Augustins avant de devenir la chapelle des Pénitents blancs, appellation qui date seulement du début du 19° s. Il a ensuite évoqué l'origine de l'ordre et la question de leur installation à Montagnac, peut être au début 14° s. Ensuite André Nos a évoqué la vie et l'activité des occupants dans un premier temps celles des Augustins et dans une seconde période celles des pénitents blancs qui a duré pratiquement jusqu'à la Seconde Guerre mondiale.
Ainsi pour la première fois une étude sérieuse a été faite sur l'Eglise des
Augustins, tout n'a pas été dit, actuellement les documents sur le sujet sont
peu nombreux qu'il s'agisse des Augustins ou des Pénitents mais le travail
historique est fait de patience et l'on espère qu'il pourra se poursuivre
utilement. La recherche est souvent
marquée par d'heureuses surprises.
La
matinée s'est terminée par l'intervention de Denis Nepipvoda, le spécialiste de
l'architecture régionale et excellent connaisseur du riche patrimoine
montagnacois, qui a donné plus d'ampleur au sujet en évoquant en spécialiste,
les particularités de l'église tout en les replaçant dans le cadre plus large
de notre région, ce qui lui a permis d'évoquer le travail des artisans
montagnacois dans ce domaine au cours des 17 et 18° s.
Après un apéritif amical et un excellent repas pris au restaurant du VVF de Bessilles, la journée s'est poursuivie, marquée par un peu de déception, l'église des Augustins n'était pas visitable, en compensation, Denis Nepipvoda a amené le groupe à l'église Saint André où il a pu faire un rapprochement entre le mobilier des deux églises et en signalant les découvertes récentes de l'église paroissiale.
Encore
une fois ce colloque a été une réussite dans sa préparation et dans son
déroulement, c'est un encouragement pour une équipe qui, parfois, malgré les
difficultés personnelles, mène un sérieux travail de recherche et
d'organisation, mis au service de la très riche histoire locale, le plus souvent
replacée dans un contexte plus large qu'il soit régional ou national, la
présence d'un nombreux public attentif constitue pour ce groupe de bénévoles un
encouragement à poursuivre ce travail difficile mais passionnant.
| L'assistance attentive |
**********
2021
16 Octobre 2021
« Discours d’ouverture du colloque 2021 »
Par Jean-Claude Séguéla
Introduction
| Les chefs de la Sipo-SD de Montpellier. De gauche à droite: Hellmut Tanzmann, Fritz Hinrichs et Karl Mahren. (Archives fédérales de Berlin et Fribourg-en-Brisgau) |
| Départ du deuxième convoi de requis pour le STO à Montpellier (10 mars 1943). l'Eclair du 11 mars 1943 |
| Plan des zones à évacuer à Béziers (mars 1944) AD Hérault 12 W764 |
| Le chemin de Maurin à Montpellier après le bombardement du 5 juillet 1944. (AM de Montpellier) |
| Défilé de l'Armée B, place de la Comédie ( 2 septembre 1944) ECPAD |
| Jean-Claude Richard Ralite conférencier (coll. Nadine Deboos) |
| Jean Azéma devant la stèle de son frère Pierre |
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| Programme de notre colloque en partenariat avec la mairie de Montagnac, le département et la région |
| Francis Médina notre Président de séance et André Nos Président de l'association |
| Albert Arnaud |
Un temps de repos était prévu pour un apéritif agréable, malgré le temps maussade bien différent de celui des autres années, poursuivi par un excellent repas au restaurant du VVF de Bessilles.
L'après-midi ne comportait qu'un exposé présenté par le Président des Amis de Montagnac André Nos dont le thème « Les conséquences de la Révocation à Montagnac et dans la région : soumission ou résistance » tentait de faire le lien entre l'histoire en général et celle de notre ville qui a conservé une forte minorité de protestants jusqu'au XX° s.
La conclusion revenait à M. Médina, Président de séance, qui a souligné avec justesse l'intérêt des réponses apportées avec brio par les divers intervenants à une série de questions aux échos très modernes, qui annonçaient aussi bien, la Révolution française, que la Résistance, ou l'actuel nettoyage ethnique.
Cette journée était aussi l'occasion de la sortie du deuxième tome de la nouvelle histoire de Montagnac « La vie communale à Montagnac (1790-2018 ».
Encore une belle réussite à l'actif des Amis de Montagnac.
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2018
13 octobre
« 1919-1939, Espoir et désillusions »
| Mme Médina Présidente de séance |
Un nombreux public intéressé a assisté au dernier colloque des Amis de Montagnac ayant pour thème « 1919-1939 : Espoir et désillusions » une brève période de notre histoire, commencée sur l’air de la victoire et terminée par la guerre de 1939-1945, avec des conférenciers de valeur pour découvrir ou redécouvrir cette période riche en événements dramatiques. Au départ,la Présidente de séance Madame Yvette Médina, Professeur agrégée,a donné un judicieux panorama de la période, en insistant sur les événements les plus marquants, la crise de 1930, la Guerre d’Espagne, la situation économique et sociale de notre région, qui permettait à l’assemblée de retrouver certains repères.
| Jean Michel Abbes |
| Alain Garcia |
Après ces deux exposés denses et documentés le diaporama « C’est mon passé » a réveillé beaucoup de souvenirs chez les plus anciens, aspects rustiques de la vie d’antan mais aussi rappel imagé de principes qui paraissaient banals et qui ont disparu aujourd’hui.
| Jean-Jacques Vidal |
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2017
le 7 octobre
« Arts profane et religieux au Moyen-Âge»
| Albert ARNAUD Président de séance |
Venait ensuite M. Henri Barthès, Président de la Société Archéologique, littéraire et scientifique de Béziers que l’on n’a pas besoin de présenter. Après de longues années de travaux de traductions et de mises au clair, il publie le texte du Cartulaire de Valmagne, document important mais difficilement abordable, qu’il a présenté avec brio et clarté à un
| Henri BARTHES |
| Monique BOURIN |
Ainsi se terminait une journée très agréable servie par des conférenciers passionnants que nous tenons à remercier ici.
En marge du Colloque, signalons la sortie du numéro 100 de la revue des Amis de Montagnac, à la fois inventaire des nombreuses publications de notre association pendant trente-six ans et matérialisation des efforts que nous avons faits pour la connaissance et la défense du riche patrimoine de notre cit
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2016
Encore une fois la journée des Amis de Montagnac a été une réussite. Elle avait lieu dans les locaux du VVF de Bessilles particulièrement accueillants, en présence de M. Yann Llopis, maire de notre ville et de Mme Marie-Claude Barattini adjointe à la culture. Le sujet « de la plume sergent-major au stylo à bille » abordait le thème de l'école dans une perspective historique introduite par un diaporama de M. André Puig qui retraçait, au travers de vues bien choisies, l'histoire des lieux, des objets et de la vie des enfants, ce que pouvait être l'école d'autrefois.
| Charles Guiraudon, conférencier et J-Jacques Vidal président de séance |
Charles Guiraudon ouvrait le cycle par l'évocation d'une année scolaire dans les années trente, à la fois technique et amusante puisqu'elle rappelait aux nostalgiques de la vie d'autrefois comment vivaient les enfants de cette époque, le tout émaillé d'anecdotes savoureuses qui donnaient à cet exposé une tonalité particulière. Le ton désormais était donné mais il fallait continuer et varier les sujets.
| Evelyne Tschirhart, conférencière |
| Marc de Velder, conférencier |
"REGARD SUR LE PASSE MONTAGNACOIS"
2014
18 octobre
Centenaire de la guerre 1914/1918
"Quelque part en Europe en août 1914"
A cette question l' universitaire répond " parce que cet homme du Midi était le dernier obstacle à la déclaration de guerre" Jaurès savait depuis 1887 que " le capitalisme porte la guerre comme la nuée porte l'orage", il était l'adversaire résolu d'une solution militaire à la question de l'Alsace. Pour autant M. Pech ne le voit pas victime d'un complot : Ni la Russie ni les jésuites ne sont pour quoi que ce soit dans son assassinat qui est donc l'œuvre d'un isolé, un ingénieur agricole, Raoul Villain, nationaliste déséquilibré. L'assassin acquitté en mars 1919, en pleine période bleu horizon, périra misérablement en 1936, assassiné à son tour sur l'île d'Ibiza par des républicains espagnols, peut-être anarchistes en tous cas plus expéditifs que les jurés de la République Française. Après les remerciements de Mme Médina, le professeur Michel Fournier, agrégé d'histoire nous a peint le tableau de :
a apporté l'éclairage allemand de l'avant première guerre mondiale. Dans l'Empire allemand de 1871 qui n'est pas un état fédéral mais une fédération d'états indépendants, Bismarck exerce l'autorité prussienne dans le nord de l'Allemagne, la Prusse doit lutter contre les sociaux démocrates et le parti catholique. Il entreprend aussi la prussianisation des états du Sud. La noblesse et la bourgeoisie copient le style impérial, la société agraire s'industrialise au grand galop et pour les capitalistes étrangers l'empire germanique devient un partenaire intéressant.
Guillaume II veut se tailler une part du gâteau colonial soit par le troc soit par le chantage, soit par la guerre. En 1890 Bismarck est congédié donc le souverain paralysé du bras gauche, instable et nerveux devient le véritable décideur et sera le seul responsable.
La noblesse protestante est constituée de junkers, hobereaux, propriétaires terriens et officiers formant 69% des cadres de l'armée si bien que l'on dit que la Prusse est une armée avec un état. De plus Bismarck a soumis la bourgeoisie en détruisant le libéralisme politique. Ce sont les étudiants et les églises qui tant bien que mal incarnent un idéal démocratique. Or c'est l'église protestante luthérienne qui constitue la poutre maîtresse de l'édifice impérial. Seul maître à bord Guillaume II fait construire ou compléter sa flotte de guerre en 1907-1908, prépare ses futures campagnes et la propagande parle d'une guerre préventive contre la Russie, défensive contre la France et de lutte contre l'Angleterre avec la constitution d'un empire colonial. Tout le pays est derrière le kaiser qui croit en une victoire inéluctable. Seules de rares voix s'alarment contre la boucherie qui s'annonce, comme celle de d'Heinrich Mann, frère de Thomas, grand connaisseur de Latude et créateur du sulfureux " Ange Bleu " ou celle de Robert Musil. La guerre voulue aussi par Guillaume II apporte en Allemagne aussi son cortège funèbre de morts et de blessés. Elle provoque l'explosion des prix des denrées alimentaires et le chômage dans les premiers jours du mois d'août. Le plan Schlieffen d'invasion adopté sans discussion échoua devant la Marne mais la population avait accepté la guerre parce que les opérations se déroulaient hors d'Allemagne. Le peuple Allemand abasourdi par la défaite, avala sans discuter, la légende du coup de poignard dans le dos et se réfugia dans un nationalisme qui le conduisit à se donner à un étranger moustachu, provocateur de la deuxième guerre mondiale. Après les questions des participants et les remerciements chaleureux de Mme Médina, un bon repas servi dans la salle André Sambussy permit aux auditeurs de refaire leurs forces tout en suppléant les langues des conférenciers, eux aussi bavards à la table d'honneur. Après ce long entracte, Mme Médina a donné la parole à M. Jean Sagnes, Professeur à l'université de Perpignan et bien connu des Montagnacois. Ce spécialiste de l'histoire ouvrière a traité :
" Socialisme et syndicalisme dans l'Hérault pendant la grande guerre "
En 1914 l'Hérault compte 480 000 habitants employés dans la culture de la vigne mais aussi dans l'industrie : mines, métallurgie, chimie et textile. Les ouvriers à forte tradition syndicale constituent 70% de la population. En politique on identifie trois couleurs : les blancs de droite, les bleus radicaux et les rouges socialistes qui ont obtenu deux députés sur six. Le département compte aussi plusieurs bourses du travail. Les socialistes sont contre la guerre mais après l'assassinat de Jaurès, tous les PS d'Europe sauf deux s'engagent dans l'Union Sacrée. L'Eclair, journal royaliste, réprouve l'attentat mais critique les idées de Jaurès. La censure salue les journaux, les syndicalistes sont mobilisés et seules trois bourses du travail se maintiennent qui se transformeront par solidarité ouvrière en coopératives d'alimentation.
La guerre sanctifie le travail mais l'entrée des femmes dans la vie active relance la revendication : " A travail égal, salaire égal !" La crise de 1917 et ses douze grèves provoque un frémissement de l'opinion en faveur de la paix. Au PS les effectifs s'effondrent et le congrès de 1915 ne compte que deux mandats contre la direction. Dans ses lettres à un parent de Saint Thibéry , Barthe redoute le développement de la vigne au Maroc, analyse les évènements de Russie en 1917 et se méfie de Clémenceau qui a fait arrêter Malvy et Caillaux. Le grand problème est maintenant posé par la deuxième révolution russe. La révolte de la flotte allemande en fin 1917 et les mutineries en France annoncent les craquements qui vont bouleverser l'Europe. Pour la "vie sociale", Lénine a retardé la victoire mais fait avancé le socialisme. En 1919 la guerre est finie mais les grandes grèves poussent Clémenceau à accorder la journée de huit heures. Les élections législatives accordent deux députés aux socialistes héraultais. En 1920 la scission de Tours voit les communistes l'emporter au plan national mais le département de l'Hérault reste socialiste dans un pays où l'unité ouvrière réussie par Jaurès a volé en éclats.
Après les questions et les réponses données par M. Sagnes, Mme Médina a appelé M. Segondy docteur en histoire qui a exposé l'attitude de :
" L'église diocésaine dans la guerre de 14 "
A partir de 1880 éclate en France la guerre entre catholiques et laïques mais le début de la guerre mondiale va changer tout cela. Dès l'entame du conflit, le Cardinal de Cabrières fait allégeance à l'union sacrée et œuvrera pendant toute la durée en faveur de la victoire. En 1900 le diocèse compte 700 prêtres dont 650 sont en action pastorale. 250 sont mobilisés et la moitié d'entre eux seront des combattants ne bénéficiant d'aucun privilège. Dans les tranchées les non pratiquants se rendent compte que ces curés valent bien mieux qu'ils ne l'imaginaient et ces sentiments sont réciproques. En 1917 on célèbre en Allemagne le quatrième centenaire de la réforme, donc pour les français le guerre
serait le produit frelaté de la pensée de Luther, mais un autre courant de pensée rend à Luther sa valeur théologique. La peur de la mort et l'appréhension de l'au-delà suscitent un renouveau de l'esprit religieux. Au plan matériel le clergé lance les travaux de confection de colis et de vêtements. Le cardinal de Cabrières, ami du roi Albert 1er fait réserver un accueil excellent aux réfugiés belges dans son diocèse. On procède à la gravure de plaques en souvenir des morts et les blessés sont soignés dans les édifices religieux transformés en hôpitaux . Le père Cabanel aumônier de Montpellier prononce 74 discours en anglais aux Etats unis et l'abbé Marme donne du sang à un blessé considéré perdu. Malgré ce, les rumeurs les plus abjectes circulent sur le clergé qui aurait fourni des subsides au Kaiser. Tout ceci est faux et la polémique tourne à l'avantage des religieux. La desserte des paroisses est assurée par des prêtres âgés et par des permissionnaires. Les pèlerinages locaux , surtout dans le sud : Lourdes, Béziers, Sète attestent de la piété des pratiquants. Après les remerciements de Mme Médina aux conférenciers, aux participants et au public attentif, le mot de la fin sera pour André Nos : Après les affrontements et les secousses du début de la troisième république, l'union sacrée sera la reconnaissance officielle du régime né du désastre de 1870. C'est la conclusion d'une très belle journée à inscrire à l'actif des Amis de Montagnac.
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2013
19 octobre
"La Restauration et la terreur blanche"
| André NOS le Président de l'association, Charles GUIRAUDON vice-Président et Jean-Claude RICHARD Président de la journée |
Claude PRADEILLES
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| Alain GARCIA |
Toulon, à la main gauche en 1793, à Acre en Palestine à la tête en 1799, à Friedland en 1807, en Espagne à Almonacid en 1808, à côté de Pampelune d'un coup de feu à la main droite en 1813 et enfin à Orthez au bras gauche en 1814. Son dossier est clos en 1815 alors qu'il est chef de bataillon placé en demi-solde. Il se mariera à Clermont en 1818 et s'y éteindra en 1852 à quatre vingt ans. Chevalier de la légion d'honneur en 1807 il en fut nommé officié deux ans plus tard pour terminer titulaire de son ordre royal.
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2012
| Alain GARCIA Président de séance |
| Albert ARNAUD des Amis de Marseillan |
| Jacques CHABERT des Amis de Puisserguier |
| Claude ALBERGE des Amis de Pézenas |












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